LE THERMALISME,
ENTRE TOURISME ET SANTÉ

Marc LOHEZ

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L'article complet

L'évolution du thermalisme face à sa crise: (l'exemple anglais de Bath donne un autre regard sur le destin du thermalisme, avant d’aborder le thermalisme français, sujet du café de ce soir).

Bath, tout un symbole: la petite cité anglaise offre, à une heure et demie de train de Londres, un concentré des qualités que l'on peut attendre d'une ville thermale: le joli site de la vallée de l'Avon entouré de collines, un noyau urbain de dimensions modestes où tout peut se parcourir à pied, une extraordinaire concentration de services hôteliers de musées et d'animations pour une si petite ville. les parcs et les majestueux ensembles architecturaux géorgiens sont eux aussi disproportionnés. L'activité thermale, présente dès les romains, a légué un patrimoine historique exceptionnel: des thermes romains qui fonctionnent en partie comme il y a 1800 ans et des vestiges archéologiques qui montrent un thermalisme passé bien plus lié à la religion et à un mode de vie qu'à une activité strictement médicale; Ici comme ailleurs, le thermalisme a été marqué par les faveurs du pouvoir (décisions de l'autorité romaine puis des Tudor) et par les témoignages précieux des gens de lettres (Jane Austen, Dickens...). Incontestablement, à partir d'une certaine taille, les villes thermales possèdent un supplément d'âme et Bath représente l'exemple presque parfait de cette richesse. Il ne lui manque, pour atteindre la perfection, qu'un élément, de taille toutefois: un établissement thermal en état de fonctionner.

La plus prestigieuse des villes d'eaux a vu en effet son activité éponyme disparaître dans les années 70, victime de la méfiance des médecins britanniques. Le National Health Service retira son agrément et le thermalisme du Royaume-Uni privé de prise en charge sociale, mit la clé sous la porte. Il est cependant question de reconstruire à Bath un centre thermal, plutôt un pôle santé-beauté-forme, grâce.... à un don de la loterie nationale !


Semblable aventure menace-t-elle la France ?

1999: Le plan stratégique de la sécurité sociale prévoit de supprimer le remboursement pour la plupart des indications (sauf les pédiatriques particulièrement): deux tiers des stations françaises auraient été privées d’assurés sociaux: cela représentait la mort assurée pour bon nombre d’entre elles. Le monde du thermalisme se mobilise et Martine Aubry assure que cette partie du plan ne sera pas appliquée: l’ensemble des indications continueront à être remboursées. Cette menace, certes écartée, venait toutefois s’ajouter à une décennie de graves difficultés pour le secteur :

En 1999, la fréquentation des établissements thermaux a progressé de 3,5%, mais le thermalisme français connaissait depuis1993 une crise qui lui a fait perdre 95000 curistes soit 15% de sa fréquentation en 7 ans. Les crises précédentes (1959, 1968,1977) étaient plus ponctuelles et dues à des tentatives des pouvoirs publics pour diminuer la prise en charge par la sécurité sociale; la baisse actuelle semble avoir des causes plus profondes, sans doute celles indiquées par C. Jamot voici quinze ans: lourde médicalisation, dépendance de la sécurité sociale et des pouvoirs publics, problèmes d'images. Pourtant, la modernisation du thermalisme français est en cours comme le montre les quelques exemples suivants :

- Aix: la deuxième station française revient de loin:en situation catastrophique en 1996 avec une perte de 30% de curistes, des plaintes sur la qualité sanitaire de l'eau et une demande de fermeture des thermes nationaux par la cour des comptes; la situation est largement redressée aujourd'hui avec 5000 curistes récupérés et les thermes Chevalley (25000 places) qui devraient ouvrir cette année.

-Evaux les bains: une image en réduction du dynamisme retrouvé de certaines stations. Déficitaire de 1993 à 1997, la petite cité thermale du Limousin a aujourd'hui un appétit d'ogre: elle a fait remonter la fréquentation des curistes (de 2000 à 2500) ,assaini sa gestion (une SEM), le grand hôtel de 77 chambres risque de ne plus suffire, un laboratoire (produits dermatologiques) a été

créé, les grues qui surplombent le chantier derrière le grand hôtel montrent qu'un nouvel établissement thermal, au normes modernes est en construction (25 MF), et l'on veut même édifier un Casino: bref, cela fait du bien d'avoir l'autoroute Paris-Toulouse qui se construit juste à coté de soi...

-Luchon: La Reine des Pyrénées faisait grise mise dans les années 90. Tout le monde s'est mobilisé: une synergie s'est emparée de tous les secteurs responsables de l'accueil touristique pour mieux gérer le triptyque tourisme d'été/sport d'hiver/ curisme. On affiche maintenant complet.

Les recettes sont partout les mêmes: modernisation de l'équipement (coûts parfois impressionnants), mobilisation de tous les acteurs, campagne de promotion en association avec des chaînes commerciales ou régionales (cf. Auvergne thermale et route des villes d'eaux du Massif Central)

Mais parfois la stratégie ou la réussite est un peu différente.

-Vichy, l'ancienne reine des villes d'eaux n'est plus une grande cité thermale (loin des 2 premières Dax et Aix qui ont chacune plus de 40000 curistes alors que la bourbonnaise n'en accueille plus que 12500). Bien sur, à Vichy on continue à soutenir le thermalisme, mais on exploite surtout au mieux les vestiges/dépouilles de son glorieux passé: l'ancien Casino reconverti en un florissant palais des congrès qui stimule une activité touristique elle-même fort bien portante et dont le thermalisme ne constitue plus le coeur. La ville reconvertit ses friches thermales (hôpital militaire, bains lardy) en centre commercial ou en pôle universitaire; on développe un pôle santé-beauté-forme venant lui même des eaux-thermales(laboratoires Vichy/groupe l'Oréal).

- Plus généralement, l'Auvergne a élaboré une stratégie mixte de promotion du thermalisme mais surtout de valorisation touristique de l'identité thermale: c'est "la route des villes d'eaux du Massif central" qui met en valeur (site Internet, bornes explicatives en ville) le patrimoine architectural hérité de la grande époque.

-Par ailleurs (stations du groupe Villégiatherm par exemple), on valorise un thermalisme "soft": balnéothérapie et remise en forme non conventionnée , un thermalisme de proximité ou condiment d'un tourisme de courte durée. Dès le milieux des années 80, C. Jamot avait fait le constat de la lourdeur des contraintes de la médicalisation très poussée du thermalisme français, le rendant dépendant de la sécurité sociale et des pouvoirs publics. Certains acteurs du thermalisme ou des villes thermales ont intégré ce constat dans leur stratégie.

Pendant des décennies, la vie des villes thermales a été rythmée par ce coeur que constituait le thermalisme: tout tournait autour de lui; tout l'équipement touristique s'est construit en fonction de ses besoins. Désormais, le thermalisme "n'est plus le moteur du tourisme" (Atlas Reclus 1997), il doit se battre à la fois sur le front médical et pour une image de bien-être parfois peu compatible avec certains traitements crénothérapiques; il s'insère dans une nébuleuse touristique plus diversifiée et dans le cadre de la promotion du tourisme intérieur qu'accompagne le vieillissement de la population. Modernisé, sentant moins le souffre du traitement médical, il peut jouer la carte d'un art de vivre fondé sur la rupture avec le stress des métropoles (les vraies villes à la campagne, ce sont les villes thermales) et celle d'un culte animiste des vertus magiques de l'eau, toujours....sous-jacent.

Courte bibliographie :

Thermalisme et villes thermales, C.Jamot, Institut d'études du Massif Central, Clermont 1988

Les activités liées à l'eau, les stations thermales, Ph. Violier, C. Jamot, in Atlas de France, Tourisme et loisirs, Reclus 1997

Le thermalisme en d'autres termes, O. Bessy, in Actes du 117ème congrès des sociétés savantes, Villes d'eaux, histoire du thermalisme, éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1994.

Un dossier sur Internet :

www.geographiques.com/thermal

 

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