ÉTAT SANITAIRE DE LA FLOTTE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE DE CRIMÉE

PROBLÈMES DE SANTÉ, DE MÉTÉO ET DE MARINE

Jean-Louis Poirier

 

L'article complet

Le 27 mars 1854 la France et l'Angleterre déclarent la guerre à la Russie dans une région qui fut depuis longtemps sujette à de nombreuses querelles, la Crimée. Cette guerre de Crimée ne fut une surprise pour personne. Les prémices de cette guerre apparaissent en effet plus d'un an auparavant. Ce fut d'abord en 1851 la rivalité franco-russe à propos des Lieux Saints. En janvier 1853 Nicolas 1er propose officieusement à l'Angleterre un plan de démembrement de l'Empire Ottoman mais Londres reste réservée. Le Tsar envoie alors à Constantinople Menchikov avec mission officielle de régler la question des Lieux Saints. En fait il veut créer un véritable protectorat orthodoxe sur les Lieux Saints et sur tout l'Empire Ottoman, lequel rejette bien sûr ce projet. Le Tsar occupe alors les principautés Moldo-Valaques. Le 04 octobre 1853 la Turquie déclare alors la guerre à la Russie. En janvier 1854, Anglais et Français, stationnés jusqu'alors à Besika, reçoivent l'ordre d'entrer en mer Noire et le 27 mars c'est la déclaration de guerre. L'Autriche reste neutre. Le 14 septembre 1854 c'est le débarquement d'Eupatoria, victoire de l'Alma le 20 septembre, le début du siège de Sébastopol en octobre, siège qui durera près d'un an avec le 08 septembre 1855 la célébre prise de la tour Malakoff par Mac-Mahon.

Au cours de cette guerre les problèmes sanitaires se posent très tôt puisqu'ils débutent avant même la déclaration de guerre. Dès le troisième trimestre 1853 apparaît une épidémie de paludisme au mouillage de Besika à cause des marais alentour. On retrouve une épidémie au troisième trimestre 1854 et en juillet 1855 chez les marins détachés à Inkerman. Mais les trois plus grandes causes de difficultés sanitaires de la flotte en Crimée furent les épidémies de choléra et de typhus et le scorbut, sans bien sûr parler des nombreux blessés inhérents à toute guerre. Le choléra débute en juillet 1854 et a, semble t-il, pour origine une contamination apportée de Marseille par les troupes venues des provinces méridionales de la France sur les paquebots des messageries impériales. On retrouve une seconde épidémie en mai 1855 peu de jours après le débarquement à Ienikale.

Le typhus quant à lui va sévir surtout de février à mai 1855 en particulier lors du mouillage de la flotte dans la baie de Kamiesch.

Si le choléra a représenté la principale pathologie du troisième trimestre 1854, le scorbut fut l'affection dominante pour les derniers mois de 1854. Il faut cependant avoir bien à l'idée que le scorbut est resté constamment une préoccupation pour le Service de Santé tout au long de la guerre depuis même 1853 à Besika jusqu'en avril 1855.

Enfin les blessés représentent un nombre important de victimes de cette guerre avec l'apparition de blessures nouvelles dues aux obus et boulets explosifs qui firent plus de ravages que l'arme blanche.

Quant au transport des blessés et malades ce fut un problème difficile compte tenu du nombre mais aussi du manque de moyens. Il n'y eut pratiquement pas d'organisation de ces transports tout au moins jusqu'en janvier 1855 où 4 frégates furent équipées en navires hôpitaux et un marché fut conclu entre le Ministère de la guerre et la Compagnie des Messageries maritimes pour transporter les blessés et malades de Constantinople à Marseille.

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