INNOVATIONS ET TERRITOIRES

Jean-Louis GUIGOU

Délégué à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (DATAR)

Résumé par Guy LAGELéE

L'article complet

Ce débat, cette conférence, il est 11H30, on doit s’arrêter à 12h30, je suis seul, j’aurais aimé discuter avec d’autres, mais ça ne fait rien, le temps n’est pas à des conférences ex cathedra, je vais parler pendant une demi-heure mais je pense, je vais être suffisamment clair et parfois provocant pour susciter me semble –t-il une demi-heure de débat. Le thème qui m’a été proposé «  Innovations et territoires ». Tout d’abord quelques mots sur les innovations et les relations avec le territoire. Les innovations, vous connaissez très bien, c’est banal, il y a les innovations technologiques, le TGV, qui a une influence, sur le territoire. Il y a les nouvelles technologies, le GSM, le téléphone mobile, parfois il y est, parfois il n’y est pas, puis il y a le haut débit, quelle est l’incidence sur les territoires ? il y a donc des technologies ou des innovations de nature technologique, mais on ne doit pas s’arrêter qu’à cela, aux technologiques, aux innovations technologiques. On doit aussi envisager des modifications de comportement. Ce matin, Francis Godard et bien d’autres on dit, attention, le temps est en train de changer : métro, boulot, dodo, c’est fini, tout le monde zappe, et forcément si vous avez des modifications, dans l’emploi du temps, vous avez des modifications, dans l’emploi de l’espace, parce que le temps c’est de l’espace, c’est l’usage de l’espace, et l’espace c’est l’usage du temps et dans toutes modifications dans le comportement du temps influe sur l’espace. Puis à côté des innovations technologiques, il y a des innovations culturelles, mais je pense qu’il y en a d’autres très importantes, ce sont les innovations de type politique et les innovations institutionnelles. Les Allemands parlent de la productivité des institutions, je n’ai jamais pu mesurer la productivité des institutions, mais je pense que les chercheurs de la DATAR vont y arriver. Je me pose la question : est-ce que le canton a une certaine productivité ? est-ce que le canton est plus productif que le département, qu’est-ce que ça veut dire la productivité d’une institution ? Je ne le sais pas, mais qu’importe, il ne fait aucun doute que l’apparition des communautés de communes avec Jean-Pierre Chevénement, les transformations dans la coopération intercommunale, ce fut et c’est et demeure, une grande révolution, un traumatisme profond, un changement de comportement et donc en présence de ces innovations technologiques, de ces innovations institutionnelles, de ces innovations culturelles, vous devez vous poser la question, je me pose la question, toujours la même, est-ce que cela facilite la concentration des hommes et des activités ? Est-ce que cela facilite la diffusion, la dispersion des hommes ? Est-ce que ces innovations accroissent les déséquilibres entre villes et campagnes, entre Paris et le reste de la France ? Où est-ce que ces innovations équilibrent toutes les régions ? Est-ce que à l’échelle du continent européen de 330 millions de population ? Est-ce que les innovations qui sont maintenant à cours redoublé de toute nature, ces innovations technologiques, est-ce qu’elles accroissent les disparités entre les nations ou les réduisent ? Et ça pour moi c’est une obsession, je suis délégué à l’Aménagemnet du Territoire, j’obéis à l’orientation définie par le Général de Gaulle, toujours la même, 1963, vous devez lutter contre Paris et le désert français. Et donc notre métier, c’est incontestablement d’équilibrer les hommes et les activités, de faire en sorte qu’il n’y ait pas de disparités et donc nous jouons sur notre position interministérielle pour infléchir les courants et faire en sorte qu’il y ait une bonne maîtrise de ces innovations. Toutes les innovations qui diffusent bien, ça va, celles qui diffusent pas, je suis très dubitatif, je fais attention. Alors à partir de là, que vous dire et comment classer les choses, comment engager le débat, et que fait la DATAR. Alors sur le conseil de mes amis, de Aliette Delamare de Armand Frémont, et de beaucoup de collègues, parce que la DATAR est peuplée d’hommes qui réfléchissent avant d’agir, et bien voici le plan que je vous propose. D’abord des innovations dans le champ de l’économique, purement le champ de l’économie. Qu’est-ce qu’il y a de nouveau et de fort dans le champ du bisness des entreprises, de la production de marchandises ? et deuxième niveau, le niveau des institutions politiques. Et que fait la DATAR ? Puis le troisième niveau, ce sera le domaine de la géographie, de la géographie physique, qu’est-ce qui a de nouveau dans la géographie physique. Alors dans le domaine, sur le plan économique, il y a une idée, c’est mon habitude, je suis parfois clair, mais trop schématique, mais au moins c’est clair, mais mes propos ne recouvrent que 70% de la vérité parce qu’ils sont trop excessivement clairs, alors que le monde est complexe, je résume trop, mais je préfére résumer, synthétiser, clarifier et après avoir des critiques pour compléter plutôt que d’être confus et puis tout le monde barbote. Alors voici l’idée maitresse, forte, toujours, je cite, les scientifiques qui nous influencent c’est l’équipe de Pierre Veltz qui est maintenant Directeur de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et qui animait des travaux de prospectives dans les années 92-95, voici l’idée maitresse. Cette équipe de prospectivistes nous dit la chose suivante : nous sommes dans une période de rupture, avant il y a 20 ans, 30 ans, 40 ans, les facteurs de production étaient donnés : le gaz, le pétrole, le charbon, l’acier, le soleil, des sols riches et sédimentaires, mais les facteurs de production étaient donnés, la quantité de travailleurs, quantité d’ouvriers, les ports et donc il y avait des territoires plus ou moins riches en fonction des dotations naturelles. Et je change et maintenant nous disent-ils nous allons dans un monde, et nous y sommes déjà où les facteurs de production ne sont pas donnés mais produits par l’homme. Tout est produit, c’est à dire que les trois ou quatre facteurs de production les plus agressifs pour les chefs d’entreprises et les trois ou quatre facteurs de production les plus stratégiques dans la compétition mondiale sont les suivants, il y en a quatre, de mémoire : le premier facteur de production, c’est la qualité de la main d’œuvre, vous voyez que la qualité ce n’est pas la quantité et la qualité, c’est la formation des ouvriers, la formation des cadres, c’est leur bon niveau de connaissance et de maitrise des outils, leur capacité d’innover, donc la qualité de la main d’œuvre, faire en sorte que l’innovation ne soit pas le privilège de quelques uns, mais que même un ouvrier à la chaîne soit capable d’innover. La qualité de la main d’œuvre, deuxième facteur de compétitivité entre les territoires, les nations, les pays, les régions à l’échelle du monde, c’est incontestablement l’innovation, innover, et l’innovation se fait par la relation entre l’université et les entreprises. Les universités constituent, -j’invente des slogans- mais les universités constituent, il va y avoir au XXIème siècle des lieux de concentration d’industrie, comme au XIXème siècle, le charbon et l’acier, les entreprises se concentraient sur les lieux de matières premières, maintenant les entreprises se concentrent sur les lieux de matières humaines, elles collent aux universités, parce qu’elles collent à l’innovation. J’ai toujours en mémoire cet exemple, j’étais étudiant dans la même université que Franck 4 à Montpellier, et cela m’a vraiment marqué. Il y avait à Ganges, des producteurs de tissus et de bas, des bas pour femmes, puis une rumeur a couru. Il y avait à Ganges, une vingtaine, une trentaine de producteurs, et une rumeur a couru, qu’il y avait une grande innovation des matériels très performants et qu’il fallait se précipiter sinon les producteurs, les industriels allaient être mis hors de course, et donc la plupart des producteurs, je vais simplifier, tous sauf un, se sont considérablement endettés sur des machines venant d’Italie, un coup fabuleux, et lorsque tous se sont endettés sur un type de machine, performante, faisant 10 000 bas à l’heure, n’importe quoi, je ne me rappelle pas le chiffre, celui qui n’avait pas suivi cette innovation, qui faisait courir le mauvais bruit a sorti une machine qui faisait des bas sans couture. Tous les autres se sont plantés et il a rappelé la mise. C’est une anecdote, une image, qui montre avec certitude que la concurrence à l’échelle mondiale ne se fait pas par les prix, vous ne discutez pas tellement le prix d’une bagnole, d’un produit, vous discutez la qualité de l’innovation, le service qu’elle rend. Et donc, les industriels se mettent en faillite, les uns les autres avec leur capacité à innover, et puis après vous avez la flexibilité, il faut une très grande flexibilité de la main d’œuvre et des productions et il faut avoir une très grande rapidité d’adaptation, d’où la flexibilité du travail, d’où un capitalisme qui travaille 24 heures sur 24, et à ce sujet, je suis au sens de suivre, les dépenses d’électricité de la Défense à Paris. Et bien la Défense consomme de plus en plus d’électricité, parce que, pendant que nous dormons, le capitalisme d’Extrême Orient fonctionne très vite, et donc, vous avez des ingénieurs et des cadres, qui tout en étant à la Défense à Paris, travaillent toute la nuit, parce que ça ne s’arrête pas et les Bourses travaillent tout le temps. Très bien. Donc innovation, qualité de la main d’œuvre, et puis après, personnalisation des produits, c’est à dire grande spécificité sur une même voiture et bien il y a 130 ou 140 catégories avec des volants de couleurs différentes, des capotes, des tas de trucs, voilà, mes différenciations. Donc ces facteurs de production sont produits, je passe très vite, donc on voit incontestablement que un territoire est compétitif, attire des entreprises, s’il a une capacité à innover, s’il a une capacité à former de la main d’œuvre, s’il a une capacité a avoir une cohésion sociale et que c’est pas parce que vous avez du pétrole –exemple les émirats arabes- c’est pas parce que vous avez du charbon et c’est pas parce que vous avez des matières premières, que vous allez développer la seule matière qui a de l’utilité et de la performance, c’est la capacité humaine, c’est l’homme, il y a de richesse que l’homme et l’homme est créateur. Alors à partir de là, cette innovation, cette transformation est forte, et bien la DATAR en tire plusieurs conséquences. Je vais en citer deux : deux conséquences. Nous sommes persuadés au titre des innovations, que la compétition mondiale conduit à la spécialisation des territoires, et que nos bassins d’emploi -il y a 353 bassins d’emploi- ces bassins d’emploi vont de plus en plus se spécialiser dans des orientations, le scholtès, le cuir , et la chaussure, la vallée de l’Arve, c’est le décolletage, et donc nous avons des indicateurs qui nous permettent de suivre les 353 bassins d’emploi, et s’orientent de plus en plus, nous en avons 80 maintenant, qui sont sur des productions spécifiques, et ces productions spécifiques ce sont les districts à l’italienne qui sont en train de revenir chez nous. Ces districts à l’italienne, la puissance de l’Italie, c’est pas son gouvernement, c’est pas son économie nationale, on ne sait pas qui est Premier Ministre, qui est Président de la République, ils n’ont plus d’Etat, la puissance de l’Italie, 4ème puissance mondiale, c’est sa capacité à s’organiser au niveau local, dans des districts à l’italienne, et les districts à l’italienne se sont des bassins d’emploi très spécialisés, mais attention, ces bassins d’emploi très spécialisés, sur la production de chaises, à Frioul, on ne fait que des chaises, mais ces bassins sont très branchés sur les universités, et sur l’innovation et sur la formation professionnelle, se sont ces petits patrons italiens qui se payent les meilleurs designers qui sont en Californie pour savoir comment dans vingt ans on va s’asseoir, et ces types là n’ont pas de brevet, n’ont pas –ces petits patrons italiens, ils ont l’intelligence de se payer des meilleurs chercheurs, qui vont vivre dans des sociétés en Californie, ou ailleurs, ou à Manathan, pour voir comment on va s’asseoir, demain, et le district de Frioul bat des records de production de chaises, ils sont tous copains, et ils se passent des commandes, ils se livrent, ils ne se font pas concurrence entre eux, et ces districts, ça n’a rien à voir avec les rampes de situation, tel que le charbon, l’acier, Michelin, ou alors le bordeaux ou alors le vin de Champagne, ça se sont des rampes de situation liées à un territoire, et les rampes peuvent disparaître, c’est ainsi que les innovations dans le vignoble de Californie risquent de mettre  à bas, ou australiens, les rampes de situation du Bordeaux et du Champagne. Mais les districts italiens, c’est Silicon Valley ou Hollywood je m’amuse en disant que le souk des teinturiers à Marakech, c’est un district, et quelle est la vertue de ces districts, de ces systèmes productifs locaux, c’est que nous pouvons avoir une formation professionnelle adaptée, s’il faut faire dans la chimie, dans le bois, et dans la cuisine et dans l’hotellerie, et bien le système de formation fait des ouvriers et des cadres adaptés à ces productions, or, chers amis, le système français de production est un système qui n’ait pas été spécialisé, parce que nous avons vécu pendant, 150 ans, 100 ans, avec des colonies et que notre système capitaliste n’a pas été suffisamment aguerri à la compétition mondiale, et que nos industriels se sont abrités derrière la légion étrangère parce que si les africains ne consommaient pas Peugeot, Citroën, ou Renault, on envoyait la légion y consommer, mais maintenant, ceci c’est fini et nos industriels sont maintenant dans la compétition, ils réagissent positivement, ils innovent beaucoup et les bassins se spécialisent. Et que fait la DATAR, elle soutient les systèmes productifs locaux. Deuxième idée, sur les innovations : je la relie à Christian Pierret. et je suis très à l’aise pour parler de lui, en bien, parce qu’il n’est pas là. Christian Pierret en tant que Ministre de l’Industrie, dit, dans la compétition mondiale, il y a à peu près 130 innovations stratégiques, ils appelent ça les technologies clés, il a fait faire des études sur le vivant, le biologique, les génomes, l’informatique, il a tout classé, il sait à peu près avec ses ingénieurs, que la compétition demain par les innovations va porter sur 130 technologies, alors je me branche sur Christian Pierret, et je lui dis, sur 130 technologies nouvelles combien penses-tu que la France, ou sur combien de technologies penses-tu que la France a des avantages comparatifs, par rapport à l’Amérique, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, et en fonction de nos exportations, de nos productions, de nos prix nobels, de nos chercheurs, on arrive à dire, que, on est bon, sur à peu près 30 technologies. Très bien, alors j’en prends 30, et après je décline cela au niveau régional, et je dis, je ne peux pas trouver dans chaque région les capacités à satisfaire ces 30 technologies de demain, et je demande à des chercheurs ou à des universitaires locaux, à des bureaux d’études, de voir dans quelle mesure les bassins, les grands bassins se spécialisent. Je vous donne un exemple : ce qu’on appelle entre nous le 05, le 05 de France TÉlécom, c’est à dire le Val de Garonne, l’Aquitaine, le Midi Pyrénées, d’une partie de la Charente, puis le Limousin, et surtout Toulouse-Bordeaux, à Bordeaux vous avez Dassault et à Toulouse vous avez l’aérospatial et voyez bien que dans ce Val de Garonne, il y a une spécialisation vers la conquête de l’espace, vers Ariane, vers la micro électronique, vers les avions, les gros porteurs, l’A3X, et vous voyez bien que le Val de Garonne envoit des flashs dans le monde entier, en disant, si vous cherchez un espace où il y des ingénieurs, des ouvriers, des sous-traitants, des équipementiers, sur les problèmes de l’aérospatiale, la conquête de l’espace, n’allez pas le chercher en Bretagne ou à Lyon, venez dans le Val de Garonne, mais pour les voitures et les transports en commun, c’est inconstestablement le Grand Est, je passe, où il y a Alstom et où il y a tous les producteurs, de camions, de transports et de métros, etc… dans vos régions, ceci étant, voilà comment nous travaillons, et puis après nous essayons d’adapter les entreprises internationales qui viennent à ces territoires, je passe. Deuxièmement, sur le plan institutionnel et politique, quelle est la grande innovation qui perturbe tout, là sur le plan institutionnel et politique, nous l’avions vu, ou les chercheurs de la DATAR l’avaient vu, dans les années 95-96, dans la fin de la première génération, de prospectives et la deuxième, les chercheurs nous avaient dit, écoutez, ce qui va structurer le monde de demain, celui d’aujourd’hui, mais encore pendant une trentaine d’années, c’était cette espèce de duo pôle ou de couple très fort -le mondial et le local- et plus on est dans le mondial, et plus on est dans les racines et dans le local et plus on sera dans le mondial et dans le cybernétique et dans la rapidité et dans l’homogène et dans l’éphémère et plus les hommes rechercheront le sédentaire, le repère et le singulier et les racines. Avant les deux n’étaient pas séparés, ils étaient très proches au niveau de l’état et de la nation, mais maintenant le mondial et le local se séparent, et entre les deux ? entre le mondial et le local, la nation va disparaître, ou se disloquer, c’est un autre sujet, et ce que nos chercheurs nous disent, c’est la montée en puissance du local, c’est à dire, la décentralisation, les pays, les agglomérations, une petite anecdote : -lorsque Monsieur Pasqua est venu en 95, je m’excuse si je me répète pour certains, nous lui avons dit Monsieur le Ministre d’Etat il faut jouer cette carte des pays, et monsieur Pasqua me disait, Guigou je le sais vous êtes socialiste et vous voulez que je me plante, il me dit ça avec beaucoup d’amitié. Je lui dis, non, Monsieur le Ministre d’Etat, je ne veux pas que vous vous plantiez, il faut qu’on s’en sorte, il me disait, mais pourquoi voulez-vous me faire rentrer dans le XXIème siècle avec un concept du moyen âge ? j’ai dit Monsieur le Ministre, vous avez tout compris devant la peur du mondial, devant la peur de l’indifférence, devant la peur de l’homogénéïté on s’habille tous pareil, on a tous des poêles Teffal, on a abandonné les outils singulier d’antan et les poteries devant cette homogénéisation des idéologies et des pensées, et la pensée unique ce qu’on recherche, c’est le passé, la singularité, les racines, et appeler d’un nom ancien, pays, ce que nous voulons faire et que les maires refusent la coopération intercommunale c’est un coup de génie, et donc les maires ne veulent pas rentrer dans la coopération intercommunale il suffit qu’on appelle ça communauté ou pays, on va faire des communautés, mais surtout ne nous parlez pas de la coopération intercommunale, mais on va faire des communautés, on va faire des pays, et donc nous avançons sur ce chemin, mais je fais le lien sur ces problèmes d’innovation institutionnelle, incontestablement la loi Chevénement, la loi Vaillant, la loi Gayssot, tous les ministres à l’heure actuelle, en gros, un grand nombre de ministères passent de politiques sectorielles à des politiques horizontales, c’est à dire à la territorialisation des politiques publiques. Et là, j’interpelle les géographes je fais la transition avec la troisième partie, les innnovations dans le domaine de la géographie et votre contribution. Elles se situent pour moi à deux niveaux, tout au moins, je vais prendre deux exemples. Celui des pays, des agglomérations, et des communautés qui se recomposent. Le Ministère de l’Intérieur dit oui, on va faire des communautés de communes, des communautés d’agglomérations, le Président de la République dit oui, on aura dans quelques années 3 500 communautés, le Premier Ministre dit oui, on va avoir une élection au suffrage universel des présidents de communautés, oui, Mesdames et Messieurs, c’est presque certain, la France institutionnelle de demain, 2006-2007, c’est 3 600 communautés d’agglomérations urbaines et de communautés de communes. Ça y est, et c’est fini, puis on les regroupera après par bassins d’emplois, par pays, 400 à 500, mais le pays n’est pas une institution. Mais où se pose le problème, c’est que, Monsieur Chevénement puis maintenant Monsieur Vaillant dit, moi je n’aborde que le problème institutionnel des communautés, et dont je travaille sur les compétences des Maires, et donc il effectue des zonages, puis Monsieur Gayssot dit, moi je m’intéresse au plan d’occupation des sols, mais intercommunaux, on appelle cela des SCOT, des schémas de cohérence, à 15 kilomètres de la ville centre et de l’agglomération, ça y est voilà, on met 15 kilomètres, puis Madame Voynet dit, moi je m’intéresse au projet de pays, très bien, et puis, peut-être Madame Guigou va dire, moi je m’intéresse au bassin d’emploi, très bien, et puis Monsieur Kouchner va dire, moi je m’intéresse au bassin de santé, très bien, et Jacques Lang va dire, je n’ai plus de politique sectorielle, je ne travaille qu’au niveau des bassins de l’éducation, très bien, ça veut dire, sans ironie et c’est très difficile, que chaque ministère passe d’une politique sectorielle à une politique territoriale et que chacun a ses propres critères pour définir le territoire qu’il considère comme pertinent. Et là, je me retourne vers la communauté scientifique, parce qu’à la fois je bute, nous voyons des solutions, je vous propose des façons de résoudre ce problème, mais parfois je n’en suis pas certain, et même ce matin encore, Armand Frémont me disait, oui tu as raison Jean-Louis mais peut-être t’as raison pendant 15 ans, 20 ans, mais fait vite ce que tu dois faire, parce que ça va périr assez rapidement. Notre idée, est la suivante, je la soumets à votre jugement critique. Et moi si j’ai cette idée, c’est parce que se sont des scientifiques qui me l’ont donnée, puis en tant que chercheur. Je retiens comme hypothèse, que le territoire, est un territoire organisé, il est vécu, il y a des pratiques, et que ni l’Etat, ni les Elus, les Députés, ne peuvent découper un territoire comme on découpe un camembert, ou comme on découpe une tarte, c’est à dire un espace indifférencié, on fait des petits morceaux, des gros morceaux, pour s’assurer la réélection de demain, ou pour s’assurer le bon fonctionnement d’un hôpital, je dis non, ce n’est pas à nous, fonctionnaires, et ce n’est pas à vous élus, de faire des découpages, des charcutages, les hommes vivent leur quotidienneté, ils ont leur pratique, et là je franchis, je fais un bond dans un domaine par une analogie, analogie c’est un raisonnement un peu simpliste mais quand on fait de la politique, parfois on est simpliste, je vais dans la nature, je dis que les hommes sont dans la quotidienneté un petit peu comme des bêtes, un petit peu comme des abeilles, ou comme des fourmis, et que tous les jours un homme qu’il soit Plouernel à Saint Saturnin les Avignons , ou qu’il soit à Aurillac ou à Périgueux, un homme travaille là, habite là, se lève, mène les gosses à l’école, et puis va voir sa femme, va au supermarché, va voir la belle-mère qui est à l’hôpital, fait un peu de sport avec les copains, et je considère, je retiens comme hypothèse, parce que nous avons beaucoup d’indicateurs qui nous le disent, que le vécu quotidien structure l’espace, voilà pouF c’est laché et de cette hypothèse j’en tire un théorème, et du théorème j’en tire une politique, je ne fais pas dans la demi mesure. Le quotidien structure le territoire et donc, regardez comment l’espace est structuré et nous retenons pour nos différents critères, le dernier critère qui m’a encore conforté dans cette hypothèse c’est l’étude que nous n’avons pas encore publiée de Félix Damette, ça m’a coûté plusieurs centaines de milliers de francs, et je ne le regrette vraiment pas, c’était une hypothèse que j’avais eue dans le Vaucluse il y a une quinzaine d’années, et que Félix Demette a reprise en me disant, tu vas voir c’est formidable et tu as parfaitement raison, et on va le faire, c’est l’histoire des mariages, où est le garçon, où est la fille ? et on analyse les listes de mariage dans les mairies, tout ça c’est informatisé, et donc vous regardez, d’où vient la fille,, et vous regardez d’où vient le garçon et vous regardez la géographie des bassins de nuptialités, et vous observez la chose suivante, c’est que 80% des mariages se font sur un rayon de 20 kilomètres, je dis pas 20/25 cela dépend de la configuration géographique des vallées, etc, mais cela veut dire que le garçon et la fille se sont rencontrés au lycée, au collège, au 14 juillet, dans une fête au cours de mariages, de relations diverses, de convivialité, et puis après vous avez 20% des mariages purement aléatoires au cours d’un trekking au Nepal ou au club méditerranée, je sais pas trop où, ou alors en faisant de l’autostop sur une nationale on est tombé sur un garçon sympathique, mais ça c’est purement aléatoire, il n’y a aucune géographie là dedans. Donc voilà notre idée, les bassins, nous sommes en train de mettre une politique sur les bassins, et les bassins nous en avons de trois types, nous avons les bassins de vie quotidienne, les tous petits, il y a 10/12 communes, déterminées par les usagers, la fréquentation des commerces, des ménages, et ces bassins de vie quotidienne, il y en a à peu près 3700/3800 et les constituants on les avait appelés cantons, il ne se sont pas trompés, 3 800 cantons évidemment maintenant avec les voitures, ce n’est plus la même configuration géographique, et puis après le deuxième niveau, qui n’est pas très loin, ce sont les bassins d’emploi, cette fois ce sont les structures de production et les anciens les avaient trouvés, ils avaient appelé ça, arrondissements, il y en a 350, et nous on a trouvé 353 bassins d’emploi, et les bassins d’emploi de maintenant, n’ont rien à voir avec les découpages des arrondissements de 1789, et le bassin c’est pour nous le pays, et le pays c’est le rassemblement de plusieurs communautés de communes, ce n’est pas une structure, et puis nous avons un troisième niveau, ce sont les bassins de peuplement, et cette fois c’est défini par les grands fleuves il y en a 2 qui coïncident avec France TÉlécom, c’est le 04, le 04, c’est le grand couloir rhôdanien, le grand sud-est avec au centre une colonne vertébrale comme dans mon corps, une grande colonne vertébrale faite par le Rhône, avec les routes, les autoroutes, des TGV, les hauts débits, toute l’inervation avec en haut une tête, Lyon, c’est à dire Lyon qui va chercher son estuaire Marseille, et puis maintenat il y a une heure de TGV, et puis vous avez 2 régions d’un côté Rhône-Alpes PACA, et puis 2 régions de l’autre, Rhône-Alpes et puis Languedoc et ça c’est une région, une inter-région de demain puis vous en avez une autre qui marche très bien, c’est le val de Garonne, avec là encore Toulouse-Bordeaux, et puis l’inervation par la Garonne mais comme la France a 5 fleuves et bien nous avons 5 grandes inter-régions et comme la plaine de l’Escaut est de l’autre côté du plateau de l'Artois et parce que j'ai beaucoup de respect pour Martine Aubry, la géographie, et Pierre Mauroy, nous considérons que la plaine des Flandres, Lille est dans la plaine des Flandres et plus proche de Bruxelles que Lille n’est proche de Paris, donc nous avons pour nous 6 inter- régions. Je vous interroge encore sur une chose, je vais m’arrêter, c’est au niveau de la géographie et des bassins, dernier point en 5 minutes une innovation technologique, c’est à dire les nouvelles technologies, les ordinateurs, la télévision, les communications, tout le transfert de l’information et là, nous nous posons la question : est-ce que les grandes innovations, la téléphonie, d’abord la téléphonie mobile, est-ce qu’il y a des poches dans la France où on n’a pas encore le téléphone mobile ? et puis nous posons après une deuxième question, est-ce qu’il y a des tendances pour le haut débit, c’est à dire transférer des sons, des images en temps rapide, très rapide, quelle est la tendance de ces hauts débits, est-ce que la dérégulation de France TÉlécom perd le monopole, est-ce que le système de concurrence capitaliste, quelles vont être ces conséquences sur notre géographie, et ce fut le ? ?de Limoges, nous avons persuadé le gouvernement, le premier ministre qu’il fallait agir, parce que, premièrement, au niveau de la téléphonie mobile, c’est à dire de votre portable et bien, Mesdames et Messieurs, il y a 1 480 communes, qui à l’heure actuelle sont dans l’incapacité d’avoir des médecins, d’avoir un maire, d’avoir des services publiques capables de recevoir le GSM. Nous considérons que c’est une profonde injustice, à la limite même que France TÉlécom qui avait le monopole n’a pas bien agit, il aurait du couvrir tout le territoire, et bien le premier ministre a dit, ça ne peut pas durer, avant d’attaquer la deuxième génération qui va être traumatisante du haut débit alors finissons avec le bas débit, c’est à dire la téléphonie mobile et puisqu’il existe 1480 communes qui ne reçoivent rien, et bien Guigou, c’est simple, vous allez devoir mettre 1 480 pylones pour approvisionner ces communes, un pylone c’est, excusez-moi, 1 million, et donc 1 480 communes, ça fait 1 milliard 500 millions, donc Guigou, débrouillez-vous, avant 2003, vous devez mobiliser 1 milliard 500 millions pour permettre à ces 1 480 communes de recevoir le téléphone mobile, la DATAR est maline, pas moi mais mes collaborateurs, et donc Bruno Cassette ont donc bien travaillé et nous avons pu mobiliser 500 millions de l’Etat dont 250 millions de la DATAR, 500 millions des grands opérateurs, France TÉlécom, Bouygues, Cegetel, et puis 500 millions des collectivités locales, je puis vous dire que dans l’espace de, à peine deux ans, nous aurons solutionner ce problème d’une profonde injustice. Et prenons maintenant l’autre sujet qui apparaît, il y a une concurrence effrénée et les opérateurs alors qu’il y en avait un seul, c’est à dire France TÉlécom, et franchement à l’heure actuelle il y en a 133, et il y a la concurrence, et je tiens à vous dire la chose suivante, c’est une opinion, et je suis pour la concurrence, bien évidemment, au sein de la SNCF, EDF, des grands monopoles d’état, très bien, mais parfois j’ai peur, parce que, à bien y réfléchir, quand il y avait un monopole de l’EDF, de la Poste, de France TÉlécom et de Air France, et Monsieur le Ministre, je vous remercie de venir au bon moment, je suis en train de dire quelque peu du bien des monopoles eut égard à la géographie, parce quand il y avait un monopole, il y avait de la péréquation, Air France se prenait sur les réseaux, ou les lignes rentables, Paris-Marseille et Paris-Nice, et permettait de faire des transferts pour payer le Paris-Brive ou le Paris-Périgueux, mais maintenant vous dérégulez tout, il n’y a plus de péréquation et donc nous sommes devant ce sujet, et France TÉlécom on ne peut pas leur dire mettez de hauts débits partout, on va voir, et dont le Ministre a ouvert le marché, plusieurs opérateurs sont venus, et nous nous sommes aperçus incontestablement que la logique même de la concurrence pour ces nouveaux opérateurs comme pour l’ancien c’était de se mettre là ou il y avait de la demande, et donc se mettre dans les zones urbaines, et donc, je me suis dit, nous nous sommes dit, et le gouvernement s’est dit, bon dieu de bon dieu, toute la pauvreté va rester aux mains de l’Etat et le système purement rentable se mettra dans les régions riches et l’Etat va avoir toutes les tristesses du monde, les espaces ruraux en voie de dépopulation ou les espaces ruraux de faible densité, ou les quartiers non rentables, parce qu’en plus le privé fait le tri dans les villes, pour servir en fibre optique les quartiers rentables et vous laisse bien évidemment les zones urbaines sensibles. Et donc ça ne pouvait pas marcher, le gouvernement a tapé très fort avec une bonne alliance entre le Ministère de Christian Pierret, la DATAR, le gouvernement a fait très fort, je suis presque au lieu de ma conclusion, il a fait très fort parce que, il a dit la chose suivante : en 2005, et bien le haut débit de mégabits va être généralisé sur le territoire ou dans les lieux où les opérateurs en ont vraiment besoin, mieux que ça, le CIAT, c’est, on a pris de l’argent ou on a demandé à la Caisse des Dépôts de participer et la Caisse des dépôts a donné 1,5 milliard de fonds propres plus de 10 milliards de crédits pour des prêts à taux réduits, mais surtout ce qui a été fait en ce qui concerne le haut débit, le CIAT s’est tenu à Limoges, je suis à 2 minutes de ma conclusion, et vous savez les hommes politiques travaillent par symbole, si le gouvernement au grand complet, a, semble-t-il perdu une journée, parce qu’il faut y aller à Limoges, et il faut prendre tout le gouvernement, le Premier Ministre et tous ses Ministres, c’est long, il faut y aller, le symbole est clair, et le Premier Ministre l’a dit et Christian Pierret l’a confirmé, et nous impose, on a fait ce CIAT ou le gouvernement a fait ce CIAT à Limoges, pour bien dire que les espaces de faibles densités ne seraient pas sacrifiés dans la modernité et que nous étions dans l’obligation de mettre du haut débit là où le système de concurrence n’allait pas le mettre facilement, et mieux, le Premier Ministre dans sa conférence, a dit, je souhaite que le Massif Central soit équipé rapidement et en particulier le Limousin, et bien, ce n’est pas un scoop, mais j’étais Lundi à Limoges, je ne suis pas certain de mon coup, mais presque, il peut se faire que, avant, les élections importantes de mai/juin 2002, il peut se faire, et je vais m’y atteler, le Limousin sera la première région de France avec le haut débit, ce ne sera pas l’Ile-de-France, ce ne sera pas non plus la région Rhône-alpes ou PACA, mais ce sera le Limousin et les technologies sont stupéfiantes, elles nous viennent de Suède , au lieu de mettre de la fibre optique dans la terre, ça coûte cher, on enroule la fibre optique sur les cables de téléphone et comme il y a déjà les piliers et comme il y a déjà les cables, ça ne coûte que 300 milles francs du kilomètre, et donc on sait qu’avec quelques centaines de millions, en mars 2002, nous aurons cablé l’ensemble du Limousin. JE termine sur une idée, je suis vraiment à la fin. Dans mon travail de Délégué à l’Aménagement du Territoire et avec toute l’équipe, parce que c’est un travail d’équipe, dans ce travail, innovations et territoires, nous avons un slogan. Nous ne sommes plus des bétonneurs, maîtres de routes des autoroutes partout, je vous l’ai bien dit au début, c’est pas que de routes et d’autoroutes qu’on développe un territoire, c’est la qualité des hommes, et donc notre slogan et le suivant : nous travaillons à réduire le temps d’apprentissage par les élus, nous travaillons à réduire le temps d’apprentissage des innovations sur les territoires. Nous sommes très attentifs aux innovations, nous sommes très attentifs à la capacité de certains territoires, parce qu’ils sont mieux organisés, à prendre une innovation à la phagocyter et à la rendre utilisable par la population, ce que nous faisons, nous observons le territoire et dès que nous voyons une bonne innovation dans n’importe quel domaine, nous le portons à la connaissance des autres élus et notre travail c’est de réduire le temps d’apprentissage des innovations sur l’ensemble du territoire. J’ai été un peu trop long, je vous remercie.

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