LES VOIES DU DÉVELOPPEMENT AU MAROC

Table-ronde organisée et animée par Jean-François TROIN,

Géographe, Université de Tours avec

Mohammed BERRIANE, géographe, Université Mohammed V de Rabat

Abdelkader GUITOUNI, géographe, Université d'Oujda,

Abdelkader KAIOUA, géographe, Inspecteur Général de l'Aménagement et de l'Urbanisme,

Abdellah LAOUINA, géographe, Université Mohammed V de Rabat

Compte-rendu par  Jean-François CLÉMENT

Ce thème des voies du déceloppement nous a été proposé par la direction du Festival. La Maroc est peuplé actuellement de 29 millions d'habitants. Quelle voie suit ce pays pour réaliser son développement ? En quoi son choix a-t-il été original et quels choix seront faits dans un avenir proche ? Nous allons nous focaliser, en fonction des spécialités des uns et des autres, sur une série de thèmes. Je travaille sur le Maroc depuis 1958. J'ai résidé 11 ans dans ce pays. Je suis venu à Saint-Dié avec d'anciens élèves, tous professeurs d'Université au Maroc. Je rappelle que nous avons publié ensemble Maroc, régions, pays et territoires aux éditions Tarik.

Le Maroc dispose d'atouts spécifiques importants, c'est ce que montrera Abdallah Laouina qui parlera du problème du développement durable. Une voie privilégiée, pour assurer le développement, est celle du tourisme que présentera Mohamed Berriane, qu'il s'agisse du tourisme balnéaire ou du tourisme culturel, sans oublié le tourisme des Marocains eux-mêmes car le Maroc est marqué par une très forte demande du tourisme intérieur. Abdelkader Kaioua parlera de l'industrie. Ensuite, nous remarquerons que croissance et développement ne sont pas répartis de façon équilibrée sur le territoire. Qu'en et-il, en particulier, des régions périphériques ? Abdelkader Guitouni nous en entretiendra. Enfin, je parlerai de la très forte urbanisation qui caractérise actuellement au Maroc.

Le problème du développement durable au Maroc


Abdellah Laouina, géographe,

Université Mohammed V de Rabat


Pour débattre de la question du développement durable, il faut se demander si le développement est respectueux de l'environnement. Pour cela, nous parlerons d'un espace, celui des montagnes marocaines car il s'y pose justement la question du développement durable. Comme on le sait, le développement possible se base sur deux principes. Il y a, tout d'abord, celui du respect de l'équilibre socio-spatial. Au Maroc, les inégalités, en matière de pauvreté sont fortes. Les régions atlantiques ou même quelques régions sahariennes sont plus fortes que les autres. Mais, pour qu'il y ait développement harmonieux, il faut aussi un équilibre des ressources.

Il se trouve que, dans les montagnes marocaines, l'environnement subit une attaque très forte. On y observe que les forêts sont une mosaïque d'espaces qui se réduit, peu à peu, comme peau de chagrin. Pourtant la montagne est, au Maroc, un domaine très vaste. Elle représente un cinquième du territoire et intervient dans 10 régions sur les 16 du pays, mais elle ne concerne que 63 000 municipalités sur les 249 000 du pays. Cette montagne est une zone particulièrement sous-développée par rapport au reste dut territoire. On peut, en effet, y examiner de nombreux critères du développement, qu'il s'agisse de l'électrification, actuellement de 12 % dans les campagnes, de la couverture sanitaire, du réseau routier ou des écoles. Pour chacun de ces indicateurs, le sous-développement est tout à fait patent.

Pourtant le rôle de la montagne est tout à fait fondamental dans l'économie même du pays. La montagne est une véritable barrière entre sa propre façade nord, pluvieuse, enneigée et humide et sa façade méridionale plus sèche. Cette différence joue donc un rôle hydrologique important. L'eau qui est recueillie dans ces espaces va dans des réservoirs karstiques de très grande taille. La forêt, dans les régions où elle est conservée, peut jouer un rôle important en évitant les écoulements trop rapides et en limitant l'érosion.

Cet espace particulier a développé une véritable civilisation de la montagne. Ceci signifie qu'on y voit une culture entièrement bâtie vers l'utilisation des ressources disponibles. Pourquoi donc aujourd'hui ce sous-équipement et ce sous-développement ? Cela est à rapporter au fait que les ressources ne sont pas valorisées comme il le faudrait par rapport à la population. Les politiques mises en œuvre jusqu'à présent se sont focalisées sur la dégradation des ressources et non sur les conditions de développement des populations. Les interventions ont, le plus souvent, été sectorielles et non intégrées. Pour toutes ces raisons, la montagne est restée repliée sur elle-même. Si la population se maintient en nombre, c'est à cause de ressources parallèles plus que par des ressources endogènes. Par exemple, le cannabis prend, dans le Rif, de plus en plus d'ampleur, ce qui explique la densification de la population dans la région de Chaouen.

Pour sortir de cette contradiction, redonner à cette zone un rôle historique important en lui permettant de sortir de la crise actuelle, que faudrait-il faire ? Il est nécessaire qu'il y ait une décision politique prise au plus haut niveau. Cela sous-entend une réglementation différente de celle qui existe pour les plaines ou les zones d'irrigation et, sans doute aussi, un contexte de solidarité nationale car les ressources en eau ou celles qu'on tire des forêts servent surtout pour les villes qui se trouvent en aval. Il faudrait donc une loi spécifique sur la montagne qui n'existe pas encore. Cela exige aussi une mobilisation de tous et en particulier des populations montagnardes elles-mêmes à cet effort de développement spécifique qui pourrait être envisagé dans la montagne.


Le tourisme


Mohammed Berriane, géographe,

Université Mohammed V de Rabat


L'une des voies privilégiées par le Maroc pour son développement a été, de façon précoce, de miser sur le tourisme. Dès les années 1960, et surtout dans la deuxième moitié de cette décennie, le tourisme a été inscrit parmi les priorités des plans de développement. Le Maroc s'est donc installé sur le marché du tourisme international comme pionnier dans le sud de la Méditerranée.

Le secteur est passé par différentes phases car il est sensible à la conjoncture internationale. Aujourd'hui, le Maroc tire 21 milliards de Dh du tourisme. Ce secteur crée 60 000 emplois et l'on pourrait multiplier les indicateurs montrant les aspects bénéfiques de cette industrie. Cela dit, le tourisme façonne l'espace et la société. Il crée un développement déséquilibré sur le plan spatial car ses équipements, avec des interventions de l'état ou de grands groupes privés ne sont pas répartis de façon égale. Mais, en même temps, et c'est une autre gêne, il y a des difficultés dans la commercialisation du produit. Le Maroc n'arrive pas à atteindre la masse critique nécessaire pour assurer une reproduction automatique de ses revenus touristiques. Il reçoit de 2,5 à 2,6 millions d'arrivées et encaisse les revenus de 13 millions de nuitées.

Je vous présenterai quatre points qui me semblent importants. Le premier est la caractéristique essentielle du tourisme marocain. Celui-ci évolue uniquement entre le balnéaire et le culturel. Le produit initial était culturel. Mais très vite, dès que les premières vagues sont arrivées, on a basculé vers le balnéaire. Aujourd'hui les deux produits se partagent la destination Maroc. à côté des stations littorales, il y a les sites intérieurs. Dans l'avenir, c'est la demande sur le balnéaire qui l'emportera. La relance actuelle du tourisme portera sur 6 stations balnéaires, le long de l'Atlantique et la Méditerranée. Il est, en effet, prévu de créer 100 000 lits nouveaux. Il y a donc juxtaposition de deux produits et de deux clientèles avec un basculement qui est en cours entre les deux produits. Mais il y aura une forte résistance de destinations comme Marrakech et le désert, deux zones bien équipées où les hôteliers chercheront à retenir leurs clientèles.

Le deuxième point que je soulignerai est la tendance à la concentration littorale. Cependant, nous sommes loin du cas tunisien où l'essentiel du tourisme se focalise actuellement sur le littoral. Au Maroc, il est cependant prévu que cette zone aura 84 % de la capacité hôtelière totale, du moins dans les années à venir.

Le troisième point consiste à souligner la montée spectaculaire de la demande touristique interne. On arrive, certaines années, si on additionne les hôtels classés et les autres moyens d'hébergement à noter que plus de la moitié des espaces offerts sont destinés à des touristes marocains. Les responsables considèrent cette demande de plus en plus sérieusement, tout particulièrement à la suite des hésitations du tourisme international.

Le dernier point sera de mettre en valeur les effets des nouvelles formes de tourisme. Le tourisme classique explorait la dimension culturelle puis il y eut le tourisme qui prit comme destination le désert et, plus récemment, la montagne. Il y a aussi, maintenant, une demande spécifique sur certaines destinations culturelles à l'occasion d'évenements particuliers. Il se produit certes des injections d'argent, mais il y a aussi entrée en contact brutal de deux cultures ou de deux modes de vie.

L'une des destinations les plus prisées est, aujourd'hui, la médina de Marrakech, ce qui se traduit par une demande sur les vieilles demeures qui sont transformées en maison d'hôtes ou en résidences secondaires. On voit une progression spectaculaire de ce cadre urbain ces dernières années. Certaines demeures sont devenues de véritables petits bijoux. Mais l'arrivée de catégories socioculturelles différentes pose problème dans cet espace.

Certaines interrogations accompagnent donc l'évolution du tourisme au Maroc.


L'industrie


Abdelkader Kaioua, géographe,

Inspecteur général de l'Aménagement et de l'Urbanisme


Par rapport à l'Algérie, le Maroc a connu un mode de développement très différent On peut rappeler les choix qui ont été faits, mais aussi les handicaps particulier au Maroc ainsi que ses ambitions en matière industrielle.

Le Maroc a considéré l'industrie comme indispensable dans le cadre d'un développement harmonieux ou équilibré. Des investissements considérables ont été faits depuis les années 1960 pour permettre son développement continu. Il y eut, en particulier, un important effort pour valoriser les phosphates et l'industrie alimentaire (sucre, lait). Il y eut également des efforts pour le ciment afin de répondre à la demande considérable du bâtiment et de la construction.

L'état a supporté une part essentielle de ces investissements. Le poids de l'activité industrielle dans l'économie est, cependant, resté limité. Le Maroc compte 6 800 entreprises actuellement en fonction employant 420 000 personnes. Plusieurs handicaps limitent le développement de ce secteur ainsi que sa compétitivité. La taille des entreprise est trop faible. Les petites unités prévalent en effet. Les établissements de plus de 50 salariés ne représentent que 30 % seulement de l'ensemble et ils sont situés, le plus souvent, dans des quartiers d'habitation dense. Quant aux entreprises de grande taille, elles ne représentent que 7 % de l'ensemble.

Il y a ensuite un déséquilibre entre les branches d'activité. On observe la prééminence d'un nombre restreint de branches, essentiellement l'agro-industrie et le textile. On a là près de la moitié des entreprises et 60 % de la main-d'œuvre. Les entreprises à fort pouvoir d'entraînement sont rares et ne représentent que 19 % des établissements du secteur. Seul le grand Casablanca dispose d'une structure industrielle diversifiée et complète.

Le troisième déséquilibre est de type spatial et il joue en faveur de Casablanca et de l'espace littoral qui s'étend de Casablanca à Kénitra ou El Jadida. Le Maroc a essayé plusieurs politiques pour limiter cette forte concentration territoriale de l'industrie, mais cela n'a pas suffi à limiter le poids de Casablanca. Certes, on observe une part réduite pour cette ville depuis les années 1980, mais cette région demeure, toutefois, le principal foyer de l'industrie dans le pays.

De nombreuses contraintes pèsent toujours et ne permettent pas l'éclosion d'une industrie performante. Le premier handicap est la faiblesse des infrastructures. Depuis 1980, le Maroc s'est engagé dans un programme de développement de zones industrielles. Il y a, désormais, 75 zones réparties au plan national, mais ce choix n'a pas donné les résultats espérés, 32 % des zones seulement sont vraiment valorisées. Cela a consisté à associer le secteur privé dans l'aménagement des structures d'accueil, mais aussi dans la gestion de ces zones industrielles. Le problème majeur est celui du foncier. Il y a toutefois, à l'heure actuelle, un projet opérationnel à Tanger, le deuxième se trouve à Nouaceur, et le troisième à Jorf Lasfar. On note aussi que la petite industrie est très vulnérable.

Pour dépasser ces handicaps, on pense, en ce moment, à la nécessité de développer de nouvelles gammes de produits industriels. Il faut aussi mettre une gamme de services à la disposition des industries pour que celles-ci puissent fonctionner normalement. Il y a un potentiel important non utilisé comme on le voit dans l'agro-industriel. Le Maroc reste un pays agricole puisqu'on trouve dans ce secteur 40 % de la main d'œuvre. Il faut doter l'agro-alimentaire d'investissements pertinents pour tripler la valeur ajoutée de cette industrie, ce qui n'a pas encore été fait.

L'artisanat est maintenant en cours de dégradation. Il est refoulé peu à peu vers l'informel. Il devrait redevenir une activité motrice. Il y a là un gisement important d'emplois. Ce secteur a besoin d'être pris en main pour passer, progressivement, vers la petite industrie.

On pourrait aussi dire que se pose la question des infrastructures lourdes, de la gestion des flux et des déplacements. Le système de transport national doit être organisé, en particulier dans les portes du pays que sont les ports.

Un dernier élément est la formation des hommes et des ressources humaines. L'analphabétisme, l‘absence de formation professionnelle sont aussi des obstacles.

Mais les atouts existent aussi. La position géographique du Maroc, aux portes de l'Europe, une classe d'entrepreneurs dynamiques, la position volontariste de l'Etat permettra au Maroc de relever les défis de la mondialisation et de devenir demain un pays performant en matière de développement industriel.


Les régions périphériques


Abdelkader Guitouni, géographe,

Université d'Oujda


étudier les régions périphériques du Maroc, c'est faire un état des lieux des déséquilibres du pays et poser la problématique du développement des régions excentrées. Lyautey a favorisé un ancrage à l'Ouest du Maroc en déplaçant ses centres de gravité. Il y eut le transfert de la capitale de Fès à Rabat. Il y eut aussi la mise en place d'une région centrale privilégiée le long du littoral atlantique. On y trouve maintenant 37 % de la population urbaine, au point où certains ont pu parler de Casablanca et du désert marocain. On y trouve, en particulier, 80 % des commerces de gros. Cela signifie qu'il y a de nombreux espaces excentrés, parfois même enclavés, éloignés en distance de ce centre économique, avec des coûts en argent et en temps importants pour aller du centre à la périphérie.

Un thème de discussion à la mode est celui du développement et du rapport qu'il entretient avec les villes : le développement passe-t-il par les villes ? Ou, à l'inverse, celles-ci accroissent-elles le sous-développement ? On souligne souvent les caractéristiques négatives des villes. On y observe, en effet, le développement de l'habitat insalubre et précaire ou une forte pollution. La ville produit aussi une de déstructuration foncière des campagnes, une dépossession des propriétés rurales et des formes prédatrices de cultures maraîchères et fruitières au profit de l'espace urbain. Ces analyses peuvent s'appliquer au Maroc qui est en rapide urbanisation. La part des villes était de 28 % lors de l'Indépendance. Elle est de plus de 50 % aujourd'hui. Les écarts entre le monde urbain et rural continuent à s'accroître. On peut en effet utiliser les critères les plus divers pour le mettre en évidence. Le taux brut de mortalité diffère entre villes et campagnes. L'espérance de vie est de 72 ans en ville, mais seulement de 66 ans à la campagne. L'équipement médical est dans un rapport de 1 à 5 entre Taza et Casablanca.

à l'inverse, le chômage est plus fort dans le grand Casablanca, où il représente 22%, contre seulement 8 % à Taza. Mais on ne vit pas mieux, pour autant, à la campagne. On constate, en effet, une différence d'accès à l'électricité dont bénéficient 88 % des ménages urbains. D'un autre côté, l'illettrisme touche 72 % des personnes qui vivent en milieu rural. On observe donc des écarts considérables. Si on résume, la ville est, de manière générale, plus équipée, plus instruite, plus affectée par le chômage et la pollution. Le tableau n'est donc pas blanc ou noir. Le relatif bonheur des uns ne fait pas le malheur accentué des autres. La ville envoie des fonctionnaires ou des administrateurs vers les campagnes. D'elle partent les lignes d'autocars. Les migrants de l'étranger cherchent plutôt à s'installer dans des villes moyennes car il y a moins d'inconvénients que dans les très grandes villes. La cherté du logement ou l'encombrement y sont moindres. La qualité de la vie y est supérieure. Aussi ces villes moyennes connaissent-elles une très vive croissance et elle progressent plus vite que les grosses agglomérations.

S'il y a bien un fait marocain, c'est l'existence d'une armature urbaine équilibrée. Il n'y a pas de macrocéphalie trop forte. Nous connaissons, dans notre pays, toute une gamme de réseaux urbains. C'est là une conurbation exceptionnelle au Maghreb qui représente un grand ensemble qu'on ne trouve pas ailleurs sur la rive sud de la Méditerranée. On pourrait aussi signaler un autre phénomène qui s'observe autour d'El-Jadida. Il s'agit d'une mini-conurbanisation qui se développe actuellement dans une région très rurale. Ailleurs, on constate une organisation triangulaire dans le Gharb qui permet aux villes présentes de satisfaire des besoins, chacune dans des branches déterminées. Même la montagne rifaine s'adapte à la ville. Car il y a, actuellement, une urbanisation rifaine éclatée avec un tissu semi-urbain dans la montagne. Ce sont là des chances pour le Maroc qui permettent l'aménagement rationnel du pays. Donc même s'il y a des écarts entre les villes et les campagnes qui se creusent dans la phase actuelle, le rôle des villes n'est pas négatif. Ce qui est négatif, c'est le retard du monde agricole. Sans les villes, que serait le niveau de développement des villes marocaines ? Il serait, sans doute, très bas et il conduirait à un quasi-isolement du pays.


Conclusion


Nous avons présenté le pays sans cacher les problèmes, les difficultés ou les insuffisances qui sont les siennes. L'eau, la pêche, les rapports avec l'UE sont des problèmes d'actualité. On constate donc que le Maroc, qui est un pays non producteur de pétrole, qi dépend de ressources très variées. C'est l'eau du ciel qui fait le PIB du Maroc. On a donc là un pays d'une très grande complexité.

On peut donner une petite précision pour l'auditoire. En ce qui concerne l'électrification, on est très loin des 12 % qui ont été annoncés. Le Perg a fait tripler ce chiffre de 12 %. Il faut aussi dire deux choses quant au contexte général du développement marocin. Il y a une politique de régionalisation. Le Maroc dispose de 16 régions qui s'inscrivent dans une politique de décentralisation et ces 16 régions sont appelées à prendre en charge les destinées du développement régional. Ces régions son susceptibles de recevoir des prérogatives qui sont celles de l'Etat, en matière de santé par exemple. Mais il y a aussi le contexte de la globalisation qui a des effets sur l'espace marocain. Elle suppose concurrence interne et mise à niveau pour faire face à la concurrence externe. Cela passe par de gros efforts d'investissement et de mise à niveau des infrastructures et des superstructures. Cela coûte beaucoup d'argent. Dans un premier temps, il faut concentrer l'argent sur les régions qui sont face à la concurrence internationale Et il y a là un grand dilemme pour les décideurs et les aménageurs du territoire.

à propos des disparitéS et du grand Sud, on peut se poser une question : quelle est la part de la géopolitique interne et externe dans le développement de ces régions ? Les provinces sahariennes ont profité d'investissements lourds qui ont donné un décollage économique. Ailleurs, les portes du désert comptent surtout sur le tourisme international.

L'analyse faite des villes suscite aussi des interrogations : ne peut-on pas partir de la société paysanne et des villes, petites et moyennes, avec lesquelles les campagnes sont en symbiose pour initier un développemùent plutôt que des deux mégopoles de la côte atlantique ? Mais pour que le développement réussisse, il doit y avoir également des percées, des initiatives autochtones. Peut-on en tirer des leçons de ces décisions locales pour une application globale dans le pays ?

Le développement endogène des régions rurales se vérifie tout le temps dans les régions marocaines, même dans les régions marginales où il y a des solidarités importantes. On y invente de nouvelles techniques d'utilisation de l'espace. Ces régions marginales sont souvent celles où les initiatives de développement partent, le plus souvent, d'initiatives locales avec des groupements qui arrivent à se développer. Des associations se créent qui créent l'électrification, en choisissant parfois le solaire, mais bientôt aussi l'énergie éolienne, ce qui demande des moyens particuliers. Les populations, dirigées par des élites, obtiennent, grâce à l'association qu'elles mettent en place, des aides étrangères. Les ONG prennent de nombreuses initiatives. Ces initiatives locales passent par des relais à l'étranger. D'autre part, les émigrés amènent aussi de l'argent et des savoirs-faire. Ils peuvent aussi être des acteurs du développement. On les voit, en effet, lancer des initiatives, ouvrir une piste ou la goudronner, par exemple. Cela est fondamental et il faudrait insister là-dessus.

Enfin s'il y a effectivement des investissements lourds de l'état au Sahara occidental, on doit aussi remarquer le développement spontané de la pêche à Tan-Tan. Tous les ans, on voit des pêcheurs qui se déplacent pour venir exploiter ce pactole halieutique du sud du pays. C'est ce qui explique l'importance de la route goudronnée qui va jusqu'à la Gouëra. Dans un avenir, sans doute proche, l'ouverture des frontières terrestres avec la Mauritanie permettra un développement des échanges avec ce pays. Et ceci renforcera les fonctions de cet axe.

Compte-rendu par  Jean-François Clément

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