CÉRÉMONIE D'OUVERTURE DU 11 ème FESTIVAL INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 2000

 

Robert Bernard, Maire de Saint-Dié-des-Vosges

Monsieur le Ministre Président-Fondateur de ce Festival International de Géographie, Monsieur le Préfet,

Madame, Monsieur le Sous-Préfet,

Messieurs les Députés Claude Jacquot et Ibrahima Fall,

Monsieur le Président du Festival International de Géographie,

Professeur David Khayat,

Monsieur Yves Coppens, Grand TÉmoin de ce 11ème festival,

Messieurs les membres du directoire scientifique, Yves Guermond, Président, Monsieur Jean-Robert Pitte et Gérard Dorel,

Monsieur le Médecin Inspecteur Général de la Marine, Jacques de Saint-Julien,

Mesdames les Conseillers généraux et Conseillers régionaux,

Mesdames et Messieurs les Maires, Adjoints, Conseillers Municipaux, Mesdames, Messieurs, chers amis.


Je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue à ce 11ème Festival International de Géographie qui a pour réflexion centrale, la Santé. Centrale, parce qu’aucun de nos festivals, tout en favorisant un axe de débat, ne s’est naturellement concentré sur un seul sujet, ni n’a favorisé une seule vision, un seul éclairage. L’intérêt de ce thème, comme ceux des années passées, se situe toujours au carrefour de mille routes, au carrefour de multiples préoccupations et interrogations, toutes d’ordre économique, politique et social. Il se trouve en permanence au centre de nos réflexions sur les relations humaines, chacun s’y retrouve donc et chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. Car le Festival International de Géographie est bien cet immense édifice fait de réflexions, de débats, de confrontations, de contributions, de recherches. Il est comme un grand livre ouvert, où chacun, écrivain, citoyen, politique, journaliste, professeur, étudiant ou scientifique puise matière à réflexion découvre de nouveaux horizons y écrit quelques mots, une page, réécrit un chapitre. Le Festival va évidemment au-delà de ces trois journées annuelles déodatiennes qui constituent un bilan d’étape, devenu incontournable, aux allures de retrouvailles, souvent joyeuses et conviviales, entre collègues et amis. Dix ans que nous avons ouvert ensemble ce livre. Personne n’a jamais songé, bien au contraire, à le refermer. D’autant plus qu’il intéresse chaque année un nombre grandissant de lecteurs et franchit toujours de nouvelles frontières géographiques et autres. Sa réputation est aujourd’hui, sans conteste, mondiale, et je salue et félicite, à cette occasion, Christian Pierret, Président-Fondateur, qui cet été, a reçu en Corée, le prix « Planète et Humanité » de l’Union Géographique Internationale, en reconnaissance de sa contribution au développement de la culture géographique. Deux personnalités ont reçu cette distinction avant lui, dont l’actuel Vice-Président et bientôt peut être futur Président des Etats-Unis Al Gore .


Je reviens un instant sur le thème de notre festival, et sa dimension sociale et économique. Un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé nous révèle que le nombre d’années de maladie et d’invalidité est considérablement plus élevé dans les pays pauvres. Si l’espérance de vie atteint ou dépasse 70 ans dans 24 pays industrialisés, au bas de l’échelle, ce sont 32 pays dans lesquels elle est inférieure à 40 ans. Et ces derniers se trouvent tous en Afrique subsaharienne.


A l’intérieur même de notre pays, des disparités existent et cette espérance de vie n’est pas la même partout et pour tous. Une des causes, sans doute la première, en France comme ailleurs, est cette flagrante et scandaleuse inégalité d’accès aux soins. Dans ce débat politique et social, les géographes, nous le voyons, ont toute leur place. Ce festival a pour mission d’informer, mais aussi de former, de nous aider les uns et les autres, à mieux connaître, à mieux comprendre l’ensemble des enjeux et des intérêts, les causes et les conséquences. Apprendre pour mieux comprendre, découvrir pour savoir, sont des missions essentielles et le grand pari de ce festival.


Permettez-moi en quelques mots d’illustrer mon propos : en matière de santé, le premier sujet, qui aujourd’hui, attire l’attention et inquiète les français (avant même la pollution de l’air, les déchets nucléaires ou la qualité de l’eau), c’est la composition des produits alimentaires.


On parle de mal bouffe et beaucoup aujourd’hui la combattent. José Bové m’en excusera mais je ne suis pas toujours convaincu du bien fondé de cette méthode. Démonter un Mac’Do, voilà qui attire l’attention, qui sans doute s’avère médiatiquement efficace, mais pour autant, incite-t-on les citoyens et notamment les jeunes à ne plus fréquenter ces lieux de restauration rapide ? Je ne crois pas, je crois qu’il vaut mieux prendre le problème par l’autre bout : agissons pour la bonne bouffe, après avoir clairement défini ce qu’elle est. Instaurons une éducation au goût, apprenons aux jeunes à varier, mieux équilibrer leur alimentation, formons et informons. En un mot, donnons-nous les moyens de choisir en toute liberté, en toute connaissance de cause, voilà l’enjeu. La mal bouffe n’est pas toujours et forcément ce qui est rapide ou américain. C’est je crois, et en tout premier lieu, le résultat de méthodes de fabrication et d’aliments tenus plus ou moins secrets.


Le Salon de la Gastronomie est un succès, aussi parce que l’on y joue la transparence, parce que l’on prend le temps de comprendre et d’expliquer, le temps d’échanger, de goûter, d’apprécier, de déguster. Je vous invite à découvrir ou redécouvrir ce salon et merci à Marie Pierret, qui le préside avec l’efficacité qu’on lui connaît.


Je vous invite à prendre le temps ce week-end de parcourir toutes les allées de ce Festival, de vous y arrêter : débats, tables rondes, expositions, films, conférences, cafés géographiques, animations, Salon de la Gastronomie et Salon de la Géomatique. Rendez-vous également au Salon du Livre, cette très grande librairie unique au monde en matière de géographie, présidée par un ami fidèle du FIG, Yves Berger, que je salue, et qui, cette année, j’en suis ravi, sera marquée par une participation importante d’écrivains africains.


Longtemps ignorées en raison de préjugés, ou réduite à la tradition orale, les littératures africaines sont plurielles et diverses. A côté des contes, légendes et autres récits pour enfants, indémodables, c’est dans le temps présent que les nouvelles générations inscrivent leurs œuvres. Je souhaite tout particulièrement, alors que notre pays invité d’honneur est cette année le Sénégal, saluer l’œuvre littéraire de Léopold Sedar Senghor. Ses poèmes et ses essais sont devenus des classiques et il a contribué à forger, notamment à travers cette notion de « négritude », une autonomie et une identité aux littératures africaines. J’adresse ici un salut amical et reconnaissant de la Déodatie à Léopold Sedar Senghor pour son œuvre littéraire et politique, lui que l’histoire a placé au carrefour de deux mondes antagonistes.


Je salue également la présence à ce salon d’Amadou Kourouma, écrivain ivoirien, qui s’est imposé comme l’un des dénonciateurs les plus virulents des souffrances africaines, ainsi qu’Aminata Sow Fall qui à travers ses romans d’inspiration sociale et politique incarne cette nouvelle littérature sénégalaise. Aminata Sow Fall avec Mariama Barry et d’autres, nous montrent avec bonheur toute la place que prennent aujourd’hui les femmes dans la littérature africaine.


Et je voudrais pour conclure, saluer et remercier chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ne sont pas là, ce soir, dans cette salle, parce qu’ils sont en ce moment même sur tous les sites, celles et ceux qui assurent la réussite technique matérielle et organisationnelle de cette rencontre internationale.


Le succès du FIG, c’est aussi bien évidemment le leur. Un succès qui ne se dément pas, toujours plus de monde, de médias, d’intervenants, et de participants. Oui, ils sont de plus en plus nombreux à venir, peut être, même à pied, comme dirait notre ami Yves Berger, à Saint-Dié-des-Vosges. Et je vous rapporte pour finir ces propos, repris dans le superbe livre de François Jodin, récemment paru « Saint-Dié-des-Vosges, une histoire de liberté », propos de l’illustrateur François Place : « Il faisait très beau ce week-end de début d’Octobre. Les gens étaient accueillants, ouverts, curieux de tout et de tous. Un barbu barman m’offrit une partie de billard sous le simple prétexte que j’accompagnais un géographe qui devait faire une petite conférence dans son bar une heure et demie plus tard. Le lendemain, dans une auberge retirée où l’on sert un plat régional dans une énorme terrine de terre, le monsieur et la dame qui tiennent cette auberge offrirent une tournée générale de champagne parce que le deux prix de jeunesse étaient sous leur toit. Et voilà toute la salle qui se met à discuter. Les uns sont étudiants, d’autres sont des touristes allemands de passage. Un ami illustrateur montre les épreuves de son prochain ouvrage, une merveille ! Et puis, j’ai entendu un Jean Viard, j’ai dîné avec un sociologue et linguiste qui m’expliqua qu’en Afrique, les langues fleurissent avec la pluie. Je discutais avec les chauffeurs, certains étaient chargés de mission ou adjoint au maire, de ces hommes que l’on attend à l’arrière d’une voiture, plutôt qu’à son volant. Je commençais à me dire que Saint-Dié bénéficiait d’une sorte de micro climat, affectant le ciel et les têtes, un petit soleil fabriqué tout exprès pour la cité ».


Je donne la parole à Yves Guermond, président du directoire scientifique. Merci de votre attention et un excellent festival à toutes et à tous.


Yves Guermond

Chers amis.

En préparant ce festival sur la géographie de la santé, nous nous sommes évidemment entourés de l’assistance d’un certain nombre de médecins, et principalement de David Khayat qui a bien voulu, et je l’en remercie, accepter la présidence du Festival de cette année.

Mais ce n’est pas une réunion médicale, c’est une réunion sur la géographie de la santé ; et il faut dire effectivement que nous entendons pendant ces trois jours , nous limiter à ce qui est de notre compétence propre.

Notre compétence, vous avez pu en avoir une petite idée avec les deux numéros du Fig infos qui ont été publiés. Ces numéros qui contiennent un certain nombre de cartes; et si vous les avez regardées en détail, elles ont du vous poser quelques problèmes. Plus de problèmes sans doute que nous ne saurons en résoudre pendant ces trois jours.

Je pense à la carte du ratio de mortalité en France, sur laquelle on voit des différences, très grandes, entre la France du nord et la France du sud, où les conditions semblent meilleures. On peut essayer de mettre ces cartes en relation avec d’autres phénomènes : par exemple, l’intensité de l’équipement médical et la densité des médecins. Chacun sait qu’il y a un certain héliotropisme du corps médical, qu’on mesure très bien par la plus forte densité du corps médical dans les régions du sud. Mais il peut y avoir aussi des conditions d’environnement pour expliquer ces différences dans les ratios de mortalité, et tout aussi bien des questions de pratiques nutritionnelles. La pratique nutritionnelle est révélée par les cartes de l’obésité, qui ont été faites à partir des visites médicales passées par les jeunes recrues, à l’arrivée au service militaire. Elles montrent des différences considérables d’une région à l’autre.

Le travail des géographes consiste à mettre en relation un certain nombre de variables, dont certaines sont sociales, et d’autres ont trait à l’alimentation ou à l’environnement. Finalement expliquer les différences dans la géographie de la santé, c’est quelque chose d’extrêmement complexe. On se rend compte ainsi des faiblesses de l’appareil de mesure des inégalités de santé. Dans le domaine de l’environnement, par exemple, il y a de vastes lacunes dans les connaissances. On a coutume de dire, et on a raison, que la pollution a des effets néfastes sur la santé, en particulier dans le domaine des allergies, mais les liens précis entre les conditions de pollution et le développement des allergies sont encore très mal connus. Il faut dire aussi que le réseau de mesure de la pollution est très déficient dans notre pays. Il y a certes un réseau d’alerte, mais pas de réseau de mesure régulier, et spatialement réparti, de la pollution. Là aussi, il y a un travail pour les géographes.

Une de nos tables rondes portera sur l’aggravation des problèmes de santé en Afrique, où l’on peut s’inquiéter du développement d’un certain nombre de grandes endémies qu’on croyait éradiquées définitivement et qui semblent réapparaître. Là aussi, en France comme en Afrique, on manque de géographes, alors que leur réflexion serait nécessaire pour prendre des décisions dans le domaine de la santé.

Un aspect de notre travail sera de réfléchir sur l’organisation du système de soins. On a beaucoup parlé, à propos de la localisation des maternités ces derniers mois et des dernières années, de l’optimisation des localisations. Bien sûr, on n’évitera pas l’éternel débat entre les soins de proximité et la qualité des soins. En fonction du développement des nouvelles technologies dans le domaine médical, les équipements de très haut niveau ne peuvent pas se trouver partout, et il faudra réfléchir sur l’organisation en réseau des systèmes hospitaliers.

Une autre préoccupation est l’évolution démographique des vieux pays européens ; je dis « vieux pays » parce que le problème du vieillissement est un problème qui est particulièrement préoccupant en France. L’un de nos conférenciers dans une table ronde, dit que « l’un des problèmes, c’est qu’en 2020-2030, et peut être déjà maintenant, les enfants des vieillards seront eux-mêmes des vieillards ». Une perspective qui pourrait être battue en brèche, par le développement, d’ici une dizaine d’années, de la maladie de Creuzfeld Jacob, ce qui pourrait nous donner un de ces retournements de situation démographique dont la nature a le secret…. Il n’en demeure pas moins que l’organisation du système hospitalier pour l’accueil des personnes âgées posera des problèmes qui seront de plus en plus complexes dans nos sociétés.

Il s’agit de problèmes qui sont graves, qui sont préoccupants, et malgré tout, on vous dit que cette réunion de Saint-Dié-des-Vosges est une fête de la géographie, que c’est un festival. Je ne vais pas vous dire que ces questions graves nous allons les traiter dans la bonne humeur, mais nous allons essayer de les traiter sans stress, pour ne pas ajouter un désagrément supplémentaire à tous les maux de la société contemporaine. Nous allons surtout pendant ces 3 jours tenter de démontrer en quoi la géographie peut être utile à la société. Parce que le but essentiel de ces festivals de Saint-Dié-des-Vosges c’est de montrer que la géographie est indispensable à la réflexion sur la société, c’est de montrer son utilité sociale. C’est pourquoi en tant que géographe, et professeur d’université, je suis infiniment reconnaissant à la ville de Saint-Dié-des-Vosges pour l’aide qu’elle nous apporte. On a pu compter cette année, comme les autres années, sur la direction administrative du Festival, et je remercie à ce sujet beaucoup Gilberte Beley qui était directrice administrative. Nous avons pu compter sur le personnel de la mairie qui s’est dévoué et qui continue de se dévouer pour cette organisation. Ce Festival existe depuis maintenant plus de 10 ans, et cela montre qu’à Saint-Dié-des-Vosges on a de la suite dans les idées, ce qui a été pour moi un sujet d’étonnement et d’émerveillement. Donc, bien sûr, mes remerciements vont d’abord à celui qui a été depuis 10 ans le chef d’orchestre de ces manifestations, Christian Pierret. Merci.


Gérard Dorel

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs.

C’est en ma qualité d’Inspecteur général, et au nom de la Doyenne de l’Inspection générale, Madame Geneviève Becquelin, et du Doyen de notre groupe d’histoire-géographie, Jean Louis Nembrini, que je voudrais m’adresser à vous.


Le professeur Yves Lacoste, lauréat cette année du prix Vautrin Lud, nous propose samedi prochain une conférence qu’il a intitulée « vive la géographie ! ». Comment ne pas saluer ce cri du cœur, dans cette ville de Saint-Dié-des-Vosges, vouée depuis 11 ans à la géographie, à toutes les géographies. Quand je dis toute les géographies, j’évoque naturellement celles des universitaires dans leurs diversités, mais aussi celle des praticiens qui, sur le terrain des collectivités locales ou des entreprises, pensent en géographe. Je n’aurais garde d’oublier la géographie des maîtres, des maîtres de l’enseignement secondaire, de ces quelques 40 000 professeurs des collèges et lycées généraux, technologiques et professionnels, publics et privés, de France, qui avec l’histoire enseignent la géographie. Yves Guermond à l’instant soulignait l’intérêt social de la géographie. Et bien il m’appartient de dire que la géographie est aussi une discipline fondamentale dans nos enseignements, justement parce qu’elle a un intérêt social. C’est d’ailleurs une des originalités françaises, un morceau de cette exceptionnalité culturelle que nous souhaitons tous défendre, et d’autant plus que nous sommes dans un monde qu’on n’est pas forcément obligé d’accepter uniforme.


Promouvoir l’enseignement de la géographie, mesdames et messieurs, dans toutes nos classes, ce n’est pas en effet défendre une corporation disciplinaire. C’est d’abord nous assurer que nos enfants sauront un jour se repérer ; c’est nous assurer qu’ils sauront participer à la vie de la cité, choisir en connaissance de cause, entre des solutions ou la dimension géographique est rarement absente, et tous les élus locaux le savent fort bien ; c’est nous assurer qu’ils vivront ce monde en curieux, avec la volonté de connaître les autres lieux et les autres hommes pour mieux les comprendre et pourquoi pas, pour mieux les aimer.


Saint-Dié-des-Vosges est devenu au fil de ces 11 éditions le lieu privilégié de la rencontre de la discipline savante et de la discipline enseignée, et tout cela pour le plus grand bénéfice de la formation continue de ces professeurs d’histoire géographie que j’évoquais à l’instant. Et c’est ce contact direct avec les chercheurs, avec leurs œuvres, dans une ambiance toujours festive, faite du plaisir des rencontres et de l’exubérance intellectuelle, qui explique la présence chaque année plus importante des ces professeurs d’histoire géographie venus de toutes les académies de France métropolitaine et d’outre mer.


C’est ce qu’a voulu reconnaître la Direction des Enseignants Scolaires du Ministère en ajoutant cette année à son traditionnel appui à l’organisation de cette manifestation, à la traditionnelle participation de ses corps d’inspection, deux actions nouvelles. D’abord, et c’est la première fois, le FIG de Saint-Dié-des-Vosges a été inscrit comme un des sites du programme national de formation continue. Cette manifestation devient donc une action officielle de formation et autorise les enseignants à se libérer, naturellement avec l’accord de leur administration pour venir ici, à Saint Dié. Une centaine d’enseignants venus de nos 28 académies, métropolitaines et d’outre-mer, ont été invités cette année à participer au festival. Deuxième action, c’est la création par la Direction de la Technologie du Ministère d’un site académique internet dédié à la publication des actes du festival et qui a commencé expérimentalement à travailler cette année, en créant la première pierre de ce qui sera non seulement la mémoire scientifique du FIG, mais aussi le moyen privilégié de faire participer virtuellement l’ensemble de nos professeurs connectés sur la toile. Tous les enseignants, du supérieur comme du secondaire, mais aussi tous ceux qui s’interressent à nos travaux, pourront ainsi librement aller sur ce site et y découvrir tout ce que les universitaires, tout ce que les chercheurs, tous ceux qui participent à ce festival, discutent et élaborent.


Mesdames et Messieurs, le festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges est aujourd’hui devenu un rendez-vous officiel de la formation des maîtres tout en s’inscrivant dans l’effort national d’ouverture sur les nouvelles technologies de l’information éducative, que le Ministre Jack Lang et le premier Ministre Lionel Jospin appelent de leurs vœux. C’est pourquoi Monsieur le Président-Fondateur, je voulais ici vous dire très solennellement toute la reconnaissance de l’institution scolaire.


Christian Pierret

Merci au professeur Gérard Dorel. Je vais maintenant donner la parole à Monsieur Jacques de Saint Julien, qui est médecin inspecteur général de la santé dans la Marine et qui représente le chef d’état major général de la Marine.


Jacques de Saint-Julien

Monsieur le Ministre, Madame Pierret, Monsieur le Président, je voudrais vous remercier d’avoir eu l’amabilité de penser à la Marine, dans ce festival de géographie. Je suis le vecteur du chef d’état major de la Marine pour vous témoigner ses remerciements. Mon propos sera bref. Je le diviserai en trois parties. La première pour remercier Saint-Dié-des-Vosges, d’être particulièrement attachée à la Marine, puisqu’elle parraine une de nos plus belles frégates. La deuxième partie de mon propos, sera de vous dire que la Marine est particulièrement gâtée par la géographie, puisque la mer, qui est son champ d’action, représente les 4/5 de la planète, globalement. La Marine est aussi intéressée par l’interface qui existe entre les côtes et les mers, et je vous rappellerai que c’est à partir des côtes que toutes les expéditions qui ont permis de découvrir les différents pays sont parties. A partir de là toute l’épidémiologie, toutes les anthroposonoses, toutes les grandes endémies qui ont décimé la planète ont pu être étudiées, découvertes et traitées et je m’honore de vous dire que ces traitements ont été réalisés pour la plupart par des médecins qui sont issus du corps de la Marine. On parle très souvent de gens qui se sont occupés de la maladie du sommeil, (Jamot), de Yersin qui s’est occupé de la peste, de Calmette et de tant d’autres : tous ces gens là sont issus du corps de la Marine. La Marine ne s’est pas intéressée, à travers son corps de médecin, qu’aux territoires qui bordaient les mers. Mais Elle s’est intéressée aux conditions environnementales dans lesquelles elle travaille, c’est à dire la mer, qui est un milieu difficile, source d’une pathologie spécifique et aussi source de problèmes en matière d’hygiène, d’alimentation, d’eau, de maladie, de carence comme le scorbut, etc. Pour ces trois raisons, celle de l’attachement de Saint-Dié-des-Vosges à la Marine, celle de la mise en valeur de notre champ d’action qui est la mer, et celle de la présentation de notre action dans les territoires dits d’outre mer, notamment au Sénégal, je rappelle au passage que les français ont laissé une partie de leurs enfants au Sénégal de ceux qui sont allés soigner les grandes endémies de ce pays. grand nombre sont morts au lazaret de Gorée comme en témoigne la stèle qui s’y trouve. Je voudrais, Monsieur le Ministre vous remercier encore une fois.


Christian Pierret

Monsieur le Maire, Messieurs les Députés. (Puisque nous avons le plaisir, outre d’accueillir notre Député des Vosges, Claude Jacquot, d’accueillir le Député du Sénégal, que je salue très amicalement), Monsieur le Préfet, Monsieur le Sous-Préfet, Monsieur le Médecin Inspecteur Général de la Santé de la Marine, Monseigneur, Evêque de Saint-Dié-des-Vosges, Mesdames et Messieurs les élus régionaux, départementaux et communaux, Messieurs les Membres du Directoire Scientifique, Mesdames et Messieurs les Professeurs, Mesdames et Messieurs et chers amis.

Avant de commencer mon bref propos, je veux selon la tradition, inviter le professeur Yves Coppens qui est notre Grand TÉmoin, titulaire de la chaire de paléoantropologie et de Préhistoire au Collège de France a rejoindre cette tribune. Le professeur Coppens est notre Grand TÉmoin, c’est donc notre regard, l’oreille, l’ensemble des sens les plus acérés pour juger du déroulement du FIG. Il a pu se libérer depuis le début de ce festival et je lui en suis très reconnaissant car tous nos Grands TÉmoins n’ont pas pu toujours accomplir cette tâche avec autant de minutie du début jusqu’à la fin. Vous savez qu’il nous restituera les impressions et analyses critiques (en positif et en négatif) qu’il aura pu rassembler au cours de ces 4 jours de festival., avec un esprit que je sais très acéré, aussi acéré que les petits outils qui lui servent à retrouver les os et les crânes de nos ancêtres. Monsieur le Grand TÉmoin, soyez-en par avance remercié.

Mesdames et Messieurs, nous serons certainement tous d’accord ce soir, ici, dans cet espace Georges Sadoul : il est des rendez-vous, qui chaque année nous enthousiasment chaque année un peu plus encore. Je crois, qu’il en est ainsi du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. Nous ouvrons aujourd’hui sa 11ème édition avec un bonheur renouvelé toujours intense, un bonheur que je sais toujours partagé parce que vous venez d’en parler les uns et les autres dans vos différents témoignages. A tous, Déodatiens et vous qui venez, encore plus nombreux, de plus loin que notre Ville, merci de votre fidélité.


Avant de vous livrer quelques idées sur le thème qui nous passionnera pendant quatre jours, Géographie et Santé, je voudrais remercier avect beaucoup d’amitié et de chaleur, tous ceux sans qui cet événement n’aurait pas la même qualité, ni même la renommée. Tout d’abord les imminents représentants de la communauté scientifique : des géographes, des médecins, qui se sont joints à nous, parfois venant de très loin, en général après avoir survolé les contrées qu’ils inventorient et déchiffrent, pour éclairer nos réflexions de leur savoir. Leur présence et leur contribution ont été organisées cette année par un directoire scientifique, une fois encore remarquable, placé sous la présidence d’Yves Guermond, qui s’est exprimé tout à l’heure, avec les professeurs Jean-Robert Pitte et Gérard Dorel. Un hommage tout particulier à mon ami David Khayat, Professeur de Cancérologie à l’Université Pierre et Marie Curie, et, le redire, vice-président de la Société Française de Cancérologie, qui a accepté de présider cette 11ème édition. Un autre hommage à Yves Coppens, que je viens de vous présenter. Nous sommes très heureux de vous avoir tous deux ici, parmi nous. Un salut fraternel, également, au Médecin de la Marine Nationale, Monsieur l’Inspecteur Général. Vous avez évoqué cette cette idée de progrès porté au-delà des océans, sous le drapeau français, par des scientifiques, les médecins de la Marine Nationale et qui rassemble dans un même mouvement, si beau, si profond et fraternel, les notions de défense nationale et de marine nationale et l’idée de progrès de l’humanité, Il faut se féliciter, une fois encore, que la Marine Nationale soit notre partenaire, dans ce festival, beaucoup plus d’éclat encore cette année que les autres fois. On l’a répété tout à l’heure, et chacun le sait, que nous sommes Marraine de l’Amérique. Nous en sommes fiers, mais nous sommes aussi, marraine, du plus beau navire de la Marine Nationale, la Frégate. Je remercie également tous les partenaires, nombreux, du festival sans qui celui –ci ne pourrait avoir lieu. Les sponsors, bien sur, qui font un effort chaque année renouvelé, les médias qui nous accompagnent, et qui cette année encore contribuent au rayonnement national, européen, international du festival. Un mot bien sur pour le travail exceptionnel de l’ensemble des équipes municipales, souvent mobilisées depuis plusieurs semaines, et pour certaines personnes depuis un an, sur la vingtaine de sites où se déroule le FIG. Merci aux Déodatiens pour leur accueil, car il s’agit bien d’un accueil, par une ville toute entière, d’une manifestation prise en charge par les hommes et les femmes qui habitent Saint-Dié-des-Vosges. Et depuis quelques années d’autres villes, Gérardmer, Raon l’Etape, Granges sur Vologne, rentrent petit à petit dans la danse de ce festival, de cette fête. Enfin bien sûr, j’accueille en amitié très profonde et très fraternelle, le Sénégal, pays invité d’honneur, représenté par d’éminentes personnalités du monde universitaire et politique, que je dois d’ailleurs, d’une certaine façon, avertir : ce festival est rarement sans conséquence, je veux dire conséquence géopolitique. Les Déodatiens sont ainsi, ils veulent toujours depuis 1507 se mêler des affaires du monde, et ils ont raison. Ainsi, l’an passé, le Festival invitait la république de Corée représentée par son Ambassadeur. Pratiquement un an jour pour jour après, et alors que je me trouvais, hasard ou coïncidence, en visite officielle à Séoul, la capitale, la décrispation entre les deux Corées, figées depuis 30 ans dans le silence de la haine, a débuté. Nous avions parlé ici même, des possibilités d’ouverture, de réunifier, un jour, ces deux peuples, séparés par une sorte d’incompréhension due au choc des idéologies. Le chemin est encore long a parcourir, mais aujourd’hui je suis heureux de savoir qu’un premier train va pouvoir franchir la ligne de démarcation et ainsi manifester la réconciliation entre le Nord et le Sud, vers une Corée unifiée. Comme quoi la géographie à laquelle ce Festival contribue le plus puissamment est celle des peuples, et celle de la démocratie. Elle est en un mot, là encore, la géographie du progrès. Je crois comprendre que c’est d’ailleurs le chemin également emprunté, depuis longtemps par le Sénégal. Le Sénégal qui est bien une référence de la vie démocratique en Afrique, comme les élections qui viennent d’être organisées dans ce pays l’ont démontré de manière éclatante à la face du monde. Le Sénégal a choisi la démocratie et le pays est fier de cette valeur suprême de l’expression , de l’évolution d’un régime politique lorsque les citoyens électeurs le souhaitent.


La Santé : la Santé est sans aucun doute le bien naturel le plus précieux de l’homme, c’est un truisme. Le redoutable et dérisoire du docteur Knock de Jules Romains en est bien un symptôme. La santé a ceci de particulier qu’elle est à la fois un bien individuel, chacun veille à se soigner, et un bien collectif, l’humanité dans son ensemble consacre une attention particulière et des moyens considérables, notamment financiers, à se mieux porter. Chaque peuple, chaque société, chaque Etat assigne à la médecine des âmes ou des corps une position particulière dans la hiérarchie de ses valeurs et la distribue d’ailleurs différemment sur son territoire. Bien souvent la géographie des soins, calque imparfait, très imparfait, des questions ou des problèmes de santé et aussi une géographie du développement ou du sous-développement. Pour palier les manquements des Etats, les associations jouent d’ailleurs un rôle essentiel. Par exemple, au plan international, dans la lutte contre le paludisme, (le fig info rappelait que un million cinq cent mille personnes meurent chaque année du paludisme dans le monde) ou contre le sida, (nous nous souvenons de la conférence extrêmement émouvante, qui avait été tenue ici même par un regretté professeur américain sur la diffusion spatiale du sida aux Etats-Unis). On ne parvient, hélas, plus à prendre la mesure ni à combler, faute de réflexion et de volonté, l’abîme qui sépare les continents. Il faut asséner cette sombre vérité, avant que le petit homme africain et le petit homme américain naissent égaux, le temps sera devenu histoire. L’objectivité de la recherche géographique nous rappelle à nos responsabilités. Nous avons le devoir de ne plus laisser se développer de telles situations dramatiques, c’est d’ailleurs vrai aussi, ici, chez nous. Ainsi, à Saint-Dié-des-Vosges, l’association Turbulences offre-t-elle dans le cadre de la maison du XXIème siècle aux polyhandicapés des soins et un projet éducatif que les pouvoirs publics n’avaient pas prévus, même s’ils en ont largement soutenu l’initiative. Un grand coup de chapeau, donc, à l’action associative en matière de santé sur nos territoires, qui fait rimer deux valeurs fortes ou une valeur et sa nécessaire traduction géographique : la valeur de responsabilité et de prise en charge par les citoyens de la question de la santé, et, cet impératif, que nous ressentons à l’heure de la globalisation et de la mondialisation de proximité. Responsabilité et proximité sont les deux termes, les deux balancements forts que nous avons à mettre en œuvre, lorsque l’on veut développer une politique de santé. Cela passe naturellement par une accession culturelle du combat collectif pour la santé comment mieux se prendre en charge, de la prévention à l’aspect curatif, comment lier la proximité dans le territoire, dans notre chez nous à la vocation d’améliorer les soins pour parvenir à un état de santé plus satisfaisant ? Voilà au fond, un des termes, un seulement mais oh combien important, de la démocratie dans un pays moderne comme le nôtre, et si j’étendais le propos à la coopération, puisque le Sénégal est présent cette année, avec les pays du Sud, on verrait que la tâche est immense, que l’appel à la responsabilité de chacune et de chacun d’entre nous est évidemment fort. La santé est donc à la fois une question qui s’adresse à la puissance publique et qui se pose au territoire. On a parlé ici il y a un instant, excellemment des inégalités entre régions et pays. Même à l’intérieur de l’Europe, tout près d’ici, en Europe Centrale et Occidentale, il y a d’énormes différences dans l’espérance de vie, dans les taux de mortalité à la naissance, et même probablement, je parle sous le contrôle des médecins qui sont ici, des géographes, qui l’étudient par leurs cartes dans l’accès aux soins. C’est d’ailleurs un des problèmes essentiels de l’élargissement de l’Union Européenne. Parmi les questions abordées dans les conférences consacrées à cet élargissement, celles des organisations de santé et des problèmes de santé publique sont essentielles. D’ailleurs ici même, en Europe Occidentale d’un point à un autre, il peut y avoir en terme de taux de mortalité infantile, à quelques kilomètres de distance, des variations de facteur 10. Brutalement se découvre un fait nouveau : les profondes inégalités régionales de santé des Français eux-mêmes. Entre nous, on savait depuis longtemps l’espérance de vie de l’instituteur plus élevée que celle de l’ouvrier, mais on méconnaissait l’importance de l’inégalité spatiale aujourd’hui révélée et décryptée, par des travaux remarquables comme ceux du professeur Picheral ou comme l’Atlas de la Santé en France, non moins remarquable , ouvrage collectif dirigé par Gérard Salem. Oui, l’espérance de vie est plus faible et le taux de mortalité entre ces différentes régions plus fort dans le Nord-Pas- de-Calais, en Lorraine, Haute-Normandie, ou dans le Finistère, défavorisés par rapport, par exemple, à la Provence -Alpes Côte d’Azur ou au Languedoc Roussillon. Les différences sont énormes : elles peuvent être en terme d’espérance de vie à la naissance, de 10 ans. Ces disparités en cours ne sont pas anecdotiques. Sous la loi d’un même et unique Etat providence, les taux peuvent varier jusqu’à 4 points. Pour renforcer le droit à la santé, une telle inégalité qui est d’abord une injustice, doit être combattue par l’action publique, c’est à dire par l’action politique, au sens le plus élevé du terme. On le voit, la géographie, qui n’est pas uniquement narration des espaces, mais science de l’interaction des phénomènes et des milieux, peut nous aider à livrer cette bataille par son point de vue synthétique. Son esprit est résolument celui de notre époque : soucieux de connaissances sans idéologie, et soucieux d’explications concrètes. A la croisée des disciplines, des chemins, et des flux, elle est un effort constant pour expliquer la diversité sans l’enfermer dans un carré magique ou la réduire à une catégorie univoque. Aussi peut elle d’abord nous aider à comprendre les inégalités de santé qu’elle a démasquées, en restituant la complexité du réel -d’où d’ailleurs la difficulté de l’action politique pour réduire ces inégalités- et nous conduire à planifier, c’est à dire à prévoir dans le temps l’organisation d’un système ou d’une politique de soins mieux adaptés, plus proche, des besoins des populations.

Par exemple, la table ronde autour du professeur Jean-Robert Pitte nous aidera à comprendre comment certains régimes alimentaires, on a parlé du régime crétois, je crois, ou du régime du sud ouest, semblent protèger les artères et le cœur des populations qui les adoptent, et pourquoi le nombre de jeunes obèses à progressé en France de 50 % au cours des dernières années, certes, surtout, parmi les populations les plus défavorisées. Il doit bien y avoir une relation entre les habitudes de nutrition et ce phénomène inquiétant qu’on a connu dans d’autres pays développés, comme dans le nord en général, qui enregistre un des plus forts taux d’augmentation de l’obésité chez les jeunes. A l’inverse, autre contradiction, le géographe cherchera à comprendra pourquoi paradoxalement on meurt davantage d’alcoolisme, dans les régions non viticoles. L’alcoolisme a longtemps été perçu comme une pathologie uniquement sociale, elle est en réalité également territoriale, elle est culturelle, et c’est une pathologie particulièrement liée aussi au niveau de l’instruction comme au niveau du revenu.


Mesdames et messieurs, la géographie doit surtout nous aider à lutter contre ces graves inégalités. Elles se révèlent un instrument efficace ; nous avions besoin du géographe pour promouvoir nos réformes. Nous pouvons, à l’aide de ces points cardinaux, redessiner une nouvelle géographie du bien-être, pour reprendre la très belle expression du professeur Antoine Bailly. Pour un responsable politique, qui peut être un décideur, faire le bon choix présuppose de disposer d’informations fiables intégrant le maximum de détails mais présentées de façon synthétique, actualisées, et donc utilisables concrètement. Notre époque renforce cette exigence. Je l’indiquais il y a une seconde, la mondialisation élargit simultanément les espaces et elle écrase le temps grâce notamment aux nouvelles technologies. Face à cette difficulté, la géographie est d’un grand secours. Plus la connaissance et la description des inégalités territoriales seront précises et difficilement contestables, plus elles seront parées de la force de la vérité scientifique, plus les oppositions à l’action réformatrice seront délicates à justifier. C’est ce qu’a très remarquablement analysé le professeur Yves Lacoste dans la revue Hérodote. Je le cite : « la diffusion de carte où apparaissent les inégalités les plus choquantes peut en effet faciliter la prise décision politique indispensable pour remédier à ces inégalités ». De ce point de vue, j’ajouterais même que la géographie est pour le politique une sorte de médecine contre la lourdeur administrative où l’asphyxie de la décision. Elle fait sauter aux yeux ce que des démonstrations empesées ne parvenaient pas à établir.  Elle montre pour démontrer, c’est sa mission pédagogique, culturelle aussi, préventive également. Où implanter tel hôpital, tel centre des urgences (c’est d’ailleurs un sujet d’actualité à Saint-Dié-des-Vosges), comment rendre accessible ou maintenir telle maternité (c’est un sujet d’actualité dans de nombreuses régions et territoires de notre pays), selon quelle répartition distribuer de nouveaux équipements d’imagerie médicale ? Un peu de bon sens, mais surtout beaucoup de géographie, appuyés par les observatoires régionaux de la santé, avec des cartes précises, aiderait parfois mieux à prendre de bonnes décisions que d’interminables palabres aveugles, menés par des technocrates trop éloignés des préoccupations et des besoins des populations.

Je sais que je parle à des élus locaux qui comprennent bien ce que je veux dire.

Pour finir, je n’oublierai pas que la géographie est également, Gérard Dorel le disait remarquablement il y a une seconde, une discipline scolaire. Nous avons tous fait sa connaissance sur les bancs de l’école de la République ; sur les bancs de notre belle école. A tous les enseignants, je voudrais ici redire les mots d’encouragement et d’amitié que leur adresse à l’occasion de notre Festival, mon collègue et ami Jack Lang, Ministre de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur. Je le cite « Grâce à votre belle énergie tous les écoliers savent que la terre est peuplée de différences que vous nous apprenez à aimer. Votre réflexion sera vivante et féconde, je ne doute pas de son brio, très amicalement, Jack Lang ».

Mesdames, messieurs, chers amis, comme chaque année depuis 11 ans, Saint-Dié-des-Vosges se retrouve au cœur de la terre. Notre ville, ce petit point d’effervescence sur une vaste mappemonde (c’est d’ailleurs un des symboles de notre Festival), cette petite étoile sur la vaste terre, est devenue, c’est une réalité maintenant reconnue universellement, la capitale mondiale de la géographie. Saint-Dié-des-Vosges et surtout, les Déodatiennes et les Déodatiens sont fiers d’accueillir tant d’intelligence, tant de générosité et de cœur, et fiers de proposer pendant 4 jours, autant de manifestations publiques et gratuites. Je déclare bien ouverte cette onzième session du FIG. Merci de votre attention.

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