Comment définir l'Amazonie brésilienne ?

 

 

Définir l'Amazonie brésilienne n'est pas simple. En effet, parler d'Amazonie, c'est désigner à la fois un bassin hydrographique (celui de l'Amazone), un type de couverture végétale (en général la forêt dense) et une délimitation administrative. Sur le plan hydrographique, la région drainée par tous les affluents de l'Amazone dépasse de beaucoup les frontières brésiliennes, puisqu'elle s'étend sur 9 pays et couvre environ 7,3 millions de kilomètres carrés. D'un autre côté, l'Amazonie brésilienne comprend des régions situées au centre du pays, dans le "plateau central", recouvertes d'une maigre savane qui n'a que peu à voir avec l'opulence de la forêt équatoriale. Enfin, si l'on assimile l'Amazonie à l'une des cinq grandes régions brésiliennes, la région Nord (comprenant les sept Etats de l'Amazonas, du Para, du Tocantins, du Rondônia, du Roraima, de l'Acre et de l'Amapa), on laisse de côté les bordures du massif forestier, situées dans les Etats du Mato Grosso et du Maranhão, alors que l'on inclut au Sud les savanes du Tocantins.

Confronté à ces difficultés, le gouvernement fédéral brésilien a créé une notion géographique permettant de désigner commodément la région : l'Amazonie légale, définie en 1953 pour déterminer quelles régions étaient éligibles pour les aides au développement de l'Amazonie. Cette région comprend outre les Etats de la région Nord, une partie du Mato Grosso et du Goias (au Nord du 14e parallèle) et une partie du Maranhão (à l'Ouest du 44e méridien). Cette nouvelle délimitation, même si elle ne recouvre aucune des définitions naturelles ni aucune des définitions administratives usuelles, est pratique et son usage est très répandu. Nous utiliserons donc dans toute cette exposition l'expression d'Amazonie brésilienne pour désigner l'Amazonie légale brésilienne.

 

Un milieu d'une richesse biologique incomparable

Quelques chiffres clés, malgré leur aspect de "livre des records", permettent de prendre conscience de l'immensité et de la richesse de l'Amazonie brésilienne :

- Superficie et population : 5 millions de kilomètres carrés pour 17 millions d'habitants, dont 300 000 Indiens

- L'Amazone : 210 000 mètres cubes d'eau par seconde à l'embouchure (avec des pointes à 360 000 mètres cubes en période de crue) représentant environ 15 % des apports d'eau douce continentale dans les océans; l'Amazone parcourt 6700 kilomètres, et est rejointe par 1100 affluents et lit du bas Amazone mesure 4 à 5 kilomètres de largeur; la pluviosité de la région est importante, parfois supérieure à 3 000 milimètres par an et jamais inférieure à 1 500 millimètres.

- La forêt : la région amazonienne dans son ensemble représente environ deux tiers des surfaces de forêt tropicales subsistantes dans le monde; cette forêt est extrêmement diversifiée puisque des échantillons de forêt de quelques hectares peuvent contenir jusqu'à 700 espèces différentes d'arbres; le total des essences d'arbres connues est de 2500 (contre 50 en France, pourtant considérée comme un carrefour végétal très riche) .

- La biodiversité : 1 300 espèces de poissons, 60 000 espèces de plantes supérieures (soit 13 fois plus que la France), 1 000 espèces d'oiseaux, 300 espèces de mammifères.

 

Quelques éléments du fonctionnement du milieu naturel amazonien

Si la richesse et la densité de la forêt ont pendant longtemps amené les explorateurs à penser que les sols de l'Amazonie devaient être particulièrement riches et propices à une activité agricole, des études ont montré depuis les années 1950 qu'il n'en était rien. Les sols de l'Amazonie brésilienne sont au mieux pauvres par rapport à leurs homologues des régions tempérés, au pire presque stériles. La forêt Amazonienne se présente en fait comme un véritable système de recyclage des matières végétales qu'elle produit, n'empruntant que très peu aux sols qu'elle recouvre.

D'une certaine manière on peut dire que la forêt est simplement posée sur son substrat. Chaleur et humidité, en plus de l'extraordinaire richesse des sols en micro-organismes permet une décomposition très rapide des matières mortes (feuilles, déjections animales, charognes) en élément minéraux. Le tapis extrêmement dense de racines permet, lui, une réassimilation très rapide de ces éléments par les plantes. C'est donc un véritable système qui vit sur lui-même avec une rotation rapide des éléments nutritifs de base que l'on trouve dans les régions forestières.

Reposant sur l'humidité de l'atmosphère, ce système s'enraye dès que les conditions locales changent légèrement :

- la sécheresse amène rapidement un affaiblissement de la forêt, qu'elle soit naturelle dans les régions moins arrosées ou provoquée par l'ouverture de la canopée avec l'abattage. En effet, une fois la canopée trouée, les rayons du soleil peuvent parvenir jusqu'au sol et assécher la strate inférieure de la forêt, détruisant les micro-organismes et ralentissant le recyclage des éléments nutritifs.

- l'érosion est intense lorsque les pluies peuvent atteindre le sol, donc lorsque la canopée est devenue discontinue. Elle lessive le sol des quelques éléments nutritifs qu'il contenait et creuse de profondes ravines dès qu'il existe la moindre pente.

 

Diversité végétale et peuplement

Deux théories principales expliquent la diversité extraordinaire de la végétation amazonienne :

- la première souligne que l'espace occupé par les massifs forestiers n'est pas stable dans le temps. Ils croissent ou décroissent en fonction des conditions climatiques régnant à une époque donnée. Lors des phases de glaciation, la compression des zones chaudes à proximité de l'équateur a diminué les espaces propices aux forêts tropicales. Le massif amazonien devait donc être divisé en plusieurs massifs de petite taille, appelés refuges. Les espèces contenues dans ces refuges, au départ semblables, ont évolué de manière différenciée à la suite de ces séparations, multipliant le nombre des familles. Lors des périodes plus favorables pour l'expansion de la forêt, comme celle que nous vivons depuis quelques millénaires, les espèces forestières ont pu reformer un massif unique et les variétés au départ propres à chacun des refuges se sont disséminées dans l'ensemble. La trace des refuges est cependant encore perceptible dans la concentration d'espèces particulières dans certaines zones.

- la seconde met en valeur le rôle des Indiens d'Amazonie dans la physionomie de la forêt. Ceux-ci ont en effet développé un savoir-faire agricole très original, basé en grande partie sur la constitution de "banques" d'espèces végétales utiles le long de leurs parcours ou a proximité de leurs villages. Souvent itinérants, ils ont ainsi efficacement contribué à disséminer dans toute l'Amazonie des plantes qui ont par la suite donné naissance à de nouvelles espèces ou variétés, par hybridation spontanée. Ce rôle des populations indiennes dans la composition floristique de certaines zones de forêt est de plus en plus reconnu. On considère aujourd'hui qu'il explique par exemple la concentration des châtaigners du Brésil (Bertholetia Excelsa) dans la région de Maraba. Nombre des bosquets de ces arbres, qui fournissent une noix très prisée, correspondent à des anciens villages indiens aujourd'hui disparus. Ce savoir-faire des Indiens amène à considérer sous un jour nouveau la question de la présence de l'homme en Amazonie. Car si les sols sont impropres à une agriculture ouverte, la forêt offre néanmoins des ressources alimentaires permettant de nourrir d'importantes communautés, comme l'ont souligné les premiers explorateurs. Ce potentiel, utilisé par les populations traditionnelles non seulement indiennes, mais aussi cabocla, est aujourd'hui redécouvert. La pratique de la cueillette des substances utiles en forêt est baptisée "extractivisme". On pense désormais que ces pratiques permettraient aux agriculteurs amazoniens d'obtenir une qualité de vie bien supérieure en alliant ces pratiques et la culture mixte de plantes annuelles et d'espèces forestières ou fruitières. Mais les mentalités sont délicates à changer, d'autant que l'extractivisme demande une intime connaissance de la forêt.   

 

 

 



©FMLT, CREDAL, 2001