SECTES, RELIGIONS ET TERRITOIRES

Table ronde organisée et animée par Antoine SPIRE, Journaliste

avec Jean-Marie ABGRALL, Psychiatre, expert national (auteur de la "la mécanique des sectes", éditions Payot 2002)

et Jean-Louis SCHLEGEL, Rédacteur en Chef de la Revue Esprit, éditeur au Seuil

Faut-il rappeler qu'aucun groupe religieux ne s'autodésigne comme secte ? S'il y a des groupes religieux que l'on peut qualifier de secte, il y a des tendances sectaires dans tout groupe religieux. Ainsi les intégrismes et les fondamentalismes peuvent-ils être considérés comme des formes sectaires au sein même des religions constituées. Trois caractéristiques psychosociologiques de la sectarité doivent être repérés :

a) Une rupture plus ou moins radicale par rapport au monde environnant ;

b) Un contrôle étroit par le groupe de l'orthodoxie et de l'orthopraxie de ses membres ;

c) Le fait de ne rassembler que des personnes religieusement qualifiées et militantes.

Nous nous interrogerons sur la répartition dans l'espace de ce phénomène sectaire. Le double processus de la mondialisation (ouverture d'un large marché des offres spirituelles) et de l'individualisation (chacun veut pouvoir choisir le religieux qui lui convient) recompose profondément le paysage religieux. Confrontés à ces évolutions, les pouvoirs publics et des associations antisectes se mobilisent face aux agissements peu scrupuleux de certaines organisations religieuses ou réputées telles.

Comment se répartissent territorialement les 173 sectes recensées par le rapport parlementaire de 1996 qui jetait la vindicte sur des groupes ésotériques ou parfois même chrétiens sans rapport avec des sectes criminelles comme l'Ordre du Temple Solaire ou l'Eglise de Scientologie. Rappelons que la loi adoptée par l'Assemblée nationale le 30 mai 2001 sous le nom de loi About-Picard tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires, avait été promulguée le 12 juin 2001. En décembre de la même année, l'association des Maires de France et la mission interministérielle de lutte contre les sectes avaient édité un guide intitulé "Le maire et les sectes" pour aider les élus à refuser éventuellement un permis de construire ou une subvention à une secte. Ceguide rappelait qu'en matière d'urbanisme "il n'existe aucune possibilité légale de fonder un refus de délivrance d'un permis de construire sur le caractère supposé sectaire du groupement qui le sollicite". Le maire doit donc fouiller dans les règles relatives à la protection du patrimoine, de l'environnement, de la sécurité ou de voirie, pour débusquer une infraction. En fin de course il lui reste le droit de préemption.

Comment les petites communes, qui n'ont pas toujours les moyens financiers d'acheter un bâtiment que guigne un mouvement sectaire, peuvent-elles le faire ? Le guide rappelle aux élus l'infiltration des sectes dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, dans le secteur de la jeunesse. Mais certains centres de loisirs organisés en France par les associations étrangères, échappent encore, faute d'une législation appropriée, au contrôle des directions départementales de la Jeunesse et des Sports. Par ses compétences sociales, le département est en première ligne face aux manifestations sectaires.

Tous les départements ont-ils conscience de l'étendu du problème ? En novembre 2001, le Loiret a été le premier département à lancer un plan d'action contre les sectes. Enfin, dans les 35 cours d'appel de France, un magistrat du parquet a été nommé correspondant sectes. Comment les communes peuvent-elles le saisir ? Est-ce la même chose dans chaque département ?

La sévérité de la législation française contraste avec celle des Etats-Unis, de Grande Bretagne ou de Suisse. Le Conseil de l'Europe recommandait, en 1999 (Recommandation 1412), de disposer d'une information fiable sur les groupements qui ne provienne exclusivement ni des sectes elles-mêmes ni des associations de défense des victimes des sectes, et de la diffuser largement au grand public après que les personnes concernées aient eu la possibilité d'être entendues sur l'objectivité de telles informations. En Suisse, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, on met en oeuvre des observatoires qui associent magistrats, universitaires, autorités religieuses, associations antisectes et administrations. Pourquoi la France n'a-t-elle pas adopté cette solution ?

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 Actes 2002