L'ALIMENTATION EN EAU POTABLE
D'UNE MÉTROPOLE INDIENNE,
CHENNAI : UNE LUTTE COÛTEUSE
POUR QUEL DÉVELOPPEMENT ?

Sandrine BRISSET
Doctorante en géographie de la santé
Université de Rouen
Sandrinebrisset@aol.com

Résumé

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Malgré la réorientation de la Décennie internationale de l'eau potable et de l'assainissement (DIEPA) lancée en 19811, les réformes parallèles et les capitaux déployés, la situation hydrique dans le monde en développement et surtout dans ses métropoles n'a jamais été aussi paroxystique. Non pas en terme d'accès à l'eau potable et d'assainissement, où là les progrès bien qu'inférieurs aux objectifs prévus initialement ont été considérables2, mais surtout de pénurie exacerbée et de détérioration de la qualité hydrique. A tel point que l'on parle désormais de crise émergente de l'eau potable3, avec à la clé des maladies concomitantes de plus en plus prégnantes. La recrudescence des affections liées à la gestion de l'eau au sens large4 et en particulier des manifestations diarrhéiques (choléra - gastro-entérites aiguës), constitue à ce titre un indicateur révélateur. Avec plus de 20 millions de morts par an, les gastro-entérites infectieuses occupent de fait la 1ère place des pathologies majeures (cancers - paludisme - SIDA)5 et les épidémiques diarrhéiques d'une gravité exceptionnelle se multiplient. Elles sont d'ailleurs aujourd'hui considérées comme la pire des catastrophes socio-sanitaires des zones pauvres5.

Faute de moyens financiers, les villes en développement font massivement appel au secteur privé depuis le début des années 90, pour tenter de réguler une crise hydrique de plus en plus patente. Les solutions adoptées sont diverses allant du "pseudo semi-public" (modèle français) au "pur privé" (modèle chilien)6 ou privilégiant le partenariat public/privé7. Elles peuvent néanmoins soulever de vives protestations8 en raison de l'augmentation consécutive du prix de l'eau et même entraîner la déprivatisation de la fourniture d'eau, comme à Cochabamba (Bolivie)9. Malgré tout, "une société localisée ne décide pas, à un moment quelconque de son histoire de s'engager dans telle ou telle voie de développement socio-économique. La double construction conjointe de l'économie et de l'espace social résulte d'une lente accumulation de concours de circonstances, plus ou moins aléatoires, complémentaires ou contradictoires"10. A l'heure d'une "vision mondiale de l'eau"11, les propos de Di Méo prennent un sens particulier et souligne l'importance de considérer l'historicité, comme les spécificités du lieu.

A travers la voie empruntée par la 4ème métropole indienne, nous tenterons donc de comprendre les mécanismes qui régissent les choix de développement. Pourquoi en définitive, le projet d'alimentation de la ville par les eaux de la Krishna, détournées sur plusieurs centaines de kilomètres (Fig. 1), se concrétise à un moment où les grands aménagements hydrauliques sont autant soumis à controverses ? Chennai12 occupe toujours en 1991 le 1er rang des métropoles indiennes avec notamment le plus bas niveau de desserte (68 litres au quotidien par personne) et une bien faible réception journalière en eau municipale (3 heures). En période sèche, l'eau ne coule plus qu'un jour sur deux et la disponibilité quotidienne tombe même à 32 litres par habitants, voire 26 lppj dans la banlieue. Les carences de l'hydraulique urbaine peuvent se résumer ainsi : une eau de boisson de plus en plus sujette à caution sans aucune autre alternative, des stratégies d'approvisionnement très vulnérables en période de sécheresse, une soif d'eau exacerbée et des ressources régionales non négligeables, mais bien incapables de soutenir le développement de l'agglomération. Chennai fait donc partie des régions où la fourniture d'eau conditionne l'amélioration du niveau de vie. Voilà certainement de quoi lancer ce vieux projet13, surtout dans un contexte de sécheresses à répétitions. Derrière la concrétisation du Telugu Ganga, selon l'appellation du 1er ministre de l'Andhra Pradesh (pays Telugu), se cache cependant tout un jeu de rétroactions équivoques.

Ce vaste aménagement hydraulique qui fournira à terme 930 millions de litres d'eau supplémentaires (mlj) à la capitale tamoule ne sera cependant guère terminé avant 2011. Contrairement aux espoirs, il ne permettra nullement d'assouvir la soif d'eau de l'agglomération, ni même d'enrayer les épidémies calquées tantôt sur le manque d'eau, tantôt sur les excès d'eau, encore moins de stabiliser la situation sanitaire. Même si la nouveauté n'est pas toujours synonyme d'améliorations14 à court terme, cette métropole assoiffée a néanmoins emprunté une voie originale, en développant un "partenariat public/privé décentralisé"15 et une gestion beaucoup plus intégrée de l'eau. En définitive, n'est-ce pas là que se situe le véritable changement, voire l'enjeu immédiat ?

Au-delà de la controverse des grands aménagements hydrauliques

"Aucune ville au monde ne serait aujourd'hui confrontée à des problèmes hydriques d'une telle magnitude"16. Voilà qui résume admirablement le paradoxe dans lequel se trouve plonger Chennai. La situation sanitaire se détériore, alors que les efforts et les investissements se multiplient afin d'améliorer la desserte en eau municipale et d'endiguer la dégradation de tout l'environnement local. Même si au regard du contexte régional (90 % des ressources de surface et 60 % de l'eau souterraine déjà utilisés), le projet de la Krishna semblait inéluctable, encore faut-il rester prudent, puisqu'il résulte d'un lent processus historique et qu'il se concrétise dans un contexte bien particulier, en pleine période de restructuration du secteur de l'eau.


En Inde, les pénuries hydriques seraient liées à l'ingérence des services publics, plutôt qu'à l'insuffisance des ressources (Ruet J. 2001)17. Difficile pourtant dans le cas de Chennai, construite sur des alluvions lagunaires aux potentialités hydriques dérisoires, de minimiser le manque d'eau chronique, comme d'ailleurs l'impact d'une gestion bien obsolète pour une métropole de plus de 7.5 millions d'habitants. Malgré l'extension de son rayonnement hydraulique, elle dépend toujours essentiellement des ressources souterraines, renflouées par la pluviosité annuelle, plus exactement par la mousson du nord-est (60 % des pluies d'oct. à déc) et n'assouvit qu'à peine 1/3 de ses besoins18. D'une façon générale, la demande hydrique a augmenté beaucoup plus vite que le volume d'eau distribué d'ailleurs essentiellement absorbé (presque 70 %) par la ville principale. La population a de fait quadruplé depuis les années 50, alors que la disponibilité en eau municipale a seulement doublé. Le système hydraulique porterait en somme les stigmates de ses origines (ancienneté des canalisations favorables aux fuites) et de l'évolution de la capitale (corrélation extension du réseau et faiblesse des pressions). Malgré tout, l'écosystème côtier a surtout été fragilisé par un développement mal géré, des équipements urbains mis en place au coup par coup et un étalement tentaculaire.

A l'égide de nombreuses villes en développement, Chennai aurait donc atteint les limites d'une alimentation en eau régionale. Avant de se lancer dans le gigantesque projet de la Krishna, n'aurait-t-il pas été judicieux de "tirer le meilleur partie de l'eau à disposition"19, en conservant et en régulant au maximum les eaux de pluie20 dans cette région au climat qualifié de semi-aride malgré des totaux pluviométriques supérieurs à 1000 mm, mais concentrés sur une très courte période. Faute d'un drainage adéquat et des capacités de stockage bien insuffisantes, les excédents sont de fait rejetés à la mer. Réaménager le système ancien des tanks21 aurait par ailleurs permis de recharger les aquifères surexploités et de minimiser les inondations souvent catastrophiques.

Que la métropole assoiffée ait privilégié l'extension des ressources mobilisables n'est cependant guère surprenant, compte tenu du caractère très aléatoire de la pluviosité annelle et de la fréquence des sécheresses dans la région. Non seulement les sources d'alimentation de la capitale ne sont pas pérennes, mais l'insuffisance des ressources hydriques régionales exclut toute réserve d'eau d'une année sur l'autre. Une seule année déficitaire peut même entraîner l'arrêt de tout le système d'eau municipale et plonger la ville dans une situation désastreuse, comme en 1987 et 1993, où il fut même question d'évacuer une partie des chennaiites. Le Telugu Ganga devrait également considérablement allonger le calendrier pluvial et amoindrir le risque de sécheresse. Conformément à l'écoulement de la Krishna en effet, les réservoirs d'alimentation de la capitale seront remplis de juillet à octobre et de janvier à avril. La période sèche (mars à mai) très problématique par sa durée et son intensité sera ainsi restreinte et la mousson du sud-ouest "intensifiée".

Véritable enjeu pour Chennai et sa région, le projet de la Krishna n'a pourtant été lancé qu'en 1983, après des années d'âpres négociations. Le retour du Congrès sur le devant de la scène politique tamoule pourrait bien être l'événement responsable de la mise en route de cet ouvrage. C'est en effet sur l'initiative d'Indira Gandhi, alors Premier Ministre de l'Inde que les trois Etats donateurs (Maharashtra, Karnataka, Andhra Pradesh) s'accordent en 1976 pour acheminer l'eau de la Krishna (400 mlj par état) jusqu'à Chennai et qu'il commence lorsqu'elle retrouve son poste dans les années 80. Cette période correspond également à un flottement de la politique tamoule, puis au renversement du "dravidianisme" classique22, avec Jayalalitha Jayaram (A.D.M.K), femme d'origine brahmane, élue au poste de 1er Ministre du Tamil Nadu et donc au retour du congrès sur la scène politique, synonyme d'une intervention étatique et centralisée renforcée. Les trois dates clé du Telugu Ganga (entente entre les 3 Etats donateurs en 1976 - signature du projet en 1983 - inauguration en 1996) soulignent ces imbrications "gé-eau-politiques" exacerbées par un contexte de pénurie d'eau potable.

Dans ce contexte se dessine également la nouvelle politique régionale de l'eau, en accord avec le Centre, dont les mots d'ordre sont, priorité accordée à l'eau potable, avec néanmoins des moyens financiers bien insuffisants, modification des modes de gestion centralisés, régionalisation des ressources hydriques, redéfinition du rôle des états et des différents acteurs en présence. Selon le Ministère du développement urbain, l'eau dans les villes aurait en fait nécessité € 5.49 milliards, soit 4 fois plus d'investissements qu'au cours du 8ème plan quinquennal. Or, l'allocation du 9ème Plan (1997-2001) pour ce secteur a seulement atteint 2.57 milliards d'euros, comblant à peine la moitié des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de la Politique Nationale de l'eau23. Malgré l'assistance extérieure (Banque Mondiale - Overseas Economic Development Fund of Japan surtout), les villes ont dû faire appel à d'autres modes de financement. Grâce au 74ème amendement à la Constitution indienne (1992), la responsabilité des autorités locales (municipalités, Corporations, Panchayats) a par ailleurs été accentuée, mais pas les moyens de l'assumer. Les états, chargés constitutionnellement de l'eau, doivent renforcer le pouvoir des élus municipaux et aider à équilibrer les finances municipales. L'objectif est en quelque sorte d'inverser la méthode de planification24 qui doit partir des municipalités pour remonter vers les états et ensuite vers le Gouvernement Central25.

D'un côté, on s'oriente vers une municipalisation de l'eau potable et un partenariat public/privé, de l'autre, vers une régionalisation, voire une nationalisation des ressources hydriques et un sens différent donné aux grands systèmes régionaux. Il y a dorénavant "dissociation entre la distribution (municipalité/état) et la gestion de l'eau (Bassin/Centre, dans le sens de gouvernement central)"26. Le bassin est désormais retenu comme échelle régionale et un bilan hydrique (balance entre potentiel et besoins en eau) est estimé pour chaque unité hydrologique naturelle ainsi définie. Dans le cas du Tamil Nadu, particulièrement affecté par le manque d'eau, la planification régionale est effectivement devenue une condition sine qua non de gestion de la rareté. Il fut d'ailleurs le premier état de l'Inde à élaborer (juillet 1994) une politique étatique de l'eau. Depuis 1995, le Tamil Nadu est en effet décomposé en 17 bassins hydrologiques, regroupés en 4 régions. Cependant, les frontières régionales ne correspondent plus aux limites administratives ou politiques étatique. Cette différence est capitale puisque le niveau de pouvoir n'est pas le même, ce qui peut bien sûr générer divers conflits d'intérêts (Bassins/états/Municipalités) que soulignent notamment les disputes à propos de l'eau de la Krishna27. La métropole se retrouve donc au cœur de conflits inter étatiques et l'on peut se demander si les 1200 mlj d'eau de la Krishna alloués dés 1976 ne seront pas avec le temps soumis à controverses, surtout que l'écoulement du fleuve aurait été surestimé et que les futures projets de développement dépasseront largement la capacité de la Krishna. En 1999, le Karnataka fit par ailleurs savoir qu'il reconsidérerait ses 400 mlj en faveur de Chennai si le Tamil Nadu ne stoppait pas ses objections concernant la Cauvery28.

La métropole tamoule s'alimente désormais dans trois Bassins hydrologiques - celui de Chennai (le plus gros consommateur tamoul d'eau domestique après le Bassin de la Cauvery), celui de la Palar et depuis 1996-97 celui de la Krishna, soit dans les états du Tamil Nadu et de l'Andhra Pradesh. Si une priorité de facto est accordée à la capitale, la planification hydraulique sensée homogénéiser les ressources régionales se soldera par un échec, puisque par définition tous les besoins du Bassin doivent être considérés. Dans cette logique, le Bassin aura sans doute tendance en période de sècheresse à privilégier ses propres exigences hydriques. La diminution des transferts de la Palar en direction du Bassin de Chennai semble d'ailleurs conforter cette hypothèse. Pour l'alimentation et l'évacuation de l'eau potable, la capitale dépend désormais du TWAD (Tamil Nadu water and drainage board) ou de la Métro29 (CWSS - organe de gestion municipale) dans la ville principale, du gouvernement du Tamil Nadu (Water Ressources Organisation) pour les réserves hydriques, mais du Centre pour les conflits entre les états (Ministère des ressources en eau) et donc pour l'eau de la Krishna. Si la Métro souhaite détourner l'eau des lacs avoisinants en cas de sécheresses prolongée, elle doit au préalable obtenir l'aval du Tamil Nadu, comme en 2001. Concernant le projet de la Krishna, comme tous les investissements supérieurs à 2.19 millions d'euros, le Tamil Nadu a par ailleurs du obtenir l'approbation du CPHEEO (Central Public Health and Environmental Engineering Organisation). Le Telugu Ganga devrait de fait nécessiter plus de € 0.29 milliards, subventionnés par la Banque mondiale, diverses agences internationales, le gouvernement du Tamil Nadu, celui de l'Andhra Pradesh, ainsi que les organismes locaux et en particulier la Métro.

Loin d'apporter une solution à court terme, ce vaste projet semble au contraire avoir intensifié les problèmes et les maladies hydriques. De quoi raviver en somme la controverse des grands aménagements hydrauliques jugés trop déstabilisants et dénoncer la primauté des nouvelles infrastructures par rapport à la maintenance de l'existant.

L'heure de la désillusion

Si l'eau de la Krishna innerve progressivement la capitale officiellement, la nuance n'est pas neutre, depuis 1996, la réalité reste cependant bien éloignée de ce que certains ont appelé le miracle de la Métro30. Non seulement cet apport d'eau supplémentaire ne permettra aucunement d'étancher sa soif d'eau, mais il a par ailleurs plongé la métropole dans une véritable déstabilisation "gé-eau-pathologigue". Espérons néanmoins qu'il s'agisse de simples dysfonctionnements liés à une hydraulique en transition.

Globalement, ce vaste aménagement nécessite deux types de réalisations : les améliorations visant à acheminer l'eau de la Krishna en Andhra Pradesh et au Tamil Nadu jusqu'aux réservoirs terminaux, puis le schéma de transmission et de distribution qui se déroule quant à lui en deux étapes principales. La 1ère a permis de fournir journellement 400 millions de litres d'eau, la seconde permettra d'amener 530 mld supplémentaires en 2011. Les années 90 correspondent donc sommairement à la concrétisation du Telugu Ganga I (1ère phase) et aux travaux visant à accroître les ressources régionales mobilisables.

Le projet de la Krishna aura cependant nécessité plus d'½ siècle, anéantissant ainsi l'espoir de combler le manque d'eau de l'agglomération assoiffée, pire l'écart entre les utilisations et la disponibilité réelle ne cesse de croître. De fait, seuls 60 % de ses besoins hydriques seront couverts en 2021 et essentiellement ceux de la ville principale (Tableau 1). A cours ou moyen terme, certaines stratégies (gestion intégrée de l'eau - recyclage des eaux usées - désalinisation de l'eau de mer - stockage des pluies) permettront seulement d'obtenir quelques millions de litres complémentaires. D'autres réalisations majeures, comme le projet Veeranam (acheminement de l'eau sur 220 km) ou encore la connexion des rivières péninsulaires31 sont aujourd'hui à l'étude ou dans la mouvance politique, mais n'apporteraient aucune solution immédiate à l'actuelle crise hydrique chennaiite.

Dans cette quête de l'eau, la plus grosse erreur n'est-elle pas en fait d'avoir considéré les problèmes hydriques de façon statique et unilatéralement, en oubliant qu'une eau de mauvaise qualité est tout aussi préjudiciable sinon plus. Pour certains, la détérioration hydrique pourrait même précipiter la crise mondiale de l'eau32. La contamination des aquifères constitue désormais un véritable défi dans nombre de villes en développement. En Inde, presque 44 millions de personnes (soit, environ la moitié de la population) souffriraient de pollution hydrique33. Le phénomène n'est certes pas unique, mais particulièrement intense à Chennai au cours de la décennie 9034 et dangereux surtout pour une zone fortement consommatrice en eau souterraine.

Les gastro-entérites infectieuses constituent le signe pathologique le plus significatif de cette dégradation environnementale. Les années 90 sont de fait marquées par une morbidité diarrhéique sans précédent et par une aggravation des épidémies de choléra, comme des diarrhées aiguës (Tableau 2). Selon Vasudha, l'absorption d'eau contaminée serait même devenue la principale cause de morbidité35. Il est alors tentant d'assimiler la reviviscence36 particulière des maladies nées de l'eau contaminée aux répercussions occasionnées par une hydraulique en transition. Difficile en effet de ne pas souligner la concordance des évènements. En octobre 92, la métropole est touchée par la 1ère manifestation épidémique de choléra 0139 qui affecte une population non immune durant presque 21 mois. Les années 96-97 enregistrent une morbidité diarrhéique excessive et des pics de leptospirose37 que les pluies excessives ne suffisent guère à expliquer. Quand à la dengue, elle s'est intensifiée en 2001, parallèlement à l'accroissement du stockage de l'eau potable dans des réservoirs non fermés, véritables terrains de prédilection pour la reproduction des moustiques, vecteur de cette maladie. Fait révélateur, ces trois pics successifs suivent les principales phases du Telugu Ganga, soit la préparation de la métropole à la réception de la nouvelle ressource, son arrivée proprement dite et l'émergence d'une nouvelle hydraulique urbaine (Fig. 2).

Les 1er cas de choléra O139 ont de fait émergé en pleine période de travaux sur le cours de la Korttalaiyar, surtout destinés à renflouer la paléorivière38, largement mise à contribution dans l'alimentation de l'agglomération chennaiite22. De même, le pic de gastro-entérites de 96-97 semble entourer l'arrivée de l'eau de la Krishna. Son irruption dans un contexte plus pluvieux aurait en somme aggravé une situation déjà bien précaire. A y regarder de plus près, les quantités d'eau distribuées ont certes été augmentées dés octobre 96, mais Chennai n'a en fait reçu l'eau de la Krishna qu'à partir de juillet 97. Si le Telugu Ganga I a bien été inauguré dés juin 96, un mois après le retour du DMK et de M. Karunanidhi au poste de 1er Ministre du Tamil Nadu, le transfert fut cependant immédiatement interrompu en raison de pertes trop importantes39. De même, Chennai n'a pas reçu d'eau de la Krishna, au moment des élections municipales d'octobre 96, mais a tout simplement bénéficié de pluies de mousson précoces. Le système, incapable de gérer la dotation journalière supplémentaire, a alors été complètement dépassé. Non seulement, certaines zones autrefois bien alimentées ont alors été privées d'alimentation, malgré des réservoirs pleins en amont, mais les contaminations de l'eau municipale ont également été diffusées. Globalement, l'alimentation est même devenue plus erratique, faute d'une pression suffisante, d'une extension importante du réseau et d'une multiplication des connexions à la Métro. Parallèlement à l'apport d'eau supplémentaire, les fuites d'eau se sont accrues, au même titre que les infiltrations d'eaux usées. La Métro aurait donc du auparavant consolider le double réseau intermédiaire (alimentation - évacuation), à l'origine de la détérioration qualitative et quantitative de l'eau municipale. La "capacité d'assimilation" de la métropole a ensuite été complètement dépassée fin 97, sous l'effet combiné des pluies et de l'irruption de l'eau de la Krishna, à tel point que les médias parlent même de chaos40. Difficile cependant de décaler le transfert de la nouvelle ressource, en raison des comptes à rendre aux bayeurs de fonds, comme à la société elle-même, mais surtout politiquement moins attractif. Parallèlement à l'accroissement de l'eau distribuée, il aurait fallu pratiquer le traitement à tire préventif et non pas une fois la contamination décelée. L'excès de chlore étant cancérigène par accumulation, la Métro a longtemps refusé de renforcer le traitement. De même, les réservoirs de stockage ne sont pas nettoyés régulièrement et l'addition de chlore reste une pratique peu courante.

Si la dotation domestique journalière atteint officiellement les 103 lpcj (2002), la quête de l'eau reste malheureusement la dure réalité quotidienne de nombreux chennaiites. Des progrès considérables ont bien été réalisés à tous les niveaux de la gestion (amenée - stockage - traitement - distribution - évacuation), malgré tout, les efforts ont essentiellement concerné la distribution hydrique moderne. Or, plus de 55 % de la population utilisent exclusivement le puits ou la pompe manuelle, d'avantage encore en été41 et surtout depuis l'arrivée de l'eau de la Krishna. D'un côté, la dotation domestique a augmenté pour ceux qui étaient bien desservis et avec elle, la consommation hydrique et le stockage, seul capable de pallier les intermittences de la desserte. A l'opposé, les problèmes d'eau se sont intensifiés pour la majorité des habitants et en particulier pour les plus défavorisés. Non seulement certaines rues autrefois bien alimentées ne reçoivent plus d'eau, mais la Métro n'affrète plus de camions citernes dans les aires raccordées au réseau municipal. Quant aux ressources souterraines surexploitées, elles ne peuvent plus assouvir les besoins minimaux. Dans cette phase transitoire, l'eau municipale largement subventionnée, alimente avant tout les ménages les mieux raccordés à la Métro, en un mot les plus aisés, ceux qui ont également pu investir dans des stratégies de stockage ou qui en cas de besoin paient l'eau privée moins cher en se faisant livrer des volumes plus importants ou achètent des jerricans et des bouteilles d'eau. Peu de chennaiites peuvent en effet débourser d'avantage pour un litre d'eau (0.24 €) que pour un litre de lait (0.20 €).

En somme, les mesures mises en place concernent peu les pauvres rarement connectés au réseau, pire ils paient souvent très chère une eau de mauvaise qualité, surtout en période sèche. On pourrait certes en dire autant de nombreuses villes en développement ou comme à Lima, le coût de revient de l'eau pour une famille pauvre est 20 fois supérieur à ce que dépense une famille de classe moyenne42. Dans le cas de Chennai, nous touchons cependant le cœur du malaise, puisque le problème de ceux n'ayant que faiblement accès aux infrastructures de base ne sera traité que fin 90. Or, les économiquement faibles représentent 60 % des chennaiites43 et 40 % résident dans des slums répertoriés. Une fois de plus, le fonctionnement de la société impliquée a été oublié, tout comme les nouvelles exigences sanitaires, environnementales et sociales. Même si le Telugu Ganga I a accru le mal développement par des effets délétères et introduit de nouvelles tendances hydrauliques épidémiologiquement non neutres, peut-être est-il malgré tout exagéré de parler de véritable fiasco, surtout au regard de la voie particulière dans laquelle Chennai s'est engagée.

Un échec relatif ?

Reflet des erreurs commises dans nombre de pays pauvres, comme des problèmes contemporains en matière d'eau potable, Chennai démontre en fait qu'il est impossible d'intervenir rapidement même avec le soutien de la Banque mondiale. Au delà, elle pose clairement la question du prix du développement trop exorbitant pour les municipalités et du rôle joué par le secteur privé. A ce titre, nous verrons que la capitale tamoule a emprunté une voie originale. Peut-être est-il en définitive plus facile d'agir dans le cadre d'un projet fédérateur, comme le Telugu Ganga qui implique un certain nombre de restructurations et coordonne les différents niveaux d'actions ?

Malgré l'arrivée de l'eau de la Krishna, Chennai se trouve toujours parmi les zones "à risque de pénurie absolue d'eau", soit inférieure à 500m3/hab/an44 et la dotation domestique journalière (110 lppj) reste bien éloignée de la consommation moyenne des villes en développement (190 lppj). Les progrès sont néanmoins notables à tous les niveaux de l'alimentation et de l'évacuation. La Métro a de fait dû simultanément remplacer les canalisations trop anciennes, restructurer et étendre le double réseau à toute la ville principale. Aujourd'hui, la capitale serait même dotée d'un réseau complet et l'eau municipale quadrillerait 98 % de sa superficie45, contre 86 % à Delhi et 66 % à Calcutta46. Même si les chiffres officiels voilent une réalité contrastée et excluent tout simplement certains interstices (bidonvilles - dépressions), la Métro est désormais félicitée pour ses efforts en matières d'économies d'eau. N'oublions pas en effet que les fuites représentaient en 1991, plus de 35 % de l'eau distribuée. Elle a par ailleurs développé diverses stratégies hydrauliques à plusieurs échelles et a ainsi dégagé des surplus d'eau exploitables par le secteur privé.

Des barrages ont récemment été construits le long de la Korttalaiyar, le principal fleuve régional approvisionnant Chennai, afin de recharger les aquifères septentrionaux et tenter de canaliser les pluies souvent synonymes d'inondations catastrophiques. Depuis 1994, une gestion intégrée des eaux souterraines et de surface permet d'acheminer 20 millions de litres supplémentaires. Il s'agit d'utiliser aussi rapidement que possible les eaux de surface, afin de réduire au maximum les pertes par évaporation. Ainsi, la desserte municipale dépend de janvier à juin exclusivement des lacs d'alimentation et aucune réserve souterraine ne doit être exploitée durant cette période. Au cours des 6 mois suivants, les aquifères satisfont 50% des besoins (domestiques et industriels) et les eaux de surface le reste. Ce concept devrait permettre de renflouer l'eau de la paléorivère indispensable en année de sécheresse, mais également de sauver l'aquifère Minjur localisé à 9 km de la côte. Suite à un pompage excessif, celui-ci diminua dangereusement dans les années 60, pour rejoindre un niveau inférieur à celui de la mer et entraîner ainsi l'intrusion d'eau salée. L'interface eau saline/eau fraîche qui atteignait alors 2.4 km de la côte à 60 mètres de profondeur, progressa de 150 mètres en quelques mois et l'eau souterraine devint très salée. La conductivité électrique (55000 micromhos/cm) et le niveau de chlorure (20000 ppm) correspondaient en effet aux valeurs de l'eau de mer. En 1994, l'eau océanique avait progressé jusqu'à 9 km de la côte, voire 10.5 km. On tente aujourd'hui de stopper l'avancée de l'eau de mer, en injectant de l'eau par une série de puits situés à 6.5 km parallèlement à la côte. Le "Chennai Metropolitan Area Ground Water Regulation Act" contrôle également depuis 198747, l'extraction, l'exploitation et le transport de l'eau souterraine au sein de la ville principale, ainsi que dans 243 villages avoisinants. Afin de dégager des surplus  d'eau potable, deux usines de recyclage des eaux usées ont été construites dans le nord de Chennai et certaines industries fortement consommatrices en eau (Chennai fertilisers - Chennai refineries) exploitent désormais ces eaux recyclées. D'autres solutions, comme la désalinisation de l'eau et l'exploitation des pluies d'abord abandonnées car trop onéreuses, sont aujourd'hui développées. Depuis 1996, plusieurs usines de désalinisation ont ainsi été construites dans certaines zones défavorisées (Nochikuppam, Velachery, Kasimedu) et des mesures d'utilisation de l'eau de pluie instaurées suite à la sécheresse de 1993, avec l'aide d'associations ou d'ONG (Alacrity notamment). Quant aux multiples "temple tanks"48, ils sont en cours de rénovation afin notamment de rétablir l'équilibre eau de surface/aquifères. Grâce à tous ces aménagements, 960 voire 1627 mlj pourraient encore être prélevés à la paléorivière et Chennai serait bien sûr la première bénéficiaire de ces ressources de proximité.

La métropole s'est donc orientée vers une gestion de l'eau beaucoup plus intégrée. Les politiques hydrauliques auraient de fait été particulièrement inadaptées si l'on avait continué de traiter les problèmes d'eau indépendamment les uns des autres et l'environnement49 comme une variable indépendante. Point crucial et exceptionnel en Inde, l'agence municipale est devenue financièrement plus autonome, grâce à une restructuration de son budget et le développement d'un partenariat public/privé. Avec le Telugu Ganga et les alternatives à court terme qui se mettent parallèlement en place50, l'eau délivrée aux consommateurs coûte désormais 0.33 euros le m3 (M.I.D.S. 2002), soit 4 fois plus qu'en 1991 (0.08 € le m3 selon Srinivasan). Or, le prix moyen de l'eau au m3, même s'il a augmenté reste bas et les arriérés de la CMWSSB ne diminuent que progressivement. A partir de fin 98, l'agence a certes modifié sa structure tarifaire et adopté une tarification progressive51, cependant l'eau domestique est seulement facturée 35 cents le m3, au lieu de 26 cents en 1991. L'Inde possède d'ailleurs les plus bas tarifs du monde (22 cents par m3), comparativement à la moyenne mondiale d'environ 1 dollar par m352. En 1998-99, si le total des arriérés dépasse les 9.4 millions d'euros, la consommation facturée atteint néanmoins les 28.52 millions d'euros. On obtient donc un ratio d'exploitation53 proche de 0.26 (0.94 en 97), ce qui signifie que le coût de la distribution de l'eau est pratiquement amorti. Comparativement à Mumbai (1.08), Delhi (1.48), mais surtout Calcutta (5.25)54, il est extrêmement bas et diminue même progressivement. Non seulement les ventes d'eau rapportent plus, grâce notamment à une meilleure facturation et à une diminution des fuites, mais les frais d'entretien et la restructuration du personnel ont également fortement réduit les dépenses. La création d'un fonds spécial sécheresse a même permis d'anticiper et de financer l'accident climatique de 99 au lieu d'avoir recours à des subventions gouvernementales. L'introduction du secteur privé a par ailleurs permis d'économiser presque 0.65 millions d'euros. Les finances de la Métro se sont donc améliorées, ainsi que la dépendance aux prêts ou aux subventions de l'état.

Sur Chennai, la privatisation de l'eau prend la forme de sous-traitance (stations de pompage et de traitement des eaux, gérées par des entrepreneurs locaux), d'accords avec des revendeurs d'eau privés, de Joint Venture (installation d'une entreprise d'eau minérale en 1999 au sein de la station d'eau potable municipale). Tout un marché privé parallèle (compagnies de vente d'eau par camions citernes, en bouteilles ou en jarres) s'est également développé, à tel point qu'aujourd'hui presque 40 % de la fourniture d'eau relèveraient du secteur privé.

En adoptant une gestion plus décentralisée de l'eau potable, la Métro a ainsi amélioré la qualité de son service. En définitive, n'est-ce pas ici que se situe le véritable changement de la capitale ? Selon Asit K. Biswas, les pratiques en matière de gestion de l'eau changeront d'ailleurs plus au cours des 20 prochaines années qu'elles ne l'ont fait en 2000 ans55. Même si les "Water scenarios are city-dependant"56, il est certainement plus facile de réformer le secteur de l'eau dans les zones sujettes aux pénuries, puisque la société est habituée à payer l'eau aux travers de stratégies hydrauliques onéreuses et à s'adapter. Il n'est d'ailleurs pas certain que les chennaiites paient désormais l'eau beaucoup plus chère qu'en période de sécheresse exacerbée.

Conclusion : Une voie intermédiaire

N'a-t-il pas fallu aux pays développés plusieurs siècles pour satisfaire les besoins de ses habitants, améliorer la qualité de l'eau distribuée et développer une gestion hydrique plus intégrée. Chennai vient incontestablement de tourner une page de son histoire hydraulique. La leçon de la décennie passée n'est-elle en fait qu'il faut impérativement tenir compte de la "temporalité alternative", surtout dans le cas de projets à long terme, accentuer la "protection" de la ressource souterraine, indispensable à la survie des chennaiites et trouver des solutions immédiates pour les pauvres. Le Telugu Ganga aura au moins permis de restructurer le secteur de l'eau potable, voire impulsé une nouvelle dynamique "gé-eau-pathologique", que l'agglomération doit impérativement intégrer. Nous sommes déjà bien loin en effet des simples contreparties pathogènes d'une hydraulique en transition, comme le souligne l'installation progressive du choléra O13957.

Mondialisée par sa création (comptoir colonial) et sa gestion (financement de la Banque Mondiale - appel aux capitaux étrangers), Chennai reste malgré tout la plus provinciale des métropoles indiennes. Elle fait plus que jamais figure de capitale "intermédiaire", pas seulement au regard de sa population, mais également du secteur de l'eau potable. Alors que Calcutta développe un service public à l'indienne, Mumbai s'intéresse aux grandes compagnies privées internationales, tandis que Chennai développe diverses stratégies locales publiques/privées. Une voie originale, surtout que globalement, l'Inde reste réticente au partenariat public/privé58. Les réseaux urbains de distribution d'eau les plus efficaces du monde, ceux de Singapour et de Tokyo ne relèvent-ils pas en effet du secteur public, contrecarrant ainsi l'idée que la situation ne peut s'améliorer qu'avec la privatisation.

 

1 L'objectif ambitieux de la DIEPA (desservir 100 % de la population en eau potable) a dû être revu à la baisse en 1985 (88 % pour les zones urbaines et 77 % pour les zones rurales) et n'a toujours pas été atteint. In Zérah M. H., 1999, L'accès à l'eau dans les villes indiennes, Anthropos, p. 14.

2 Plus d'un milliard de personnes n'a toujours pas accès à l'eau potable et 3 milliards (soit, la ½ des habitants de la terre) n'ont pas d'assainissement, in Brooks David B., 2002, L'eau : gérer localement, CRDA.

3 Ramesh R, 1999, Groundwater quality management : pollution perspectives, IAHS Publication n° 259, p. 47-55. Le fait nouveau dans l'actuelle crise de l'eau potable, c'est son intensité et son double aspect pénurie/pollution hydrique exacerbées. La qualité et l'approvisionnement de l'eau sont pourtant au coeur du développement durable (Agenda 21).

4 Handschumacher P. propose de les regrouper sous l'appellation de "pathologies hydriques" et d'exclure les maladies vectorielles. In Chavent N., Géographie de la santé d'un petit espace rural dense et Système d'information géographique : le cas de la zone d'étude de Niakhar (sénégal), 2001-2002, p. 60.

5 Monjour Loïc, Désinfection et chloration de l'eau dans les pays du Tiers Monde, 2002.

6 Du plus au moins public, on distingue selon Baudru D. et Maris B., quatre modèles de gestion de l'eau : "français", "américain", "anglais" et "chilien". In Le Monde Diplomatique, La ruée vers l'eau, Manière de voir 65, septembre-octobre 2002, p. 78.

7 Jarmo J. Hukka, PPP : technical challenges and opportunities, Opportunities and challenges facing public-private partnerships in the provision of water supply and sanitation in developing areas, Mansfield College, Oxford, 10-11 july 2000. Selon l'auteur, le terme de privatisation s'applique dans le cas de privatisation complete, sinon il vaut mieux utiliser la notion de partenariat public-privé.

8 Savedoff W., Spiller P., 1999, Spilled water. Institutionnal Commitment in the Provision of water services, Washington D. C. Interamerican Development Bank (IDB).

9 Voir Poupeau F., La guerre de l'eau, Agone n° 26-27, 2002. Le blocage de la ville par la population a contraint le gouvernement à résilier le contrat et donc à déprivatiser la distribution de l'eau.

10 Di Méo, La Chine ou le Malaise en périphérie, 1998.

11 En 1996, le Conseil mondial de l'eau (CME), une organisation privée soutenue par la Banque mondiale, a pour mission de définir une "vision mondiale de l'eau" à long terme, devant servir de base à la "politique mondiale de l'eau". A ce titre, se déroule tous les trois ans, un Forum mondial de l'eau.

12 Autrefois baptisée Madras.

13 Bien que conçu en 1881 par Col Ely, ingénieur de la Présidence de Madras, il ne fut sérieusement envisagé qu'entre 1947-53.

14 Brooks David D., 2002, op. cité.

15 A Chennai, il est décentralisé car impulsé par la municipalité.

16 In UNICEF, Sustainable fresh water supply for Madras city, India, 1997, p. 1.

17 Ruet J., L'Inde réinvente l'économie mixte, in Sociétal n°38, Repères et tendances, 2001.

18 Estimés à 1074 mld en 1991, ils auraient même atteint les 1418 mld en 2001. In MMDA : Master Plan for water supply, Madras water supply and sanitation project, Volume I, Tata Consulting Engineers, Sept. 1991.

19 Brooks David D., 2002, op. cité.

20 On ne cherchera en effet à stocker et réguler au maximum les pluies de mousson qu'à la fin des années 90, après avoir subi plusieurs inondations catastrophiques, amplifiées par l'arrivée de l'eau de la Krishna.

21 Dans ce système mis en place par le travail millénaire des hommes, l'eau des rivières, une fois détournée par des aneikat (longues digues barrant le lit sableux des cours d'eau), puis déversée dans des canaux latéraux est ensuite stockée dans divers tanks (réservoirs).

22 Par opposition à la culture indienne du nord et à la proclamation de l'Hindi comme langue nationale. Le mouvement nationaliste dravidien, le DMK (Drâvida Munnetra Kazhagam), créé en 1947, devint très puissant dans le Tamil Nadu à partir de 1967. En un mot, il prône une culture dravidienne originale et anti-brahmane

23 En 1987, le Ministère des ressources hydriques a en effet défini une politique nationale de l'eau qui affirme la priorité de l'approvisionnement hydrique notamment pour les besoins domestiques. « La fourniture d'eau potable devrait être une considération de première importance... De l'eau potable adéquat devrait être fournie à toute la population à la fois dans les zones urbaines et dans les zones rurales d'ici 1991 » (GOI, 1987), in National Water Master Plans for Developing Countries, Water Resources Managment Series, Delhi, 1997, p. 142-181.

24 La gestion de l'eau est en Inde très hiérarchisée : le Gouvernement central définit la politique et mobilise le financement, les états planifient, élaborent les projets et construisent les installations, les Collectivités locales sont chargées de l'exploitation et de la maintenance, sauf dans le cas de certains organismes locaux (Boards notamment) qui s'occupent également de la distribution de l'eau et de l'assainissement. Voir à ce sujet : Coing H., Montano I, La gestion de l'eau dans le Tiers Monde, In Les Annales de la recherche urbaine n°30, 1986, p. 38.

25 Zehra M. H., 1999, op. Cité.

26 Coing H., Montano I., 1986, op. cité.

27 Les conflits autour du partage de l'eau de la Krishna proviennent globalement de la réorganisation du territoire sur une base linguistique en 1953, d'une répartition par Etat supérieure au débit de la rivière en l'absence de données adéquates sur une longue période et enfin d'une consommation d'eau trop excessive. Le Maharashtra et le Karnataka réclament respectivement 828.3 Thousand million cubic feet et 1432.42 TMCF pour leurs divers projets de développement (en cours ou futurs), l'Andhra Pradesh 2 008.1 TMCF. La quantité nécessaire atteint donc 4 269.3 TMCF, soit plus du double du débit total de la Krishna évalué en 1984, à 2051 TMCF (à 75 % de dépendance).

28 The Hindu, 18-2-99.

29 Cette agence publique est responsable pour la ville de Chennai de la planification, de la production, du traitement et de la distribution d'eau potable, mais également de l'évacuation et de la gestion des eaux usées, de l'entretien des équipements, du contrôle de la qualité de l'eau de consommation et depuis 1987 de l'exploitation de l'eau souterraine. Pour le reste de la métropole, le TWAD planifie et construit les réseaux d'alimentation et d'évacuation des eaux, tandis que les corps locaux (Townships - Village - Town Panchayats) gèrent et entretiennent les systèmes dans leurs zones.

30 Nair S. S., 2001, The Chennai experience in urban water harvesting, in Centre for Science and Environment, Making water everybody's business, p. 194-198.

31 Il s'agit de relier les différents fleuves - Mahanadhi, Godavari, Krishna, North Pennar, Palar, South Pennar, Cauvery, Vaigai, et Gundar - grâce à 15 canaux. La capacité hydroélectrique serait ainsi multipliée et les quantités d'eau rejetées à la mer restreintes (The Hindu, 20-3-2001). En dehors de son coût, ce projet nécessiterait également une coopération inter étatique plus effective.

32 Faruqui Naser I., Biswas Asit K., Bino Murad j., La gestion de l'eau et l'Islam, CRDI/Karthala, 2003.

33 Nigam et al., 1997, Freshwater for india's children and nature, UNICEF and WWF report.

34 Ramesh R ., 1999, op. cité.

35 Vasudha, 1996, Growth and spatial spread of residential areas in Madras metropolitan area and the emerging environmental health issues, Thesis, Department of geography, Madras University, p. 202.

36 Un terme employé par A. Vaguet pour exprimer le "renouveau" de certaines maladies, in Espace/populations/sociétés, Editorial, 2000-2.

37 Les leptospiroses sont des zoonoses cosmopolites affectant surtout les rongeurs (rats, campagnols), mais aussi d'autres animaux (porcs, bétails, chiens, chats). La contamination humaine peut être directe (morsure de rat) ou indirecte (baignade, consommation d'une eau souillée par les urines des animaux réservoirs).

38 Cette paléorivière très visible sur une image satellite (Ramasamy, 1990) correspond à l'ancien écoulement de la Palar et a été subdivisée en 6 aquifères distincts.

39 The Hindu, 04/07/98.

40 The Hindu, 29/11/97.

41 In Murugappa Chettiar Research Centre, 1997, Sustainable fresh water supply for Madras city, India, p. 13

42 Briscoe, J., 1993, When the cup is half full : improving water and sanitation services in the Developing World, in Environment, vol. 35, n° 4, p. 10.

43 MMDA, June 1994, Low cost sanitation programme for Madras City and Adjacent Urban Areas, Final report,p. 1-8.

44 Falkerman, 1986.

45 Il s'agit uniquement du taux de couverture de la ville principale, seule une infime partie de la banlieue étant connecté au tout à l'égout et au réseau d'eau potable.

46 Ruet J., Saravanan VS, Zérah M.H., The water and sanitation scenario in Indian Metropolitan cities : resources and management in Delhi, Calcutta, Chennai, Mumbai, Occasional Paper, CSH, 2002 (6).

47 Selon nos propres données récoltées auprès du Public Water Department (Chepauk) et de l'Institute of water studies (Taramani), le niveau des aquifères avaient en effet fortement régressé dans les zones d'alimentation de la capitale.

48 Bassins sacrés que l'on retrouve attenant à tous les temples de type drâvidien du sud de l'Inde et destinés aux ablutions des fidèles. Leur localisation n'est pas sans rappeler l'époque ancienne où Chennai n'était qu'un amoncellement de villages.

49 Chennai participe en effet au  "sustainable Cities programme" (SGP), dont le but est "to evolve urban environmental management strategies and identify projects for sustained urban development taking note of environment - development and development - environment interactions ". Cette nouvelle planification urbaine remplace en fait l'approche traditionnelle basée sur les "master plans". Sustainable Madras Project, Draft MEP/5-92.

50 A titre d'exemple, l'usine de désalinisation construite à Nochikuppam (sud-est de la ville près de Foreshore Estate) et inaugurée le 16-5-97 demanda presque 0.15 millions d'euros.

51 Le prix de l'eau municipale est en effet proportionnel à la consommation. Il faut cependant distinguer les ménages avec et sans compteur. Ceux avec compteur paient 0.05 € jusqu'à 10 m3, 0.22 € de 10 à 15 m3, 0.33 € de 15 à 25 m3 et 0.99 € au delà de 25 m; ceux sans compteur (soit, la majorité des chennaiites et en particulier les plus pauvres) dépendent d'un tarif unique (0.22 € + 20 % de charges).

52 Franceys, R., Public private community partnerships for the poor, PRINWASS, First Research Worshop : The economics of private sector participation in water and sanitation, january 16, 2002.

53 Il correspond aux dépenses d'exploitation et d'entretien divisées par le montant total de l'eau facturée.

54 Ruet J., Saravanan VS, Zérah M.H., 2002, op. cité

55 Entretien avec Biswas Asit K. et Murad J. Bino par Stephen Dale.

56 Depuis son émergence en 1992, cette nouvelle souche cholérique affecte régulièrement les chennaiites. Voir à ce sujet, la 3ème partie d'une publication en cours : Brisset S., Eau et santé à Chennai, Du trop peu au trop plein, Institut français de Pondichéry, (à paraître en anglais).

57 Ruet J., Saravanan VS, Zérah M.H., 2002

58 Franceys, R., 2002, op. cité.

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