DÉMOCRATIE ET RELIGION

TABLE RONDE

PROTESTANTISME, VOTE ET CONTEXTE NATIONAL :

DE L'HISTOIRE DES IDÉES À LA SOCIOLOGIE DU COMPORTEMENT POLITIQUE

Claude DARGENT

Chercheur à l'Observatoire Inter-régional du Politique (FNSP/CNRS)
Chercheur associé au CEVIPOF-Sciences Po

Résumé

Article complet

Il peut paraître paradoxal de s'intéresser aujourd'hui à la relation qu'entretiendrait le vote avec l'appartenance au protestantisme. Dans le cadre du déclin que certains prêtent aux variables majeures de la sociologie électorale du premier après guerre1, et aussi plus spécifiquement du recul de la religion lié au processus de sécularisation tel qu'il est souvent analysé2, cette étude n'aurait plus dès lors qu'un intérêt rétrospectif.

Quand bien même opposera-t-on : il est important de comprendre les mécanismes qui ont pu gouverner les comportements dans le passé ; en l'occurrence, les chemins par lesquels le christianisme a pu favoriser l'émergence de ce mode d'organisation politique qu'est la démocratie sont évidemment loin de constituer un objet secondaire pour les sciences sociales et humaines ; d'autant que cette analyse questionne par contrecoup la compatibilité des autres grands systèmes religieux de la planète avec les régimes démocratiques, ce qui constitue bien à l'évidence une question actuelle.

Quand on resserre la focale et qu'on passe du monde à l'Europe, c'est d'ailleurs moins au christianisme en général qu'au protestantisme en particulier qu'on attribue souvent une importante responsabilité dans l'émergence des systèmes démocratiques. Et, comme on va le voir, on a cru repérer dans le vote de gauche des protestants français une butte témoin (puisque nous sommes dans un festival de géographie..) de la forte aptitude démocratique de cette confession religieuse.

Cependant, au-delà de cet intérêt on ne peut plus légitime pour la genèse de nos sociétés modernes qui constitue à soi seul évidemment une justification pleine et entière de ce domaine de recherche, il me semble impossible aujourd'hui comme hier, même si c'est de manière différente d'hier, d'analyser les comportements politiques, en France comme à l'étranger, sans prise en compte de l'appartenance religieuse en général. Bien sûr, il faut essentiellement considérer, dans un pays comme la France, la gradation qui va du catholique pratiquant au “ sans religion. ”. Mais il st utile de compléter cette approche par la prise en compte des confessions minoritaires comme le protestantisme ; pour elles-même d‘abord, mais aussi parce que leur prise en compte permet de mieux comprendre les mécanismes tout de même inattendus qui lient la foi et ses modalités à l'attitude qu'adopte le citoyen face à l'urne électorale

Le faible poids démographique du protestantisme en France explique d'ailleurs probablement que les travaux sur l'orientation politique de cette confession religieuse soient d'ailleurs si peu nombreux. Pourtant, dès ses premiers travaux, l'école française de sociologie politique sous sa forme initiale de géographie électorale a produit des analyses qui constituent le point de départ presque obligé de l'étude de la relation entre protestantisme et politique, en tout cas dans l'exemple français, mais également dans la perspective comparatiste que nous allons adopter ici.

Il est vrai que l'auteur de ces premiers travaux s'appelait André Siegfried, fils de Jules Siegfried, homme politique et industriel bien connu, qui fut maire du Havre, et qu'il était lui-même protestant, de confession réformée.

Dès le Tableau politique de la France de l'ouest sous la IIIème République3, la variable religieuse est présente comme facteur d'explication du comportement politique. Ce livre est plus connu pour la fameuse mais contestable relation qu'il établit entre la nature du sol et le vote (" le granit vote à droite, et le calcaire à gauche "). Mais on oublie combien Siegfried met également en avant le facteur religieux dès cet ouvrage fondateur.

Certes, puisqu'il s'agit d'analyser les élections dans le Grand Ouest, c'est surtout l'appartenance catholique qui est abordée. Néanmoins, l'auteur oppose les effets politiques du catholicisme à ceux du protestantisme.Il écrit notamment :“ Sauf dans la Haute-Bourgeoisie, l'esprit protestant est presque toujours démocratique, égalitaire et laïque. Si le protestantisme (je dis le protestantisme populaire) était largement répandu, il ne manquerait pas de susciter partout des foyers républicains "4.

Déjà mentionnée dans l'étude d'une partie de la France où le protestantisme est très peu présent, cette propension des Réformés au vote de gauche va être on l'imagine largement développée quand Siegfried entreprend d'étudier les départements du Midi.5. Dans le cas de l'Ardèche, très partagé entre les deux confessions chrétiennes, la coïncidence géographique entre religion et comportement électoral s'avère éclatante. Et cet exemple n'est probablement pas pour rien dans l'évolution de son modèle d'explication du comportement politique : le facteur religieux est présenté comme décisif, l'emportant donc désormais dans son analyse sur les effets de la géographie physique6.

Depuis ces travaux pionniers, cette direction de recherche a été poursuivie. Plusieurs monographies paraissent du reste dans l'après seconde guerre mondiale, qui illustrent cette proposition générale du vote de gauche des protestants dans le cas du Gard, de l'Alsace, du Diois ou de l'Ardèche 7.

Plus récemment des travaux importants comme ceux de Guy Michelat et Michel Simon en France ont montré le rôle central de la variable religieuse dans l'étude du comportement politique dans l'exemple du catholicisme8. Ils ont clairement établis combien cette appartenance confessionnelle poussait à droite. Compte tenu de l'opposition qui a longtemps caractérisée les relations entre les deux confessions, il est a priori compréhensible que les protestants soient de leur côté portés à voter à gauche.

Il est vrai qu'on peut trouver dans le systèmes d'idées propre au protestantisme des aspects qui peuvent paraître prédisposer à ce vote. Dans cette perspective, on serait en présence d'une relation qui dépasserait les frontières nationales, et serait susceptible de valoir partout où on rencontre des protestants dans le monde.

Il est donc important d'étudier ces affinités supposées des représentations, des valeurs et des normes protestantes avec le progressisme politique.

I. Le débat doctrinal.

La définition première du groupe protestant étant d'ordre religieux, il convient en effet de s'intéresser aux effets que la théologie et l'ecclésiologie protestantes ont pu avoir sur les représentations politiques de ceux qui y adhèrent.

Historiquement, on a souvent avancé l'existence d'une liaison entre la Réforme et la Révolution. On trouve assez fréquemment l'idée d'un lien privilégié entre protestantisme et démocratie au XIXe siècle, notamment entre Réforme et Révolution française, à la suite de Jules Michelet, d'Edgar Quinet9 et de Jean Joseph Louis Blanc. Au tournant du siècle, lorsque Siegfried écrit le Tableau politique, cette relation est fréquemment mise en perspective par le constat d'un lien de filiation entre la Réforme, la Révolution anglaise, la Constitution des Etats-Unis d'Amérique et la Révolution française10.

Le lien entre Réforme et Révolution est d'abord attestée chez certains auteurs s'inscrivant dans le courant marxiste. On sait par exemple l'intérêt que Engels porte aux mouvements sociaux accompagnant la Réforme dans La guerre des paysans11. De même, il souligne dans l'introduction anglaise à Socialisme utopique et socialisme scientifique combien, en Angleterre au XVIIe siècle, la Révolution emmenée par la bourgeoisie trouva dans le calvinisme une " doctrine taillée et cousue à sa mesure "12.

En second lieu, on trouve régulièrement affirmée au XIXe siècle l'idée d'une liaison entre Réforme et Révolution chez certains catholiques adversaires du protestantisme. Auguste Nicolas par exemple soutient cette thèse, en avançant que, jadis, " la révolte s'appelait Anabaptisme ou Protestantisme, au lieu de s'appeler Socialisme. Elle était à sa première phase, et passait quelquefois rapidement à sa dernière, parce que l'ordre religieux qu'elle attaquait impliquait alors étroitement l'ordre social "13. Et il s'élève contre " l'illusion " qui méconnaît " le rapport nécessaire et logique qui existe entre les hérésies théologiques et les hérésies sociales qui y étaient contenues en germe "14.

Pour cet auteur, la Révolution devait fatalement sortir du protestantisme. Il souligne que, jusqu'à la naissance de ce qu'il appelle cette " hérésie ", " la société, et surtout la société chrétienne, avait toujours reposé sur la base du devoir; on chercha à la fixer sur la pointe du droit " en retournant la " " pyramide sociale " naturelle ". Tel est le grand principe de 1789, qui répond en politique exactement à celui posé par Luther en religion deux siècles auparavant, ou plutôt qui n'est que le même principe passé de l'ordre religieux dans l'ordre philosophique, et de celui-ci dans l'ordre politique. La révolution inaugurée par Luther, et successivement victorieuse contre l'Eglise et la tradition, contre l'Ecriture et la révélation, avait raison et d'autant plus raison contre la société et l'ordre politique. Les protestants religieux, philosophiques et politiques, se donnent la main : tout s'enchaîne dans le désordre comme dans l'ordre "15.

Parfois, cette thèse revêt des formes plus ingénieuses. S'affirmant partisan de l'idée démocratique, un autre auteur, Jacques Balmes souligne que cette conception sombre parfois dans l'anarchie qui la rend alors détestable. Certes, " l'esprit de propagande ne date pas de la Révolution française, ni même du XVIe siècle (...). Une grande partie des sectes qui troublèrent l'Eglise à dater du dixième siècle furent profondément révolutionnaires ; elles sortaient directement de la funeste démocratie que je viens de signaler, ou bien elles y cherchaient leur appui "16.

Mais " cette même démocratie, inquiète, injuste, turbulente, qui avait compromis le repos de l'Europe dans les siècles antérieurs au seizième siècle trouva dans le Protestantisme ses plus fervents propagateurs (...). Et c'est ainsi que de grandes catastrophes furent préparées pour les générations futures, la Révolution anglaise au dix-septième siècle, la Révolution française au dix-huitième "17.

Certes, ces deux auteurs n'eurent pas une grande influence au XIXe siècle. Mais l'intérêt de ces citations est ailleurs : leur formulation ramasse une vision de la réalité historique qu'on trouve couramment exprimée à cette période. On aurait pu recourir bien sûr aussi aux écrits, plus connus, de Joseph de Maistre, qui souligne " l'esprit d'insurrection " instillé par la Réforme, dont fut finalement victime Louis XVI18.

On objectera que ces auteurs nostalgiques de l'Ancien Régime ne sont pas les mieux à même de dresser un diagnostic pertinent sur l'existence de relations privilégiées entre le protestantisme et l'idée de Révolution. Mais cette critique perd beaucoup de sa portée, quand on constate que les ennemis du protestantisme sont loin d'être les seuls à avancer cette thèse au XIXe siècle, au long duquel elle est soutenue de façon bien plus large, jusque et y compris dans le camp adverse19.

Il faut d'abord mentionner Michelet, qui a tellement fait pour accréditer la filiation à laquelle nous nous intéressons. Il considère explicitement la Réforme du XVIe siècle comme constituant les prémisses de la Révolution20 : se référant à l'adoption de la Discipline de l'église Réformée de France, prévoyant l'élection de tous ses ministres et représentants, Michelet affirme que, ce jour-là, " le protestantisme nous donna la République, l'idée et la chose et la mot! "21.

De son côté, Louis Blanc débute son Histoire de la Révolution Française par quatre chapitres consacrés à la Réforme22. Et on trouve le même lien présent dans La Révolution de Quinet23.

Ces auteurs ne font du reste là qu'approfondir une idée que Montesquieu énonçait déjà quand, dans le chapitre 5 de L'Esprit des lois, il affirme " que la religion catholique convient mieux à une monarchie, et que la protestante s'accommode mieux d'une république "24.

Enfin, cette liaison que nous avons rencontrée initialement chez des catholiques intransigeants se retrouve même sous la plume de protestants. Guizot considère que la Réforme, relayée en France par la " révolution philosophique " a joué un rôle décisif dans le déclenchement des Révolutions anglaise et française25.

Mais cette unanimité, rassemblant des horizons politiques et religieux si divers voire opposés ne doit toutefois pas conduire à faire bon marché d'une constante de la pensée Réformée du XVIe au XVIIIe siècle: l'affirmation récurrente d'une fidélité à la monarchie.

Chaque fois qu'il en ont l'occasion, les protestants réaffirment leur attachement au roi - même quand celui-ci est à l'origine de l'exil ou des persécutions qu'ils subissent. Du reste, les représentants de cette confession s'empressèrent de critiquer le républicanisme que leur prêtait à leurs yeux abusivement Montesquieu. Antoine Court en particulier contesta formellement cette adhésion politique26.

Philippe Joutard souligne ce " loyalisme réformé " à l'égard de la monarchie, dont "l'horreur d'une rébellion contre le souverain est une première source ". Certains des réfugiés vont même jusqu'à critiquer l'Eglise du Désert, parce qu'elle organise des assemblées contraires aux édits royaux27.

Et il ne faudrait pas voir là la seule expression du sentiments d'une élite privilégiée , qui a réussi de surcroît à se mettre à l'abri. Cette fidélité au roi concerne également les protestants “ de l'intérieur ”28. Ainsi, les synodes débutent classiquement par une protestation de fidélité à l'égard du souverain.

Mais n'est-ce pas là que pure tactique ? Philippe Joutard ne le pense pas - et nous le suivons volontiers sur ce point. Il évoque une véritable " ferveur monarchique populaire " chez les Réformés29 : en cela, les protestants ne semblent guère diverger de leurs compatriotes.

Au vu de ce constat, il paraît contestable que leurs conceptions religieuses conduise fatalement les réformés à souhaiter la Révolution30 et la République.

Néanmoins, il serait évidemment infondé de prétendre que les protestants ont la même conception de la monarchie qu'un Bossuet par exemple. Beaucoup récusent l'absolutisme. Ainsi, on a fréquemment soutenu que, structurellement, la Réforme entretient des relations étroites avec le principe démocratique - même s'il faut faire la part de " l'esprit du temps " si l'on veut prendre une juste mesure de l'intensité et des modalités de cette relation conceptuelle.

Il s'agit bien là essentiellement d'une logique structurelle: les recommandations politiques des réformateurs, comme leur propre exercice du pouvoir, ne plaident guère pour un établissement de la démocratie. On sait combien Luther, effrayé par la révolte des anabaptistes, recommanda la soumission aux autorités temporelles.Quant à Calvin, son action politique à Genève est rien moins que démocratique31, et donne plutôt des signes concrets l'apparentant à ce qu'on nommera plus tard le totalitarisme, comme en témoigne le sort qu'il réserva à M. Servet32.

Cependant, dès que les premiers réformateurs eurent disparus, les auteurs protestants de la “ deuxième génération ” et du siècle suivant l'affirment de manière récurrente : c'est le peuple qui établit les rois, c'est le peuple qui est souverain33. Il n'y là que la traduction politique d'un certain nombre d'options religieuses: le libre examen, le sacerdoce universel, le système presbytéro-synodal semblent logiquement articulés à la démocratie.

Qu'il y ait des liens d'affinité entre certains aspects du protestantisme et la démocratie est donc incontestable. Mais le problème décisif est ailleurs : in fine, le protestantisme pousse-t-il à l'instauration d'un régime démocratique, toutes choses égales par ailleurs ?

Cette proposition me paraît sujette à caution. Ainsi, partir du XVIe siècle, les thèses des monarchomaques sont déjà grosses de cette ambiguïté. Certes, on a pu y voir l'origine des théories du Contrat social. Mais ces écrits peuvent aussi être lus comme apportant une forme de légitimation à la monarchie.

La même équivoque se retrouve chez Jean Baubérot, quand, généralisant le message politique de la Réforme, il affirme " à un niveau sociologique, on peut même parler d'une certaine affinité élective entre protestantisme et démocratie : en fragmentant le pouvoir religieux, le protestantisme peut favoriser la démocratisation du pouvoir politique "34.

On le voit, la formulation adoptée limite grandement la portée de l'assertion: nous en restons au stade de la simple éventualité. On peut en effet tout aussi bien avancer, à condition de mettre l'accent sur la théorie des deux règnes, que le protestantisme n'a pas d'effets sensibles sur les conceptions politiques de ses adeptes - voire que l'effet est inverse, car le monothéisme chrétien est structurellement contradictoire avec la démocratie.

Laquelle de ces propositions l'emporte, et s'avère finalement décisive ? Il est impossible de répondre à cette question, si on en reste à l'analyse des connexions et des filiations doctrinales : celle-ci ne se prête pas volontiers à l'administration de la preuve - et encore moins à l'énoncé d'une théorie réfutable.

Pour sortir de l'impasse à laquelle nous conduit l'histoire des idées, il faut donc quitter l'approche doctrinale, qui n'est que bien rarement décisive, et faire subir aux relations qu'elle suggère l'épreuve des faits.

Au demeurant, depuis les années soixante, la thèse du protestant français homme de gauche subit une large remise en cause. Certains auteurs croient en effet déceler un déclin du vote de gauche des protestants français35. D'autres nuancent le caractère républicain de ce groupe social au XIXème siècle36.

L'histoire des idées se révèle rarement décisive pour prévoir l'orientation politique des comportements ( politiques comme économiques d'ailleurs)37. Elle recèle en effet le plus souvent trop d'éléments contradictoires pour aboutir à des conclusions claires.

Il nous faut donc quitter le registres des représentations pour revenir aux faits. A cet égard, les comparaisons internationales constituent un outil puissant de questionnement des conclusions que peut susciter l'analyse des doctrines.

II. Les leçons du comparatisme international

Le recours à la comparaison internationale est essentiel en sciences sociales. Privées de la méthode expérimentale, il constitue un substitut certes imparfait mais d'autant plus nécessaire à cette contrainte de méthode auxquelles sont soumises les sciences de la culture.

Or, il s'avère immédiatement que, très majoritaires dans l'ensemble des pays anglophones développés, les protestants s'y révèlent plus à droite que les catholiques38.

Ce résultat est bien connu pour les Etats-Unis, où le protestantisme majoritaire se situe très tôt dans le camp républicain, rejoint depuis une cinquantaine d'années par les églises évangéliques (baptistes, pentecôtistes). A contrario, les catholiques votent traditionnellement démocrate. Il y a là une objection de taille à ceux qui prétendent que, structurellement, le protestantisme a partie liée avec le progressisme démocratique et la gauche en général.

Néanmoins, certains auteurs ont contesté la permanence de cette opposition sur la dernière période. Et il est vrai qu'on y observe des évolutions à la fois nombreuses et complexes.

D'un côté, le protestantisme majoritaire épouserait moins massivement que jadis les thèses du parti républicain.. Ce protestantisme rassemble les épiscopaliens, les congrégationalistes et les presbytériens. Historiquement, il tient le haut du pavé aux états-Unis. Cette élite économique et politique est traditionnellement un soutien majeur du parti républicain. Or, selon certains auteurs, elle s'en serait éloignée dans la dernière période39.

D'un autre côté, l'essor du fondamentalisme protestant depuis la fin des années soixante-dix est souvent présenté comme ayant travaillé à l'accentuation de ce phénomène de clivage entre des protestants conservateurs et des catholiques plus soucieux de progrès social aux Etats-Unis. Avec le développement de ce qu'on a appelé la “ droite chrétienne ”, et au-delà de fluctuations conjoncturelles de son influence, les fidèles des églises évangéliques se seraient porté plus nombreux encore que dans le passé sur les candidats du parti républicain40. Cette évolution aurait notamment permis l'accès au pouvoir de Ronald Reagan en 1980 et la conquête républicaine du Sénat.

Quelle est le bilan de ces deux évolutions contradictoires ? Ce compensent-elles pour maintenir les protestants dans un camp plus conservateur que les catholiques ?

Pour certains auteurs, le bilan est loin d'être neutre. Il faut d'ailleurs aussi compter avec les évolutions propres des catholiques eux-mêmes. Ainsi, le pourcentage de catholiques votant démocrate diminuerait sur les vingt dernières années, tandis que croîtrait celui des protestants optant pour les candidats présentés par cette formation politique41. La raison couramment invoquée est l'enrichissement des catholiques, qui les éloignerait alors mécaniquement de la formation politique américaine la plus attachée à la redistribution.

Une étude plus fine des églises protestantes sur la moyenne période permet de faire le point sur ces transformations contradictoires. Il faut en effet raisonner sur l'ensemble des quarante dernières années, si on veut neutraliser les fluctuations conjoncturelles. Il convient également de séparer l'impact des différents facteurs du vote ( région, revenu, genre, niveau d'éducation, âge) si l'on veut vraiment isoler l'impact du facteur religieux, et donc avoir recourt aux méthodes statistiques appropriées. Enfin, on ne saurait décalquer le comportement électoral des fidèles à partir du seul activisme de certains de ces membres, et notamment de la droite chrétienne.

Au terme (provisoire) de cette évolution, Manza et Brooks42 relèvent que les Protestants évangéliques (baptistes, pentecôtistes, adventistes du 7e jour) demeurent indéfectiblement Républicains, dans des proportions analogues à ce qu'on observait jadis ; les thématiques de la droite chrétienne ne semblent donc pas avoir modifié leur vote. Il en va de même des protestants modérés (presbytériens, luthériens), qui restent également de fidèles partisans du parti républicain.

Seule évolution notable : les protestants libéraux (congrégationalistes, épiscopaliens, méthodistes) ont bien abandonné depuis une quarantaine d'années leur franche option républicaine pour se situer aujourd'hui à mi-chemin entre les démocrates et le GOP. Cependant, Manza et Brooks avancent que cela ne traduit pas un virage idéologique de leur part, mais la sanction de l'évolution qu'a connue le parti républicain. Depuis la campagne de Goldwater en 1964, ce parti a accordé une place crossante aux thèses conservatrice en matière sociale.. Les protestants libéraux en ont tiré le conclusions, en s'éloignant partiellement de lui.

Mais au bout du compte, les protestants, toutes églises confondues, restent clairement plus à droite que les catholiques dont l'option démocrate ne s'est pas démentie. Ce premier contre-exemple à la théorie du protestant-homme de gauche opposé au catholique–homme de droite est donc confirmé dans le cas américain.

Si l'on en passe à la Grande-Bretagne, on ne peut que constater que la variable religieuse est traditionnellement peu présente dans les travaux de sociologie électorale qui se sont intéressés à ce pays. On peut avancer comme explication que l'homogénéité confessionnelle y est assez forte : malgré l'existence d'églises non-conformiste et d'une minorité de catholiques romains, le pays est massivement protestant et même très largement anglican. Mais l'intensité de la pratique religieuse est elle-même peu prise en compte dans les analyses du vote. La variable socio-économique a beaucoup monopolisé la sociologie électorale dans ce pays.

Il reste que l'appartenance religieuse est loin d'être sans effet dans ce pays. Ainsi, comme le montre Bruno Cautrès, le vote conservateur est clairement surreprésenté chez les anglicans (42% de la population) de la fin des années soixante-dix à celle des années quatre-vingt, tandis que le vote travailliste l'est chez les catholiques romains (10%), et le vote pour le parti libéral puis pour l'Alliance chez les non-conformistes (méthodistes, baptistes, presbytériens anglais et congrégationalistes, soit 6,5% de la population). Restent les presbytériens d'Ecosse (5%) et les sans religion (32%) assez proches de la moyenne nationale, les premiers un peu plus libéraux, les second davantage travaillistes.

Ces écarts sont constants sur la période, quelle que soit l'élection considérée. Ainsi, dans les années quatre-vingt, par rapport à un catholique, un Anglican a presque trois fois plus de chances de voter conservateur plutôt que travailliste43.

Et ce résultat perdure dans les années quatre-vingt-dix. Aux élections générale de 1992, 52% des anglicans votent conservateur (32% travaillistes), mais 51% des catholiques votent travaillistes (37% conservateurs)44. On a là donc un nouvel exemple des protestants plus à droite que leurs concitoyens catholiques.

Et en Australie et en Nouvelle-Zélande également, les protestants, considérés globalement, votent moins pour le parti travailliste que la minorité catholique.

L'explication “ théo-culturaliste ” que je résumais plus tôt, et qui tirait de l'observation de l'organisation des églises protestantes issue des principes théologiques qui animent cette confession des conclusions quand à l'orientation politique des fidèles n'est donc pas recevable : les principes théologiques et ecclésiologiques ne contraignant pas partout les protestants à une orientation plus à gauche que les catholiques – bien au contraire.

Certes, on opposera que le protestantisme des pays anglophones est sur plusieurs points distincts du protestantisme français : les anglicans, qui dominent dans les pays issus du Commonwealth, représentent une forme du protestantisme moins éloigné du catholicisme que ne l'est la tradition calviniste française. Il reste que ces courants se situent néanmoins dans la même perspective, empruntée initialement à Luther. Surtout, les protestants de ces pays anglophones qui se trouvent être plus proches de la tradition calviniste française comme les méthodistes, les baptistes et surtout les presbytériens ne s'avèrent pas comme en France plus à gauche que les catholiques, mais sont au contraire eux aussi moins souvent travaillistes. Et on comprend mal alors pourquoi, indépendamment de sa modalité, le protestantisme conduirait plus à gauche que le catholicisme en France et plus à droite à l'étranger si ses principes doctrinaux étaient seuls en cause.

A l'inverse, d'autres exemples nationaux semblent plus proches de ce qu'on constate en France. C'est notamment le cas en Allemagne.

La CDU-CSU, héritière du Zentrum, est le parti privilégié des catholiques en Allemagne fédérale. De la fin des années cinquante à la fin des années quatre-vingt, de 30 à 40% des protestants votent pour ce parti, alors qu'ils sont nettement plus nombreux – et jusqu'à 60% – à choisir le SPD. Notons également que les protestants étaient traditionnellement très nombreux dans les suffrages recueillis par le parti libéral45.

évidemment, la réunification a beaucoup modifié les poids relatifs des différentes confessions dans la nouvelle Allemagne, l'ex-Allemagne de l'Est couvrant des Länder traditionnellement protestants. Mais la pratique y a beaucoup souffert de la période communiste. C'est pourquoi il est encore un peu tôt pour avoir une vision claire de l'évolution des relations traditionnelles entre religion et politique en Allemagne depuis une dizaine d'années. Mais certains indices incitent toutefois à penser qu'elle n'a pas évolué de manière fondamentale.

Cependant, il convient d'être prudent ; l'enquête “ European Values ” réalisée en 1990 montre que si les pratiquants catholiques sont un peu plus à droite que leurs homologues protestants, cet écart s'amenuise voire s'inverse aux autres niveaux de pratique46

Certes, on est ici en face d'une troisième sorte de protestantisme, d'inspiration cette fois essentiellement luthérienne. Cependant, rien dans les principes ni les pratiques des différentes confessions ne permet d'expliquer pourquoi une population majoritairement protestante se trouverait à gauche des catholiques quand elle est luthérienne ou calviniste, et à droite quand elle est anglicane, voire luthérienne ou calviniste dans un pays anglo-saxon..


Un retour sur le cas français va nous permettre maintenant d'approfondir l'analyse.

III. La fin de l'orientation à gauche des protestants français

L'orientation à gauche des protestants Français signalée par Siegfried au tournant du siècle prend-elle fin avec la 1ere guerre mondiale ?. Certains auteurs l'ont affirmée avec force. C'est le cas de Roger Mehl qui écrit par exemple qu'il est faux " de dire pour cette période d'entre les deux guerres que le protestant est un homme de gauche "47.

Evitons d'abord les faux débats. Le protestantisme de droite a toujours existé en France. Mais les signes de sa vigueur semblent se multiplier dans l'entre-deux-guerres, où certains protestants participent explicitement au camp nationaliste48. Ils sont notamment regroupés dans le mouvement " La Cause ", fondé en 1920. Ce mouvement est alors à l'origine de manifestations contre le marxisme, et critique sévèrement le Front Populaire dans son émission religieuse sur Radio-Paris

Mais André Encrevé souligne combien cette orientation politique reste " extrêmement minoritaire " chez les protestants de cette époque, qui demeurent massivement orientés à gauche49.

Ainsi, aux élections de 1936, on retrouve illustrée la puissance du facteur religieux: l'opposition entre catholiques et protestants rend largement compte des scores du Front Populaire dans les Deux-Sèvres : " Les communes qui ont accordé moins de 15% des suffrages au Front Populaire sont en général situées dans les cantons où le pourcentage de pascalisants est supérieur à 75% ; en revanche, les régions protestantes de Celles-sur-Belle et de Lezay ont souvent accordé plus de 75% des suffrages au Front Populaire"50

Et F.-G. Dreyfus constate que les arrondissements où la population protestante occupe un poids notables continuent de voter très fréquemment à gauche en 1939: c'est le cas des circonscriptions de Melle-Niort dans les deux Sèvres, d'Alès dans le Gard, de Die dans la Drôme, de Saverne en Alsace.

Si le protestant est donc peut être moins systématiquement un homme de gauche qu'au tournant du siècle, il l'est encore bien plus fréquemment que ses concitoyens. La relation causale s'est peut-être affaiblie par rapport aux débuts de la IIIème République, mais elle reste largement significative.


Faut-il alors considérer, avec F.-G. Dreyfus, que cette relation causale a disparu dans l'après-guerre ? Ce sociologue alsacien développa en effet la thèse d'un déclin du vote protestant de gauche, au colloque de la Fondation Nationale des Sciences Politiques de Strasbourg, en 196351.

Il faut d'abord remarquer que cette analyse repose sur des données qui sont loin d'être absolument démonstrative. F.-G. Dreyfus a observé les résultats électoraux d'une trentaine de cantons dits " protestants " dans diverses régions françaises. Ceci pose immédiatement deux problèmes. Tout d'abord, la religion n'est qu'une des variables qui influencent la vote. Conclure au vu d'un déclin électoral de la gauche dans ces cantons à la baisse de la propension des protestants à adopter cette orientation politique, c'est raisonner implicitement toutes choses égales par ailleurs : cela revient à supposer qu'aucune des autres variables influant le vote ne c'est modifiée dans les aires géographiques considérées. Quand on connaît l'ampleur des transformations démographiques, économiques et sociologiques de l'après guerre, c'est pour le moins une supposition hasardeuse. Or, ces transformations ont affecté tant les protestants que les non-protestants, et pas nécessairement de façon identique.

Nous touchons ici aux limites de la géographie électorale qui raisonne sur des collectifs. Ne permettant pas par construction une analyse multivariée, elle n'est pas en mesure de mettre à jour de façon probante des relations causales, dès qu'on s'éloigne des adhésions massives.


En second lieu, A. Greilsammer a fait valoir que la conclusion de F.-G. Dreyfus était issue de l'observation de cantons qui comportent en fait un nombre très variable de protestants, de 15-20 à 90%52... Là où les protestants sont minoritaires, il est encore plus hasardeux qu'ailleurs de prétendre observer leurs comportements au travers des résultats globaux du canton.

Remarquons aussi que le déclin du vote de gauche peut être la conséquence mécanique de la régression du protestantisme dans les cantons considérés. On sait combien les bastions de cette confession ont été touchés par l'exode rural. N'est ce pas ce phénomène que traduit l'éventuel recul de la gauche dans les anciennes zones de force du protestantisme ?

Il faut également tenir compte des variations nationales, et des transformations de l'offre politique, dont la sociologie électorale a montré qu'elle conditionnait grandement les résultats observés. Or, l'analyse de F.-G. Dreyfus porte sur les scrutins législatifs de 1951 à 1962. Cette période est celle de la montée en puissance du gaullisme53, et, pour le scrutin de 1956, de celle du poujadisme. En conséquence, la gauche - si on la définit par rapport aux votes PCF, SFIO et radicaux - a régressé dans toute la France.

Pierre Bozon quand il étudie l'Ardèche de Siegfried, met d'ailleurs l'accent sur la continuité du vote de gauche des protestants. En 1946, il note " un bastion capital de la gauche est constitué par le bloc protestant, qui contraste brutalement avec le bloc catholique " orienté très nettement à droite54. Certes, dans certaines communes, le pourcentage de voix de gauche s'érode depuis la fin du XIXe siècle. Mais c'est la conséquence mécanique du fait que " d'esprit ouvert, les protestants ont émigrés les premiers et souvent ont été remplacés par des fermiers venus de la Montagne prolifique et catholique (...). En revanche, les effectifs protestants ont augmenté dans les centres ouvriers rhodaniens, qui absorbent une bonne part de l'émigration de la région de Vernoux, et ils ont contribué à y maintenir la couleur avancée de l'expression politique "55.

Cette analyse ne se dément pas dans l'Ardèche pour les élections postérieures de la IVe République. Les bastions de la SFIO notamment se situent dans ce département en pays protestants. Le glissement à droite constaté n'empêche donc pas l'auteur de conclure que " le comportement électoral des Ardéchois était, en gros, identique sous la IVe République et sous la IIIe ". Le protestantisme pousse toujours à voter à gauche; simplement, beaucoup de protestants ont déserté leur département d'origine.

En fait, l'analyse de F.-G. Dreyfus est très marquée par les circonstances historiques de son élaboration. Le gaullisme électoral à ses débuts a incontestablement exercé un fort attrait sur les protestants56, à une époque où son orientation conservatrice était loin d'être évidente. Mais beaucoup de protestants ont rejoint ensuite le giron de la gauche.

On ne peut donc pas considérer que ces travaux invalident la thèse du protestant, homme de gauche, pour le premier après-guerre. Mais qu'en est-il sur la dernière période ?

Les rares sondages consacrés au vote des protestants sous la Ve République incitent à penser que les protestants français demeurent à gauche. Mais pour des raisons sur lesquelles je n'ai pas la place de m'étendre ici, ils ne permettent pas une analyse satisfaisante du comportement électoral des protestants. En revanche, les données recueillies par l'Observatoire Interrégional du Politique en partenariat avec les conseils Régionaux à la fin des années quatre-vingt indiquent une évolution notable par rapport à cette thèse traditionnelle.57.

La même source donne pour le tournant du XXe siècle des indications analogues58.

Religion et position sur l'échelle gauche-droite


gauche

centre

droite

ni G ni D

nsp


catholiques

19

31

17

29

4

100 (34693)

protestants

23

35

13

25

4

100 (1130)

musulmans

40

21

2

34

2

100 (842)

autre relig.

22

31

7

36

4

100 (1004)

sans relig.

34

24

5

33

3

100 (13601)

ensemble

23

30

13

30

4

100 (52068)

Enquêtes OIP/ Conseils régionaux 1998 à 2001


On le constate, sur un échantillon de taille appréciable, les protestants français ne peuvent plus aujourd'hui être classé à gauche. Ceux qui se disent appartenir à ce camp sont rigoureusement aussi nombreux en pourcentage que dans la moyenne nationale : 23%. Ils ne sont pas pour autant tombés à droite : là encore, on a une parfaite symétrie avec la moyenne des Français : 13% se classent à droite chez les protestants comme chez leurs concitoyens.

Ce résultat contraste avec ce qu'on observe chez les sans-religion, classiquement orientés à gauche, mais aussi – constat beaucoup plus nouveau – avec ce qu'on constate chez les musulmans59.


Ces résultats sont confirmés par l'étude des la sympathie partisane, directement articulée au vote. Les protestants sont aussi à droite que la moyenne nationale, et à peine plus à gauche, avec un écart qui ne peut pas être considéré comme significatif, et qui vient notamment de leur moindre attrait notamment pour le parti CPNT, classé parmi les divers.

Religion et proximité partisane


parti

Cathol.

Protest.

Musul.

autre rel.

sans rel.

ensemble

gauche

41

49

76

51

62

47

divers

8

5

4

6

8

8

droite

30

24

6

16

11

24

ext-droite

3

4

2

2

2

3

nsp

18

18

11

25

16

18


100

100

100

100

100

100

Enquêtes OIP/ Conseils régionaux 1998 à 2001


Cette évolution n'empêche pas que, pour ce qui concerne le positionnement sur l'échelle gauche-droite comme pour la proximité partisane, les protestants sont beaucoup moins à droite que les catholiques. On retrouve donc ici l'orientation conservatrice de la confession chrétienne dominante bien connu par ailleurs.

***


Démontrée aux débuts du XXe siècle, l'orientation à gauche des protestants court jusqu'aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Quand on la rapproche de la confession majoritaire, et quoi qu'on en ait dit, cette spécificité du protestantisme français, bien qu'atténuée, semble alors toujours vérifié si l'on adopte l'approche de la géographie électorale.

Les données livrées par l'Oip donnent du comportement politique des protestants d'aujourd'hui une image beaucoup moins typée. Ils semblent avoir rejoints la moyenne nationale60. Et l'écart qui les séparait des catholiques lui-même s'est du même mouvement considérablement atténué.

Ce deuxième résultat n'est toutefois pas incompatible avec les enseignements de la géographie électorale sur la période antérieure. Ce dernier type d'approche ne prend en effet en compte qu'une partie des protestants français: ceux qui sont demeurés dans les bastions ruraux de la réforme. Mais tous les protestants citadins, de plus en plus nombreux en proportion au fur et à mesure que l'on se rapproche de la période actuelle, lui échappent.

Or, les protestants ruraux ont peu de chances d'être représentatifs de l'ensemble de leur confession. Ils sont en effet bien davantage susceptibles de conserver intacte la culture qu'ils avaient héritée des générations précédentes, et de reconduire les comportements du passé.

Ces constats pose deux problèmes par lesquels il nous fut conclure. Pourquoi les protestants français ont-ils connu une telle évolution de leur comportement politique entre le début et la fin du XXe siècle ? Et comment peut-on expliquer que le positionnement des protestants par rapport aux catholiques, variable donc dans le temps, le soit aussi dans l'espace, comme l'on montré les comparaisons internationales, jusqu'à autoriser de fréquentes inversions de position, de pays à pays ?

La première de ces deux questions soulève par contrecoup celle des origines de l'opposition politique entre protestants et catholiques en France. Je partirai de l'explication dominante aujourd'hui proposée par les historiens du protestantisme: ils privilégient les effets de la Terreur Blanche de 1815, où des ultras catholiques font subir de graves sévices aux réformés et s'attaquent à leurs temples et à leurs biens, notamment dans le Midi, tandis que les autorités tardent à rétablir l'ordre. Les auteurs de l'Histoire des protestants en France affirment de cette persécution qu'"il n'est pas exclu qu'elle soit une des raisons principales de l'association de fait entre réformés du Midi et partis de gauche, qui a duré jusque tout près de nous"61. Dans cette optique, maintenant que les termes de droite et de gauche ont pris sens, les protestants se trouvent logiquement séparés du camp de la conservation, et donc encouragés à adhérer au camp adverse.

On ne peut pas écarter cette explication, sous prétexte qu'elle relève de l'histoire événementielle. On sait combien un traumatisme historique peut tracer des clivages durables entre des groupes sociaux et leurs expressions politiques respectives62 ; et P. Bois a bien montré à partir de l'exemple de la Sarthe combien un événement-matrice comme les modalités de la vente des biens nationalisés du clergé pouvait avoir des effets de long terme sur les positionnements politiques63.

Mais si la légitimité de la démarche n'est pas en cause, sa pertinence ne nous paraît pas ici flagrante. Il ne s'agit pas de sous-estimer la vigueur de cette flambée de violence que fut la Terreur Blanche. Mais ce n'est tout de même pas la première à laquelle les protestants soient en butte. Pourquoi privilégier celle-ci par rapport à ses devancières ? Pourquoi mettre l'accent sur ces événements qui eurent comme cadre la région nîmoise au début du XIXe siècle, plutôt que sur les persécutions et l'envoi aux galères si fréquents pendant les deux premiers tiers du XVIIIe siècle, les dragonnades, la Révocation de l'Edit de Nantes, les guerres de religion voire la Saint-Barthélémy ?

Certes, la Terreur Blanche appartient à l'époque contemporaine, tandis que les autres ont eu comme cadre la période moderne. Mais ce sont là des divisions académiques, et il est parfaitement contradictoire, si l'on se place dans la logique de l'événement matrice, de sous-estimer ainsi les continuités historiques.

D'ailleurs, en terme de régime politique, la rupture que représente la Révolution doit être nuancée: le Restauration est à bien des égards proche de l'Ancien régime. Pourquoi des persécutions bien plus sévères avant 1789 n'auraient-elle pas pu aboutir au même résultat que cet épisode qui fit un nombre de victimes somme toute limité ?

On le voit, dans la lutte séculaire qui opposa pendant des siècles les réformés aux catholiques, on en bien en peine de discerner un événement matrice. Mais ce n'est pas après tout une nécessité. On peut très bien considérer que la suite de persécutions qu'ont enduré les protestants français a durablement influencé leurs attitudes politiques.

L'opposition du comportement politique des catholiques et des protestants est donc intelligible si l'on recourt à ce que j'ai proposé d'appeler un modèle antinomique. En conflit avec la confession religieuse dominante en France, les protestants prolongent cette opposition par leur vote. Nous retrouvons ici A. Siegfried qui soulignait que la "longue suite de guerres religieuses inexpiables" a produit dans le Midi languedocien " l'existence de deux types d'hommes "64.

Mais pourquoi les protestants ont-ils traduit cette opposition par un vote de gauche et non de droite ?

Historiquement, il faut bien voir que le catholicisme s'est trouvé dès l'origine lié à la droite en France. Les tentatives visant à rétablir la monarchie sur un modèle proche de l'Ancien Régime, puis leurs efforts tendant au moins à limiter les transformations des structures politiques, économiques et sociales de la France conduisaient à droite les fidèles de l'Eglise romaine.Puisque par ailleurs le système d'idées protestant était parfaitement compatible avec l'option démocratique, les positionnements politiques respectifs se sont opérés assez facilement.

On a donc une superposition, dans le comportement politique protestant au XIXe siècle et au début du XXe de deux effets :

- un modèle antinomique, qui pousse les descendants des huguenots à adhérer au camp opposé aux catholiques, dont tout les sépare par ailleurs.

- une option pour la gauche, qui provient elle-même de deux causes :

* l'attirance des catholiques pour la droite, qui débute par leur attachement au modèle politique de l'Ancien Régime, et se poursuit par leur résistance à la République.

* le conversion des protestants à la démocratie politique, compte tenu de la vision du monde que véhicule leurs options théologiques et ecclésiologiques.

A contrario, le recul de cette spécificité politique du protestantisme français après la 2e guerre mondiale confirme cette analyse. L'antagonisme qui séparait les catholiques des protestants s'est en effet considérablement atténué. Les différences théologiques sont moindres depuis Vatican II. Sur bien des points en effet, ce concile a rapproché les positions de l'Eglise romaine de celles que défendaient depuis longtemps les Eglises issues de la Réforme. En particulier, sans effacer la distance qui sépare les clercs des simples fidèles, Vatican II l'a diminuée, en mettant l'accent sur le rôle des laïcs dans l'Eglise catholique.

Surtout, le souvenir des conflits anciens où les deux confessions s'étaient affrontées se perd. Il n'y a là rien que de très compréhensible: la culture du conflit, née dans les siècles passés, ne peut pas indéfiniment survivre alors que ses bases objectives ont pour l'essentiel disparu.

Aujourd'hui, la religion unit à bien des égards davantage catholiques et protestants qu'elle ne les sépare. Dans une France où le poids des sans religion et des catholiques non pratiquants voire non croyants a beaucoup augmenté, la croyance religieuse constitue plus un lien qu'un objet de division. D'autant qu'il s'agit malgré tout d'une croyance dans deux versions d'une même religion : le christianisme.

D'autre part, la mobilité géographique a bien souvent rompu le fil communautaire qui perpétuait l'opposition des deux confessions. F. Goguel souligne bien le rôle de ces "mouvements démographiques par lesquels tant de protestants des vieux terroirs ruraux ont quitté leur région d'origine. Le rôle des traditions locales, qu'elle soient d'ordre politique ou d'un autre ordre se maintient toujours plus facilement dans les campagnes que dans les villes"65.

Les ennemis de jadis dans la France rurale étaient situés : c'était tel canton voisin, tel village proche, voire telle ou telle famille. Le départ pour la ville a rompu ces antagonismes.

Et, dans une société urbaine, la pratique religieuse effective, de plus en plus rare, est vécue sur le mode privé, et n'a plus le caractère visible voire ostentatoire nécessaire pour que le conflit continue de se nourrir.

Certes, les différences théologiques entre catholiques et protestants, bien qu'atténuées, n'ont pas disparu. Les premiers restent attachés à une vision hiérarchique qui est étrangère aux seconds. Mais les effets politiques de ses différences se trouvent désormais en France très atténués. Comment en effet soutenir que la droite parlementaire est actuellement moins favorable que la gauche à la République et au mode démocratique de désignation de ses dirigeants ? Ici aussi, "l'oiseau s'est échappé de la cage".

Le "sinistrisme" du système de partis français a abouti à rallier la quasi totalité de ses composantes à ces principes fondamentaux. On voit mal alors en quoi l'attachement au choix démocratique des gouvernants, produit de cette théologie originale, les inciterait aujourd'hui à voter plus spécialement pour la gauche - à moins d'invoquer une survivance qui a toutes les chances d'avoir disparu en cette fin du XXe siècle, à part quelques traces dans les bastions ruraux protestants que nous avons déjà évoquées.

On constate donc que le comportement politique des protestants comme de n'importe quelle confession religieuse ne saurait être uniquement déduit de ses principes doctrinaux. Dans le cas français, ils n'ont constitué qu'un facteur parmi d'autre, et pas le plus important, subsumés qu'ils ont été par le modèle antinomique lié au conflit pluriséculaires avec les catholiques.

Mais ce conflit lui-même et ses modalités sont liés aux particularités de note histoire nationale. On voit donc bien qu'on ne peut comprendre le positionnement politique respectif des deux confessions indépendamment de l'histoire nationale du pays que l'on observe.

Au demeurant, l'importance de cette variable nationale a souvent été soulignée. D'une façon générale, il est apparu très tôt que le poids de l'appartenance au protestantisme, et plus généralement d'ailleurs l'impact de la variable religieuse par rapport aux autres facteurs explicatifs du vote varient considérablement de pays à pays66.

Et Pierre Bréchon, dans son étude fouillée des résultats de l'enquête valeurs de 199067 qui montre bien la diversité des positionnements politiques respectifs des protestants et des catholiques en Europe souligne l'importance de la prise en compte de ce contexte national.


C'est pourquoi, contre les ambitions trop vite totalisantes d'une certaine façon de faire des sciences sociales, il convient, si l'on veut comprendre le effets politiques des diverses appartenances religieuses, de conduire à chaque fois une véritable sociologie historique du pays auquel on s'intéresse.

 

1 DOGAN (Mattéi), “  Classe, religion, parti : triple déclin dans les clivages politiques électoraux ”, Revue internationale de politique comparée, 3(3), décembre 1996, p. 515-540.

2 Sur le processus de sécularisation envisagé sous des angles variés, voir : Sabino Acquaviva, L'éclipse du sacré dans la civilisation industrielle, Paris, Mame, 1967 (1961) ; Bryan R. Wilson, Contempory Transformation of Religions, Oxford , Oxford University Press ; David A. Martin, A General Theory of Secularization, Oxford, Blackwell; Peter Berger, La religion dans la conscience moderne, Paris, Le Centurion , 1971.

Pour une approche qui cherche au contraire à penser la possibilité d'une modernité religieuse, voir les travaux de Danielle Hervieu-Léger depuis le livre pionnier que fut : Danielle Hervieu-Léger, Vers un nouveau christianisme ?, Paris, Le Cerf , 1986.

3 SIEGFRIED (André), Tableau politique de la France de l'Ouest sous la IIIe République (1913), Paris, Imprimerie nationale, 1995.

4Ibid.., p. 391.

5Voir : SIEGFRIED (André), " Le groupe protestant cévenol sous la IIIème République", in BOEGNER (Marc), SIEGFRIED (André) dir., Le protestantisme français, Paris, Plon, 1945.; ainsi que : SIEGFRIED (André), Géographie électorale de l'Ardèche sous la IIIème République, Paris, Armand Colin, Cahiers de la F.N.S.P. nø9, 1948.

6 il remarque par exemple que, si les montagnes votent en général à droite - ce qu'il attribue à leur isolement -, il y a une exception : le canton de St Agrève qui vote régulièrement à gauche. La raison est qu'il est protestant: “ nous en tirons cette conséquence que, quand l'argument religieux joue, aucun autre argument ne tient devant lui ”; SIEGFRIED (André), Géographie électorale de l'Ardèche sous la IIIème République, op. cit., p. 113. Ce constat confirme l'hypothèse qu'il avait émise plus haut : " Sous la IIIème République (...), le facteur religieux domine la vie politique " ; ibid., p. 70.

7 SCHRAM (Stuart R.), Protestantism and Politics in France, Alençon, Corbière et Jugain, 1954. Une partie de cet ouvrage a été traduite dans: SCHRAM (Stuart R.), “ traditions religieuses et réalités politiques dans le département du Gard ”, Christianisme social, avril 1953, p. 194-254; SIGMANN (Jean), “ La bourgeoisie et l'opinion publique du Bas-Rhin entre 1919 et 1924: essai de géographie électorale ”, dans La bourgeoisie alsacienne, Strasbourg, F. Le Roux, 1954 ; BERTHOUZE (Jean-Paul), “ Etude historique et sociologique d'une paroisse réformée rurale: Chatillon en Diois ”, Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, Avril-juin 1971, juillet-septembre 1971, janvier-mars 1972 ; SABATIER (Alain), Religion et politique au XIXème siècle dans le canton de Vernoux de 1848 à 1876, thèse de doctorat, Grenoble II, 1971, ronéo..

8 MICHELAT (Guy), SIMON (Michel), Classe, religion et comportement politique, Paris, Presses de la FNSP et éditions sociales, 1977 ; MICHELAT (Guy), SIMON (Michel), “ Déterminations socio-économiques, organisations symboliques et comportement électoral ”, Revue française de sociologie, 26-1, 1985, p. 32-69 ; MICHELAT (Guy), “ Intégration au catholicisme, attitudes éthico-politiques et comportememnt électoral ”, dans BRECHON (Pierre), LAURENT (Annie), PERRINEAU (Pascal), Les cultures politiques des Français, Paris, Presses de la FNSP, 2000.

9 QUINET (Eedouard), La Révolution(1865), Paris, Belin, 1987.

10 Voir: DOUMERGUE (Emile), " Calvin et l'entente. De Wilson à Calvin ", Foi et Vie, cahiers B, 20/01/ 1919 ; DOUMERGUE (Emile), “ Les origines historiques de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ”, Revue de droit public, 1904, p. 673-733 ; VIENOT (John), Les premiers républicains français, Paris/Montbéliard, Imprimerie montbéliardaise, 1918 ;

11 ENGELS (Friedrich), La guerre des paysans, Paris, Ed. sociales, 1974.

12 ENGELS (Friedrich), Socialisme utopique et socialisme scientifique, Paris, Ed. sociales, 1962, p. 36.

13 NICOLAS (Auguste), Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, Paris, Librairie Auguste Vaton, 1852, p. 144-145.

14 Ibid., p. 146-147.

15 Ibid., p. 192.

16 BALMES (Jacques), Le protestantisme comparé au catholicisme, Paris, Librairie Auguste Vaton, 1852, p. 218-219.

17 Ibid., p. 219.

18 MAISTRE (Joseph de), " Réflexions sur le protestantisme dans ses rapports avec la souveraineté " (1798), Ecrits sur la Révolution, Paris, PUF, 1989, p. 219-239.

19 Comme le montre notamment Jean Baubérot; BAUBEROT (Jean), “ L'antiprotestantisme politique à la fin du XIXe siècle, II : Les principaux thèmes antiprotestants et la réplique protestante ”, Revue d'histoire et de philosophie religieuse, 1973/2, p. 177-222.

20 MICHELET (Jules), Histoire de la Révolution Française, Paris, Gallimard, 1939. Sur Michelet et la Réforme, voir: VIALLANEIX (Paul), “ Michelet, la Réforme et les Réformés ”, Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, 123, avril-mai 1977.

21 cité in: VIALLANEIX (Paul) dir., Réforme et Révolutions, Montpellier, Réforme / Presses du Languedoc, 1990, p. 8.

22 BLANC (Louis), Histoire de la Révolution française, Paris, Langlois et Leclerq, 1847-1862, t. 1, p. 13-94.

23 QUINET (Edgar), La Révolution, Paris, Belin, 1987.

24 MONTESQUIEU (Charles Louis de Secondat, baron de), Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, t. 2, 1989, p. 718.

25 GUIZOT (François), Histoire de la civilisation en Europe depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française, Paris, Hachette, 1986, p. 255-303.

26 COURT (Antoine), Patriote français et impartial, 1756 ; cité dans LAURIOL (Claude)," Les protestants français à la veille de la révolution ", dans PERONNET (Michel) dir., Protestantisme et Révolution, Montpellier, Sauramps éditions, 1990, p. 94.

27 JOUTARD (Philippe), La légende des camisards. Une sensibilité au passé, Paris, Gallimard, 1977, p. 119.

28 A tel point que l'épopée camisarde restera longtemps entachée par cette rébellion illégitime à l'égard du roi pour la plupart des protestants français, qui auront besoin, comme les catholiques, d'une révolution historiographique pour réévaluer leur appréciation sur ce mouvement social, comme le démontre P. Joutard.

29 JOUTARD (Philippe), loc. cit..

30 Marc Liénhard avance que les aspects révolutionnaires de la théologie de la Réforme l'emportent sur les éléments contre-révolutionnaires quelle renferme. Mais les caractéristiques de cette théologie qu'il envisage et qui fondent ce jugement ne portent pas en réalité sur le bien fondé de la Révolution, mais de la seule démocratie; LIENHARD (Marc), " La Réformation, une révolution? ", in VIALLANEIX (Paul), Réforme et Révolutions, Montpellier, Réforme / Presses du Languedoc, 1990, p. 15-40.

31 Ainsi, l'Histoire des idées politiques de J. Touchard considère qu'on est en face d'un " régime nettement clérical, une dictature religieuse ne différant que formellement d'une théocratie " ; TOUCHARD (Jean), Histoire des idées politiques, Paris, PUF, 1983, t. 1, p. 274.

32 et bien d'autres épisodes qui, bien que moins graves dans leurs conséquences immédiates, n'en sont pas moins significatifs; cf. WENDEL (François), Calvin, Genève, Labor et fides, 1985, p. 58-59.

33L'anthologie que publia naguère Allier atteste de la prégnance de cette idée chez les auteurs protestants de la France moderne. Voir par exemple les extraits présentés des écrits d'Hubert Languet, de Théodore de Bèze et de Pierre Jurieu ; ALLIER (Jacques), Anthologie protestante , Paris-Genève, G. Crès, 1918, p. 92-93, 115 et sq., 264-267.

34 BAUBEROT (Jean), " Protestantisme et société ", Encyclopaedia Universalis, t. 19, 1989, p. 124.

35 DREYFUS (François-Georges), " Esquisse d'une géographie politique du protestantisme français " in REMOND (René) dir., Forces religieuses et attitudes politiques dans la France contemporaine, Paris, Cahier de la FNSP n° 130, 1965, p. 89 108. Cette thèse est reprise dans: COUTROT (Aline), DREYFUS (François-Georges), Les forces religieuses dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 1965, p. 194-254, ainsi que dans : DREYFUS (François-Georges), " Quand le peuple protestant abandonne la gauche ", Horizons protestants, n°15, mai 1973.Pour une discussion de la thèse de Dreyfus, voir: GREILSAMMER (Alain), " Sociologie électorale du protestantisme français ", Archives de sciences sociales des religions, 49 (1), janvier-mars 1980.

36 A. Encrevé relève l'attraction que le bonapartisme a exercé sur certaines régions protestantes sous le Second Empire, au détriment parfois du vote républicain: ENCREVE (André), Les protestants en France de 1800 à nos jours. Histoire d'une réintégration, Stock, 1985, p. 198 200.

37 Sur l'ambiguïté de biens des analyses s'intéressant au lien entre religion, culture et comportements économiques, voir : DARGENT (Claude), “ Les explications culturelles du développement économique : pertinence et faiblesses ”, Revue internationale de politique comparée, novembre 2002, sous presse.

38 On se limitera ici, comme dans ce qui précède, à l'analyse de l'orientation du comportement électoral, laissant de côté faute de place la question pourtant intéressante de la participation ; pour quelques notation comparatives sur le sujet, voir : DARGENT (Claude), article “ Protestants ”, dans PERRINEAU (Pascal), REYNIé (Dominique) dir., Dictionnaire du vote, P.U.F., 2001.

39 LOPATTO (Paul) Religion and the Presidential Election, New York, Praeger, 1985.

40 GREEN (John C.), “ The Bible and the Ballot Box :the Shape of Things to Come ”, dans GUTH (James L.), GREEN (John C.) dir., The Bible and the Ballot Box , Boulder (Colorado), 1991, p. 207-226.

41 ABRAMSON (Paul) ALDRICH (John H.), ROHDE (David W.), Change and Continuity in the 1992 Elections, Washington DC, Congressional Quarterly Press. 1994.

42 MANZA (Jeff), BROOKS (Clem), Social cleavages and political change : voter alignments and US party coalition,, Oxford, Oxford University Press, 1999 ; MANZA (Jeff), BROOKS (Clem), “ The religious Factor in U.S Presidential Elections ”, American Journal of Sociology, 103 (1), Juillet 1987, p. 37-81.

43 Bruno Cautres, “ Religion et comportement électoral en Grande-Bretagne ”, in Monica Charlot dir., Religion et politique en Grande-Bretagne, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1994

44 KOTLER-BERKOWITZ (Laurence A.), “ Religion and voting behaviour in Great Britain : a reassessment ”, British Journal of Political Science, 2001-07, vol.31:n°3, p.523-554.

45 GAULY (Thomas M.) “ Konfesionalismus und politische Kultur in Deutschland ”, Aus Politik und Zeitgeschichte, (20), mai 1991, p. 45-53.

46 BRECHON (Pierre), “ Les valeurs politiques en Europe : effet du contexte national et des attitudes religieuses ”, Archives de Sciences Sociales des Religions, 93, janv.-mars 1996, p. 99-127.

47 MEHL (Roger), Le protestantisme français dans la société actuelle 1945-1980, Genève, Labor et fides, 1982, p. 165.

48 ENCREVE (André), Les protestants en France de 1800 à nos jours, op. cit., p. 234.

49 Ibid., p. 235.

50 "Ainsi, l'absence de pratique catholique ou l'appartenance à la religion protestante apparaissent comme des facteurs déterminants du vote de gauche" ; GARRANDEAU (Jacques), les élections législatives de 1936 et la Front Populaire dans les Deux-Sèvres, Université de Poitiers, mémoire de D.E.S. d'Histoire, 1967, p. 209-210.

51 DREYFUS (François-Georges), " Esquisse d'une géographie politique du protestantisme ", in REMOND (René) dir., Forces religieuses et attitudes politiques dans la France contemporaine, op. cit..

52 Greilsammer (Alain), art. cit..

53 Sur les conséquences de cette modification fondamentale de l'offre électorale à partir de 1958, voir: Lancelot (Alain), Les élections sous la Vème République, Paris, PUF, 1988.

54 BOZON (Pierre), " Géographie électorale de l'Ardèche sous la IVe République ", Cahiers d'histoire, 1965, 2, p. 183.

55 Ibid., p. 184.

56 On retrouve un processus identique à celui que nous avons relevé à l'égard du bonapartisme, ce qui n'étonnera pas compte tenu de la filiation établie par R. Rémond entre ces deux courants de la droite; REMOND (René), op. cit..

57 Sur ces deux points, voir : Claude DARGENT, La foi, la morale et le conflit. Culture et comportements politiques et sociaux des protestants français, thèse de doctorat, Université Paris 1, 1994, dact..

58 Pour une analyse plus détaillée des données qui vont suivre, voir : DARGENT (Claude), Les protestants français : marginaux ou précurseurs ?, Payot, à paraître, 2003.

59 J'examine ce résultat dans : DARGENT (Claude), “ Les musulmans déclarés en France : affirmation religieuse, subordination sociale et progressisme politique ”, Les Cahiers du CEVIPOF / Les Notes et études de l'OIP, à paraître, octobre 2002.

60 on a pris ici les protestants français “  comme un tout ”, en laissant pour des investigations ultérieures l'exploration des effets politiques de leur diversité interne. Patrick Cabanel a-t-il raison d'opposer un protestantisme “ historique ” volontiers socialo-réformiste aux membres des nouvelles églises baptistes et pentecôtistes, à qui il prête un comportement politique à priori plus conservateur ? Peut-être. Mais en tout cas, il ne nous semble pas possible d'inférer une telle distinction d'observations effectuées sur les pasteurs comme il le fait : il est toujours hasardeux de prêter à la masse des fidèles les opinions de leurs élites ; faute de données, nous laisseront pour l'instant ce problème en suspens ; CABANEL (Patrick) Les Protestants et la République de 1870 à nos jours, Paris, Complexe, 2000, p. 221-222.

61 BAUBEROT (Jean) et alii, Histoire des protestants en France, Toulouse, Privat, 1977, p. 345.

62Alors, "en quelques années, l'événement fugitif a sécrété la mentalité durable ; le temps court a mis en place le temps long" ; LE ROY LADURIE (Etienne), Le territoire de l'historien, Paris, Gallimard, 1973, p. 179.

63 BOIS (Paul), Paysans de l'ouest, Paris, Flammarion, 1971.

64 SIEGFRIED (André), "Le groupe protestant cévenol", op. cit., p. 28.En revanche, il est parfaitement malvenu - et étranger à la démonstration qui vient d'être conduite - de les dire "congénitalement différents". Nous retrouvons ici une nouvelle manifestation du glissement des différences culturelles au caractères biologiques qu'on a pu mettre en évidence chez le géographe ; BIRNBAUM (Pierre), La France aux français. Histoire des haines nationalistes, Paris, Le Seuil, 1993, p. 145-186.

65 François Goguel, "un vote protestant ?", Autre Temps, n° 8, hiver 1985-1986, p. 6.

66 ROSE R. dir., Electoral Behavior, New York, Free Press, 1974

67 BRECHON (Pierre), art. cit..

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