LA RÉNOVATION DES DOCKS A LONDRES

Bernard CLÉMENT
Lycée Fabert, METZ
Gérard COLOTTE
Collège Mézières, JARNY

Leçon de géographie assistée par ordinateur en classe de sixième

L’étude de cas qui vous est proposé ici utilise les TICE comme pratique innovante dans l’enseignement de la géographie en collège. Elle va essayer de répondre en partie aux problématiques de cette conférence.

  • Quels problèmes d’enseignement pose la traduction de l’innovation dans les paysages géographiques ?

  • Comment enseigner une géographie de l’innovation de façon innovante ?

  • L’étude de cas est-elle une pratique pédagogique innovante ?

Innovation ?

  • Pour l’enseignant

    • sortir des pratiques traditionnelles du cours dialogué,
    • démythifier l’outil informatique,
    • remettre en cause son rôle traditionnel il devient un animateur enseignant,
    • faciliter son travail par rapport au groupe classe ce qui lui dégage de la disponibilité nécessaire pour s’occuper des élèves en difficultés sans nuire aux bons : c’est la bonne vieille pédagogie différenciée.
    • Avoir recours fréquemment aux TICE, sans pour autant en faire un outil de travail quotidien , permet de dépasser tous les problèmes techniques qui peuvent se produire avec pour conséquence , de rendre transparente le support matériel au travail intellectuel exigé de l’élève.

  • Pour les élèves

    • deviennent des acteurs de leur propre apprentissage c’est le bon vieux travail autonome,
    • attrait de la nouveauté, l’élève manipule un clavier, travaille sur un écran, c’est une activité encore trop inédite à l’école,
    • il est rare que l’élève s’ennuie avec les TICE à l’inverse de ce qui se passe bien souvent dans un cours dialogué

Etude de cas, pratique innovante  ?

C’est une base du raisonnement géographique

  • Elle nous semble essentielle pour mettre en place des problématiques nécessaires à l’appropriation des savoirs et constitue la base de l’apprentissage du raisonnement géographique.
  • Donc le choix du cas est fondamental : il doit être représentatif et doit être l’occasion de définir des enjeux, des problèmes à résoudre en analysant des situations géographiques diversifiées.

Elle doit être contextualisée

  • Il nous a semblé nécessaire de contextualisé cette étude par une superposition de textes de photos de cartes et de graphiques à plusieurs échelles, technique que permet l’outil informatique, complété, éventuellement, par le rétroprojecteur.

Elle doit utiliser des outils géographiques

  • En cela l’informatique est essentiel ; l’élève peut ainsi passer instantanément du texte à la photo à la carte et au croquis et vice et versa.

  • L’objectif est de favoriser le repérage, la lecture critique et la mise en relation des informations, apprentissages qui sont déjà au collège les fondement pédagogiques de l’approche des documents.

  • Cela va considérablement faciliter son passage à l’interprétation.

Pourquoi le choix de Londres ?

Je rappelle qu’au programme de 6ème figure l’étude d’une capitale européenne, que les capitales ne cessent de se transformer ; bien sûr il aurait été facile de prendre Paris, mais l’existence du cédérom sur les paysages géographiques a facilité ce choix.

Il faut préciser que cette étude de cas montre la plus grosse opération de rénovation/réhabilitation d’une capitale. Engagée en 1981 sous le gouvernement de Madame Theatcher, cette opération se poursuit encore à l’heure actuelle.

Présentation de la séquence vidéo

Bernard CLEMENT vous a brossé le cadre général ; je vais en préciser l’application pédagogique. Je m’appuierais sur une vidéo tournée par lui-même dans une de mes classes et dont le montage a été effectué par M. Matheron du CDDP de la Moselle. Ce montage n’a pas été réalisé dans le but de montrer comment se fait la rénovation des Docklands londoniens mais

    • d’une part, d’avoir une idée précise du cadre matériel dans lequel l’expérience eut lieu
    • d’autre part, de suivre le travail des élèves.
    • Enfin, de saisir les conséquences que cela entraînent sur la manière d’enseigner donc de la place et du rôle de l’enseignant.

Le cadre matériel

Le cadre spatial est celui d’une salle informatique munie de 15 postes soit une répartition des élèves par binômes, tout autour d’un espace central libre pour la circulation. Un rétro projecteur complète la panoplie des outils.

Les élèves ont effectué cette séance en fin d’après midi, à un moment où la concentration était loin d’être maximale.

Une fiche questionnaire est remise à chaque élève en début de séance.

Il est à signaler que la mise en route du matériel et le lancement du cédérom sont le fait des élèves eux-mêmes, peu effrayés devant la technique mais surtout déjà pratiquant pour avoir étudié quatre autres paysages auparavant.

Le travail des élèves

Cette étude de cas avait pour objet de faire réfléchir les élèves sur le changement de paysages au cœur d’une métropole européenne, changement dû à la transformation de vastes espaces industrialo-portuaires devenus obsolètes à l’Est de Londres. La démonstration est partie d’une vue de Londres hier et le travail des élèves a porté sur les nouveaux paysages en cours de réalisation,

    • sur leurs aspects (c’est le côté visible des paysages)
    • et sur le sens à apporter (c’est le côté non visible de ces paysages)..

Cette étude de cas nécessitait de fixer les éléments d’une démarche de géographie telle que l’on peut exiger d’élèves de Sixième (et je dirais même de la Sixième jusqu’à la Terminale) . Il s’agissait de

    • Repérer,
    • cartographier,
    • identifier,
    • sélectionner,
    • analyser et
    • croiser des informations simples

De ce point de vue, le cédérom met à disposition de l’élève les matériaux nécessaire à ce travail :

    • un plan de Londres interactif,
    • une banque d’images commentées (plus de 50 images),
    • des textes avec nombreux liens hypertexte,
    • et des exercices de lecture d‘image.

La compréhension de la rénovation des Docks passe par des étapes incontournables : une localisation sur un plan, une analyse de paysages anciens et nouveaux qui, de ce point de vue, sont d’une grande variété (centre d’affaires et résidentiel de Canary Warf, marinas, St Catherine’Docks etc.).

Mais les facilités techniques accordées pour passer de l’un à l’autre, la faculté d’aller à un résultat donné par plusieurs chemins possibles, cette interactivité non pénalisante en fait d’allers - retours posaient en soi les bases pour un apprentissage actif et se démarquait d’emblée d’un simple effet de zapping.

M’adressant à des élèves d’une dizaine d’années, j’attribuais au questionnaire la fonction de guide dans la démarche.

La forme de la trace écrite était multiforme ; les démarches y aboutissant l’étaient également. Les élèves participent bien évidemment à la restitution, l’enseignant n’étant là que pour recadrer au besoin les choses. Le recours aux TICE ne gomme en rien le recours à la parole et le dialogue fait partie intégrante du scénario pédagogique.

La place et le rôle de l’enseignant

On peut s’interroger sur le rôle du professeur et du risque que certains voient volontiers sur sa place dans la classe.

Le recours aux TICE, loin de rendre sa présence en classe négligeable, en redynamise, au contraire, le rôle, en en faisant un animateur éclairé. La présence et l’utilisation de l’outil informatique modifie en quelque sorte le statut de l’enseignant et induit de nouvelles manières d’enseigner.

Le professeur n’est plus seul dispensateur du savoir, le recours aux TICE induit un autre pôle de ressources et cette configuration à trois (enseignant, ordinateur, élève) permet à ce dernier de disposer de nouvelles conditions pour son apprentissage.

L’enseignant n’est naturellement pas affranchi de toute intervention à caractère scientifique, surtout lorsque l’occasion se présente mais il anime la séance en l’éclairant. De ce fait, il se rend disponible auprès de ses élèves, précisant ou éclairant certains points qui paraissent nécessaires (la présence d’une marina en plein Londres par exemple ou encore la superposition verticale des voies de communication dans le nouveau tissu urbain de l’Est londonien), régulant les échanges entre l’élève et la machine, entre les élèves entre eux, entre l’élève et lui.

Cette situation, il est vrai assez éprouvante, permet de rapprocher l’élève du professeur et réciproquement.

Conclusion

Qu’est-ce qu’une leçon sur Londres, terre d’innovation, conduite avec l’outil informatique peut amener comme réflexion ?

En premier lieu, permettre une grande souplesse dans les démarches pédagogiques possibles. Le manuel apporte certes une variété de documents mais l’ordinateur apporte quant à lui et en plus une interactivité propre à favoriser l’autonomie ; chaque enseignant peut concevoir sa propre démarche, aucune n’est imposée a priori ; de plus, des aides sous forme de liens hypertexte, des exercices de lecture, des cartes interactives sont à même .

En second lieu, rendre l’élève acteur de son apprentissage : ce n’est plus le professeur qui impose le savoir, c’est un environnement d’une autre nature qui place l’élève au centre du dispositif et le rend actif.

On peut aborder le cédérom « paysages géographiques » de façon très banale comme mode de découverte ou d’approfondissement d’un thème ; nous défendons l’idée que c’est un support didactique : on travaille avec lui , c’est le cours ; on peut s’en servir aussi pour une évaluation. Admettre la validité pédagogique de ce cédérom comme d’autres cédéroms, c’est se donner les outils pour multiplier les rencontres de l’élève avec l’outil informatique, pour banaliser en fait l’usage de cet outil pour le grand bonheur de l’élève ; notre discipline d’enseignement à tout à y gagner !

 

Haut de la page 

Retour au menu général

 Actes 2001