ALEXANDRE DE HUMBOLDT (1769-1859)

Anne BUTTIMER

University College Dublin, Irland

DIAPORAMA

Introduction

Géant de la pensée, poète de l’Oekoumène, voyageur et humaniste, Alexandre de Humboldt est l’incontestable patron et prophète de la géographie. Il est juste et bon de célébrer à Saint-Dié-des-Vosges ce grand explorateur des pays Américains dans le lieu même qui a introduit le nom d’Amérique sur les cartes mondiales. Dans le contexte actuel d’un Festival qui célèbre l’innovation, il nous semble tout-à-fait juste de raconter l’histoire d’un veritable novateur pionnier - de montrer quelques unes de ses innovations dans les domaines de la pensée et dans la pratique des sciences physiques et humaines, dans la vie politique, la médécine, l’archéologie, l’art et l’architecture. L’importance des oeuvres de Humboldt est reconnue aujourd’hui dans le cadre de nos préoccupations sur les questions de l’environnement, les changements à grande échelle et la mondialisation. Rien de nouveau ici. Presque tous les commentaires sur l’oeuvre de Humboldt reflètent les préoccupations changeantes de ses lecteurs. Sa pertinence au sujet de ce Festival est indubitable - nous allons en discuter - mais il faut d’abord regarder le personnage dans son époque même (I). Après un tour d’horizon de ses oeuvres et des influences dont elles témoignent (II), nous parcourrons certains aspects de leur réception et de leur postérité en France et ailleurs (III) avant d’essayer de noter l’intérêt que réprésente Humboldt aujourd’hui (IV).

I. Alexandre de Humboldt et son époque

Commençant le 14 septembre 1769 à Berlin, sa vie de 90 ans se déroule dans une époque pleine de tensions, de conflits intellectuels et politiques, de créativité scientifique et technologique. Comme l’autre grand maitre penseur de la géographie Karl Ritter, il mourut en 1859, la même année que la publication de la fameuse thèse de Charles Darwin, On the Origin of Species - une théorie profondement inspirée par les rapports du voyage aux régions équinoxiales d’Alexandre de Humboldt. Humboldt a été marqué par l’esprit de deux grands mouvements: celui des Lumières et du Romantisme. On pourrait classer ses oeuvres à l’origine du “Humboldtean Science” d’une part, et comme expression de la “Science de Goethe” d’autre part (Buttimer 2001). Son oeuvre dépasse pourtant ces distinctions. La Géographie Humboldtéenne dépasse la plupart de nos distinctions myopiques. En France, et en français - la langue qui lui permit de mieux exprimer ses idées - la meilleure définition de son oeuvre entière serait “la géopoétique” - elle aussi une innovation francaise.

Dès la souche familiale le jeune Alexandre a déjà eu l’ouverture aux horizons internationaux et pluri-culturels. Son père, le major général Alexandre George von Humboldt, commandant de l’armée Prusse, fut très ouvert aux idées du siècle des lumières et de ses philosophes. Sa mère Marie-Elisabeth Colomb était d’origine francaise avec des ancêtres écossais, huguenots, qui ont émigrés en Prusse au dix-septième siècle, où ils ont fondé une fabrique de verres et miroirs qui devint très prospère. Marie-Elisabeth a engagé d’excellents précepteurs pour ses trois fils, Heinrich (von Holwede), Guillaume et Alexandre (von Humboldt), qui ont fréquenté des milieux intellectuels cosmopolites berlinois. Durant les années 1780, Berlin fut un creuset de la pensée européenne (Bastié 1999).

Durant ses années de jeunesse Alexandre a trois grandes passions: premièmenent, des expéditions dans la nature avec la découverte de fleurs, de végétaux, des oiseaux et des abeilles; deuxièment, des voyages autour du monde, ayant lu la traduction de Robinson Crusoé récemment traduit en allemand; troisièment, la justice sociale et les idées républicaines de la Révolution française. Ces trois passions trouvèrent un objet d’admiration commun avec la rencontre de Georg Forster à Göttingen 1789, qui avait fait le tour du monde avec le Capitaine Cook et qui a été aussi enthousiaste à propos des idées révolutionnaires. Cette rencontre a eu une influence très déterminante. Ensemble ils ont fait une expédition en Angleterre, traversant la vallée du Rhin, rentrant à Paris en 1790, moment toujours idéaliste de la Révolution. Alexandre resta toute sa vie enthousiaste de Paris, de la justice sociale, et des idées scientifiques des auteurs de l’Encyclopédie.

Alexandre de Humboldt est, à maints égards, l’homme du XVIIIe siècle, époque qui a témoigné des tensions entre l’esprit des Lumières et celle du Romantisme, entre l’Encyclopédisme et la Naturphilosophie, entre conceptions mécanistes et vitalistes, et surtout entre les approches rationalistes et empiristes de la science (Tab.I). “Les hommes du XVIIIe siècle”, écrit Hanno Beck,

‘furent les témoins des tensions entre l’enseignement le plus prosaique de l’utile et les hauteurs de la philosophie de Kant, entre la bourgeoisie et la noblesse, entre la croyance et la raison, entre la tyrannie extérieure et la liberté intérieure, entre Rosenkreuzertum (franc-maconnerie) et Rationalismus.’ (Beck 1959 t.I, 1).

Charles Minguet insiste sur les qualités “dix-huitièmistes” de Humboldt: ‘universalisme, encyclopédisme, curiosité intellectuelle, goût des sciences de la nature et des voyages, humanitarisme. Mais, il observe aussi “Il y a en effet un monde entre les philosophes “rationnels”, faiseurs de systèmes et d’utopies (Grotius, Puffendorf), les politiques “réalistes” (Montesquieu, Voltaire), et les Encyclopédistes qui semblent avoir rassemblé dans leur énorme machine de guerre tous les courants de la pensée de leur temps’ (Minguet 1968, 67).

Rentrant en Allemagne dans les années 1790, Alexandre a beaucoup d’occasions de s’engager dans de tels débats. Il suivit des études de géologie à Freiburg, des études de botanique à Berlin et à Göttingen, des études d’économie politique à Hambourg avant de prendre le rôle de Oberbergmeister à Oberfranken en 1792-96. Durant ces années il acheva des recherches en géomorphologie et en anatomie comparée, il n’hésitait pas à conduire des expériences novatrices dans des milieux différents. En même temps il s’engagea avec les grandes figures des cercles philosophiques de Jena et Weimar, accompagné de son frère Guillaume, de Goethe et de Schiller. La correspondance entre Goethe et Alexandre révèle des intéractions fructueuses tout au cours des leurs vies. ‘Avec Humboldt’ Goethe écrit à Schiller le 26 avril 1797,

‘j’ai passé très agréablement et très utilement mon temps; mes travaux d’histoire naturelle ont été, grâce à sa présence, réveillés de leur sommeil d’hiver... Je peux bien l’appeler unique en son genre, car je n’ai jamais connu personne qui réunisse en lui, avec une activité aussi clairement judicieuse, une telle diversité de l’esprit. Ce qu’il peut encore faire pour la science est incalculable.’ (Scurla 1959 91-92).

Schiller n’a pas été tellement impressionné. Le 6 août 1797 il écrit à Körner:

‘Je ne crois pas que Alexandre de Humboldt, malgré ses talents et son activité effrénée, puisse produire quelque chose de grand dans sa spécialité; il est trop vaniteux; son esprit est trop étroit; il n’a aucune imagination...Alexandre en impose à beaucoup et l’emporte sur son frère, surtout parce qu’il a une “grande gueule” et qu’il sait se faire valoir.’ (Borch 1948, 97).

Vers 1797 pourtant, Alexandre se trouva à l’aube d’une seconde étape de sa vie. Après la mort de sa mère 1796 il reçut en héritage une fortune importante qui lui permettait de se consacrer aux voyages et à la science.

A Paris, printemps 1798, Alexandra rejoignit son frère Guillaume et au cours des rencontres avec les grands voyageurs, Bougainville, Volney, il rêva d’un voyage autour du monde. Malheureusement, ce projet ne fut pas réalisé. Mais c’est là, dans le quartier latin à Paris, qu’il rencontra Aimé Bonpland, médécin et naturaliste, une personne qui devint son loyal compagnon à travers les expéditions souvent assez difficiles, dans les régions tropicales de l’Amérique Centrale. Malgré toutes ces difficultés, Alexandre s’est senti “chez lui” dans le monde tropical.

‘Malgré les altérations interminables entre les conditions d’humidité, de chaleur et du froid montagnard, ma santé et mon esprit se sont améliorés depuis mon départ d’Espagne. Le monde tropical est mon élément et je n’ai jamais éprouvé un meilleur état de santé qu’au cours de ces deux dernières années.’

(Biermann 1989, 175).

Les années 1799-1804 (à l’âge de 30-35 ans), ont été les plus importantes de sa vie. Tout du long il garda une collaboration étroite avec le naturaliste français Aimé Bonpland. ‘Je ne sais rien de plus honorable pour le caractère des deux hommes’ écrit Max Sorre en 1959, ‘que leur durable amitié, résistant à l’éloignement et aux années, à l’inégalité des carrières. Tous deux ensemble, ils ont, sous un climat meurtrier, frayé leur route le long des fleuves inconnus, à travers des plaines sans fin, escaladé les cimes les plus élevées des Andes...’ (Sorre 1959, 7). Rentrant à Paris en 1804 Alexandre et Bonpland ont presenté plus de 6000 échantillons de plantes receuillis durant leur voyage (Bastié 1999).

Abstraction faite de quelques courts séjours à Berlin, il vécut jusqu’en 1827 à Paris où il redigea ses articles sur le voyage, tout en s’engageant avec enthousiasme dans la vie intellectuelle de Paris, où il gagna une grande notoriété. Elu Correspondant pour la section de physique générale de la première classe de l’Institut le 6 février 1804, il fut élu Associé étranger de l’Académie des Sciences le 14 mai 1810, et s’associa avec des gens qui recueillirent l’héritage des Encyclopédistes - Laplace, Gay-Lussac, Cuvier, Delambre, Berthollet, Lamark et d’autres. Le 15 décembre 1821 il fut parmi les membres fondateurs de la Société de Géographie, devint Membre Honoraire 1827 et fut élu le 24e Président de la Société en 1845 (Bastié 1999). Durant ces années à Paris il eut une amitié constante avec Francois Arago avec qui il partagea un dévouement à la science, une foi au progrès, et une confiance dans la République comme garantie de la liberté et instrument de ce progrès (Sorre 1959).

Après son retour à la Cour de Prusse il renouvela sa correspondance avec Goethe et des savants non seulement en philosophie, mais aussi avec des experts en archéologie, en beaux-arts, et surtout en architecture. Il s’intéressa aux chef d’oeuvres de l’Antiquité et de la Renaissance. Il continua à faire des voyages scientifique en Europe de l’Est et en Sibérie, tout en travaillant sur son chef d’oeuvre, Cosmos. En même temps il donna des conférences publiques sur ses voyages d’explorations, sur la géographie des plantes, et sur les merveilles de l’Oekoumène. Et jusqu’à la fin de ces jours il fréquenta des salons littéraires où ses talents ont étaient bien appréciés. ‘Quel aimable et inépuisable causeur, du reste, que M. de Humboldt!’ écrit un de ses correspondants.

‘Homme du monde, il savait tout et disait tout sans rire, mais faisant éclater les autres, car ses yeux malins qui surent pénétrer tant de secrets de l’histoire naturelle, de toutes les productions du sol, surent aussi pénétrer au fond du coeur humain et y découvrir bien des faiblesses, bien des ridicules!’ (Perpillou 1965, 2).

II. Principales oeuvres et les influences dont elles témoignent

Le curriculum vitae (Appendix A) d’Alexandre de Humboldt suggère quatre étapes majeures dans le déroulement de ses oeuvres. Entre 1790 et 1798 il concentra ses études sur la géomorphologie, le géo-magnetisme, l’anatomie comparée, et la botanique. En même temps affleurent ses intérêts socio-politiques, archéologiques, et philosophiques. L’an 1798 signale l’ouverture à ses grandes voyages au monde tropicale, d’où sont venues ses découvertes géographiques et ses récoltes végétales et ethnologiques - des voyages qui se terminèrent en 1805 quand il rentra de Philadelphia à Paris. C’est à Paris qu’il passe le plupart du temps de la troisième période 1805-1827. De cette période viennent les rapports de voyages, les résultats de l’analyse des échantillons, même l’Edition Monumentale, en trente volumes, de son oeuvre sur l’Amérique Espagnole (Appendix B). La dernière étape, 1828 - 1859 il partagea son temps entre Berlin et Paris, toujours s’adressant à l’intérpretation de ses recherches sur le terrain, avec quelques excursions en Sibérie et en Europe de l’Est, et surtout en redigeant le chef d’oeuvre de sa vie, Cosmos.

Les travaux d’Alexandre de Humboldt sont non seulement multiples mais pluri-disciplinaires aussi. Une bibliographie faite par Löwenberg (1872), rééditée en 1960, cite 638 de ses ouvrages de 1789 à 1870 environ (éditions originales, livres ou articles en collaboration avec d’autres auteurs, rééditions ou traductions) (Bruhns, ed., 1872). Le voyage en Amérique donna lieu, jusqu’en 1870, à 69 publications, de format différent et d’importance diverse; celles-ci sont rédigées en francais, allemand, latin, anglais, espagnol, néerlandais et polonais (Minguet 1968). L’édition monumentale, la première (30 vols in folio et in quarto) a été rédigée en français.

Les interprétations portées sur ces oeuvres varient selon les préoccupations idéologiques et méthodologiques des générations suivantes. Les sujets dont il a traité s’étendent sur tout le spectrum de l’Univers - de la géomagnetisme à la psychologie des peuples et l’aesthétique. Et pourtant ce qu’il cherche, au plus important, c’est l’unité dans la diversité de l’Oekoumène, le sens du Gaia, le monde vivant, y inclus l’humanité:

‘Je désirais saisir le monde des phénomènes et des forces physiques dans leur complexité et leurs influences mutuelles’...’Les connaissances spéciales, par l’enchainement même des choses, s’assimilent et se fécondent mutuellement.’

(Cosmos I, 1844).

Ces termes “enchaînements” et “associations” figurent constamment dans son oeuvre. Ce sont des mêmes termes qui donnent lieu à des intérprétations contrastées de sa pensée (Sorre 1959).

D’une part, il y a des voix positivistes qui applaudissent “la science Humboldtéenne”; d’autre part, il y a des voix humanistes qui reconnaissent dans la pensée de Humboldt des échos des approches phénoménologiques de Goethe (Buttimer 2001). On pourrait trouver les deux aspects dans l’oeuvre de Humboldt. Ce qui indique qu’il a réussi à transcendre les conflits, à dépasser les contradictions, avec une vision oecuménique des sciences géographiques.

Parmi les éléments de ce genre qu’on a appelé “Humboldtean Science” se trouve quatre aspects nouveaux dans l’étude des phénomènes de la nature: les innovations techniques dans l’instrumentation de recherche sur le monde physique, une méfiance vis-à-vis des théories traditionnelles du monde physique, une libération du travail de laboratoire et l’audace d’essayer la recherche sur le terrain, “en plein air”, et finalement, des efforts à presenter des perspectives globales et des savoirs généraux sur des processus et des phénomènes à grande échelle (Cannon 1978). Humboldt n’a peut-être pas inventé “la science Humboldtienne”, mais c’est pourtant sur la base de son oeuvre que ce terme a gagné sa credibilité parmi les historiens de la science.

Durant les dernières décennies du XVIIIe siècle quelques innovations technologiques ont contribué à la création des nouveaux horizons pour les sciences de la nature. Surtout en France il y a eu une amélioration importante des instruments d’observation et des moyens de mésurer les qualités de la surface de la terre, les conditions géomagnétiques, hydrologiques, atmosphériques par exemple. Humboldt a insisté sur l’importance de la précision, et la liste des instruments qu’il a porté dans ses expéditions est impressionnante (Appendix C). Il insiste pourtant pour dire que les mesures et les récoltes mêmes n’étaient pas les buts principaux des ses efforts. Dans une lettre du 5 juin 1799 il écrit:

‘Je vais rassembler des plantes et des fossiles et pouvoir faire des observations astronomiques avec des instruments de premier ordre... Tout cela cependant n’est pas le but principal de mon voyage. Mes yeux doivent être toujours fixés sur l’action combinée des forces, l’influence de la création inanimée sur le monde animal et végétal, sur cette harmonie.’ (Cité par Hamy 1906, lettre No.11)

Au delà des innovations analytiques, l’oeuvre d’Alexandre de Humboldt envisagea des modes d’intérpretation plus profondes. En plus, les modes novatrices qu’il inventa pour présenter les résultats de ses recherches favorisaient d’excellents rapports avec ses lecteurs. Ces innovations - surtout les lignes isarhythmes (lignes qui relient tous les points d’égale intensité d’un phénomène à la surface de la terre) - sont bien illustrées dans le fameux Berghaus Physikalischer Atlas - l’oeuvre initialement conçue comme illustration du Cosmos. La “science Humboldtienne” a introduit une nouvelle manière de recherche en sciences de la terre. Pour la première fois on osait sortir des laboratoires, faire la recherche sur le terrain. Souvent les résultats de ces expéditions scientifiques, aidées par les instruments plus avancés, suscitèrent des défis fondamentaux et une méfiance vis-à-vis des théories a-priori et des savoirs conventionnels.

Il y a aussi des éléments humanistes dans l’oeuvre de Humboldt. Dans une lettre à Caroline von Wolzogen le 14 mai 1806 il réfléchit :

‘Dans les forêts de l’Amazonie, comme aux pentes des Andes, j’ai senti que la la surface terrestre est partout animée du même esprit, la vie même qui se trouve dans les roches, les plantes et les animaux, comme au coeur de l’humanité d’un pôle à l’autre. Partout je me rendis compte combien les rapports établis à Jena exercaient les influences profondes sur moi, et combien, inspiré par des perspectives de Goethe sur la Nature, j’ai gagné de nouveaux organes de perception’.

(Biermann 1989, 180. Traduction AB)

En ce qui concerne la géographie humaine des pays tropicaux, Humboldt a insisté sur l’integrité des civilisations du Nouveau Monde. Même s’il croit au progrès continuel de l’humanité, il regarda l’histoire humaine comme beaucoup plus complexe que celle de la Nature. L’évolution des sociétés ne s’accomplit pas toujours selon un principe rationnel. Les peuples précolombiens ne peuvent pas être considérés selon les mêmes critères ou les mêmes catégories qu’on utilise dans les descriptions des peuples de l’Ancien Monde. Leurs monuments, leur systèmes cosmogoniques et leurs manuscrits, attestent un stade avancé de la civilisation. Il y a eu des énigmes et des mystères, par exemple; ils ne pratiquent pas l’élévage - ils sont passés directement du nomadisme à l’agriculture. Le cannibalisme, des sacrifices humains, et les structures théocratiques de l’Etat mexicain et de l’Empire péruvien furent aussi des enigmes pour un Européen. Mais Humboldt n’a pas été d’accord avec des philosophes Européens qui ’...regardent comme barbare tout état de l’homme qui s’éloigne du type de culture qu’ils se sont formé d’après leurs idées systématiques. Nous ne saurions admettre ces distinctions tranchantes en nations barbares et en nations civilisées’ (Vues des Cordillères t.II, 97-98).

Tout en respectant les différences, pourtant, Humboldt insiste sur l’unité de l’humanité :

‘Le principe de la liberté individuelle et de la liberté politique a ses raisons dans l’inébranable conviction d’une égale légitimité chez tous les êtres qui composent la race humaine’ (Cosmos, t.II)

De tous ses travaux, c’est sans doute L’Essai sur la géographie des plantes qui offre l’essence de la pensée de Humboldt. Inspiré par ses excursions d’enfance, par les débats entre les interprétations vitalistes et mécanistes de la nature, Humboldt a recu beaucoup d’encouragement de sa correspondence avec Goethe. Déjà en 1790 Goethe publia Metamorphose der Plantzen où il prétend que l’humaniste (Orpheus) pourrait - aussi bien que le savant scientifique - revéler les secrets des plantes. Goethe a aussi insisté sur l’origine primordiale des toutes les formes végétales, le Urphänomen, une notion que Humboldt trouvait croyable. Troisièment, c’est Goethe qui a essayé à faire un tableau des plantes qui illustre, parmi d’autres élements, les contrastes entre le vieux monde et le nouveau monde. Dans une lettre à Humboldt le 3 avril 1807, Goethe écrit:

J’ai lu le volume avec beaucoup d’intérêt plusieurs fois et j’ai commencé - même en absence de la coupe transversale que vous avez promis - à imaginer un paysage où, a l’échelle de 4000 toises (8000m) par page, les hauteurs des montagnes européennes et américaines sont représentées côté à côté; les limites de la neige et de la végétation sont aussi représentées. Je vous en envoie ci-joint un exemplaire de mon dessin, soit comme geste, soit sérieusement et je vous invite à faire des corrections avec couleurs si vous voulez, et aussi d’écrire quelques commentaires, et de le me rendre aussitôt possible.’ (Geiger, L., ed. 1909, 299)

Le “Tableau physique des régions équinoxiales” qui accompagne le fameux Essai sur la géographie des plantes (1807) reste une des “merveilles” de Alexandre de Humboldt.

Ce tableau embrasse pour ainsi dire toutes les recherches dont je me suis occupé pendant mon expédition aux tropiques. C’est le résultat d’un grand nombre de travaux que je prépare pour le public, et dans lesquels se trouvera développé ce que je n’ai pu qu’indiquer ici. J’ai osé penser que cet essai ne serait pas seulement intéressant par ce qu’il offre en lui-même aux yeux du physicien; j’ai cru qu’il le seroit bien plus encore par les combinaisons et les rapprochements qu’il fera naitre dans l’esprit de ceux qui s’occupent de la physique générale. Cette science, qui constitue sans doute une des parties les plus belles des connaissances humaines, ne peut faire de progrès que par l’étude individuelle, et la réunion de tous les phénomènes et de toutes les productions que présente la surface du globe. Dans ce grand enchainement de causes et d’effets, aucun fait ne peut être considéré isolément. L’équilibre général qui règne au milieu de ces perturbations et de ce trouble apparent, est le résultat d’une infinité de forces mécaniques et d’attractions chimiques qui se balancent les unes par les autres; et si chaque série de faits doit être envisagée séparément pour y reconnaître une loi particulière, l’étude de la nature, qui est le grand problème de la physique générale, exige la réunion de toutes les connaissances qui traitent des modifications de la matière.

Humboldt [1807] 1990, 42-43

La géographie selon Humboldt est une innovation. Tout en respectant la spécificité des diverses démarches nécessaires pour la comprehension du monde vivant, il dépasse les tensions entre elles avec une vision oecuménique de la realité terrestre. Le génie de Humboldt se trouve en grande mésure dans la nouveauté de son style discursif. Il y a d’abord la méthode comparative, illustrée surtout dans les comparaisons entre l’ancien et le nouveau monde qui caractérise le plupart de ses travaux. Deuxièment, il insiste sur le relativisme de nos modes de pensée, et le danger inhérent d’intérpreter les autres civilisations selon nos préjugés européens - en d’autres termes, il a reconnu la reflexivité sociale de nos modes de pensée. Troisièment, il se montra sensible aux questions d’échelle non seulement en ce qui concerne la répartition spatiale des phénomènes, mais à l’altitude, à l’orientation envers la lumière, et aux rhythmes temporels, aux alternances saisonnières des processus de la nature aussi. Finalement, Humboldt a inventé un nouveau langage graphique, qui fait appel au sens esthétique aussi bien qu’au cerveau dans la compréhension de la nature. De facon très convaincante, il a inventé de nouvelles perspectives sur les paysages humanisés, les rendant accessibles comme objets de l’art et de la science.

On peut donc déjà discerner quelques influences des courants intellectuels et politiques du XVIIe siècle. Souvent on fait référence à Immanuel Kant, à Goethe, et surtout à Forster, pour souligner leur contribution à l’idée de la Nature ou le Monde compris comme un Tout, qui est aussi celle de Humboldt. On rappelle que son “historicisme” vient de Herder, que le concept de “forme primitive” (Urform, Urphänomen) vient de Goethe, tandis que sa conception de la géographie lui a été fournie par Kant et ses premières notions de géologie par Werner (Minguet 1968, 64-65). Minguet remarque pourtant qu’on oublie trop aisément l’influence de Voltaire et de Diderot sur le Mage des Lettres allemandes. ‘La méthode d’Alexandre de Humboldt’, écrit Minguet, ‘tout en faisant la part belle à la raison, accorde une place importante à l’empirisme. Son empirisme raisonné nait aussi en suite de son horreur des “systèmes” qu’il partage avec Diderot et Voltaire’ (Ibid.)

Humboldt, selon Minguet, n’a pas réussi à se libérer de sa culture classique mais il a dégagé un certain nombre de lois fondamentales - celle de l’inégalite de développement à l’intérieur des sociétés humains, celle de la spécificité nationale ou ethnique, et enfin, la notion essentielle selon laquelle les hommes ne subissent pas nécessairement la loi du milieu où il vivent. Ils inventent des formes de vie originales, ils font leur propre histoire, ils créent un art spécifique; ainsi est affirmée la diversité des cultures nationales, ce qui ne dément pas la croyance humboldtienne en l’unité du genre humain (Minguet 1968, 444).

III. Réception et posterité en France et ailleurs

A l’occasion du 200è anniversaire de ses expéditions en Amérique Centrale, M. le Professeur Jean Bastié a présenté M. A. de Humboldt comme

‘Citoyen du monde, latino-américain et Français que Prussien, géant de la pensée comme l’Humanité en connait seulement trois ou quatre par siècles, comme Aristote, Leonard de Vinci, Einstein’. ‘Père spirituel du Canal de Panama’ - c’est le trajet préconisé de Humboldt qui fut adopté par de Lesseps (les deux furent Présidents de la Société de Géographie)’ Bastié 1999, 1

A l’époque même pourtant, au début du XIXe siècle, la “géographie” n’est pas encore “établie” comme sujet de recherche ou d’enseignement universitaire. Les sciences de la Terre et de la Nature cherchaient leurs voies, et c’est Humboldt qui a vraiment contribué à leur faire prendre conscience d’elles-mêmes et de leurs objets propres. Même s’il parle de la géographie (géognosie ou “la physique générale”) comme “une des parties les plus belles des connoissances humaines”, il a gardé sa distance des grandes controverses entre les savants nommés “géographes” de l’époque, par exemple, entre les neptuniens et les plutoniens sur la géomorphologie. Il se livra à des remarques satiriques sur les savants contre les proclamations ex catedra sur les phenomènes géographiques (Beck and Bonacker, eds. 1969; Godlewska 1999).

C’est plutôt parmi les naturalistes que son oeuvre a été celebrée. Les géologues comme von Buch et Agassiz ont beaucoup apprécié ses travaux. Agassiz, qui avait entretenu une correspondence scientifique avec Humboldt le salua en 1869 comme l’un de ces hommes extraordinaires qui sont les conducteurs du progrès humain (Sorre 1959). E. du Bois Reymond (1883) l’a rangé parmi les individualités qu’Emerson appelait des hommes représentatifs et l’a mis sur le même rang que Voltaire ou Goethe (Ibid.). Aux cercles des botanistes - son champ préféré - ses essais ont été considérées comme innovantes. Darwin, en lisant les rapports sur son Voyage, écrivit: ‘Jusqu’à maintenant j’admirais Humboldt...maintenant je l’adore!’ (Armstrong 1999). C’est l’image de l’arbre “Dragon” qui inspira Darwin au cours de son voyage aux régions tropicales où il a rassemblé tous les éléments nécessaires pour sa fameuse théorie de l’évolution des espèces (Ibid.).

L’idée centrale, illustrée surtout dans le Cosmos, de ‘saisir le monde des phenomènes et des forces physiques dans leur complexité et leurs influences mutuelles’ renforça l’inspiration pour les nouvelles perspectives dans plusieurs domaines de spécialisation. Une des applications les plus importantes applications de cette idée se trouve dans la géographie médicale, surtout parmi les experts de la médécine tropicale. Les influences du milieu physique, et des régimes de nourriture, sur la santé posera un défi énorme durant le XIXe siècle pour les sociétés colonisantes. Une des cartes les plus séduisantes de ce genre de la “Science Humboldtienne” démontre que L’Afrique du Sud devrait être un milieu idéal (Rupke ed., 2001).

La réception de ses idées dans les milieux des philosophes - surtout en Allemagne - a été ambivalente, largement à cause de son réfus de prendre parti dans les grandes controverses du XVIIIe siècle entre les Lumières (Françaises) et l’esprit du Romantisme (Allemand). Enfin, il a vraiment essayé de construire des ponts au dessus de ces divisions. Selon l’historien Du Bois Reymond, Humboldt a joué le rôle d’un pont entre l’Allemagne esthético-philologique, esthético-spéculative du début du XIXe siècle et l’Allemagne des années 1880 physico-mathématique et technico-inductive (Sorre 1959). Il y ajoute que Humboldt a aussi construit un pont entre deux nations, entre deux siècles, dont les influences se croisent au cours de son enfance et de ce ces années d’apprentissage (Ibid). Dans le monde littéraire, surtout à Paris, le nom de Humboldt a été bien reconnu. Dans ses Mémoires d’Outre-Tombe Chateaubriand parle de ‘son savant et célèbre ami M. A. de Humboldt’ alors que Alexandre, pour sa part, parle dans le Cosmos de ‘son vieil ami M. de Chateaubriand’ (Sorre 1959, 9).

Le nom de Humboldt a été célébré parmi le grand public. Son nom se trouve dans de nombreux lieux, institutions scolaires, mais aussi de cafés, de montagnes et de fleuves, de fleurs et de monuments. En Amérique latine surtout, on reconnait ses recherches sur les ressources, les paysages, les processus physiques et sociaux. En Europe, les populations ont eu besoin de quelques corrections de leurs images de l’Amérique latine. Tout en condamnant les scandales de l’esclavage, les conséquences des révolutions, et des luttes fratricides dans les pays du Nouveau Monde, Humboldt a essayé de disperser les mythes historiques ou géographiques répandus en Europe, par exemple, les préjugés dans les écrits de Buffon et d’autres sur l’immaturité du Nouveau Continent (Minguet 1968, 634-636). Il dénonce d’abord le préjugé selon lequel les possessions espagnoles sont faites pour fournir des métaux préciaux ou des produits coloniaux à l’Europe. L’agriculture au Mexique est plus diversifiée qu’on ne le croit; la valeur des productions du sol y est supérieure à celle des mines. Cuba n’est pas éternellement condamné à importer les denrées alimentaires; il pourrait nourrir sa population. Il insiste aussi sur le fait que l’habitant de l’Amérique, créole, Espagnol, métis, indien, noir ou mulâtre n’est inférieur à l’européen ni en force physique ni en énergie morale. Finalement, le milieu n’exerce pas un rôle puissant sur l’activité humaine (Minguet, op.cit).

En Amérique du Nord, son influence a été sentie dans les cercles littéraires et philosophiques de la Nouvelle Angleterre. Emerson l’a considéré comme une des merveilles du monde. Les artistes aussi, répondirent à son appel aux aspects esthétiques dans l’étude de la nature (Bunksé 1981; Buttimer 2001). Il y a eu des artistes, Turner entre autres, qui ont répondu à l’appel éloquent qu’il a lancé dans L’essai sur la géographie des plantes (1805, 31) :

Dans la variété des végétaux qui couvrent la charpente de notre planète, on distingue sans peine quelques formes générales auxquelles se réduisent la plupart des autres, et qui présentent autant de familles ou groupes plus ou moins analogues entre eux. Je me borne à nommer quinze des ces groupes, dont la physionomie offre une étude importante au peintre paysagiste:

Formes physionomiques

Scintaminées (musa, heliconia, strelitria)

Palmiers (palmae)

Fougères arborescentes

Arum, pothos et dracontium

Sapins (Taxus, pinus)

Folia acerosa

Tamarins (Mimosa, gleditsia, porlieria)

Malvacées (Sterculia, hibiscus, ochroma, cavanillesia)

Lianes (Vitis, paullinia)

Orchidées (epidendrum, serapias)

Raquettes (cactus)

Casuarines (equisetum)

Graminées

Mousses

Lichens

 

Voici une démarche tout-à-fait novatrice qui évoque des ressources de l’imaginaire et de l’aesthétique dans l’étude de la Nature - tout en transcendant les lunettes du “contemplateur” (philosophe), du Registraror (l’”archiviste” ou taxonome), et du chercheur en laboratoire :

’...tandis que la botanique descriptive réunit les plantes selon l’affinité que présentent les parties les plus petites, mais les plus essentielles, de la fructification. Ce serait une entreprise digne d’un artiste distingué que celle d’étudier, non dans les serres et dans les livres de botanique, mais dans la nature même, la physionomie des groupes de plantes dont j’ai fait l’énumération’.

‘C’est dans la beauté absolue des formes’, il proclame, ‘c’est dans l’harmonie et dans le contraste qui naissent de leur assemblage, que consiste ce que l’on nomme le caractère de la nature dans telle ou telle région’ (Ibid).

Il ne faut pas oublier les nouvelles analyses scientifiques apportées par Humboldt. Il y a eu des nouvelles explications des formes volcaniques et mêmes la notion des zones vulcanisées. Il y a aussi les courants océaniques et leur influence sur le climat et sur les milieux côtiers, ses mesures géomagnétiques qui restent toujours valables dans les observations des phénomènes terrestres. Les documents qui représentent le mieux le progrès scientifique signalé par Humboldt sont les cinq volumes du Berghaus Physikalicher Atlas oder Sammlung der Karten (1849), oeuvre initialement concue comme accompagnant le Cosmos. Vidal de la Blache a remarqué comment les cartes mondiales des isothèrmes pourraient decéler des correlations insoupconnées. La grande lecon qui découle directement de l’affirmation de l’unité vivante du Cosmos, c’est la nécessité de saisir la trame de ce réseau de relations entre les éléments de l’ensemble - de dépasser par conséquent les catégories de faits isolés auxquelles s’arrête le spécialiste (Sorre 1959, 15).

Et pourtant, la réception de ses idées par les géographes en France et ailleurs, est parfois contradictoire. En France, à l’exception de Vidal de la Blache et Max Sorre, les géographes n’ont pas accordé beaucoup d’attention - ici, comme ailleurs, les grands textes de Ritter ont été acceptés comme canoniques. De Martonne (1925) remarque que l’oeuvre de Humboldt ‘est malheureusement hors de proportion avec l’influence qu’il a exercée, au moins sur la géographie’, car les géographes francais notamment ont surtout subi l’influence de Karl Ritter (1779-1859), qui a eu le grand mérite ‘d’avoir senti et nettement formulé les principes que Humboldt avait appliqués, plutôt qu’énoncés dogmatiquement’ (Minguet 1968, 76 n.26).

Plus tard les géographes se réclamèrent de lui quand ils découvrirent dans son oeuvre les principes directeurs de la géographie: la nécessité d’étudier les phénomènes de la Nature, physiques ou humains, non pas isolément, in abstracto, mais dans leurs rapports réciproques. Quelques uns ont aussi reconnu l’obligation de comparer les complexes définis dans une région, aux autres combinaisons qu’on peut observer dans d’autres régions. Et c’est peut-être dans son discours graphique, dans ses cartes pluridimensionnelles, qu’on reconnait la valeur de situer les phénomènes dans leurs contextes spatiaux et temporels. Les spécialistes des régions du Carib et des régions équinoxiales ont trouvé dans ses rapports le plus solide appui. Aussi ses contributions à la connaissance de l’Asie Centrale, des lignes maitresses de son relief, de son climat, de sa végétation. Il ne faut non plus oublier ses innovations dans les domaines de la géographie humaine, surtout les nouvelles perspectives sur les civilisations du Nouveau Monde.

‘A lui revient incontestablement le mérite’, dit Emmanuel De Martonne, ‘d’avoir le premier à dégager et appliquer les deux principes essentiels qui font de la géographie une science originale, autre chose qu’un composé de sciences physiques et biologiques’.

Quel que soit le phénomène qu’il étudie, relief du sol, température, vie végétale, Humboldt ne se contente pas de l’envisager en lui-même..il se porte immédiatement vers les autres phénomènes qu’offre à son observation le milieu ou il se trouve, il remonte vers les causes et redescend jusqu’aux conséquences les plus lointaines, y compris même les faits politiques et historiques...A ce premier principe, qu’on pourrait appeler le principe de causalité, Humboldt en ajoute un autre, qu’on pourrait nommer le principe de géographie générale...ce grand esprit ne reste pas absorbé dans la contemplation du fait local; il reporte ses yeux vers les autres régions où s’observent des faits analogues, et c’est toujours une loi générale, valable pour toutes les circonstances semblables qu’il cherche à dégager. L’étude d’aucun point ne lui semble indépendante de la connaissance de l’ensemble du globe. L’application de ce principe est le renversement définitif de la barrière qui séparait la géographie régionale de la géographie générale, le rapprochement de ces deux branches d’une même science et leur fécondation réciproque. Du jour où on en a compris la signification, la géographie moderne est née.

De Martonne 1925 T.I:1, 15-16.

En dehors de l’Europe, la posterité de la pensée Humboldtéenne reste vivante, non seulement parmi les historiens de la pensée géographique, mais aussi chez les botanistes, les agronomes, les architectes et les archéologues de l’Amérique Centrale. Le nom d’Humboldt reste aussi important parmi ceux qui retiennent toujours les idéaux de la Révolution française :

... son attachement à des principes qui font de lui une grande figure de l’humanisme libéral de la première moitié du XIX siecle: revendication de la liberté de tous, comme condition essentielle du progrès, égalité de tous devant la loi et devant les chances de la vie, par une instruction largement répandue dans toutes les classes sociales, importance des études scientifiques et techniques pour le développement de l’humanité, affirmation de la plus large tolérance entre les hommes et les peuples. Minguet 1968, 88

IV. L’intérêt que représente Humboldt aujourd’hui

La réconnaissance, aux dernières décennies du XXe siècle, de l’importance des changements du milieu à l’échelle globale a provoqué une nouvelle interrogation des relations entre la science et le monde vécu. La science elle-même est devenue beaucoup plus efficace dans ses multiples canaux d’analyse disciplinaires; ses liaisons aux pouvoirs politiques et financières en plus, pousse la spécialisation. La synthèse pourtant, l’intégration des résultats des recherches approfondies sur des aspects speciaux des rapports entre l’humanité et la surface terrestre, reste loin de l’horizon. Pour la science , et surtout pour la géographie, il vaudra bien la peine de bien considérer l’héritage intellectuel d’Alexandre de Humboldt.

Avec la montée d’intérêt scientifique et la volonté politique dans les questions du “développement durable”, et la conservation des ressources naturelles, les défis fondamentaux et complexes qui confrontent la science aujourd’hui dépassent la seule intégration des résultats des recherches spécialisées. Ils impliquent aussi la nécessité de re-examiner les pré-suppositions conceptuelles, des pratiques conventionnelles, des démarches techniques qu’on a acceptées comme autant que “données” durant le XXe siècle. Ils invitent surtout les innovations, les découvertes de nouveaux horizons pour nos genres de pensée et aussi pour nos genres de vie. Ils demandent une géopoétique pour le nouveau millenium. Et c’est sur cet aspect que l’oeuvre de Humboldt devient plus important.

Du point de vue conceptuel, l’un des aspects les plus attirants de l’oeuvre de Humboldt est la vision globale pour une science géographique qui pourrait intégrer les aspects bio-physiques et humains de l’habitat terrestre. Aujourd’hui on comprend même mieux qu’auparavant que l’étude des répartitions spatiales de phénomènes ne signifient pas seulement leurs extension, mais aussi leurs nuances d’altitude, les variations des qualité de l’air, du sol, de la lumière, de l’Oekoumène. Aujourd’hui aussi on se rend compte de l’importance des éléments esthétiques dans les savoirs scientifiques, et en plus de la reflexivité essentielle des modes de pensée scientifique. Humboldt, suivant Montaigne et Voltaire, a été parmi les premiers à se plaindre de l’ethnocentrisme des écrivains européens et de leurs intérpretations du Nouveau Monde. A une époque des grands débats sur “la civilisation”, il a introduit une notion de la diversité “des civilisations”. Après les atrocités récentes, la compréhension mutuelle entre les diverses civilisations devient encore plus urgente que jamais.

Du point de vue technique: L’analyse multi-dimensionnelle des phénomènes géographiques se dégage comme un horizon d’espoir dans les travaux de Humboldt. La liste des équipements techniques qu’il a réussi à porter à travers les terrains difficiles, les observations et les mesures qu’il a réussi à accomplir sont presque incroyables. Plusieurs de ces aspects techniques seraient possible maintenant, étant donné les progrès dramatiques de la technologie. Mais il nous reste, sur le plan analytique, les défis d’intérpretation: comment utiliser toutes ces informations qui sont actuellement accessibles par les satellites, les sites Internet, les documents digitalisés, pour mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain dans les diverses régions du monde? Humboldt nous rappelle l’importance cardinale des questions d’échelle - du local au global - dans l’étude des rapports de l’humanité et son environnement. Son recours à l’art et à l’esthétique apporte aussi des lecons. Les images de “l’autre”, et de soi-même, sont construites, inventées sur la base des images graphiques projetées sur les textes écrits, visualisés, imaginés.

Sur le plan pratique il y a eu une reconnaissance, durant les dernières années du XXe siècle, de la valeur des connaissances géographiques des peuples indigènes autour du monde. Humboldt a été l’un des premiers à reconnaitre l’importance des “savoirs géographiques” variés et de l’intégrité des genres de vie forgés dans des milieux différents - ceux des régions Inca, Maya, Espagnol, Créole. En même temps il a noté aussi l’importance des moyens de communication et des routes comme instruments d’échange entres les peuples et instruments qui permettent d’évoquer les innovations. Ses études sur le trajet optimal pour le canal du Panama donne une belle illustration de la dernière. Au plan pratique, la géographie médicale, et l’importance du milieu sur la santé demeure un des aspects les plus importants de la pensée Humboldtienne. Après plusieurs décennies d’efforts sur les aspects “spatiaux”, c’est-à-dire, les études sur l’accès aux services, les experts reviennent aujourd’hui aux questions beaucoup plus fondamentales, c’est-à-dire, les rapports organiques entre le corps humain, sa nourriture, son environnement et son genre de vie quotidienne.

Il reste une quatrième point, qui touche aux questions de la communication des résultats de la recherche scientifique. On pourrait bien chercher une explication du grand succès des conférences de Humboldt et de l’enthousiasme international pour son Cosmos? Il se trouve quelque chose dans le style discursif même, dans sa capacité à expliquer des questions complexes aux publics divers dans un langage clair et bien illustré. Il a pris beaucoup de soin dans la préparation des cartes et des esquisses des phénomènes observés dans les pays équinoxiales - les fleurs et les végétaux, les animaux et les oiseaux, les groupes humains et surtout les paysages humanisés. Après son retour à Paris, il a réussi à gagner la co-opération de plus d’une centaine d’experts dans l’art, dans la cartographie et d’autres champs d’expertise dans la rédaction de ses ouvrages (Beck and Schoenwaldt, 1999). Malgré la montée des organisations scientifiques aujourd’hui, serait-il possible de parvenir de nos jours à une collaboration à une telle échelle?

Du point de vue de l’innovation - le thème de ce festival - c’est peut-être le message géopoétique qui est les plus important de tous à cette époque si difficile de la globalisation du commerce et du terrorisme. Il nous faut redécouvrir “la nature”, réapprendre les lecons de la géographie des plantes, réfléchir sur l’importance radicale de la bio-diversité, et reconnaitre les conséquences de la réflexivité de nos genres de pensée scientifiques. De telles innovations pourraient ré-introduire la génie de Humboldt au monde des géographes au seuil du nouveau millenium (millénaire).

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Appendix A: Survol du Curriculum Vitae d’Alexandre de Humboldt appendixa

AN(S) AGE EVENEMENTS/PUBLICATIONS

1769 Né le 14 septembre à Berlin. Parents: Alexander Georg von Humboldt et Marie-Elisabeth [Colomb] von Holwede.

1779 10 Mort de son père

1777-89 8-20 Elève de G. J. Chr. Kunth

1787-89 18-19 Etudes à Frankfurt-an-der-Oder et à Berlin

1788-89 20 Introduction aux études botaniques par Wildenow à Berlin

1789-90 21 Etudes à Göttingen; Révolution Francaise

1790 21 Premier publication sur Basalte am Rhein; Forster; Paris

1791 22 Académie de Commerce (Hambourg); Bergakademie Freiburg

1792-96 23-7 Oberbergmeister. Autriche - Brabant - Italie - Suisse.

1794 25 Visite à Goethe (Jena)

1796 27 Mort de sa mère

1797 28 ...Muskel- und Nervenfaser...in der Tier- und Pflanzenwelt. Expeditions à Jena, Dresden, Vienne et Salzburg.

1798 29 Paris: Guillaume, Bougainville, Volney, Bonpland. Echec des plans d’une voyage autour du monde. Marseille.

1799 30 Barcelonne - Valence - Madrid - Tenerife - Caracas.

1800 31 Caracas - Expédition sur l’Orénoque; Llanos; en mer à Havana

1801 32 Cuba - Cartagena (Colombia) - Honda - Bogota (Mutis) - Quito

1802 33 Visite officielle à Quito; Pichincha - Chimborazo - Lima

1803 34 Callao - Guayaquil - Acapulco - Mexique

1804 35 Jurillo - VeraCruz - Havana - Philadelphia - Bordeaux

1805 36 Rome: Guillaume, Gay-Lussac, v.Buch et Simón Bolivar

1808 39 Ansichten der Natur publié à Stuttgart et Tübingen chez Cotta

1808-27 39-58 Paris - Rapports des Voyages - Arago

1827-28 58-59 Berlin - Conférences publiques a propos du Kosmos

1830-48 61-79 Diverses missions diplomatiques à Paris

1835 66 Mort de Guillaume. Quatre mois à Paris avec Arago

1843 74 Central-Asien. Untersuchungen über die Gebirgsketten...

1845-58 76-89 Kosmos.Vols I-IV. (V 1862)

1847-48 78-79 Cinq mois à Paris

1859 90 Mort à Berlin, enseveli au Parc du Chateau Tegel


Appendix B (1). Ouvrages d’Alexandre de Humboldt en francais: Edition Monumentale

Edition monumentale in folio et in quarto du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 par Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland, rédigé par A. de Humboldt. Grande édition, Paris, Schoell, Dufour, Maze et Gide, 1807 et années suivantes.

I + II

Plantes équinoxiales, recueillies au Mexique, dans l’île de Cuba, dans les provinces de Caracas, de Cumana et de Barcelone, aux Andes de la Nouvelle-Grenade, de Quito et du Pérou, et sur les bords du Rio-Negro, de l’Orénoque et de la rivière des Amazones, ouvrage rédigé par A. Bonpland. 2 vol. en 17 livres, avec 144 planches noires. Paris, Levrault et Schoell, 1808,1809.

III + IV

Monographie des Melastomacées, comprenant toutes les plantes de cet ordre recueillies jusqu’à ce jour, et notamment au Mexique, etc. mise en ordre par A. Bonpland (Melastomes et Rhexies). 2 vol, en 24 livres, avec 120 planches coloriées. Paris, Librairie grecque-latine-allemande, 1816-23. Fol. V

Monographie des Mimoses et autres plantes légumineuses du Nouveau Continent, recueillies par A. de Humboldt et Bonpland, mises en ordre, décrites et publiées par C. Sigism. Kunth, 1 vol. en 14 livres, avec 60 planches col. Paris, N. Maze, 1819-24.

VI + VII

Révision des graminées, publiée dans le Nova Genera, précédée d’un travail général sur la famille des Graminées, par C.S. Kunth, 2 vol. avec 220 planches, dessinées par Mad. Eulalia Delile, coloriées et en papier gr. Colomb. vélin. Paris, Gide fils, 1829-34. Fol.

VIII - XIV

Nova genera et species plantarum, quas in peregrinatione ad plagam aequinoctialem orbis novi collegerunt, descripserunt, partim adumbraverunt A. Bonpland et A. de Humboldt. Ex schedis autographis Amati Bonplandi in ordinem digessit C.S. Kunth, accedunt Alexandri de Humboldt notationes ad geographiam plantarum spectantes, 7 vol. Lutetiae Parisiorum, Schoell, 1815-25.

XV+ XVI

Atlas pittoresque du voyage, plus connu sous let titre: Vues des Cordillères et monumens des peuples indigènes de l’Amérique. 2 vol. avec 69 planches, Paris, chez F. Schoell, 1810, Fol. Gr. Col. vél.

XVII

Atlas géographique et physique des régions équinoxiales du Nouveau Continent fondé sur des observations astronomiques, desw mesures trigonométriques et des nivellemens barométriques. par Alexandre de Humboldt. Paris, chez Dufour, 1814-1834. Fol.

XVIII

Examen critique de l’histoire de la géographie du Nouveau Continent, et des progrés de l’astronomie nautique aux XVe et XV1e siècles. Paris, Gide, 1814-34. Fol. gr. Col. vél. (Analyse de l’Atlas géographique et physique).XIX

XIX

Atlas géographique et physique du royaume de la Nouvelle-Espagne. Fondé sur des observations astronomiques, des mesures trigonométriques et des nivellemens barométriques. par A. de Humboldt, 20 cartes. Paris, chez Schoell, 1811, Fol.

XX

Géographie des plantes équinoxiales. Tableau physique des Andes et pays voisins. Fol.

XXI+ XXII

Recueil d’observations astronomiques, d’opérations trigonométriques et de mesures barométriques, faites pendant le cours d’un voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, depuis 1799 jusqu’en 1804, rédigées et calculées d’aprés les tables les plus exactes, par Jabbo Oltmanns; ouvrage auquel on a joint des recherches historiques sur la position de plusieurs points importants pour les navigateurs et pour les géographes. 2 vol. Paris, F. Schoell, Treuttel et Würtz, 1808 et ann. suiv. Gr.in Qo.

XXIII XXIV

Recueil d’observations de zoologie et d’anatomie comparée faites dans l’Océan Atlantique, dans l’intérieur du Nouveau Continent et dans la Mer du Sud, pendant les années 1799-1803. 2 vol. + 54 pl. Paris, Schoell, Dufour, 1805-33, grand in Quarto.

XXV/VI

Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne. Dédié à S.M. Charles IV. 2 vol. avec un Atlas de 20 cartes in Fol. Paris, Schoell, 1811, gr. in Quarto.

XXVII

Essai sur la géographie des plantes; accompagné d’un tableau physique des régions équinoxiales, fondé sur des mesures exécutées depuis le dixième degré de latitude boréale jusqu’au dixième degré de latitude australe pendant les années 1799-1803, avec une grande planche en couleur ou en noir. gr.in Qto, Paris, F. Schoell (1805).

XXVIII- XXX

Relation historique du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 par A. de Humboldt et A. Bonpland. Réd. par A. de Humboldt. 3 vol. Paris, T.I (640 p.) chez F. Schoell, 1814; II (722 p.) chez Maze, 1819; III (629 p.) chez Smith et Gide fils, 1825, grand in Quarto.

Appendix B (2). Ouvrages d’Alexandre de Humboldt en francais: Autres Editions

Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 par A. de Humboldt et A. Bonpland, rédigé par Alexandre de Humboldt avec un atlas géographique et physique. 13 volumes, Paris, Librairie greque-latine-allemande, 1816-1831, in 8. T. I (439p.), II (381p.), III (382p.), IV (331p. + 67 supplément), V (318 p.), VI (396p.), VII (455 p.), VIII (526 p.), IX (419p.), X (478 p.), XI (416 p.), XII (407p.), XIII (166 p. + 38 supplément). (Cette relation va de juin 1799 à avril 1801 seulement- Humboldt n’a jamais publié la dernière partie de son voyage..)

Essai Politique sur l’Ile de Cuba, avec une carte et un supplément qui renferme des considérations sur la population, la richesse territoriale et le commerce de l’Archipel des Antilles et de Colombia. 2 vol. Paris, Librairie Gide et fils, in 8. Tome I: Avertissement et analyse raisonnée de la carte de l’Ile de Cuba : XLV1 p. + 364 p.; II (408 p.).

Examen critique de l’histoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de l’astronomie nautique aux XVe et XVIe siècles, 5 vols, Paris, chez Gide, 1836-1839, dédié à Dominique François Arago, in 8.

Vues des Cordillères et Monumens des peuples indigènes de l’Amérique. Texte de l’Atlas pittoresque, avec 19 planches dont plusieurs coloriées, 2 vol. Paris, chez N. Maze, 1816, in 8; T.I (392 p.), II (411 p.).[XXV + XVII]

Tableaux de la Nature, ou considérations sur les déserts, sur la physionomie des végétaux et sur les cataractes, trad. de l’allemand par F.B.B. Eyriès. 2 vol., Paris, 1808, in 12. Original Ansichten der Natur mit wissenschaftlichen Erläuterungen. Stuttgart et Tübingen, Cotta 1808. (H considérait ce livre comme son préfére) 5 éditions francaises, e.g., Tableaux de la Nature, par Alexandre de Humboldt, trad. de M. C. Galuski, la seule approuvée par l’auteur. Paris: Guérin 1866 in 4, XVI - 720 p. (dédié à Guillaume de Humboldt).[XXIII + XXIV]

Essai politique sur le Royaume de la Nouvelle Espagne, dédié à S.M. Charles IV, 5 volumes avec une carte géographique et un tableau physique, Paris, F. Schoell, 1811, in 8.[XXV + XXVI]

Cosmos. La premiére édition a été faite en allemand, Kosmos, Entwurf einer physischen Weltbeschreibung, 5 volumes, Stuttgart, chez Cotta 1845-1862, in 8. (six éditions anglaises entre 1846 et 1850, autres éditions en hollandais, suédois, italien, danois, polonais, russe, hongrois, espagnol..). La première traduction française = Cosmos, Essai d’une description physique du monde. Traduit par H. Faye, tome I-III, 1e partie, et par Ch. Galusky, tome III, 2e partie et tome IV, Paris, Gide et Baudry, 1847-1859, in 8. Le manuscrit du Cosmos est à la Bibliothèque Nationale.

Appendix C. Les instruments portés par Humboldt en expédition scientifique en Amérique 1799-1804

Chronometer by Berthoud, once possessed by Borda.

Demi-chronometer by Seuffert.

Three-foot achromatic telescope by Dolland (for determining longitude by observing eclipses of the satellites of Jupiter.)

Smaller telescope by Caroche, which could be fixed to the trunk of a tree.

Lunette d’epreuve with micrometer, by Kohler, for measuring small distant angles.

Ten-inch sextant by Ramsden.

Two-inch snuff-box sextant by Troughton.

Twelve-inch reflecting and repeating circle by LeNoir.

Theodolite by Hurter.

Artificial horizon by Caroche.

One-foot quadrant by Bird.

Graphometer by Ramsden.

Twelve-inch dipping needle, on the principles of Borda and LeNoir,

“of the most perfect execution,” from the French board of longitude.

Variation compass by LeNoir.

Twelve-inch magnetic needle, suspended to an untwisted thread, for horary variations of the magnetic variation and for intensity changes with latitude.

Saussure magnetometer by Paul [he did not like this on trying it out].

Invariable pendulum by Megnie.

2 barometers by Ramsden.

2 barometrical apparatuses to find the mean height of the barometer.

Several thermometers by Paul, Ramsden, Megnie, and Fortin.

2 hygrometers, of Saussure and Deluc.

2 electrometers, to measure the electricity of the atmosphere [on board ship, this had increased to 6 electrometers].

Cyanometer by Paul, colored conformably to that of Saussure, for comparing the blueness of the sky to a fixed standard.

Fontana eudiometer, for the quantity of oxygen in the atmosphere.

Phosphoric eudiometer by Reboul.

Apparatus by Paul to determine the degree at which water boils at different altitudes.

Thermometrical lead by Dumotier.

Two aeromotors of Nicholson and Dolland.

Compound microscope of Holmann; standard meter by LeNoir;

land-surveyor’s chain; assay-balance; rain gauge; tubes of absorption for carbonic acid and oxygen; some Hafuy’s electroscopical apparatus; vases to measure the evaporation of liquids; artificial horizon of mercury; small Leyden phials; galvanic apparatus; reagents for experiments in the composition of mineral waters; “and a great number of small tools necessary for travellers to repair such instruments as might be deranged from the frequent falls of the beasts of burden.”

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