GLOBALISATION, SYSTÈMES TERRITORIAUX DE PRODUCTION ET MILIEUX

Denis MAILLAT

Institut de recherches économiques et régionales (IRER) - Université de Neuchâte - Pierre-à-Mazel 7
CH-2000 Neuchâtel, Suisse

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12ème Festival International de Géographie

Saint-Dié-des-Vosges, 4-7 octobre 2001

 

Institut de recherches économiques et régionales (IRER)
Université de Neuchâtel
Pierre-à-Mazel 7
CH-2000 Neuchâtel, Suisse
Résumé

La globalisation a mis en évidence l’importance des territoires. Dans cette article, on montre qu’il existe plusieurs types de systèmes territoriaux de production et que leurs capacités d’adaptation ne sont pas identiques. Ils sont en effet actionnés par des logiques différentes. Les systèmes territoriaux de production animés par un milieu innovateur semblent être les plus aptes à mettre en œuvre des processus endogènes de développement et à s’adapter à la compétitivité globale.

Globalisation et territorialisation

De manière générale, les analyses du phénomène de la globalisation mènent à deux types de conclusions opposées. Pour certains auteurs, la globalisation de l’activité économique compromet l’autonomie et l’identité des régions, voire des nations (Castells, 1993; Harvey, 1989; O’Brien, 1992; Ohmae, 1996; Reich, 1991). Pour d’autres auteurs, au contraire, le phénomène de la globalisation fait émerger le cadre local et le valorise car c’est à cette échelle que des formes d’organisations productives ancrées territorialement et insérées à l’échelle globale sont mises en place. Dans cette perspective, le local sous-tend le global à travers un processus de territorialisation (Perrin, 1983; Scott, 1986; Gilly, 1987; Crevoisier et Maillat, 1989; Colletis et al., 1990 ). Ainsi, les exemples des régions dites « gagnantes » attestent de l’importance des phénomènes de territorialisation comme éléments déterminants de la compétitivité des systèmes territoriaux de production (Benko et Lipietz, 1992).

Dans le cadre de la globalisation, les systèmes territoriaux de production doivent faire face à une double problématique. D’une part, la dérégulation des échanges, entreprise dans le cadre des accords de l’OMC et de l’intégration régionale, rend moins efficaces et effectives les protections nationales dont certains systèmes territoriaux de production ont pu bénéficier jusqu’à présent. L’intensité croissante des échanges qui découle de cette ouverture contraint les systèmes de production à se repositionner, tant sur le marché national, qui n’est désormais plus protégé, que sur le marché international, maintenant plus ouvert. D’autre part, l’organisation spatiale des activités économiques se modifie. Pour certains analystes, on s’achemine vers une économie d’archipel, pour d’autres, on assiste au développement d’une mosaïque de systèmes territoriaux de production spécialisés.

Le modèle d’économie d’archipel se départit du modèle traditionnel de centre-périphérie (Veltz, 1996; Rallet, 2000). Schématiquement, on observe le développement d’un réseau global composé de grands centres urbains qui, en plus de constituer de hauts lieux de la vie politique, financière et culturelle, tendent à regrouper un certain nombre de fonctions tertiaires associées au processus de production (finance, design, services juridiques, etc.). Ce phénomène de regroupement spatial des activités de services aux entreprises n’est pas sans conséquences pour les systèmes territoriaux de production, qui perdent de ce fait une part de leur autonomie. On pense notamment à la mise sous tutelle des secteurs financiers locaux. Dans ce contexte, « le non-développement d’une zone n’est plus référé à son inscription dans l’orbite d’un pôle, mais à sa déconnexion de l’économie d’archipel » (Rallet, 2000, 40).

Le modèle de la mosaïque des systèmes territoriaux de production est associé au développement du post-fordisme et à celui des technologies de l’information, qui engendrent une organisation productive plus flexible. On parle volontiers d’un nouveau paradigme technologique post-fordiste selon lequel le système productif global tend à se structurer comme une « mosaïque de systèmes locaux flexibles, spécialisés et auto-régulés, entretenant entre eux des relations d’échange au sein de réseaux complexes » (OCDE, 1993, 22) (Storper, 1992; Piore et Sabel, 1984). Dans ce modèle, les unités de production regroupent en un même lieu plusieurs segments de fonctions de production (conception, développement, maintenance, par exemple). Elles disposent de l’autonomie nécessaire à l’organisation et à la gestion de leurs relations avec les autres unités de leur environnement territorial. Ce dernier est donc utilisé comme une composante sur laquelle l’entreprise agit, notamment pour développer des relations marchandes et non marchandes avec d’autres entreprises ou d’autres acteurs économiques. Dans ce modèle, la localisation des activités n’est alors plus fondée sur la simple utilisation de ressources locales préexistantes, mais sur l’insertion de l’établissement dans son environnement d’implantation pour y nouer des relations de collaboration et contribuer ainsi à son enrichissement et à son développement en ressources spécifiques (Maillat, 1998). Ainsi, parallèlement au développement du réseau global et de l’ouverture des marchés, une nouvelle répartition spatiale des systèmes territoriaux de production se met en place. Concrètement cela signifie que « chaque région rivalise avec toutes les autres sur le plan des coûts, de la gamme des produits et de leur qualité » (OCDE, 1995, 10).

Par ailleurs, il ne faut pas négliger le fait que certaines régions deviennent beaucoup plus attractives que d’autres en raison de l’importance croissante que prennent les nouvelles technologies de l’information et de la communication. En effet, la présence d’infrastructures de télécommunication tend à constituer un avantage spécifique pour des territoires particulièrement bien équipés. On peut même défendre l’idée qu’ « il existe une concurrence informationnelle potentielle entre les territoires et les réseaux » (Thepaut et Le Goff, 2000, 5). Cette tendance pourrait aller en s’accentuant dans la mesure où l’équipement en infrastructures de télécommunication échappera bientôt aux pouvoirs publics (privatisation oblige). On risque alors de voir les écarts se creuser entre les régions qui concentreront les infrastructures de pointe et celles qui seront moins bien équipées.

Enfin, le processus de globalisation se caractérise par le développement de réseaux mondiaux de grandes entreprises qui se distinguent par l’importance des investissements directs et des transactions qu’elles effectuent à l’échelle mondiale, ainsi que par une pratique croissante d’accords de coopération, notamment dans le domaine de la recherche et du développement (OCDE, 1995). De ce fait, l’organisation productive dépend de plus en plus de règles propres aux groupes. Les effets de ce phénomène pour les économies locales s’annoncent contrastés. Autant cette évolution peut constituer une chance pour certaines d’entre elles de se positionner sur un marché plus vaste et d’améliorer leur compétitivité, autant elle peut représenter une menace pour celles qui sont exclues du champ d’intérêt des groupes (Kiyonari, 1995).

En définitive, quel que soit le modèle de référence que l’on adopte, il en résulte des régions perdantes, qui sont exclues et restent soumises au modèle centre-périphérie, et des régions gagnantes, qui forment les éléments actifs du système économique et participent à la nouvelle recomposition territoriale. Il est donc imnportant de caractériser les systèmes territoriaux de production afin de déterminer leurs capacités d’adaptation.

Typologie des systèmes territoriaux de production

On peut caractériser les formes d’organisation des systèmes territoriaux de production en se basant sur deux logiques principales: la logique fonctionnelle et la logique territoriale. Les entreprises fonctionnant selon la logique fonctionnelle sont organisées de manière hiérarchique, verticale (les décisions proviennent de la direction centrale). Elles répartissent géographiquement leurs différentes fonctions (conception, production, vente, etc.) de manière à diminuer les coûts de production (coût de la main-d’œuvre, coûts de transports, niveau de la fiscalité, subventions accordées, etc.) Le territoire d’implantation n’est pour elles qu’un support, voire un lieu de passage; elles ne s’y insèrent pas. Le territoire n’a donc qu’un rôle passif. A contrario, la logique territoriale implique un lien fort entre les entreprises et le territoire d’implantation. La logique territoriale a pour objectif la territorialisation de l’entreprise, donc son insertion dans le système territorial de production. Dans ce cas, les entreprises sont organisées en réseau (cluster), de manière horizontale, le milieu orchestrant le système (Maillat, 1998). Elles entretiennent des relations de coopération/concurrence, génératrices des synergies et des complémentarités nécessaires à leur fonctionnement. Le territoire joue un rôle actif, les entreprises y sont attachées et contribuent à l’enrichir.

On peut, à l’aide des caractéristiques de ces deux logiques opposées, identifier différents types de systèmes territoriaux de production. En l’occurrence, pour établir notre typologie, nous avons retenu deux critères (figure 1). Le premier porte sur le degré d’intégration de la chaîne de valeur ajoutée : il doit rendre compte, pour une entreprise située dans la région, du degré d’intégration des diverses activités contribuant à la production d’un bien (Porter, 1993). Ces activités peuvent être intégrées totalement ou partiellement dans une entreprise ou être réparties entre plusieurs entreprises établies elles aussi dans la région. Ce critère permet d’opérer une différence entre les systèmes territoriaux de production caractérisés par la présence de grandes entreprises qui concentrent les diverses activités productives (recherche, développement, production, vente) des systèmes composés d’entreprises isolées ou de succursales de grandes entreprises. Le second critère porte sur l’intensité des relations d’échange entre les entreprises dans la région. Il représente les complémentarités et les interrelations de nature horizontale qui s’établissent entre les différents acteurs (entreprises, organismes de recherches) (Camagni, 1991, Maillat et Perrin, 1992; Maillat, Crevoisier et Lecoq, 1994). Il permet de distinguer les systèmes territoriaux de production dans lesquels il existe une dynamique de l’interaction des systèmes dans lesquels il n’y a pas de complémentarité ou pas d’interdépendance entre les acteurs.

La typologie est construite en opposant, d’une part, la présence ou l’absence de relations d’échanges intervenant dans la région et, d’autre part, la présence ou l’absence d’intégration interne (à l’entreprise) dans la chaîne de valeur ajoutée de la région. On obtient quatre différents types de systèmes territoriaux de production (figure 1).

Cadran A : absence d’intégration et de territorialisation. Ce cas correspond à des systèmes dans lesquels les entreprises agissent de manière indépendante, c’est-à-dire sans tisser de liens entre elles dans la région. Il n’y a pas de relations inter-firmes. Il s’agit typiquement de succursales de grandes entreprises fordistes implantées dans une région et dépendant d’une hiérarchie située à l’extérieur de la région, ou alors de petites entreprises isolées. Ce type d’organisation ne favorise pas le développement endogène parce qu’il n’engendre pas de processus d’apprentissage collectif dans la région ni le développement de ressources spécifiques au territoire. Le territoire n’est ici que le support des activités, il n’a qu’un rôle passif (Crevoisier, 1996).

Cadran B : présence d’intégration, absence de territorialisation. Dans ce cas, une grande entreprise, située dans la région, concentre les différentes fonctions de la chaîne de valeur ajoutée essentielles à son activité sans entretenir de relations importantes avec les autres acteurs présents dans la région. Tout est produit par l’entreprise de la conception au conditionnement. Toutes les fonctions sont internalisées, il n’existe pas de complémentarité avec d’autres acteurs. Une telle entreprise s’impose au territoire et à la région. Elle exerce une forme de pouvoir sur la région et de ce fait la façonne à son projet, excluant, le cas échéant, les concurrents et développant elle-même les activités qui lui sont utiles (centre de formation, voire lieux de loisirs). Il s’agit typiquement de cas d’entreprises introverties ou paternalistes. Bien que de telles entreprises puissent être attachées (souvent pour des raisons historiques) à la région, leur délocalisation ou leur disparition n’est pas exclue lorsque la région n’offre plus suffisamment d’avantages ou lorsque l’entreprise est mal gérée. Ce type de systèmes de production n’est pas favorable au développement endogène de la région car il est trop lié au sort d’une seule entreprise.

Cadran C : présence d’intégration avec territorialisation. Il s’agit d’un système territorial de production où figure une entreprise dominante qui maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur ajoutée, mais qui entretient des relations avec d’autres acteurs de la région. Par l’externalisation de certaines de ses activités, une telle entreprise suscite des interdépendances et manifeste son ancrage dans le territoire. Les effets de ce type d’organisation en termes de développement endogène dépendent fortement de la nature des relations liant l’entreprise et ses partenaires, autrement dit de la présence ou de l’absence d’un effet milieu. La présence de celui-ci signifie que l’entreprise et ses partenaires coopèrent et génèrent des complémentarités (échange de connaissances, de savoir-faire, de technologies). En somme, les partenaires de la grande entreprise ne dépendent pas que d’elle, souvent, ils coopèrent aussi entre eux. En participant aux relations d’échange avec d’autres acteurs, la grande entreprise manifeste son insertion dans le territoire. Elle constitue avec les autres partenaires des réseaux d’interdépendances qui obéissent à des règles ou à des codes constitués par le milieu. En raison de l’ancrage territorial des entreprises qui le composent, ce système met en œuvre des processus de développement endogène.

Cadran D : absence d’intégration avec territorialisation. Ce cas correspond à des systèmes territoriaux de production composés de petites entreprises indépendantes et spécialisées, appartenant à une filière ou à une partie de filière de production, qui entretiennent de nombreuses relations. Dans un tel système, les interactions entre les différents acteurs sont la règle. Il n’existe pas d’acteur dominant qui intègre les différents stades de la chaîne de valeur ajoutée. Ce sont les mécanismes de concurrence-coopération entre les acteurs complémentaires qui assurent la cohérence de l’ensemble et c’est le milieu qui organise le système. Ce type de système tire ses forces des complémentarités existantes entre les entreprises, mais peut être entravé dans son développement du fait des lacunes dans la chaîne de valeur ajoutée (manque de relations avec le marché, lacunes au niveau de la recherche...). Ce système territorial de production présente donc une autonomie relative, mais il dispose néanmoins de capacités endogènes de développement.

Figure 1: Typologie des systèmes territoriaux de production

Evolution des systèmes territoriaux de production

La typologie de la figure 1 présente quatre types de systèmes territoriaux de production. Ces systèmes s’articulent, comme nous l’avons vu, autour de deux logiques, l’une fonctionnelle et l’autre territoriale. Les entreprises fonctionnant selon la logique fonctionnelle (cas A et B) sont organisées de manière hiérarchique, verticale (tout se décide au niveau d’une direction centrale). Dans ces systèmes, les entreprises entretiennent des relations avec l’extérieur, mais au niveau local, elles tissent peu ou pas de relations avec les autres acteurs. En fait, la logique fonctionnelle prime sur la logique territoriale. Il n’existe pas de complémentarité entre les entreprises et les ressources spécifiques ne sont pas activées. La capacité de développement vient de l’extérieur du système (développement exogène).

En revanche, les systèmes territoriaux de production relevant des types C et D fonctionnent principalement selon une logique territoriale. En effet, les entreprises ont un lien fort avec le territoire. Elles sont organisées en réseau et établissent entre elles des relations de type horizontal. Le milieu constitue le principe organisateur du système (Maillat, 1994 et 1998). Il existe de nombreuses coopérations de type partenarial. Le système fonctionne grâce à une multitude d’acteurs complémentaires et interdépendants mus par des mécanismes endogènes de développement. Ces systèmes sont beaucoup plus autonomes que les deux précédents, car les entreprises sont ancrées dans le territoire. C’est donc à partir de la logique territoriale que des liens ou des réseaux sont créés avec l’extérieur et que l’insertion dans la globalisation se manifeste.

Mais, il ne faut pas considérer la position des différents systèmes de production d’une manière statique. Les systèmes actionnés par une logique territoriale peuvent passer à une logique fonctionnelle et inversement.

Prenons quelques exemples. Les succursales des grandes entreprises du cas A ne sont, à l’évidence, pas territorialisées puisqu’elles n’entretiennent pas de relations avec les autres entreprises de la région. Cependant, les circonstances peuvent changer et certaines grandes entreprises à la recherche de nouvelles compétences ou de nouvelles synergies peuvent être amenées à pousser leurs succursales à tisser des relations de type horizontal. On passe alors du cas A au cas C.

De la même manière, une grande entreprise, correspondant au cas B, peut trouver un intérêt à externaliser certaines de ses activités et à établir des relations avec d’autres entreprises de la région. Ainsi, le soutien à l’externalisation d’activités et à la création de spin-off permettrait de réduire les risques liés de délocalisation. Toutefois, pour que les partenaires échappent à l’emprise de la grande entreprise, il faut qu’un milieu se développe. On passe ainsi du cas B au cas C.

Si la grande firme du cas C, partiellement intégrée verticalement, s’intègre davantage soit par le rachat de ses concurrents, soit par l’absorption ou la disparition de ses sous-traitants, on passe au cas B. L’effet milieu risque de disparaître et la région se retrouve dans une situation de dépendance par rapport à une grande entreprise qui, un jour ou l’autre, pourrait se délocaliser ailleurs. Il s’agit donc d’éviter que la grande entreprise ne maîtrise seule toutes les fonctions de la chaîne de valeur ajoutée.

Dans le cas D, le système dispose d’une organisation de type milieu. Cependant, en raison de la taille des entreprises, les liaisons avec les marchés sont souvent déficientes. L’évolution souhaitable pour ce type de système territorial de production est un glissement vers une situation intermédiaire entre C et D, où, grâce à quelques plus grandes entreprises, les connexions avec les marchés sont mieux assurées.

Evidemment, toutes ces évolutions ne s’opèrent pas automatiquement. Dans certains cas, il est possible de les piloter. Tout dépend de la capacité d’action des acteurs régionaux et des apprentissages qu’ils ont réalisés ou qu’ils sont capables d’acquérir (Maillat et Kébir, 2001). C’est ici qu’intervient le milieu.

Milieu et capacité de développement des systèmes territoriaux de production

Les systèmes territoriaux de production animés par des milieux, et souvent constitués de PME, sont particulièrement bien intégrés dans la globalisation du fait de certaines caractéristiques d’organisation: interaction entre les acteurs et dynamique d’apprentissage. Ces systèmes sont capables de mettre en œuvre une dynamique endogène de développement tout en maintenant leur cohésion (Becattini, 1990; Courlet, 1989; Garofoli, 1992; Planque, 1985; Tödtling, 1994; Maillat, Quévit et Senn, 1993; De Bernardy, 1996). Celle-ci est assurée par des règles, des codes et des routines. C’est ce à quoi correspond le milieu: un ensemble territorialisé régi par des normes, des règles et des valeurs, qui sont autant de modalités guidant les comportements des acteurs et les relations qu’ils entretiennent (Maillat, 1994).

En fait, le milieu recouvre cinq aspects:

  • un ensemble spatial, donc un espace géographique, qui n’a pas de frontières au sens strict mais qui présente une certaine unité se traduisant par des comportements identifiables et spécifiques;

  • un collectif d’acteurs (entreprises, institutions de recherche et de formation, pouvoirs publics locaux, individus qualifiés) qui doivent jouir d’une relative indépendance décisionnelle et d’une autonomie dans la formulation de leurs choix stratégiques;

  • des éléments matériels spécifiques (entreprises, infrastructures), mais aussi des éléments immatériels (savoir-faire, règles) et institutionnels;

  • une logique d’organisation (capacité à coopérer) qui vise à utiliser au mieux les ressources créées en commun par des acteurs ouverts les uns aux autres et interdépendants;

  • une logique d’apprentissage (capacité de changement) qui révèle la capacité des acteurs à modifier leur comportement en fonction des transformations de l’environnement technologique et de marché (Maillat, 1994).

Les systèmes territoriaux de production animés par un milieu constituent ainsi un archétype, une forme d’organisation productive territoriale “ idéale ” qui permet à des réseaux d’entreprises, notamment de PME, de s’insérer dans le contexte global à partir d’une base locale et de processus endogènes de développement. De plus, ces systèmes, lorsqu’ils sont capables d’innover, ont la capacité d’évoluer en fonction des changements affectant leur environnement institutionnel, technique et de marché.

Naturellement, toutes les régions ne disposent pas de systèmes territoriaux de production dynamiques, et tous les systèmes territoriaux de production ne sont pas animés par des milieux innovateurs.

Milieux innovateurs et réseaux d’innovation

Dans la problématique de la compétition globale, la capacité d’innovation et la capacité à générer les connaissances et les savoir-faire susceptibles de faire évoluer le système territorial de production sont essentielles. Il s’agit donc de porter l’attention sur le processus d’innovation et non pas simplement sur l’organisation des ressources productives.

Dans notre perspective, l’innovation est considérée comme un processus d’intégration d’éléments qui déterminent et favorisent la dynamique et la transformation du processus du système territorial de production. Quant au milieu innovateur, il est l’organisation territoriale où prennent naissance les processus d’innovation. On peut dès lors définir le milieu innovateur comme un ensemble territorial dans lequel les interactions entre agents économiques se développent par l’apprentissage qu’ils font de transactions multilatérales génératrices d’externalités spécifiques à l’innovation et par la convergence des apprentissages vers des formes de plus en plus performantes de gestion en commun des ressources (Maillat, 1994). Le milieu innovateur se caractérise donc par l’intégration de dynamiques endogènes et de changements survenus à l’extérieur.

Il faut ajouter que la dimension organisationnelle qui caractérise le processus d’innovation dans un milieu se manifeste par la constitution de réseaux d’innovation (Maillat, Quévit, Senn, 1993).

Le réseau d'innovation participe de l’idée que le processus d’innovation a un caractère multifonctionnel qui présuppose, à partir de l’action conjuguée de plusieurs acteurs, une articulation complexe et non linéaire de compétences spécifiques et de processus d’acquisition des connaissances tout au long d’une chaîne de production. Le réseau d’innovation constitue ainsi une dimension organisationnelle nécessitée par la complexité de la démarche d’innovation. En raison de ses caractéristiques, la notion de réseau d’innovation est inséparable ce celle de milieu innovateur.

Le milieu innovateur participe à la constitution des réseaux d’innovation et intervient dans leur dynamisme. Il est en fait le contexte approprié à leur formation, à leur développement et à leur diffusion. Réciproquement, les réseaux d'innovation enrichissent le milieu, ils contribuent à accroître les capacités créatrices de celui-ci (Maillat, 1994).

Conclusion

Dans cet article, nous avons montré qu’il existe différents types de systèmes territoriaux de production. Leur capacité à faire face au processus de globalisation est déterminée par les avantages compétitifs sur lesquels ils peuvent compter. Or, il apparaît que se sont les systèmes actionnés par une logique territoriale et donc par un milieu qui donnent à la région le plus de possibilités d’action et qui lui permettent d’entretenir des processus endogènes de développement. En effet, ces systèmes disposent d’une part de ressources spécifiques leur permettant de se différencier des autres systèmes et, d’autre part, d’une capacité de régulation interne sur laquelle il est possible d’agir dans le cadre d’une politique de développement.

Mais, la nature de l’organisation d’un système territorial de production ne se décrète pas. Elle résulte de processus d’apprentissage qui évoluent avec le temps. Un système territorial de production n’est donc pas stable. Les logiques fonctionnelles et territoriales agissent tantôt dans le sens du renforcement de sa cohérence, tantôt dans le sens de la désarticulation. L’analyse de ces deux dimensions permet ainsi aux autorités régionales d’identifier des pistes lorsqu’elles souhaitent pratiquer une politique endogène de développement. Les objectifs d’une telle politique seraient de conférer au tissu économique régional les propriétés nécessaires pour un développement autonome par le renforcement des chaînes de valeur ajoutée ou le développement des relations entres acteurs. Cependant, pour être efficace, cette politique doit être menée de manière partenariale avec les acteurs du système car les modalités d’intervention sont dépendantes de la nature des systèmes territoriaux de production.

Références bibliographiques

Becattini G. (1990) « The Marshallian Industrial District as a Socio-Economic Notion », in: Pyke F., Becattini G. and Sengenberger W. (eds.), Industrial Districts and Inter-firms Cooperation in Italy, Bureau international du travail, Genève.

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