TERRITORIALITÉS RELIGIEUSES ET FESTIVES.
DEUX FORMES DE VALORISATION DES LIEUX
DANS LES SOCIÉTÉS

Jean RIEUCAU

Professeur à L’Université d’Artois
UMR-ESPACE (CNRS 6612) Montpellier-III

Article complet

Les sociétés littorales de la Méditerranée française forment des sociétés locales fortement territorialisées. Le défi lancé par les aménagements touristiques et la culture mondialisée à ces communautés humaines, à partir des années 1965, trouve une réponse, d’une part, dans un attachement particulièrement fort aux lieux de vie, d’autre part, dans la consolidation de pratiques religieuses et festives identitaires, assorties de comportements territoriaux très spécifiques.

Depuis des siècles, les villes portuaires et leurs sociétés maritimes, en Europe occidentale, produisent la fête maritime. La fête au sens large représente un intérêt évident pour la géographie, par les fonctions qu’elle exerce dans les sociétés (occasion de défoulement collectif, d’expression individuelle et collective, rôle dans la régulation des conflits, effet de renforcement sur la cohésion sociale et l’identité des groupes humains). Les temps festifs s’inscrivent à différentes échelles géographiques et suscitent des aménagements. Les fêtes maritimes sont originales puisqu’elles sont d’essence urbaine. Elles célèbrent un milieu naturel exploité par l’homme, dont celui-ci cherche à garantir la richesse biologique et à se prémunir des risques naturels induits. Des proximités évidentes rapprochent ces manifestations maritimes urbaines des fêtes paysannes.

Sur la Méditerranée française, les célébrations maritimes, parfois tombées en désuétude depuis 1945, renaissent depuis l’aménagement touristique du littoral. En dépit de leur patrimonialisation, de cas de «récupérations touristiques», elles cristallisent encore au début du XXIeme siècle, la conscience identitaire des sociétés riveraines de la mer, une fois l’an, face aux terriens (agriculteurs, citadins des villes de l’arrière-pays), face aux sociétés de loisirs présentes sur le littoral en saison estivale. Cette consolidation identitaire ne débouche pas sur un repliement mais sur une ouverture sociale de ces communautés côtières. Les fêtes maritimes méditerranéennes utilisent des lieux et des micro-lieux situés à la fois dans l’espace urbain ancien (église, chapelle, siège de la prud’homie, siège de l’amicale des anciens marins, rues), dans les zones d’infrastructures portuaires (quais, bassins, criées au poisson), sur la haute mer, mais délaissent les milieux lagunaires. Dans ces sociétés locales, l’organisation des territorialités religieuses individuelles et collectives s’articulent autour des lieux précis : sanctuaires marins situés sur les amers côtiers, cimetière marin, église, presbytère, chapelle, qui laissent à l’écart du vécu territorial religieux les espaces urbains des stations touristiques modernes.


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