LES GRANDES FIGURES DE LA GÉOGRAPHIE

ÉLISÉE RECLUS, GÉOGRAPHE PROSCRIT ET SAVANT : UN HÉRITAGE ENCORE VIRTUEL

Georges ROQUES et Sylvain ALLEMAND

Présentation par Yves Guermond, président du directoire scientifique du FIG

. .

L'article complet

Introduction par S Allemand

Elisée Reclus est né en 1830 à St Foy la grande, mort en 1905 près de Bruxelles Il fut donc contemporain d'un certain nombre: le coup d'Etat de Napoléon III du 2 décembre 1851, la Commune…

Il fut aussi contemporain de nombreux géographes importants : l'Allemand Ritter dont il suivit les enseignements à Berlin ou Vidal de La Blache

Quoique importante, l'œuvre de Reclus est tombée dans l'oubli. Pourquoi ? C'est ce que va essayer de comprendre avec vous Georges Roques qui êtes à l'initiative de cette conférence qui inaugure un rendez-vous. Je précise que vous êtes géographe à l'IUFM et à l'IUFM et à l'Université de Montpellier .

Avant d'expliquer les raisons de cet oubli et d'aborder les positions politiques, il importe de préciser en quoi Elisée Reclus est un géographe. En quoi sa géographie est-elle utile, d'actualité ? En quoi Reclus est-il un précurseur ?

Par rapport au thème de la santé, on peut dire qu'il est déjà précurseur


Nouvelle géographie universelle (T V, p 469-471)

Encore plus riche de résultats sera la révolution de l'hygiène qui s'opère maintenant dans tous les états policés du monde et même en certaines contrées barbares notamment…sur les grandes routes où l'on arrête les contagions mondiales comme le choléra, la fièvre jaune et la peste. Les changements sont de tout premier ordre parce qu'ils s'appliquent directement à l'ensemble de l'humanité comme si elle constituait un immense individu. Le grand souci de l'hygiène universelle se fait maintenant en dépit des frontières, des séparations officielles entre les hommes. Au point de vue de la répression des épidémies, la science ne distingue point l'indigène de l'étranger…

Mais la grande source des maladies, on le sait, est de celles que l'on veut tenir ouvertes: c'est l'inégalité sociale.

Il a dressé la carte de la famine en Orissa.

Les autres domaines

On ne prendra que quelques exemples

1-Une approche synthétique pour MC Robic, pour B.Giblin, holistique pour J.P.Clark.

2- La recherche des lois

Son approche globale le conduit à chercher des lois, des traits semblables sur l'ensemble de la terre.

Dans la conclusion du volume 16 de la GU, Reclus dit que "L'homme a ses lois comme la terre".

"La lutte des classes, la recherche de et la décision souveraine de l'individu, tels sont les trois ordres de faits que nous révèle l'étude de la géographie sociale et qui, dans le chaos des choses, se montrent assez constants pour que l'on puisse leur donner le nom de lois"(Préface de l'homme et la terre).

Le poids des acteurs individuels dans les processus sociaux ne sera repris que bien plus tard, quand l'influence du marxisme se sera effacée.

3- La préoccupation de la totalité

Revue germanique, 1859

C'est lui (Ritter) qui a retiré la géographie de la misérable ornière des nomenclatures, qui nous fait étudier dans un même esprit l'histoire de la terre et celle des astres, qui nous a enseigné comme un dogme immuable la vie de notre globe.

4-Reclus et la planétarisation

Nouvelle géographie universelle (à propos des boutiquiers de la région marocaine du "Bled es Siba")

Ce trafic infime est à l'extrémité d'une chaîne dont l'autre bout est occupé par le commerce mondial: d'un côté, des fils presque invisibles aboutissant aux plus humbles des êtres humains; de l'autre, d'immenses et puissants réseaux embrassant des peuples entiers. Entre ces deux extrêmes se présentent toutes les formes intermédiaires en un chaos apparent pour lequel on ne retrouve pas sans peine l'ordre qui commence à se dessiner au dessous.

5- La quête des modèles-L'Homme et la terre (1905)

Si la terre était complètement uniforme dans son relief, dans la qualité de son sol et les conditions du climat, les villes occuperaient une position géométrique pour ainsi dire: l'attraction mutuelle, l'instinct de société, la facilité des échanges les auraient fait naître à des distances égales les unes des autres. Etant donnée une région plane, sans obstacle naturel…et non divisée en états politiques distincts, la plus grande cité se fût élevée directement au centre du pays; les villes secondaires se seraient réparties à des intervalles égaux sur le pourtour, espacée rythmiquement…

6-Une approche écologique

Histoire d'un ruisseau, Paris, bibliothèque d'éducation et de récréation, J.Hetzel et Cie, 1869

"L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini…Aussi bien que l'homme considéré isolément, la société prise dans son ensemble peut être comparée à l'eau qui s'écoule. D'âge en âge, les générations se succèdent en se modifiant peu à peu: les barbares à la figure bestiale et luttant pour la prééminence avec les animaux féroces sont remplacés par des êtres plus intelligents, auxquels l'expérience et l'étude de la nature ont enseigné l'art d'élever les animaux et de cultiver la terre; puis, de progrès en progrès, les hommes arrivent à fonder les villes, à transformer les matières premières, à échanger leurs produits, à se mette en rapport d'une partie du monde à une autre partie; ils se civilisent, c'est à dire leur type s'ennoblit, leur crane devient plus vaste, leur pensée plus étendue, et d'un cercle de plus en plus large, les faits viennent se grouper dans leur esprit…Les peuples se mêlent aux peuples comme les ruisseaux aux ruisseaux , les rivières aux rivières; tôt ou tard, ils ne formeront plus qu'une seule nation, de même que toutes les eaux d'un même bassin finissent par se confondre en un seul fleuve. L'époque à laquelle tous ces courants humains se rejoindront n'est point encore venue: races et peuplades diverses, toujours attachées à la glèbe natale, ne se sont point encore reconnues comme sœurs; mais elles se rapprochent de plus en plus; chaque jour elles s'aiment davantage et, de concert, elles commencent à regarder vers un idéal commun de justice et de liberté. Les peuples, devenus intelligents, apprendront certainement à s'associer en une fédération libre: l'humanité, jusqu'ici divisée en courants distincts, ne sera plus qu'un même fleuve, et, réunis en un seul flot, nous descendrons ensemble vers la grande mer où toutes les vies vont se perdre et se renouveler."

C'est aussi une géographie populaire (Il collaborera aux guides Joanne, chez Hachette, équivalents des célèbres Baedecker allemands).

On pourrait citer bien d'autres aspects, en particulier la géopolitique…

- Quelles sont les auteurs qui l'ont influencé ?

  • Ritter dont il suit deux mois les enseignements à Berlin, plus sûrement Humboldt

  • Pestalozzi

  • Durkeim, Lamark

  • Bakounine et Kropotkine, anarchistes qu'il connaît en Suisse

  • Le sociologue Le Play

  • Son frère ainé Elie Reclus (a écrit L'ère de la mondialité???)


C'est un homme qui voyage beaucoup (Allemagne, Suisse, Angleterre, Amérique latine…)

  • Préface de la première édition de L'Homme et la terre: "J'ai parcouru le monde en homme libre".
  • C'est pourtant quelqu'un qui utilise la littérature qu'il rassemble. C'est un géographe de cabinet.

L'œuvre

1-Les débuts

Elle est immense (traduite en anglais, espagnol…en braille), solitaire, prémonitoire, injustement et volontairement oubliée. Son grand récit anarchiste est écrit à une époque qui est celle de l'apogée du mythe du progrès. Le protagoniste historique est l'humanité dans la nature dans un processus libérateur de réalisation de soi.

Son est style imagé, chaleureux, poétique…et de son temps, celui de J Verne, d'Hector Malo, de Bruno. Ses métaphores, ses descriptions précises l'ont fait taxer de tenant d'une géographie purement descriptive, le premier lui faisant ce reproche étant Jean Brunhnes.

Elisée Reclus est un auteur prolixe, qui utilise des supports multiples: guides du voyageur (Hachette), articles et ouvrages scientifiques(Revue des deux mondes-Bulletin de la Société de géographie de Paris), propagande libertaire (L'idée libre-Le libertaire), fascicules de vulgarisation (bibliothèque d'éducation et de vulgarisation-Hetzel). Il vise des publics variés, allant des scientifiques au grand public.

Voici quelques exemples :

A commencé, en 1851 avec le "Développement de la liberté dans le monde" publiés dans Le libertaire, traduit en italien (Pensiero volonta) et en espagnol (La protesta de Buenos Aires), revues anarchistes (en 1925). Ses premières publications en 1857 paraissent dans L'union, journal publié à la Nouvelle Orléans: "Lettres d'un voyageur et Nouvelle Grenade".

Son œuvre maîtresse, c'est la Géographie universelle :

Travail solitaire de 19 volumes, écrite entre 1876 et 1894), compte 17 873 pages et 4290 cartes.

Une œuvre colossale et solitaire (Gustave Lefrançois (communard), (russe) Léon Metchnikoff): près de 265 ouvrages ou articles

Brunet, avec une centaine d'auteurs, un secrétariat général, de multiples cartographes, fait entre 5500 et 6OOO pages en 19 livres aussi.

Il faut y ajouter 2 tomes et 1606 pages pour "La terre, description des phénomènes de la vie du globe" (1868) et 6 pour "L'homme et la terre" (1905-1908), soit 3545 pages

- Projeter sommaire ou page de garde

L'Homme et la terre (Librairie universelle-1905) est son livre le plus significatif:

Il y exprime ses idées personnelles, et il le diffuse d'abord en fascicules bon marché.

L'Histoire d'un ruisseau (Hetzel-1869) et l'histoire d'une montagne sont des œuvres intéressantes, poétiques ou passe un souffle épique, avec un style parfois pompier.

L'enseignement de la géographie. Globes, disques globulaires et relief, Bruxelles, Université nouvelle-1901 révèle ses préoccupation pédagogiques.

Au total, il a écrit entre 25 000 et 35 000 pages, et 267 articles.

Signalons aussi l'importance de la correspondance encore à exploiter, et sans doute très révélatrice.

Quel a été son engagement politique et anarchisme

-D'où lui viennent-elles ? De son univers familial ? De quelles rencontres ?

Dans quelle mesure influencent-elles sa géographie

Son environnement familial (il est le fils d'un pasteur extrêmement rigoureux), ses études (chez les frères moraves, disciples de Jean Huss en Suisse puis à la faculté de théologie de Montauban) ont sans doute contribué à forger son comportement peu social, et à sa crainte constante du péché. Il a cependant mis en œuvre ses principes dans sa vie personnelle.

Son engagement politique se voit tardivement, plus dans ses autres écrits, en particulier sa correspondance que dans ses pages géographiques, d'autant que l'éditeur Hachette lui avait interdit de les exprimer.

Postérité

Pourquoi le désintérêt des géographes ?

  • Rappeler influence contraire de Vidal (le Tableau géographique parait en 1905, la même année que L'Homme et la terre)

Très connu de son vivant, en particulier à l'étranger, en Suisse, en Irlande, en Espagne, plus tard chez les réfugiés espagnols en France par exemple, il sera très vite oublié. Cela tient au fait qu'il n'a pas eu d'héritier, contrairement à Vidal, et que son œuvre a été volontairement occultée par les héritiers de ce dernier.

De son vivant, en France, l'institution, l'université et l'establishment choisissent Vidal de préférence à Reclus et aux sociologues, un géographe politiquement neutre mais conservateur qui évite le social, se centre sur les paysages et les genres de vie autour du concept de région. Reclus réfute autant l'utilisation de la géographie comme instrument du pouvoir que l'apolitisme, car elle est un moyen pour comprendre le monde et former les citoyens à l'action politique.

Un demi siècle plus tard, lors de la Commémoration du centenaire de la naissance de Vidal à Pézenas (1947 pour 1845), ville aujourd'hui célébrée comme étant celle de Molière, deux extraits de discours montrent que les choses ont peu changé.

Maurice Zimmermann, pour l'école normale supérieure:

Qu'était la géographie française vers 1880? Une exception s'impose tout d'abord, celle d'Elisée Reclus et de sa colossale Géographie Universelle en voie de publication depuis 1875. Ce chef d'œuvre de la vieille géographie descriptive qui conserve une valeur aujourd'hui.

Emmanuel de Martonne, gendre et élève de Vidal, un des auteurs principaux de la GU et parlant d'elle:

Jamais on n'aurait pu songer à pareille entreprise dans les dernières années du XIXe siècle (au moment même où Reclus publie sa GU). Les ouvriers capables de bâtir cet imposant édifice n'existaient pas avant que Vidal de la Blache ne les ait formés..

- A-t-il pâti de son engagement politique ?

Avec le succès de la géographie marxiste des années soixante, son oubli se confirme. Il est vrai que les marxistes fondateurs ne l'avaient guère épargné de son vivant.

Dans sa lettre à Liebknecht (1877), Engels le considère pourtant comme un "compilateur ordinaire et rien de plus".

Marx lui-même dans une lettre à Bracke (1876) dit des socialistes français: "Ils sont représentés bien entendu par la triste figure des frères Reclus… parfaitement inconnus pour ce qui est d'œuvres socialistes".

Le renouveau des années 1970

Certains géographes y font référence, mais on n'y puise qu'un aspect, jamais la totalité et la globalité de son approche. Quelques exemples:

- l'américain Berkland y voit le précurseur de la dérive des continents

- le belge Nicolaï y trouve la paleo-géomorphologie climatique

- pour Gary Dumbar c'est un précurseur de la géographie sociale

- pour le russe Anuchin, il invente le concept d'environnement géographique.

C'est à Yves Lacoste qu'il revient en premier de le réhabiliter. En 1981, il lui consacre un numéro complet de Herodote (n°22, Elisée Reclus, un géographe libertaire) où l'on trouve que "C'est le premier géopoliticien et le plus grand géographe français". Béatrice Giblin réédite et commente "l'Homme et la terre".

Brunet le qualifie de pionnier, et fait de son nom d'abord un sigle, RECLUS, pour réseau d'étude du changement de localisation des unités spatiales, puis très vite un acronyme, Reclus tout court. Robert Ferras le qualifie de "plus grand géographe français".

Tout cela ne fait pas renaître son œuvre et ses idées, sauf pour une certaine écologie à forts relents d'extrême droite qui y voit la possibilité d'imposer un ordre intellectuel, un intégrisme naturaliste qui plierait l'ordre social à l'ordre naturel (écofascisme?), cette tendance à l'organicisme (critique) tournant, chez certains, à l'ordre naturel (fascistes, staliniens).

Incertitudes: Les zones d'ombre (par exemple) :

A-t-il été ignoré pour son œuvre, jugée pré-scientifique ou trop sociale, ou pour ses opinions politiques?

Pourquoi les anarchistes l'ont-ils choisi, alors que Protochine qui écrivait en anglais, a été moins connu et moins traduit?

Son appartenance à la Franc Maçonnerie (voir sa lettre en 1894 adressée à Melle Goron) que cite seul J Cornuault dans ER, étonnant géographe (Librairie de la Brède à Bergerac) a été peu étudiée. Il n'est pas cité dans l'Encyclopédie de la FM (Pochothèque Hachette 2000). On sait qu'il fut initié maçon entre 1860 et 1865, qu'il a fréquenté et accueilli des maçons, en particulier à Bruxelles et qu'il est appelé Monsieur et non frère.

Qui sont les Reclus d'aujourd'hui?

Peut être Philippe Pelletier pour l'écologie et JP Ferrier dans sa conception du contrat géographique ?

Bibliographie

John P.Clark, 1996, La pensée sociale d'Elisée Reclus, Géographe anarchiste, Atelier de création libertaire

Philippe Pelletier, 1993, L'imposture écologique, GIP Reclus, "Géographiques"

Robert Ferras, 1989, Les géogaphies universelles et le monde de leur temps, reclus modes d'emploi n°14

Vincent Berdoulay, 1981, La formation de l'école française de géographie. 1870-1914. Paris, BN

Paul Boino, 1998, Une géographie impertinente et combattante, Itinéraires 4/15

G.Larguier, J Quaretti, 2000, La commune de 1871, utopie ou modernité? Presses Universitaires de Perpignan

Georges Roques, «Elisée Reclus, un héritage encore virtuel», Réfractions, 4/1999

J.Cornuault, Elisée.Reclus, étonnant géographe, FANLAC

Site :

http:// raforum.info/Reclus/

Thèse en cours :

Soizy Alavoine, en cours, La géographie d'Elisée RECLUS. De la vulgarisation à l'éducation

Texte paru dans le FIG N°2-2000


Elisée Reclus, géographe proscrit et savant (1830/1905)
Un héritage encore virtuel

Si le nom et la renommée d'Elisée Reclus (1830-1905) sont actuellement connus et utilisés par nombre de courants intellectuels et par quelques géographes, il est clair que la pensée de ce géographe anarchiste et communard est peu présente aujourd'hui. Devrait-elle l'être? Ne serait-ce que pour réparer un oubli aussi injuste que lourd de sens, la réponse est clairement oui. Qui est donc cet homme dont la renommée n'est pas vraiment parvenue jusqu'à nous?

C'est d'abord un intellectuel, au sens que lui donnent Jacques Juillard et Michel Winock (Dictionnaire des intellectuels français-Seuil, 1996): "des écrivains et des scientifiques, des artistes et des universitaires qui comptent d'abord par l'œuvre qui les a légitimés, mais ceux d'entre -eux qui, à un moment ou à un autre, se sont mêlés, comme dit encore Sartre…de ce qui ne les regarde pas". Très tôt, en particulier dès le coup d'état de Napoléon III en 1851, E.Reclus s'en est, en effet, mêlé. C'est un homme engagé.

C'est un précurseur. Ce qui compte le plus pour nous géographes, c'est qu'il a pratiqué une géographie radicale, écologique et sociale. Il a écrit une œuvre immense, fondé une géographie tuée dans l'œuf par l'œuvre rivale et contemporaine de Vidal de la Blache, et par le choix de l'université. C'est un homme modeste. Pour lui, la géographie est un savoir utile.

Certaines figures de réthorique très prisées à l'époque comme les métaphores ont pu permettre de dire qu'il s'était limité à une géographie purement descriptive, et quelques aspects le faire taxer d'un certain utopisme.

Plus gravement, certaines de ses conceptions sur un nouvel ordre intellectuel, par exemple un intégrisme naturaliste qui plierait l'ordre social à l'ordre naturel, une tendance à l'organicisme très répandue à l'époque ont été récupérées par les tenants de l'écologisme d'extrême droite (écofascisme).

Il fait confiance à l'homme. Sa conception sur l'unité et l'harmonie entre les hommes et la terre, sur ce que cette relation complexe requiert d'engagement social pour y parvenir ont été longtemps occultés par l'intelligentsia et l'establishment français. Connu de son vivant, traduit en plusieurs langues étrangères, il sera pourtant proscrit. Son activité politique, surtout pendant la Commune, et sans doute plus encore sa conception de la géographie l'ont rapidement fait passer de la renommée à l'oubli.

Pourtant, la relecture d'une partie de son œuvre colossale et solitaire comme son immense "Géographie Universelle", d'ouvrages comme "L'homme et la terre" ou l'"Histoire d'un ruisseau" montre que si ce pionnier est de plus en plus aujourd'hui reconnu comme savant, s'il n'est plus totalement proscrit, il reste inconnu de nombre de nos étudiants et du grand public.

On s'interrogera sur les vraies raisons d'une réhabilitation tardive et partielle, sur ce que l'on a retenu de ses idées et sur ce qui aurait pu l'être. Son œuvre, partiellement copiée n'a jamais été égalée. Le plus grave n'est pas qu'il ait été oublié, c'est qu'il a surtout été trahi…et qu'il l'est sans doute encore aujourd'hui.

 

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