"OÙ SONT PASSÉS LES CATHOLIQUES ?"

Colette MULLER et Jean-René BERTRAND

Présentation de l'ouvrage

L'ouvrage vient d'être édité chez Desclée de Brouwer. La question n'est pas sans réponse ; en premier lieu ce peut-être rassurant pour certains de savoir qu'ils sont encore quelque part ; en second lieu c'est la recherche d'une ou de plusieurs réponses qui a conduit le travail d'investigation.

La France religieuse telle que nous l'a livrée le Chanoine Boulard dans les années 1950-1960 à la suite de ses vastes enquêtes dans les paroisses avec l'aide du clergé en place, ne peut plus satisfaire les chercheurs en sciences humaines. D'abord, les choses en tellement changé que ces observations et résultats sont entrés dans l'Histoire, ensuite parce que l'observance dominicale, qui servait et a très longtemps servi de mesure, n'est plus révélatrice de la pratique religieuse. Aujourd'hui ce sont d'autres comportements, attitudes et engagements qui peuvent situer socialement les catholiques et les localiser géographiquement dans les grandes agglomérations comme dans les espaces de faible densité.

La définition d'un catholique varie selon les points de vue : les chercheurs universitaires sont plus attachés aux attitudes visibles, à la partie émergée de l'iceberg que les pasteurs chargés d'un peuple de baptisés souvent fort nombreux, de fidèles engagés à leur manière dans la paroisse ou un mouvement et meilleurs connaisseurs, par fonction, de la partie immergée. Qu'importe, les catholiques, ceux qui se revendiquent comme tels, sont nombreux en France, cela n'est pas douteux, les sondages le prouvent. Encore faut-il pouvoir les retrouver, les observer et tenter d'analyser leurs comportements et leur place dans la société.

Les données statistiques en matière de comportement religieux n'existent pas dans la France de la Séparation de l'église et de l'état. Elles doivent être recherchées avec patience et minutie dans de multiples directions, d'autant plus que certains effectifs sont relativement réduits et que la moindre erreur nuit à une juste généralisation. Après ce travail de bénédictin et de longues analyses, il a semblé utile de proposer trois façons d'être catholique dans la société française d'aujourd'hui et d'en dresser par carte les répartitions.

Nombre de catholiques témoignent de leur attachement à l'église et à son message, et souvent depuis des générations. Ils envoient leurs enfants au catéchisme, les accompagnent parfois à la messe, contribuent au denier de l'église ou lisent la presse catholique. Ces catholiques ne recouvrent pas seulement toutes les populations d'anciens habitués mais aussi souvent leurs héritiers attachés aux systèmes de valeurs qui leur ont été transmis. Ce seraient les catholiques de l'expérience. Là où deux des trois comportements sont bien représentés dans les régions, le secteur est hachuré sur la carte. C'est en quelque sorte la trame de fond du catholicisme français.

D'autres souhaitent s'engager au service des autres et participer à la mission de l'église. Ils ne sont pas nécessairement observants, loin de là, mais ce n'est pas le critère pertinent ici. Ont été retenus, comme illustrations et assez significatifs par les effectifs mobilisés, les engagements au sein d'une équipe du Secours catholique au titre de la solidarité ou au sein d'un groupe de prière ou d'une communauté charismatique au titre de la spiritualité. Solidarité et spiritualité étant deux domaines privilégiés parmi d'autres dans lesquels beaucoup de personnes, et de plus en plus, sont investis. Elles semblent vouloir faire avancer les choses à leur manière, avec leurs potentialités et désirs personnels. Ils ont été appelés catholiques de l'action et sont représentés par des symboles ponctuels rouges sur la carte.

Enfin, personne n'ignore l'importance que prennent aujourd'hui les rassemblements où chacun exprime à sa façon sa foi ou plus simplement son attachement à l'église ou à certaines de ses propositions. Au-delà des célèbres JMJ, existent de nombreuses autres formes de réunion de catholiques dans les paroisses, mouvements, diocèses. Une autre manifestation collective en forte croissance se retrouve autour des pèlerinages et toutes les démarches qui les entourent. Des nuances sont à apporter mais le cheminement communautaire attire de plus en plus catholiques et les diocèses sont les grands pourvoyeurs de pèlerinages assortis de voyages bienvenus dans des temps de mobilité plus facile et de périodes de loisirs plus étendues. Enfin, la montée de la réflexion spirituelle personnelle et les besoins de ressourcements conduisent un grand nombre de croyants dans les monastères et les nouveaux lieux d'accueil, souvent héritiers d'institutions devenues vides. Ce sont les signes bleus portés sur la carte.

Toutes ces analyses géographiques des comportements et attitudes ne concernent pas systématiquement les mêmes groupes d'hommes et de femmes. Elles ont permis de les localiser, représenter et de dessiner une nouvelle carte des catholiques en France, soulignant la diversité régionale des manifestations de catholicité. Si la carte ne le dit pas assez clairement, la réponse à la question initiale est toutefois celle-ci : les catholiques sont partout, présents et visibles de multiples manières.

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