COMPTE-RENDU DU DÉBAT

LES EAUX CONFLICTUELLES DU MOYEN ORIENT

avec

Georges MUTIN, Stéphane DE TAPIA, François MANCEBO, François BOËDEC

Marie-Claire DOCHEZ

Lycée Jean Jaurès Reims

Cette région est une région où les conflits sont très violents.C'est une région de très grande aridité avec en plus une très grande irrégularité dans la répartition des pluies. Le sud d'Israël et la Mésopotamie reçoivent moins de 200mm d'eau par an; à l'inverse, il existe des châteaux d'eau. Avec plus de 1000M3 d'eau par habitant, on peut mobiliser de l'eau. En Israël,en Jordanie, il tombe 200mm, en Syrie, 500mm, mais au Liban,1200mm, en Irak aussi, en Turquie, plus de 3000mm, en France, aussi. IL faut aussi prendre en compte le facteur démographique:depuis 1947, la population a été multipliée par 6 en Israël, par 4 pour l'ensemble de la région.De gigantesques travaux d'aménagement ont été réalisés, dans lesquels l'agriculture occupe une part prédominante. Le problème de l'irrigation est fondamental: même si la population urbaine augmente, l'eau pour cette population ne représente que 10 à 15% du total. Et si la fécondité a beaucoup diminué, la part des jeunes adultes demeure importante.Par ailleurs, la pluspart des états de la région sont dans une situation de dépendance: ça tient à la longueur des cours-d'eau, aux découpages territoriaux. Même les petits fleuves côtiers sont partagés entre plusieurs états: l'Oronte entre 3 pays, le Jourdain entre 4 pays et les territoires occupés.Enfin le droit international est balbutiant. Sur le partage des eaux courantes, des nappes phréatiques, il n'y a rien. Partout le fait accompli l'emporte sur la négociation.Il faut distinguer entre 2 situations différentes: entre le Tigre et l'Euphrate, les conflits sont inscrits dans le cadre de relations inter-étatiques, mais il y a toujours eu négociation, régulation.Dans les collines levantines, l'eau est rare, il n'y a pas de régulatio. Quelles sont les perspectives d'avenir?

S.A.Les tensions sont-elles nouvelles ou sont-elles le reflet de conflits antérieurs?

F.M.Je rappelle quelques faits factuels.La source de la Garonne est en Espagne et on ne dit pas que c'est une source externe pour la France. Quid des limites aquifères sous les territoites occupés? Il existe une proposition de pipe-line de la paix (la Syrie y est opposée). Le besoin en eau est élevé en Israël pour les villes côtières ; pour l'agriculture, il n'est pas si élevé que cela.

F.B.A propos du contentieux des sources du Jourdain( en Israël, au Liban,en Syrie avec le Golan), il ne s'agit pas seulement de pénurie d'eau.

G.M.Le plan Johnston de 1954 entre la Jordanie, les autres états arabes de la région et Israël a été accepté par les hydrauliciens, refusé par les politiques.

S de T.Le projet GAP(projet de l'Anatolie méridionale) ne s'est pas préoccupé des pays plus au sud: et l'Iran? Quid de l'Anatolie orientale?rien n'est prévu, or c'est la région du Kurdistan; environ 20 barrages sont prévus, le barrage Keban a été construit en 1976. Côté turc, c'est un rattrapage de ce qui n'a pas été fait depuis 1920 pour cette partie de l'état.La question du GAP est très complexe; il ne faut pas oublier le problème des 25 millions de Kurdes dont une grande est en Turquie; le GAP répond à des objectifs internes à la Turquie, il s'agit de "régler le problème kurde".

G.M.Les eaux du GAP seront perdues; or l'eau de l'Euphrate est la seule source d'eau pour la Syrie. La situation est différente pour l'Irak: cela fait 75 ans qu'il y a des aménagements iraniens pour les affluents de la rive gauche du Tigre,l'Euphrate est une voie d'évacuation. Les grands travaux en Irak ,par exemple du côté de Bagdad, sont liés à l'irrégularité des affluents: il y a interconnexion entre les eaux du Tigre et de l'Euphrate, le canal Thartar-Euphrate, un canal d'évacuation des eaux usées de Bagdad à la mer.

F.M. Il y a 3 problèmes:celui de la source du Jourdain, celui de la vallée du Jourdain, celui des territoires occupés.Le patriarche maronite pour la France, les organisations juives pour la Grande-Bretagne ont fait pression pour la définition des frontières dans cette région.

F.B.La guerre de 1967 et les conflits antérieurs n'ont pas été seulement des conflirs pour l'eau; idem pour l'occupation du sud du Liban par Israël L'eau ne sera pas un obstacle à la paix, elle peut être un arguement de guerre, un instrument de frustration qui se joiun à d'autres problèmes.

F.M.Le conflit au Proche-Orient est bien antérieur au problème de l'eau par exemple la Syrie n'a pas besoin du Golan pour son approvisionnement en eau. Le bloquage ne vient pas de ce fait; les Israéliens aussi sont rationnés en eau, pas seulement les Palestiniens.L'eau peut être un instrument de guerre, mais c'est parce qu'il y a conflit qu'elle est instrumentalisée.

G.M.Je suis pessimiste pour les années à venir car les besoins en eau vont augmenter en Israël et dans les territoires occupés.Dans 25 ans, il y aura 20 millions d'habitants ici; aucun projet commun n'a été réalisé depuis 20 ans. Les transferts en eau sont possibles pour l'alimentation des villes, mais pas pour l'agricultur; or : c'est 65% de la consommation d'eau.

S.de T. En Turquie il y avait 13 millions d'habitants en 1920, il y en a 76 aujourd'hui.Comment donner de l'eau à une population toujours plus nombreuse?Il n'y a pas de conflit sur l'eau, mais il y a beaucoup de prétextes de conflit sur lesquels l'eau peut se rajouter.

F.B.Tant que la volonté de paix n'est pas là, tant qu'il y a enlisement, on peut être inquiet.

G.M.Quel est le bilan de l'eau en Israël? La consommation moyenne annuelle est de 1,9 à 2 milliards de M3; ce n'est pas excessif! cela équivaut à 370M3/an /hab.En France, on consomme 676M3/ an/ hab., aux Etats-Unis, 1716M3/ an/ hab.,en Italie,974M3/ an /hab.Le bilan des ressources disponibles est de 1,8 milliard de M3 (c'est insuffisant); les ressources renouvables représentent 1,4 milliard de M3, dont 1/3 en eaux de surface, 2/3 pour les eaux souterraines. Les eaux non conventionnelles, ce sont des eaux retraitées, 220 millions de M3, des eaux saumâtres pour 145 millions de M3. Les besoins d'Israël sont assurés pour les 2/3 par des ressources provenant de l'extérieur des frontières de 1948.

Au sujet de l'eau et des Palestiniens, il y a plusieurs points de vue,déjà juridique. Dans les territoires occupés, Israël impose sa législation: l'eau de la Cisjordanie est considérée comme propriété d'état par Israël, les 2/3 des Palestiniens en Cisjordanie n'ont qu'1/4 de l'aquifère.Pour Israël, la nappe de Cisjordanie, c'est 1/4 de la consommation.Il y a aussi le problème des vannes, celui de la pollution; à Gaza, l'eau est devenue impropre. Au total, le rapport est de 1 à 5 entre Palestiniens et Israéliens.

S.de T. Les conflits sur l'eau ne se déclinent pas qu'au niveau géopolitique; ily a aussi des conflits locaux qui se développent , exemple en Anatolie méridionale. Il y a des problèmes de réforme agraire, de remembrement car la population a beaucoup augmenté: en 20 ans, la population de Diyarbakir, Gazientep est passée de 100 à 700-900 000 habitants. L'exode peut se développer vers l'ouest. Le débat se déplace vers le développement durable, l'écologie.

F.B. On perd du temps, il faudra bien qu'il y ait un état palestinien. Il faut renouer la confiance, mais il n'y a pas d'acte politique posé pour renouer la confiance. C'est une question politique et non pas technique.

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