POURQUOI ET COMMENT ENSEIGNER
LA GÉOGRAPHIE DE L'EAU

Jacques BETHEMONT

Université Jean Monnet, Saint-Étienne

Résumé

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Pourquoi ?

Parce que si, à l'échelle mondiale, le volume de la ressource reste constant, la disponibilité par habitant ne cesse de diminuer du fait de la croissance démographique : 6 500 m3/an/personne en 2000 mais 4 800 m3 en 2025.

Parce que, un Canadien dispose de 95 000 m3/an, contre 95 m3 pour un Qatari. Même à l'échelle régionale, les situations sont diverses : surabondance en Amazonie et sécheresse dans le Nordeste brésilien.

Parce que 30 Etats souffrent de stress hydrique (moins de 1 000 m3/an/personne) en 2000 et que ce chiffre passera à 75 Etats en 2025.

Parce que près de 2 milliards d'humains n'ont pas accès à l'eau potable et que les maladies de l'eau tuent des millions de personnes chaque année.

Parce qu'il existe des concurrences fortes entre secteurs de consommation, la part de l'agriculture diminuant par transfert au secteur urbain.

Parce que les solutions proposées pour atténuer la pénurie, barrages ou transferts interbassins posent de sérieux problèmes environnementaux.

Parce ce que la concurrence entre secteurs ou entre Etats pour le contrôle de l'eau risque d'engendrer tensions et conflits.

Parce que les valeurs symboliques attachées à l'eau sont universelles et fortes.

Comment ?

Par recours aux démarches propres à la Géographie, notamment le croisement de statistiques et de cartes, la prospective et la méthode des scénarios, mais aussi en accord avec d'autres collègues :

- Historiens : vie et mort des civilisations hydrauliques, l'eau dans la guerre, histoire des techniques ;

- Historiens de l'art : l'eau dans la peinture, la sculpture, l'art des jardins, l'urbanisme ;

- Littéraires : images et perceptions de l'eau notamment dans la poésie (Ronsard, Guillevic, Char, e tutti quanti) ;

- Ne pas oublier le cinéma, depuis Bunuel (Los Hurdes) jusqu'à Renoir, Rossellini ;

- Mathématiciens et Physiciens : réalisation de maquettes présentant les volumes d'eau sur la terre et montrant combien la part de l'eau douce est faible ; calculs sur données actuelles ou projetées ;

- Naturalistes : cycle de l'eau, relations eau/végétation ;

- Travaux in situ des installations de traitement des eaux, des organismes de gestion, notamment des SAGE là où ils sont en place ou en programmation.

FIG 2003

Itinéraire N°3 : Les paysages de l'eau : perceptions et représentations

Fiche établie par Jacques Bethemont en date du 14 avril

L'eau : enfer et paradis

Dans les rêves et les mythes comme dans la réalité, l'eau est double. D'un côté, la source ou le lac sont synonymes de pureté et renvoient à l'image du Paradis dans l'imaginaire des religions monothéistes comme dans la plupart des théogonies. De l'autre, le marais ou la crue catastrophique évoquent la mort ou l'engloutissement final, celui du Déluge ou celui du Crépuscule des Dieux. Entre ces deux extrêmes, d'autres figures de l'eau apparaissent : le fleuve symbolise le temps qui passe, la chute le passage d'un temps à l'autre, etc..

Cette double symbolique gouverne de multiples comportements humains. L'image positive de l'eau est à l'origine de pèlerinages qui déplacent des foules ou de cultes des sources plus discrets. Ces manifestations génèrent des paysages spécifiques allant des lieux de pèlerinage, aux représentations symboliques comme le jardin clos et sa fontaine qui sont l'image du paradis aussi bien dans les cloîtres romans que dans les jardins andalous. Les cures thermales semblent constituer l'un des derniers avatars du culte des sources. La mise en valeur de régions désertiques par l'eau en serait un autre.

L'image négative de l'eau n'est pas seulement à l'origine de représentations comme le cours nocturne et souterrain des eaux, ou la Tarasque image des crues du Rhône, voire de processions destinées à pacifier les eaux. Elle a également soutenu et justifié l'action des dessicateurs ou les travaux d'endiguement. Sur un autre registre, la salinisation des sols par l'eau est considérée comme la manifestation concrète de la malédiction divine.

Le constat ainsi fait propose de multiples registres à la réflexion géographique puisque les représentations de l'eau conditionnent à certains niveaux l'action humaine, la structuration de l'espace et la symbolique des paysages. Au-delà de la diversité apparente de ces représentations, se pose le problème d'une éventuelle convergence transcendant le temps (des théogonies aux cures thermales) et l'espace (le culte des sources, les images du Paradis). S'il en est ainsi, l'eau paradis ou enfer, renvoie à des valeurs archétypales.

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 Actes 2003