LE TERRITOIRE DES RÉSEAUX ROUTIERS

Lahouari KADDOURI

UMR Espace 6012 Ð Univ. Montpellier III Concours Poster

Le Poster complet (1.9 Mo) Le commentaire des cartes

> Des informations sur le contexte général

Les cartes présentes sur ce poster sont issues de recherches que je mène dans le cadre de mon doctorat depuis octobre 1999 intitulé : «  Les systèmes urbains pour la régionalisation des territoires »   dont vous pouvez avoir un résumé à l'adresse suivante :

(http://www.mgm.fr/UMR/Kaddouri/Doctorat.html)


> La problématique de recherche

Aujourd'hui les réseaux en tout genre, qu'ils soient sociaux, de télécommunications, de communications ou autres, ont pris une place prépondérante dans notre univers de tous les jours. Non seulement ces réseaux matériels ou immatériels prennent de plus en plus de place, mais ils transforment la vision et la perception même que l'on se fait de notre propre espace. D'une conception zonale de l'espace vécu, nous passons progressivement vers une conception réticulaire. De cette nouvelle conception consciente émerge la notion de « territoire-réseau ».

Véritable territoire dont le squelette est composé de réseaux en tout genre, le « territoire-réseau » s'appuie sur le r™le prépondérant des acteurs et décideurs (les réseaux sociaux) et aux pouvoirs que ces derniers confèrent aux différents réseaux qu'ils créent ou développent1.

Les recherches que je mène actuellement se focalisent sur un type particulier de ces réseaux : les réseaux urbains2. Véritables centres de décision et de pouvoir, de concentrations des hommes et des activités, les villes produisent des réseaux et sont souvent les lieux où s'entrecroisent ces réseaux qu'elles génèrent (à l'inverse certains réseaux favorisent l'émergence de villes).

Une des hypothèses fondamentales de ces travaux de recherche repose sur le fait que l'on puisse découper l'espace, le régionaliser, avec l'aide de constructions graphiques représentatives de ces réseaux urbains et d'une théorie mathématique bien adapté à l'étude de ce type de représentations : la théorie des graphes3. Cette théorie nous permet, sur des bases de rupture, « discontinuités réticulaires » des graphes obtenus, de mettre en évidence des sous-systèmes régionaux.

Dans un premier temps, mise au point d'une méthode de constructions du graphe représentatif des réseaux urbains européens selon certains critères et caractéristiques de villes et de systèmes de villes ; puis, dans un deuxième temps, l'utilisation de la théorie des graphes, et de certains de ces indices, sur ces graphes obtenus, pour localiser les ruptures, identifier les sous-systèmes de villes (sous-graphes4) et leur morphologie.

Les cartes présentées sont le résultat de la première partie énoncée ci-dessus.



> Des explications

La base de données utilisée pour ces deux constructions est la base de données Géopolis de François Moriconi-Ebrard (1993) contenant toutes les villes et agglomérations européennes de plus de 10.000 habitants.

Les deux cartes présentées sur ce poster sont issues de deux méthodes différentes de constructions.

Les deux caractéristiques de villes choisies pour ces constructions sont d'une part la localisation et d'autre part la population.


Carte n°1 : Réseaux urbains européens de voisinage

Cette méthode propose de relier chaque ville à sa plus proche voisine à vol d'oiseau par une arête, montrant par là les relations privilégiées entre les villes européennes de manière théorique en posant comme hypothèses que la distance est le seul paramètre influant sur les échanges et que l'espace possède les propriétés d'homogénéité, d'isotropie et de continuité5.

Cette première carte pourrait servir de complément à l'étude du semis de villes européennes et surtout de base théorique d'étude de réseaux urbains européens.

En obtenant sur cet espace la visualisation des réseaux de villes européens de simple voisinage, cela permet :

- de voir si le fait d'être relié à une certaine ville par hypothèse que l'on échange avec uniquement la ville la plus proche, nous rapproche d'un sous-système plus ou moins important de villes ou le contraire ;

- d'observer que l'on n'obtient pas un graphe fortement connexe, c'est-à-dire qu'il n'existe pas un chemin qui permet de relier n'importe quelle ville à toutes les autres (en passant ou non par d'autres villes) ;

- de donner un aperçu des densités réticulaires sur la frange de l'Europe médiane (la fameuse « banane bleue » ) et de la morphologie des réseaux obtenus ;

- de comparer avec d'autres réseaux urbains matériels ou immatériels non théoriques et d'en mesurer les écarts à notre modèle, pour mesurer le rôle contraignant de la distance, d'introduire d'autres hypothèses et essayer de rapprocher le modèle théorique du réel (ceci permettra de mesurer les effets de chaque facteur, critères ou hypothèses) ;


Carte n°2 : Réseaux urbains européens de la proximité hiérarchisée

Cette deuxième méthode intègre les hypothèses posées pour la première méthode auxquelles s'ajoute une contrainte de supériorité de taille en termes de population quant à la relation.

Ce choix s'impose par la nécessaire introduction d'hypothèses de hiérarchie qui dans le cas du système de villes européennes est une des caractéristiques majeures le définissant6. La taille de la ville à travers sa population n'est certes pas l'unique critère permettant de mettre en évidence les hiérarchies urbaines dans le système, mais elle contribue à en résumer l'aspect général7. Ces populations sous-tendent des fonctions administratives, industrielles, de services importantes.

Nous avons introduit 3 classes de distances entre les villes les plus proches, comme on peut le constater sur la carte, avec un seuil de 31 km qui correspond à la distance moyenne entre une ville et sa plus proche voisine sur l'ensemble de l'Europe et un autre seuil de 100 km qui permet de distinguer les relations de longues distances.

Cette nouvelle construction permet :

- de mettre en évidence des réseaux urbains de proximité entre les petites et moyennes villes et le réseau de dimensions européennes8 entre les grandes villes ;

- de mesurer l'impact de notre hypothèse de hiérarchie avec la comparaison à des réseaux urbains hiérarchiques réels ;

- de voir de manière la plus simple possible (quant à l'hypothèse de construction) les diverses polarisations autour des grandes agglomérations, d'en mesurer les plus ou moins fortes centralités à l'aide d'indices de la théorie des graphes et d'analyser les morphologies des sous-graphes régionaux autour de ces agglomérations.

- d'avoir confirmation de la présence de la « banane bleue » ou les distances moyennes sont très faibles.


Pour toutes les constructions obtenues, nous calculons divers indices issus de la théorie de graphes permettant de caractériser les différentes morphologies des graphes. Nous pouvons ainsi comparer les réseaux théoriques avec les réels, établir des typologies de l'ensemble et extraire des sous-graphes en vue d'une régionalisation des territoires.



> Des compléments pédagogiques.

Pour illustrer une application possible de ce type de constructions citons les travaux en cours de réalisation en collaboration avec les archéologues de Lattes (34) sur un territoire autour d'une petite commune du département de l'Hérault : Lodève.

Il s'agit de construire de possibles représentations graphiques théoriques de réseaux urbains anciens, donc de relations inter-urbaines, uniquement basés sur des hypothèses de superficie de l'habitat, de types de bâti, de localisations, en y incluant le relief ainsi que les voies de communications, à l'époque de la période Républicaine ( Ier s. av. J.C.), celles du Bas-Empire et du Haut-Empire (resp. Ier et IIème s. ap. J.C., et du IIIèème au Vème ap. J.C.).


Vous pouvez également télécharger d'autres cartes complémentaires à celles-ci, présentées lors du 12èème colloque européen de géographie théorique et quantitative à Saint-Valéry en Caux (76) et visitez une page de l'UMR Espace :

http://www.mgm.fr/UMR/Kaddouri/Cartes.html

http://www.geo.univ-avignon.fr/Site%20Avignon/pages/labo/axe2.html




1 Les exemples des influences des réseaux de télécommunications dans les guerres ou ceux visibles des réseaux de transport, dont une grève peut entraîner des paralysies totales, reflètent les pouvoirs de certains réseaux.

Pierre VELTZ, 1996, Mondialisation, villes et territoires : l'économie d'archipel, Paris, P.U.F., 262 p.

2 Réseaux urbains : ensemble des relations entre les villes

Jean-Marc OFFNER & Denise PUMAIN (eds.), 1996, Réseaux et territoires. Significations croisées, La Tour D'Aigues, éƒditions de l'Aube, 286 p.

3 De nombreux instruments techniques appliqués à un graphe qui est un ensemble G=[X ;U] composé de deux ensembles indissociable : un ensemble X d'éléments appelés sommets ou nÏuds et un ensemble U d'éléments formés d'un couple de sommets appelés arcs ou arêtes selon qu'il existe ou non un sens dans la relations entre les sommets.

Claude BERGE, 1983, Graphes, 3ème éd., Paris, Gaulthiers-Villars, 400p.

Claude BERGE, 1967, Théorie des graphes et ses applications, 2èème éd., Paris, Dunod, 267p.

4 Un sous-graphe est une partie d'un graphe

5 L'espace est le même en tout point, on peut s'y déplacer de la même manière dans toutes les directions et il ne possède aucune rupture.

6 Cattan et al., 1994, Le systèème des villes européennes, Anthropos, Paris, 201p.,(Coll. Villes).

7 Nous avons développé d'autres méthodes permettant la prise en compte des hiérarchies urbaines européennes.

8 Réseau qui correspond approximativement au sous-graphe rouge sur la carte.

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