SAISONS, AUTOMNE ET
DÉPRESSION SAISONNIÈRE

Martin DE LA SOUDIÈRE
CNRS

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Peu ou prou, que nous le voulions ou non, nous sommes "saisonniers" - et cela malgré notre affranchissement apparent des contraintes climatiques et naturelles. La perdurance du cycle annuel des rites et des fêtes traditionnelles ("calendaires"), et aujourd'hui mode vestimentaire, loisirs et vacances sont là qui le rappellent : tous ces apects de nos modes de vie expriment une corrélation entre les saisons astronomiques et la vie sociale. L'automne et l'hiver, période de raccourcissement de la durée du jour (i.e. "photopériode"), engendrent chez beaucoup d'entre nous un sentiment de vague à l'âme, une légère tristesse ; d'autant plus que ces deux saisons sombres (les mois "noirs", miz du, comme disent les Bretons) sont marquées par des rites ou des commémorations teintés de nostalgie : rentrée des classes, jour des défunts (le deux novembre), morts de la guerre 14-18, etc.

Rien d'étonnant, donc, à ce que des psychiatres américains (le docteur Rosenthal et son équipe) aient pu repérer dans les années 8O ce qu'ils appelèrent avec humour le SAD (Seasonal affective disorder), entité nosographique maintenant reconnue officiellemment comme maladie par le corps médical. Le SAD, ou dépression saisonnière, toucherait en France de 3 à 5% de la population, tandis que sa forme atténuée (son "sub-syndrôme") concernerait de 10 à 15%.

Doit-on combattre ou composer avec ce trouble, ou tout au moins cette fluctuation de l'humeur ? En acupuncture, dans la médecine chinoise traditionnelle, on admettait - mieux on utilisait - cette suggestion, ces indications de l'environnement et du climat (du ciel) pour inviter et inciter les individus à dérouler leur vie psychique et physique, voire sociale, de façon cyclique tout au long de l'année : repos hivernal, créativité au printemps, etc. Hélàs peut-être, en Occident, nous cherchons au contraire à éradiquer ce que nous ne concevons que comme faiblesse, concession et dépendance par rapport à la Nature. Sommés d'être toujours plus "performants, comme dirait le sociologue Alain Ehrenberg, notre seuil de tolérance à ce type de contrariété s'abaisse. Et aujourd'hui en France (mais il y a déjà quelques années déjà en Suisse et en Suède), se développe une véritable thérapie du SAD : le traitement de ce blues de l'automne par la lumière ("Photothérapie", ou encore "Lumino-thérapie" ou "lux-thérapie"). Il est administré dans plus d'une dizaine de centres en France (hôpitaux SteAnne, Necker et Hôtel Dieu à Paris ; centre du Vinatier à Lyon ; hôpital de Colmar ; à Nice, etc.). Durant deux à trois semaine au cours de l'automne, le patient vient s'exposer pendant une heure trente chaque matin devant une plaque lumineuse d'une intensité de 25OO LUX.. Les résultats sont très positifs : on enregistre une moyenne de 70% de taux d'amélioration de l'humeur. On traite maintenant de plus en plus les patients à domicile. Quant à la vulgarisation de ce traitement, et plus largement de l'existence même du SAD, les magazines (Top santé, etc.) et les informations données dans les médias sont là pour montrer qu'elle va s'amplifiant et s'élargissant.

C'est en interrogeant thérapeutes (psychiatres, acupuncteurs, naturopathes), patients et simples sujets "météosensibles", que je conduis cette recherche en compagnie d'une autre sociologue du CNRS, Nicole Phelouzat-Perriquet. Croisant anthropologieet psychiatrie, je prolonge là des recherches menées depuis plus de dix ans, sur l'hiver d'abord (L'hiver. A la recherche d'une morte saison, Lyon, La Manufacture, 1987), puis sur l'ethnologie du temps qu'il fait (Au bonheur des saisosns. Voyage au pays de la météorologie, Paris, Grasset, 1999).

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