LE VODOUN DANS LA VILLE :

RELIGION COUTUMIÈRE ET CULTES POST-COUTUMIERS DANS LA RÉGION URBAINE DE PORTO-NOVO ; LEUR CONTRIBUTION AU PLURALISME RELIGIEUX

Jean-Claude BARBIER

Sociologue de l’IRD

Résumé

Article complet

Les religions coutumières d’Afrique noire ont longtemps été considérées comme des systèmes en voie de disparition dont devaient bénéficier, à coup de conversions, les grands monothéismes missionnaires que sont l’islam et le christianisme, voir une mouvance marxiste à naître. Religions sociologiques, se confondant avec la société civile, elles ont dû desserrer leur emprise dès lors qu’il y avait concurrence d’autres offres et que les sociétés se sont fortement individualisées. Pire, leurs institutions furent souvent l’objet de brimade sinon de mépris que ce soit sous les régimes coloniaux ou sous les régimes marxistes-léninistes. La désaffection dont elles furent victimes s’inscrit toutefois dans la modernisation générale qui touche les sociétés : changements sociaux rapides, nouvelles normes de prestige social, individuation des personnes, etc. Elle rejoint par bien des points la déchristianisation des pays européens.

De sociologiques, les religions coutumières sont devenues optionnelles. Outre le maintien de bastion ruraux conservateurs, mettant à profit des zones restées quelque peu marginales au sein des espaces nationaux et régionaux (le Mono et le pays somba pour le Bénin) ou s’appuyant sur le prestige social d’anciens royaumes (le Daxhome au Bénin), on constate que ces religions sont loin d’avoir dit leur dernier mot, y compris dans des zones modernes, comme par exemple les milieux urbains. Dans de nombreuses régions les collectivités familiales maintiennent un minimum de culte des ancêtres afin de garder leur cohésion. Lorsque des pratiquants de la coutume viennent à manquer, il arrive que des chefs de famille (souvent catholiques) prennent le relais par pure responsabilité. Une partie des élites, dont de nombreux artistes, prône les valeurs ancestrales et refuse l’occidentalisation de leur culture. Mieux, de nouveau cultes sont apparus au contact des Européens (la Sirène dite encore “ Mami Wata ”, le long des côtes ouest-africaines), de l’islam (le Thron du Ghana au Bénin, Ya Olomon en pays yoruba au Nigeria) ou du christianisme (Atingali du Ghana au Bénin) , etc. Ces cultes ne rompent pas avec l’ordre ancien. Ils s’ajoutent aux divinités déjà vénérées par les coutumes. Beaucoup de jeunes, une partie des classes moyennes, voire des fonctionnaires en sont adeptes. Ceux-ci sont en partie responsables du maintien, en ville et dans les milieux périurbains d’un pourcentage non négligeable “ d’animistes ” dans les recensements. Nous présenterons le cas de la région urbaine de Porto-Novo au Bénin.

Ce maintien de pratiquants coutumiers contribue à un pluralisme religieux qui évite les méfaits d’une religion en position dominante (alors tentée par l’intégrisme) et d’un face à face chrétiens – musulmans.

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