LA GÉOMATIQUE DE LA SANTÉ : TENDANCES ACTUELLES

Goze B. Bénié, Claire Müller-Poitevien et Hieu H. Ngo,

Université de Sherbrooke, Sherbrooke, Québec, Canada, J1K 2R1
Courriel :
gbenie@courrier.usherb.ca

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Résumé

La géomatique avec son approche systémique et ses puissantes méthodes d’analyse spatiale et temporelle joue de plus en plus un rôle clé d’interface entre l’environnement, la santé publique et l’épidémiologie. Cette communication décrit la technologie et fait un réquisitoire de son utilisation comme outil d’aide à la décision en santé publique.

Mots-clés

Géomatique, approche systémique et analyse spatio-temporelle

Santé publique, environnement et épidémiologie

Interactions entre les secteurs de la santé, de la géographie et de la géomatique

Introduction

Le développement industriel et l’augmentation de la population vont de pair avec la prolifération des substances chimiques potentiellement toxiques d’effets suffisamment complexes, et le changement local et global des climats. Cette situation entraîne une augmentation de l’incidence de nombreuses maladies (cancers, maladies cardio-vasculaires…). Dans les pays du Sud, la mortalité encore très élevée est en partie due aux maladies infectieuses essentiellement liées aux conditions sociales et environnementales. De plus, le renforcement des soins de santé primaire est reconnu par l’OMS comme le moyen le plus important pour promouvoir la santé publique. Par ailleurs, la disponibilité, l’accessibilité, la distance et le temps requis pour se rendre à un centre de soins ainsi que les caractéristiques de la population sont des indicateurs importants dans le domaine des soins de santé primaire.

Les connaissances sur ces conditions justifient la problématique de l’analyse spatiale et temporelle des interactions entre la santé publique et l’environnement. La variation dans l’espace et dans le temps des caractéristiques de la population et de son milieu constitue un aspect fondamental de l’épidémiologie. Mais les cartes élaborées par les chercheurs médicaux sont souvent simplistes. Quant aux géographes de la santé, ils étudient la qualité de l’environnement avant d’en arriver à ses effets sur la population (Gesler, 1986). Ces démarches sectaires entraînent un manque de solution globale et un important biais dans les solutions suggérées par les uns et les autres. En général, les secteurs de la gestion de la santé publique et de l’hygiène de l’environnement s’efforcent de se trouver une technologie appropriée pour élaborer des méthodes rapides et fiables d’évaluation immédiate, applicables à la recherche en santé, la planification, la surveillance permanente et l’évaluation des programmes de santé (Scholten et Lepper,1991). Cette situation s’avère plus urgente pour les pays du Sud à forte densité de population et à taux de croissance élevée.

La géomatique, par ses fonctions fondamentales d’acquisition, de stockage, de traitement, de production et de diffusion de l’information à référence spatiale, contribue à la recherche de cette solution globale (Vine et al.,1998; Briggs et Elliott, 1995). Cette communication vise d'une part, à décrire brièvement cette technologie dans le cadre de son approche systémique. D'autre part, elle résume quelques applications importantes de la géomatique à l'épidémiologie et à la gestion de la santé publique. Aussi insiste-t-elle sur :

  • la complexité des liens entre la santé et l'environnement humain et physique ainsi que le volume important de données générées suggérant fortement une étroite coopération multisectorielle autour d'une technologie appropriée.

  • la distribution spatiale et l'accessibilité des centres de santé,

  • l'étiologie et la surveillance de la distribution spatiale de la maladie en fonction des facteurs changeants du milieu,

  • la planification et la gestion de santé publique en vue d'améliorer la qualité du processus décisionnel,

Qu’est-ce que la géomatique ?

Définition

C’est au début des années 70 qu’un ingénieur géographe employa pour la première fois le mot «géomatique» pour faire allusion au mariage des sciences de l’étude et des mesures de la Terre avec l’informatique. De nos jours, la géomatique est définie comme étant un champ d’activités qui a pour but d’intégrer les moyens d’acquisition et de gestion des données à référence spatiale en vue d’aboutir à une information d’aide à la décision, dans un cadre systémique. La notion de système explique la prise en compte de tout ce qui concourt à la réalisation d’un projet de géomatique : les données, les équipements, les logiciels, les spécialistes, le cadre physique de travail ainsi que les procédures qui les coordonnent.

Des expressions synonymes du mot géomatique sont utilisées dans d’autres langues; c’est le cas de l’anglais avec l’expression « Geographic Information System » qui est souvent traduite en français par « Système d’information géographique (SIG) ». Depuis la fin des années 90, les scientifiques utilisent de plus en plus l’expression « sciences de l’information géographique » pour éviter la confusion dans la désignation du domaine de la géomatique et des logiciels qui supportent cette dernière.

Si la géomatique s’adresse avant tout à des objets relativement à leur position sur la Terre, les scientifiques, par abus de langage, intègrent dans son champ, d’autres activités traitant d’objets dont la référence n’est pas notre planète : c’est le cas entre autres de certaines applications médicales où la référence est l’être humain.

Objectifs de la géomatique

De façon générale, la géomatique vise à :

  • définir les bases de la référence spatiale;

  • développer et utiliser les méthodes, techniques et outils pour localiser et mesurer les différents éléments du territoire, existants ou à mettre en place;

  • intégrer ou rendre intégrables les données obtenues en fonction des systèmes de référence choisis (modélisation mathématique pour transformer un besoin du monde réel);

  • offrir des données et informations de qualité;

  • améliorer leur traitement, stockage et diffusion grâce à l’informatique;

  • analyser différents scénarios décisionnels à partir des informations obtenues en tirant profit des méthodes mathématiques d’optimisation (analyse multivariée, recherche opérationnelle…).

Géomatique de la santé

Complexité des liens entre la santé et l'environnement humain et physique

Les interactions entre l’environnement et la santé publique se situent à plusieurs niveaux. Avec le développement industriel, les espaces ouverts ont pris du recul; les substances chimiques potentiellement toxiques sont plus répandues et la pollution complexe change le climat global.

Comment peut-on contribuer à la recherche de cette solution globale en mettant l’accent sur les interactions entre les phénomènes multiples suivants : la description des patrons spatiaux de la mortalité et de la morbidité, les facteurs socio-environnementaux associés à ces patrons, l’étiologie et la diffusion d’une maladie, la distribution spatiale, la diffusion et la régionalisation des ressources dédiées à la santé, l’accessibilité et l’utilisation des ressources relatives à la distribution d’un service sanitaire particulier, les aspects spatiaux et temporels des interactions entre la maladie et la disponibilité et l’offre des soins de santé (Quénel, 1995) ?

C’est à cette question que les géomaticiens en collaboration avec les géographes et les spécialistes de la santé publique tentent d’apporter des éléments de solution efficaces et robustes. Les effets environnementaux et de santé ont un point commun : ils s’articulent dans l’espace et sur le territoire et peuvent donc être analysés et gérés à l’aide des outils de la géomatique : télédétection, cartographie, SIG, modélisation. Mais ces outils, qui relèvent de la haute technologie, ne sont pas toujours utilisés au mieux de leurs possibilités. En effet, un rapport de l’OMS (1999) met en évidence le fait que l’analyse spatiale et la cartographie appliquée à l’épidémiologie sont connues depuis longtemps mais jusqu’à une époque récente leur utilisation en santé publique est restée limitée. En guise d’exemple, citons Wartenberg et al. (1993) et Stallones et al. (1992) qui ont intégré des méthodes de surveillance d’épidémiologie dans les SIG pour identifier les personnes à risque dans le voisinage des lignes hydroélectriques de haute tension pour les premiers et aux abords de sites d’enfouissement de matières dangereuses pour les seconds.

Santé publique et géomatique

Généralités

La géomatique dispose d’outils permettant d’observer la Terre à différentes échelles spatiales et temporelles. Les données à référence spatiale (DRS) acquises sont traitées avec des méthodes des plus simples aux plus complexes sur des stations informatiques de plus en plus puissantes (rapidité, capacité de stockage et traitement). De façon spécifique, l’apport pertinent des méthodes de recherche opérationnelle et d’analyse multivariée ou multicritère dans les problèmes d’optimisation axés sur des contraintes linéaires ou non, mérite d’être souligné. Il faut aussi noter avec force la modélisation spatiale qui permet d’intégrer ou de fusionner des données quantitatives ou qualitatives, spatiales ou non spatiales, d’échelles et de sources différentes, etc. C’est à travers cette modélisation spatiale que l’on représente par des procédures de simulation, les réalités socio-bio-géographiques. Ces méthodes peuvent être mises à profit dans les applications de la géomatique à la santé publique. L’objectif majeur de ces applications demeure l’optimisation dans l’implantation des infrastructures sanitaires en fonction de la population desservie et du milieu biophysique. Cet objectif implique de manière implicite l’intégration de données quantitatives et qualitatives dans un ordre qui n’est pas forcément linéaire

Les problèmes peuvent se poser en des termes tels que : les relations spatiales entre la population, les infrastructures sanitaires, les services d’urgence et le milieu physique. Les relations spatiales sont considérées dans leurs composantes proximité ou distance. Les paramètres de la population sont nombreux : la densité, le sexe, l’âge, le niveau socio-économique, les traits culturels, etc. En ce qui concerne les infrastructures sanitaires, les indicateurs généralement utilisés ont trait aux hôpitaux, aux dispensaires, aux pharmacies et aux personnels médicaux. Quant aux services d’urgence, ils comprennent entre autres le transports héliportés et ambulanciers, les sapeurs pompiers, la police et la télécommunication de répartition des soins d’urgence. Enfin le milieu physique intervient par les indicateurs suivants : l’occupation du sol, l’utilisation du sol, le relief, etc.

Un regard sur la littérature scientifique mettant en relief l’utilisation de la géomatique en épidémiologie et en santé publique permet de dégager deux grandes tendances : (1) les études portant sur les maladies infectieuses et tropicales sévissant dans les pays en voie de développement, (2) celles réalisées dans les pays développés portant particulièrement sur l’accessibilité aux soins, les effectifs médicaux et aussi les maladies chroniques et débilitantes.

Distribution spatiale et accessibilité des centres de santé

La proximité des centres de soins pour des populations cibles a fait l’objet de nombreuses études de géomatique. Les travaux de Hyndeman et al. (1997) sur la mammographie et ceux de Wilkinson et Tanser (1999) sur les patients atteints de tuberculose se sont penchés sur l’influence de la distance par rapport aux services de santé sur l’acceptation et le suivi des traitements. Pour assurer sur une base continue le suivi des patients, ils concluent que les infrastructures sanitaires devraient être plus proches de la clientèle visée. Eyles (1990) va plus loin en soutenant l’importance de la configuration spatiale des systèmes de soins de santé de telle sorte que ceux-ci soient facilement accessibles pour une optimisation des soins.

Les analyses de proximité sont utiles dans l’étude de l’existant (localisation des infrastructures et relation avec la densité des populations cibles et dans les études prospectives (construction de nouvelles infrastructures). C’est ainsi que Kohli et al. (1995), en utilisant les SIG pour analyser la répartition spatiale de la population et des centres de santé, ont attiré l’attention des gestionnaires de la santé publique sur l’incohérence qui prévalait : des villes peu peuplées ont plus de centres de santé que d’autres à forte concentration humaine.

Au Canada, une étude menée par Scott et al. (1998), a évalué le pourcentage de la population ayant rapidement accès à un hôpital en cas de thrombose ischémique aiguë. Ils ont répertorié les hôpitaux pouvant offrir le service et ceci à partir de critères bien spécifiques (accès à des spécialistes et à des équipements spécialisés). Ils ont aussi évalué la position des hôpitaux par rapport à la population à desservir. L’analyse réalisée à l’aide des SIG a identifié deux groupes dans la population : celui qui était proche des centres de soins et celui qui en était éloigné. Ce dernier groupe comprenait des personnes vivant dans les régions rurales. Ils ont constaté que le dernier groupe avait un accès limité aux traitements thrombolytiques. Les chercheurs ont par conséquent recommandé un service d’urgence couvrant un rayon d’environ 60 minutes.

Dans une étude similaire réalisée en Australie, Bamford et al. (1999) ont démontré que les médecins généralistes étaient relativement inaccessibles par la population rurale dans les communautés situées au sud de l’Australie. Les SIG ont ainsi mis en évidence les localités dépourvues de médecins et favorisé leur recrutement pour y remédier.

Planification et gestion de la santé publique

Le développement des milieux urbains et périurbains couplé à l’accroissement de la population pousse les décideurs à créer de nouveaux centres de soins. Les critères de choix des sites devant abriter ces centres proviennent en général d’un mélange d’indicateurs sociaux (politiques, populations) et environnementaux (conservation et protection de la biodiversité, relief, occupation et utilisation du sol).

En Angleterre, Bullen et al.1995 ont utilisé les SIG pour identifier les endroits nécessitant une planification des soins de santé primaire dans la région ouest de Sussex. Cette étude a permis de démontrer comment la géomatique peut être utile aux autorités médicales pour la planification des soins et le profil de la région desservie. Son utilisation est plus rapide et permet de prendre des décisions plus rapidement.

Jacoby (1991) soutient que l’émergence de la géomatique est une occasion unique pour réunir les données favorisant une meilleure distribution des centres et services de soins. Ainsi l’on pourrait facilement standardiser le temps et les accès à tous les services de soins de santé et rédiger un guide pour une meilleure distribution géographique des médecins.

épidémiologie et géomatique

Aperçu

L’épidémiologie étudie la distribution spatiale d’une maladie ou d’une condition physiologique de la population et les facteurs qui influencent cette distribution. Un exemple classique de ce type d’analyse est l’identification de la source du choléra à Londres, par John Snow en 1854. Les connaissances des variations géographiques et des migrations de population contribuent à la découverte des facteurs de risques dans de nombreuses maladies : le lymphome de Burkitt en Afrique et le virus Epstein-Barr, les immigrants japonais aux états Unis et le cancer gastrique. Les grands centres urbains et certains modes de vie sont à la base de risques pour des maladies tel le SIDA.

L’introduction des outils de géomatique dans la pratique de l’épidémiologie doit surmonter un certain nombre de contraintes pour atteindre les objectifs souhaités. En effet, les méthodes épidémiologiques actuelles ne sont pas capables d’utiliser ou de synthétiser les données distinctes provenant de petites unités géographiques d’une façon statistiquement acceptable, comme peuvent le faire aisément les SIG (Mott et al.,1995). La technologie de géomatique permet mieux que tout autre outil de faire ressortir les tendances, les corrélations et les interrelations entre environnement et santé, et de ce fait, elle constitue un excellent moyen de visualiser et d’analyser les données épidémiologiques (OMS,1999). Les contraintes à surmonter sont les suivantes (Richards et Croner, 1999) :

  • La difficulté de production et la rareté des données géoréférencées utiles à l’épidémiologiste constituent un handicap non négligeable.

  • L’interprétation des phénomènes épidémiologiques en fonction de l’échelle spatiale des données : le non spécialiste de la manipulation des DRS se trouve confronté au problème de gestion des détails et de la généralisation de l’information; avec des données numériques et la cartographie assistée par ordinateur (CAO), les effets de ce problème pourraient être réduits mais encore faut-il offrir à des coûts raisonnables ce genre de produit.

  • Parce que les SIG sont puissants dans l’intégration ou la fusion de données de sources, de natures et d’échelles diverses, le praticien peut être tenté de sauter rapidement aux conclusions quant à l’interprétation et l’utilisation des résultats. Il peut courir ainsi le risque de la « technology push ».

Pour pallier à ces contraintes, nous suggérons une solution globale axée sur la collaboration entre géographes, épidémiologistes et géomaticiens. Pour ce faire, le géomaticien doit comprendre et savoir appliquer les principes de base de l’épidémiologie qui se résument en termes de : analyse des besoins, formulation des questions et spécification des indicateurs correspondant aux réponses anticipées, synthèse des hypothèses de travail, relations entre les causes et les effets (dualité environnement – maladie), qualité des données, formulation et représentation des informations d’aide à la décision. Quant à l’épidémiologiste et au géographe de la santé, ils doivent s’initier aux sciences et technologies de la géomatique (appréciation des mesures et images (GPS et de télédétection), interprétation des informations produites à l’aide des outils de CAO, traitement d’images et de SIG). C’est seulement dans ce cadre que l’on pourra profiter des retombées du mariage entre épidémiologie et géomatique compte tenu de l’hyperspécialisation des systèmes de formation actuels.

étiologie et surveillance de la distribution spatiale des maladies

Les exemples de pathologies présentés ci-dessous ont un point commun : elles se transmettent à l’être humain à partir de vecteurs vivant dans son milieu environnant. C’est pourquoi il faut souligner la nécessité d’une collaboration entre les zoologistes, les vétérinaires, les agents de santé publique, les géographes de la santé et les technologues de l’information à référence spatiale.

Mott et al. (1995) ont mis en évidence la contribution de la géomatique à la compréhension des facteurs environnementaux qui influencent la distribution de certaines maladies telles que la maladie de Chagas, la schistosomiase, la leishmaniose, et les infestations par les trématodes. La maladie de Chagas, de plus en plus présente dans les zones urbaines et périurbaines, voit son mode de transmission par le biais des produits sanguins s’accroître rapidement. Aussi peut-on comprendre l’urgence de pouvoir bien retracer son évolution.

Dans le cas de la Leishmaniose, l’analyse spatiale, bien peu démonstrative dans la mise en relief du lien causal entre les observations environnementales et épidémiologiques, a permis de mettre en évidence l’efficacité des mesures de lutte standard axées sur des considérations géographiques. Connor et al. (1996) ont utilisé les SIG dans l’identification et le contrôle des facteurs environnementaux associés à la transmission des maladies liés aux agents vecteurs. Leurs travaux sur le suivi de la leishmaniose dans le sud du Soudan, ont permis d’identifier et de définir les sites susceptibles de favoriser la survie de l’agent vecteur dans les régions forestières peuplées essentiellement d’acacia. Ils ont abouti à des cartes de distribution spatiale de l’agent vecteur et par conséquent de l’évolution potentielle de la maladie.

La possibilité d’une modélisation prédictive de la schistosomiase constitue une des applications intéressantes de la géomatique. La collecte, la génération et le traitement de données à référence spatiale (DRS) de sources multiples (télédétection, pédologie, hydrologie, cartographie, GPS, mesures in-situ, etc.) permettent de prédire les habitats du gastéropode qui est l’hôte intermédiaire. Son utilisation, dans le cas de la schistosomiase, a été largement démontrée dans l’étude réalisée par Nuttal et al. (1996) et par Baria et al. (1999).

La fusion et l’analyse multidate de DRS multisources (télédétection, photo-interpétation, GPS, cartes, enquêtes) à l’aide des SIG a permis une avancée dans le suivi spatio-temporel de l’onchocercose (Richards, 1993). En effet, Cadot et al. (1998), lors d’une étude portant sur la transmission de l’onchocercose, ont utilisé le GPS afin d’avoir des coordonnées précises des lieux d’habitation de chaque individu et des lieux de travail de chaque homme adulte exprimées. D’autres relevés géographiques, combinées à l’analyse de photographies aériennes et d’une image SPOT de la zone ont permis de délimiter les zones correspondant aux différents types de couvert végétal. Une carte détaillée des deux villages et de leurs terroirs a été réalisée grâce à un système d’information géographique. Du point de vue épidémiologique, tous les habitants volontaires des régions concernées ont subi deux biopsies exsangues pour faciliter la recherche de microfilaires. La prévalence de l’infestation a été calculée par microfilarodermie et par la charge microfilarienne moyenne de communauté qui est un indicateur quantitatif de l’intensité de la transmission. Les résultats rapportés montrent que dans les régions délimitées, la maladie est hyperendémique. La distribution spatiale de la maladie a permis de mettre en évidence que les habitations proches des cours d’eau sont plus vulnérables. Quant aux lieux de travail, le rôle des cacaoyères et de leurs emplacements par rapport aux gîtes de reproduction des simulies dans la transmission de l’onchocercose a été mis en évidence pour la population masculine. Pour la population féminine et infantile, les déplacements semblent à l’origine de la contamination.

Plusieurs études ont mis en évidence l’utilisation de la géomatique dans le cas de la malaria (Beck et al.,1994; Kitron et al.,1994; Gunawardena et al.,1996; Connor et al., 1996). Les travaux de Connor et al. (1996) en Gambie, notent une présence élevée de moustiques dans les régions occidentales et centrales. Cependant, les taux de sporozoites et l’index sanguin chez l’être humain sont plus élevés à l’Est où la transmission de la malaria est la moins intense. Les autres résultats de cette étude montrent que le type de sol et la proximité des villages de la rivière Gambie ne sont pas associés au niveau de prévalence, mais plutôt fortement associés à l’abondance du nombre de vecteurs. Ils ont permis aussi de confirmer l’hypothèse que la transmission de la malaria est plus fortement associée à la saison. Quant aux travaux de Beck et al. (1994), ils ont aussi intégré les DRS sur les paysages dans les SIG pour mettre en évidence l’abondance des agents vecteurs et pour faire le suivi spatial de la maladie et des zones à risque dans la région sud du Chiapas au Mexique. L’étude de Kitron et al. (1994) a contribué à la recherche de solution au problème de la recrudescence de la malaria en Israel. Elle a montré que l’immigration humaine était à l’origine de cette recrudescence. Enfin, L’étude de Gunawardena et al. (1996) a permis de mettre en évidence que la prévalence de la malaria était non seulement élevée dans les zones proches des forêts et des zones riveraines mais aussi en relation avec le type de construction des maisons et le niveau de vie.

La géomatique a aussi servi dans certaines études relatives au suivi spatial et temporel de la trypanosomiase humaine et animale en Afrique. Entre autres, Rogers et Williams (1993) ont tenté de comprendre la distribution spatiale des agents vecteurs et de la maladie. Mais ils ne n’ont pas pu prouver si la maladie du sommeil est cyclique ou si elle varie en fonction des pluies, de l’immunité de l’hôte ou de la virulence de l’agent vecteur.

Dans ce dernier exemple relatif à la fasciolase (maladie hépatique, dermatose, problèmes pulmonaires ou cérébraux) dont l’agent vecteur est la grande douve (fasciola hepatica), Malone et al. (1992) ont combiné les DRS sur les paysages dans un SIG pour cartographier les sites spécifiques à risque de la maladie.

Forces et faiblesses de la géomatique appliquée à la santé

Forces

Avec sa grande capacité de collecte de donnée, la mise à jour facile des bases de données et son aptitude à la bonne gestion des DRS et autres informations pertinentes, les outils technologiques de la géomatique offrent aux praticiens, aux planificateurs et aux chercheurs de la santé publique, de nouveaux types de données telles que celles acquises par télédétection et par GPS. Ils améliorent leur habileté à concevoir, organiser et lier des bases de DRS.

Les efforts dans la standardisation des bases de DRS et le souci des milieux décisionnels de rationaliser les ressources financières et techniques conduisent petit à petit à un esprit de partenariat autour de la notion de DRS et au sens du partage des DRS aux échelles municipales, régionales et nationales. Andes et Davis (1995) ont utilisé en Alaska des bases de données conçues dans des projets à objectifs différents mais compatibles pour identifier des régions spatialement homogènes en vue de réaliser une évaluation d’intervention. Glass et al. (1995) ont mis en commun six bases de DRS faisant intervenir 53 variables environnementales afin d’investiguer les risques de développer la maladie de Lyme en fonction du lieu de résidence en utilisant la méthode épidémiologique Cas-témoin.

Sur le plan technique, de nouveaux opérateurs basés sur les méthodes épidémiologistes, l’analyse spatio-temporelle basée la topologie inhérente aux SIG et les modèles complexes d’intégration de données socio-bio-géographiques s’ajoutent à la boîte à outils des praticiens et planificateurs de la santé publique. De manière générale, la géomatique aide l’épidémiologiste à répondre aux questions suivantes :

  • En quoi et comment l’environnement constitue une source des causes potentielles d’une maladie?

  • Où peut-on la localiser?

  • Comment évolue-t-elle dans la population, dans le temps et dans l’espace (type de distribution et tendance)?

  • Quels sont les scénarios possibles de son évolution spatio-temporelle (analyse multicritère et modélisation)?

Le gestionnaire de la santé publique tire aussi de nombreux avantages de la géomatique sur le plan technique :

  • détermination plus aisée de la répartition géographique et des variations de prévalence et d’incidence des maladies;

  • contribution à l’analyse des tendances spatiales et longitudinales;

  • cartographie des populations à risque;

  • Stratification des facteurs de risque;

  • évaluation de l’attribution des ressources (services de santé, écoles, points d’eau);

  • aide à la planification et à l’orientation des interventions;

  • prévision des épidémies;

  • suivi diachronique des maladies et les interventions.

Les coûts des outils de la géomatique (logiciels de CAO, traitement d’images, et SIG, équipements informatiques) évoluent à la baisse tandis que leurs puissance et efficacité s’accroissent de façon vertigineuse. Cette situation explique l’accessibilité accrue de la technologie et son rôle de plus en plus important en épidémiologie et en santé publique.

La géomatique permet, mieux que tout autre outil, de faire ressortir visuellement et d’analyser de manière synoptique les tendances, les corrélations et les relations entre les phénomènes (OMS,1999). Ainsi, elle facilite l’interprétation de l’information à référence spatiale au profit du décideur en lui présentant des tableaux, des cartes et des images assimilables par des non spécialistes.

Faiblesses

La géomatique permet de manipuler des DRS pour produire des informations sur les individus comme sur les communautés. Dans le cas de la santé, ces informations sont généralement confidentielles. Se posent alors le problème d’étique professionnelle et de droit de la personne face à l’accessibilité, à la disponibilité et à la protection de cette information. Par ailleurs, l’information étant source de pouvoir, on peut craindre la rétention de l’information par les technologues qui la produisent.

Une mauvaise maîtrise des outils d’analyse spatiale peut entraîner une mauvaise interprétation des résultats. En fait, malgré les multiples applications de la géomatique à la santé, peu d’études épidémiologiques rapportent son utilisation efficace. Les explications les plus probables proviennent du caractère relativement nouveau de la technologie, et de sa faible pénétration du milieu de la santé publique (Vine et al.,1998). Ce dernier argument justifie le retard du marché des outils de géomatique dans le secteur de la santé. Il provient aussi du fait que la qualité et la précision des DRS numériques requises en épidémiologie ne sont pas souvent rencontrées en épidémiologie, ce qui décourage les spécialistes.

Même si les techniques et méthodes de géomatique sont suffisamment sophistiquées, à travers leur emballage technologique, pour des fins commerciales, elles sont généralement conçues pour satisfaire plusieurs types d’application. On peut facilement comprendre pourquoi elles sont insuffisantes en termes de précision et de diversité quand il s’agit de couvrir les divers champs d’une application spécifique. C’est le cas de la santé publique et de l’épidémiologie. Aussi est-il urgent de mettre en place, au profit des praticiens, des chercheurs et des planificateurs, des programmes de formation et de recherche spécialisées de géomatique de la santé (Richards et Croner, 1999).

En ce qui concerne la diffusion de l’information, la forme et la représentation des résultats constituent parfois un handicap pour la compréhension de ceux-ci par les thématiciens. Il faudrait donc tenir compte des exigences du secteur de la santé pour développer des méthodes qui lui conviennent. Par ailleurs, la diffusion de l’information géo-sanitaire sur INTERNET est encore à un stade primaire de développement. Il faudrait faire avancer ce secteur en prenant soin de respecter la confidentialité de l’information sur la personne quand cela est requis.

Pour terminer, notons que les recherches en géomatique de la santé se font ça et là sans grande concertation entre les divers intervenants. L’une des conséquences majeures de cette situation est que les bases de données sont conçues et les informations gérées au gré des intervenants. Pendant que nous assistons à l’avancée de cette technologie de l’information à référence spatiale dans la santé, il faudrait sans tarder créer des tables de concertation pour établir des normes relatives aux bases de données, à la qualité, la forme et la représentation de l’information géo-sanitaire.

Conclusion

La géomatique avec son approche systémique et ses puissantes méthodes d’analyse spatiale et temporelle joue de plus en plus un rôle clé d’interface entre l’environnement, la santé publique et l’épidémiologie.

Les épidémiologistes ont une expertise dans la collecte et l’analyse verticale des données portant sur l’état de santé d’un individu, sur la maladie et sur la distribution de celle-ci dans l’espace et dans le temps. Le géographe médical se sent à l’aise dans l’analyse spatiale et temporelle de ces données acquises à des échelles et par des sources différentes. Le biostatisticien profite de son expérience pour développer, améliorer et interpréter les analyses de statistiques spatiales sophistiquées. Enfin, le géomaticien propose sa technologie appuyée par le développement de l’informatique pour faciliter l’acquisition, le stockage et le traitement des DRS en vue de produire une information plus éclairée pour le planificateur et le décideur de la santé. Ces divers cheminements doivent conduire à un esprit de collaboration intra- et inter-institutionnelle pour optimiser les différentes facettes de l’épidémiologie et de la santé publique. La solution proposée situe la géomatique comme interface entre l’épidémiologie, la santé publique, la géographie de la santé et l’environnement.

C’est dans ce contexte seulement que la géomatique peut insuffler à la santé une aide nécessaire et suffisante dans les activités suivantes :

  • la planification des ressources humaines;

  • la planification des installations et la prestation optimisée des services;

  • les études épidémiologiques;

  • les prises de décisions éclairées par les utilisateurs et les fournisseurs de services et produits de santé;

  • les soins de santé proactifs et préventifs;

  • la protection civile;

  • le développement de techniques d’imagerie médicale.

L’utilisation des SIG en épidémiologie est d’autant plus intéressante que cette technologie permet dans une même coquille de réaliser l’intégration des variables ayant trait à la santé du point de vue spatial, telles que le taux de décès, l’incidence des maladies, l’utilisation des services de santé, les données démographiques, les facteurs environnementaux et les informations socio-démographiques. Si la géomatique est mise en œuvre à grande échelle pour promouvoir la planification et la surveillance de la lutte contre les maladies infectieuses, elle pourrait contribuer à une révision complète de nos connaissances actuelles sur la répartition et la prévalence des ces maladies (Vine et al.,1998; Mott et al., 1995).

Comme toute technologie axée sur le développement informatique, la géomatique évolue rapidement et sa pénétration dans le secteur de la santé doit se faire avec précaution pour mieux cerner les tenants et aboutissants de l’épidémiologie et de la santé publique. Nous osons croire que la sagesse de ceux qui touchent à la santé de l’être humain et de son milieu, sera au rendez-vous pour profiter sainement du mariage entre cette technologie et la gestion de la santé.

Remerciements

Nous remercions les organisateurs du 11e Festival international de géographie de Saint-Dié pour nous avoir donné l’occasion de présenter cette communication.


Références

  1. Andes, N.; Davis, J.E. : Linking public health data using geographic information system techniques: Alaskan community characteristics and infant mortality. Statistics in Medicine, 1995; 14: 481-490.

  2. Bamford, E.J.; Dunne, L.; Taylor, D.S.; Symon, B.G.; Hugo, G.J.; Wilkinson, D. : Accessibility to general practitioners in rural South Australia. A case study using geographic information system technology. MJA,1999;171: 614-616.

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