12ème FESTIVAL INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE
« LES TERRITOIRES DE L’INNOVATION »

Erkki LIIKANEN

Commissaire pour l’Entreprise et La Société de l’Information Commission européenne

Résumé

Article complet

INDEX

Remerciements

 

Saint-Dié-des Vosges et le Festival

 

L’UE au premier plan de l’actualité : l’Euroland

 

D’autres défis :  

- l’élargissement
- la gouvernance
- la réforme économique
- la réduction des écarts de développement et le renforcement de la cohésion

 

Les progrès des nouvelles technologies

 

La position de l’Europe en matière d’innovation  

- Etude sur les pays candidats

 

Les orientations de l’Union :

 

- Amélioration de la cohérence des politiques en faveur de l’innovation  Livre de bord (Trend Chart) de l’innovation

 

- Promotion d’un cadre réglementaire propice à l’innovation

 

- Création et développement d’entreprises innovantes

 

- Les interfaces du système d’innovation

 

- Comment promouvoir une société ouverte à l’innovation?

 

Conclusion

 

 

 


Monsieur le Secrétaire d’Etat, Monsieur (ou Messieurs les) l’Ambassadeur (s), Madame le Consul, Monsieur le Maire, (Madame, Messieurs les Professeurs,) Mesdames, Messieurs,

  • Tout d’abord, je tiens à remercier mon ami Christian Pierret de m’accueillir, aujourd’hui, dans sa ville de Saint-Dié-des-Vosges.

  • Vous n’êtes pas sans savoir probablement que c’est à Saint-Dié-des-Vosges que le terme America fut inventé pour désigner un nouveau continent.

  • Saint-Dié-des-Vosges marqua ainsi l’histoire de la cartographie il y a près de 500 ans. Il est donc tout à fait naturel, dans la lignée de cet événement, que la ville s’impose aujourd’hui avec l’organisation du Festival International de Géographie. La participation d’éminents spécialistes et du grand public témoigne de l’intérêt et de la renommée acquise de cette manifestation.

  • L’Union européenne va se trouver au premier plan de l’actualité, au cours des prochains mois, avec la mise en place de l’Euro. L’Euroland constitue en soi une nouveauté géographique considérable. Il est appelé à devenir l’une des puissances économiques et monétaires majeures à l’échelle mondiale.

  • Mais la mise en place de l’Euro n’est pas le seul défi auquel se trouve confrontée l’Union
    .
  • Elle va devoir, au cours des prochaines années, s’élargir à de nouveaux Etats membres et adapter ses objectifs et ses missions. A cet égard, je salue la participation active de la Pologne à ce présent festival.

  • Le récent livre blanc adopté par la Commission sur la gouvernance constitue également une base de réflexion significative sur l’avenir de l’Union.

  • Autre défi également important, c’est celui fixé par le sommet de Lisbonne, faire de l’Union, l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde dans les dix prochaines années.

  • Il nécessite, pour y parvenir un vaste programme de réforme économique dont l’innovation, thème central de ce festival, constitue l’un des piliers essentiels.

  • Le territoire de l’Union se caractérise par une forte concentration des activités économiques sur un espace limité, concentration qui devrait se trouver renforcée encore par les prochaines adhésions.

  • Les disparités de performance en matière d’innovation entre Etats Membres sont plus importants encore que les écarts de développement économique et social, et l’un de nos objectifs doit être de contribuer à la réduction de ces déséquilibres.

  • Face à cette préoccupation, mon intervention d’aujourd’hui vous décrira comment les activités de la Commission visent à améliorer la cohérence des politiques en faveur de l’innovation en Europe.

  • Je commencerai par rappeler brièvement le défi majeur des nouvelles technologies qui se pose aux pouvoirs publics et aux entreprises dans le domaine de l’innovation.

  • Je poursuivrai avec l’analyse réalisée par la Commission européenne sur les performances des Etats membres en matière d’innovation ; et je mettrai en évidence des résultats provisoires d’une prochaine étude de la Commission sur les pays candidats.

  • Je terminerai enfin avec les lignes directrices que la Commission s’est fixée afin de promouvoir l’innovation en Europe.

***

Progrès des nouvelles technologies

  • L’innovation est un facteur clef de compétitivité des entreprises dans une économie mondialisée.

  • Elle implique la maîtrise et la diffusion dans tous les secteurs des nouvelles technologies et en particulier des technologies de l’information et des communications (TIC) ; sans pour autant négliger les potentiels dans d’autres domaines et notamment les biotechnologies.

  • Les technologies de l’information et des communications (TIC) sont au centre d’une véritable révolution technologique.

  • Bien qu’elles ne soient pas uniques dans l’histoire des technologies (en son temps, l’électricité a envahi de même tous les secteurs), les TIC ont un effet particulier en ce sens que le développement technologique actuel connaît un rythme plus rapide que celui des autres vagues de progrès technologique.

  • La recherche et l’innovation technologique sont donc les principaux catalyseurs d’une société et d’une économie dynamiques.

  • De ce fait, nous devons encourager la transformation des connaissances issues de la recherche en nouveaux produits, services et processus.

***

La position de l’Europe en matière d’innovation

  • L’une des tables rondes de ce festival s’intéresse à la question des territoires innovants dans l’espace mondial et s’interroge en particulier sur la possibilité d’établir des critères comparatifs des « lieux de l’innovation » dans le monde.

  • C’est une question qui suscite beaucoup d’intérêt dans la Communauté et je me propose de contribuer à ce débat pour ce qui est de la dimension européenne.

  • En réponse au Conseil de Lisbonne de mars 2000, la Commission a lancé un exercice d’étalonnage des performances des Etats membres en matière d’innovation en Europe sous le nom de « Tableau de bord européen de l’innovation ».

  • Le Tableau de bord de l’innovation analyse des données statistiques portant sur 17 indicateurs regroupés en quatre domaines, à savoir :

      1. les ressources humaines,
      2. la création de connaissances,
      3. la transmission et mise en oeuvre du savoir, et
      4. le financement, la production et les marchés de l’innovation.
  • Le Tableau de bord décrit les résultats et les tendances, met en évidence les forces et faiblesses des performances des Etats Membres notamment par rapport à nos principaux concurrents, les Etats-Unis et le Japon et examine le degré de convergence ou de divergence des performances des Etats membres en matière d’innovation.

  • Comme le montre la dernière version publiée en septembre dernier, ce sont des pays européens qui réalisent les meilleures performances au niveau mondial pour de nombreux indicateurs.

  • Le Royaume-Uni, l’Irlande et la France, par exemple sont en tête pour l’offre de diplômés en sciences et ingénierie, et les Pays-Bas, la Suède et le Danemark sont les premiers en ce qui concerne le nombre de ménages connectés à Internet.

  • En revanche, lorsque l’on considère la moyenne communautaire, on note que la situation de l’Union par rapport au Japon et aux Etats-Unis est encore globalement assez peu favorable. Ce déséquilibre est particulièrement marqué en ce qui concerne les dépenses de R&D des entreprises et les demandes de brevets dans le domaine des hautes technologies.

  • Cela illustre l’énorme potentiel d’apprentissage et d’échange de bonnes pratiques dans l’Union européenne, si l’on met à profit les possibilités de coopération renforcée entre l’Union et les Etats Membres.

  • Besoin de coopération et d’échange d’autant plus justifié qu’il y a encore des écarts importants entre les résultats enregistrés par les Etats membres en matière d’innovation.

  • Les variations entre les pays de l’Union sont particulièrement significatives dans les domaines soumis à l’influence directe des décisions du secteur privé. Elles portent en particulier sur les dépenses en R&D des entreprises, les demandes de brevets dans les domaines de haute technologie et les nouveaux capitaux mobilisés.

  • En revanche les écarts sont moins marqués pour la plupart des indicateurs fortement influencés par les politiques publiques, tels que l’enseignement supérieur ou les investissements publics de R&D.

  • Toutefois, même si l’on observe des écarts nationaux substantiels dans les performances d’innovation, le défi pour les Etats Membres n’est pas nécessairement de reproduire les politiques des pays ayant les meilleurs résultats, mais de définir leur propre politique de l’innovation, en prenant en compte les forces, les faiblesses, les priorités et les traditions culturelles et institutionnelles qui les caractérisent.

  • Il n’y a pas une ‘seule et unique bonne voie’ en matière de politique d’innovation. Les résultats du Tableau de bord de l’innovation sont un point de départ pour approfondir la compréhension des différents environnements et plans stratégiques nationaux en Europe.

  • Cela suppose un large débat entre les différents acteurs de l’innovation afin d’examiner l’acceptabilité des options politiques existantes et d’évaluer la ‘transférabilité’ des bonnes pratiques.

  • C’est l’objectif visé avec la mise en œuvre du Livre de bord (Trend Chart) de l’innovation en Europe que je vous présenterai plus en détail par la suite.

  • La Commission entend ainsi servir de catalyseur dans le développement d’un processus d’apprentissage mutuel entre Etats membres et ouvre la voie à une coopération européenne renforcée en matière de politique d’innovation.

  • Je tiens à souligner que les pays candidats seront également progressivement associés à ce processus.

  • A cet égard, la Commission publiera fin 2001 une étude dressant un bilan provisoire des conditions et performances en matière d’innovation de 6 pays candidats, à savoir : Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovénie.

  • La Pologne, en tant que pays invité d’honneur à cette manifestation, a réalisé des avancées en matière d’innovation que je salue.

  • La Pologne, a réalisé le plus tôt les efforts nécessaires à l’adoption d’orientations politiques en faveur de l’innovation. C’est aussi l’un des seuls pays à avoir conduit des enquêtes sur l’innovation auprès du secteur privé, en utilisant la méthodologie de l’Enquête communautaire sur l’innovation.

  • La Pologne, comme les autres pays candidats dans l’ensemble, semblent avoir mesuré les enjeux de la mise en place d’un cadre politique favorable à l’innovation.

  • Ces constats positifs pour la Pologne doivent constituer une base d’encouragement pour tous les pays candidats à maintenir leurs efforts dans cette course à l’innovation afin de réduire les écarts de développement encore importants avec l’ensemble de l’Union.

***

Les orientations de l’Union

  • Il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs définis au sommet de Lisbonne.

  • Permettez-moi donc de vous présenter brièvement les priorités que s’est donnée la Commission en matière d’innovation en Europe dans sa Communication « L’innovation dans une économie fondée sur la connaissance ».

  • Les lignes directrices de la Communauté pour encourager l’innovation s’articulent autour de cinq priorités.
  1. La première priorité porte sur l’amélioration de la cohérence des politiques en faveur de l’innovation.
  • Le Livre de bord (Trend Chart) de l’innovation en Europe est au centre de ce dispositif.

  • Le Livre de bord s’appuie sur trois piliers complémentaires :

      1. le Tableau de bord européen de l’innovation que je vous ai présenté précédemment. Sur la base de 17 indicateurs de performance, il permet d’établir un étalonnage quantitatif des résultats des Etats Membres en matière d’innovation ;
      2. une base de données avec près de 500 programmes de politique d’innovation mis en œuvre en Europe, complétés par des rapports ‘nationaux’ et des rapports ‘de tendances en Europe’ établis tous les 6 mois ;
      3. des audits collégiaux réalisés par les décideurs politiques pour identifier les « bonnes pratiques » et évaluer l’efficacité des approches et des instruments.
  • Il constitue la base à partir de laquelle la Communauté entend proposer un cadre de référence pour une meilleure concertation sur les politiques d’innovation dans l’Union.

  • La Commission joue le rôle de catalyseur dans ce processus d’apprentissage afin de renforcer la cohérence des politiques en faveur de l’innovation dans l’Union européenne.

  • Comme je l’ai déjà indiqué, améliorer la cohérence des politiques en faveur de l’innovation est la priorité première de la Commission dans la perspective de promouvoir l’innovation en Europe.

Les autres priorités sont les suivantes :
  1. La deuxième priorité concerne la promotion d’un cadre réglementaire propice à l’innovation :
  • Les obstacles réglementaires et administratifs à l’innovation restent trop nombreux et des efforts doivent être entrepris pour réduire les coûts économiques et pour supprimer les formalités administratives inutiles.

  • Au niveau de l’Union, la Commission a pour objectif de rationaliser les aspects législatifs et réglementaires relevant de sa compétence.
Elle se concentre notamment sur :
  • la révision des droits de propriété intellectuelle (DPI) afin d’encourager l’exploitation et le transfert des résultats de la recherche ;

  • l’amélioration du financement de projets novateurs dans les entreprises ;

  • l’examen des mesures fiscales en faveur de la R&D et de l’innovation ;

  • de nouvelles approches visant à réduire la ‘sur-réglementation’ (over regulation) et à associer les acteurs directs (co-regulation) notamment les entreprises ;

  • la mise en place de DPI et notamment du brevet communautaire susceptible de promouvoir les activités créatives.
  1. La troisième priorité de la politique communautaire en matière d’innovation concerne la création et le développement des entreprises innovantes.
  • Le développement de ce type d’entreprises insuffle une vie nouvelle dans le tissu industriel de notre société, vivifiant l’économie grâce à de nouveaux marchés, secteurs et emplois.

  • Ici, j’estime qu’il est judicieux de souligner l’un des obstacles les plus courants à la création d’entreprises technologiques : le manque de financement privé et notamment de capital-risque.

  • Face à ce problème, la Commission poursuit ses efforts en étroite liaison avec la Banque européenne d’investissement pour mettre en place un environnement financier propice à la création et au développement des entreprises innovantes.

  • Ces mesures comprennent par exemple :

      1. l’encouragement de la liquidité des marchés d'actions,
      2. le développement des marchés financiers des technologies,
      3. le soutien des fonds de capital-risque investissant dans les "start-ups".

  1. La quatrième priorité de la politique de la Commission en faveur de l’innovation concerne les interfaces du système d’innovation.
  • Je voudrais illustrer mon propos sur ce sujet en partant de l’exemple du bassin de Saint-Dié-des-Vosges lequel, en se dotant d’outils spécifiques de promotion et de développement économiques, constitue aujourd’hui une expérimentation novatrice pour l’implantation d’activités nouvelles.

  • La politique de dynamisation du bassin, engagée par une multitude de partenaires locaux des milieux publics, scientifiques et industriels, a favorisé l’établissement d’un pôle technologique d’excellence.

  • La Commission souhaite favoriser la mise en place d’interfaces clés dans les réseaux de l’innovation car ces interfaces contribuent à l’assimilation des connaissances et à la diffusion de l’innovation dans l’ensemble du tissu économique et social.

  • Aussi, comme l’aide à l’innovation se révèle être plus efficace lorsqu’elle est fournie au niveau régional, la commission entend encourager les Etats membres à intégrer une approche cohérente de renforcement de ces interfaces dans leur stratégie régionale d’innovation.

  • La politique de l’innovation doit donc faire en sorte que l’innovation irrigue l’ensemble des activités industrielles et de services, les secteurs traditionnels aussi bien que les branches nouvelles, les petites entreprises comme les grandes, et ce dans toutes les régions.

  1. Le cinquième objectif   le dernier et non le moindre   de la Commission européenne: comment promouvoir une société ouverte à l’innovation?
  • La société a souvent manifesté de la réticence vis-à-vis de l’innovation. Les avantages et les inconvénients de l’innovation ne s’équilibrent pas toujours, en particulier lorsqu’une innovation est mise en œuvre pour la première fois.

  • Nous devons faire en sorte que la société européenne :

      1. soit bien informée des enjeux économiques, éthiques et sociaux de l’innovation ; et
      2. soit capable de mener un débat approfondi sur les développements novateurs susceptibles d’influer sur nos conditions de vie et de travail.

  • La prise de conscience des avantages du changement et de l’innovation nécessite une phase de maturation. Des manifestations comme celles-ci, portant sur le thème de l’innovation, jouent un rôle important car elles sont une source d’information sur les progrès de la recherche et de l’innovation et elles permettent d’en peser les avantages et les inconvénients.

  • Je salue donc l’organisation de ce festival auquel participent chercheurs, entreprises, consommateurs et pouvoirs publics car il contribue de manière remarquable au débat que la Commission entend approfondir entre les parties intéressées pour promouvoir l’esprit d’entreprise et l’innovation en Europe.
***

  • Dans le monde actuel en mutation rapide, il existe une pression croissante qui pousse à faire plus vite et mieux.

  • Je suis convaincu que les idées discutées ici contribueront à l’analyse et profiteront à tous les participants comme à la Commission.

  • Je vous remercie

 

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