CONVERGENCE DES DIVERSITÉS

Louis BOISSET et Thom SICKING

LES LIEUX DE CULTE
Affiche 3

L’organisation spatiale des lieux de culte est, à notre connaissance, encore pas ou peu étudiée au Liban. Aussi, est-il intéressant de connaître la répartition des lieux de culte et sa logique. L’approche cognitive de cette étude rajoute une dimension humaine et nous éclaire sur la perception de ces mêmes lieux par la population locale.

REPARTITION ET REPRESENTATION

Beyrouth comprend des lieux de culte de la plupart des communautés religieuses présentes au Liban. On relève de grandes divisions selon trois secteurs principaux (fig.1) :

Le centre-ville, lieu de coexistence de l’ensemble des communautés.

L’Ouest de Beyrouth : A quelques exceptions près, les mosquées, majoritairement sunnites, se situent dans cette zone. En effet, les sunnites, comme les grecs orthodoxes, constituaient la majeure partie de la population beyrouthine au XIXe siècle. Deux axes principaux d'implantation de mosquées ressortent : nord-sud et est-ouest. Elles s'échelonneraient le long de zones plutôt populaires.
Dans cet ensemble, deux quartiers (Ras Beyrouth-Hamra et Mar Elias) regroupent des églises de différentes confessions.

L’Est de Beyrouth : On y dénombre essentiellement des églises de toutes communautés réparties selon une certaine logique : des lieux de culte de même confession se réunissent par quartier. Ils traduiraient la composante communautaire dominante du lieu (ex : Saint-Nicolas – Mar Mitr : grecs orthodoxes ; Rmeil-Nahr : maronites ; Getawi : arméniens.).
Signalons qu’un îlot de l’ouest beyrouthin comprend un ensemble de lieux de culte protestants à proximité de l’Université Américaine de Beyrouth (A.U.B.) fondée par des protestants.

Dans les quartiers Est, nous avons recensé des lieux de culte particuliers, propres à cette région de Beyrouth : les mazars ou niches (Photo ci-contre). Ceux-ci, à fonction essentiellement votive, sont dus à des initiatives individuelles. Une forte densité de ces édifices s’observe sur toute l’étendue de la zone (fig.2). L’analyse de l’évolution de leur nombre dans le temps a montré qu’il en existait quelques-uns avant 1975 (date du début du conflit libanais). La plupart furent érigées entre 1975 – 1990 (période de la guerre), en mémoire des victimes des événements. Une tendance aurait été apparemment enclenchée, puisque de multiples mazars (Photo ci-contre) ont été construits depuis 1990.

Une enquête cognitive a porté sur 85 individus, en vue d’étudier leur représentation mentale de la localisation des lieux de culte d’un périmètre bien défini : la place de l’Etoile (fig.3). Seuls les lieux nommés et localisés sur une carte schématique du secteur on été retenus pour l’étude.

Cette première enquête montre que:

- La tranche d’âge «13-30 ans» a donné le moins de réponse (fig.4). En effet, le centre-ville actuel, à cause du conflit, constitue un espace « neuf » pour cette partie de la population.

- Les 4 sites suivants ont été mentionnés : Saint Georges (Maronites), Saint-Georges (Grecs Orthodoxes), Saint-Maron (bien que situé à l’extérieur du périmètre d’étude) et la mosquée Omari. Et ce, malgré la présence d’un grand nombre d’autres lieux de culte (fig.3) qui ont été peu cités.

La mosquée Omari est, de tous ces lieux, la mieux localisée. La seule nommée des mosquée elle est, de ce fait, élément dominant sémantique par rapport aux églises. Une autre raison serait une accessibilité géographique plus favorable.
Quant à Saint-Georges (Maronites), l’éparpillement de sa localisation pourrait être en relation avec une appropriation de l’espace en relation avec l’importance référentielle de Saint-Georges et Saint-Maron.

L’étude de la répartition et de la perception des lieux de culte (fig.5) constitue une double approche complémentaire qui nous permet de mieux appréhender une recherche sur l’espace religieux. Ces premiers résultats, essentiellement descriptifs, mettent en relief de grandes inconnues auxquelles nous tenterons de répondre dans le cadre du projet pluridisciplinaire en cours actuellement.

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