POURQUOI ET COMMENT ENSEIGNER LA GEOGRAPHIE DE L'EAU ?


COMPTE-RENDU DE Catherine DIDIER-FEVRE,

Professeur d'Histoire – Géographie et d'Education Civique au Collège du Gâtinais en Bourgogne (89 150 Saint Valérien)



VENDREDI 3 OCTOBRE 2003

9 h 00 à 11 h 00 (Musée Pierre Noël Salle François Cholé)


Présentation de l'intervention de Jacques Bethemont par Jacques Dorel.

Jacques Bethemont a fait sa thèse sur la vallée du Rhône et a travaillé sur le Nil.

L'eau est un thème carrefour en géographie. C'est un enjeu social et économique de notre temps.


Intervention de Monsieur Hagnerelle, doyen de l'inspection générale.

Le thème de l'eau trouve sa place, au lycée, dans les programmes de terminale STT, seconde professionnelle mais aussi dans les futurs programmes de terminale. Au collège, il est traité essentiellement dans les programmes de géographie et d'éducation civique de sixième et de cinquième. Le thème est à intégrer dans la question centrale d'environnement et de développement durable. Il se prête particulièrement à un travail transdisciplinaire avec les sciences de la vie et de la terre. Sur le thème de l'eau, il est aisé de mener des études de cas et de faire un travail sur les échelles.

Le thème de l'eau contribue à l'enseignement d'une géographie vivante.


Projection du film " L 'eau sur la terre en 2025 " de l 'émission du " Dessous des Cartes " de Jean-Christophe Victor, chercheur, directeur du Laboratoire LEPAC.


Conférence pédagogique " Pourquoi et comment enseigner la géographie de l 'eau ? " par Jacques Bethemont, géographe, Université de Saint-Etienne


A la consultation des manuels de géographie de seconde, il apparaît que ceux-ci présentent une accumulation de connaissances difficilement digérables par les élèves.

Pourtant, la question de l'eau permet d'aborder tous les thèmes en géographie : cycle de l'eau, géopolitique, déterminisme, malthusianisme (très présent dans le discours de Jean-Christophe Victor). Cette question se prête parfaitement à un travail pluridisciplinaire (mathématiques, sciences de la vie et de la terre, français, anglais...) et à de multiples sorties sur le terrain.

Pour aborder la question de l'eau, on peut dire que la France est « mal placée ». Notre pays connaît l'abondance et l'eau dont nous disposons est potable. Aussi, le sort des 1.4 milliard d'Hommes (chiffre sous estimant la réalité) qui n'ont pas accès à l'eau potable peut sembler étranger à notre quotidien.

Pourtant, la question de l'eau est centrale pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Les maladies de l'eau tuent 56 millions de personnes par an. Elles sont responsables d'une baisse de l'espérance de vie et ont des conséquences sur le taux d'activité des populations (pas de travail possible pour les malades).

Si l'on considère la ressource en eau par habitant, il apparaît que 30 pays souffrent de stress hydrique aujourd'hui. Ils seront 60 en 2025.


La question de l'eau pose de nombreuses questions :


La question mérite d'être posée puisque dès lors 73 % de l'eau est contaminée par des pesticides. Les élevages industriels contaminent les nappes ainsi que les rejets industriels (même si la qualité des eaux rejetée tend à s'améliorer depuis 1982).


Les crues sont à replacer dans le contexte actuel de l'urbanisation du lit majeur des cours d'eau. Il faut apprendre à gérer ce risque, notamment lorsqu'une centrale nucléaire a été construite. On n'a plus affaire aux régimes naturels des rivières.


Traiter de la question de l'eau exige une nécessaire ouverture au monde.

L'eau ne respecte pas le partage pays pauvre / pays riche. Toutefois, si l'on considère le nombre de victimes d'inondations, on ne peut que constater les différences entre pays riches et pays pauvres.

Exemples :

Crues du Bramapoutre : 500 000 morts

Crues dans le Gard : 30 morts.

Il n'y a pas de déterminisme de l'eau. Quand un pays dispose de fonds, on règle le problème de l'eau.

Le problème de l'eau a des conséquences sur les migrations. La pénurie de l'eau au Maghreb nous concerne puisqu'elle provoque des courants migratoires vers l'Europe.


L'irrigation est une pratique de plus en plus répandue mais elle pose bien des problèmes. Les réseaux d'irrigation ne sont pas entretenus : les pertes sont importantes. Quand l'eau est donnée « à l'heure », elle est gaspillée, elle provoque une érosion des sols. Le choix de la Libye de mettre en place des cercles verts dans le désert n'est pas parfait. Avec l'évaporation, des problèmes de salinisation apparaissent.

On s'aperçoit que, quand on paye l'eau, la consommation diminue. Le problème, c'est que dans les pays de culture musulmane, l'eau est un don de dieu. Elle ne peut donc pas être restreinte.


A l'usage, les barrages montrent leurs défauts. En dehors du fait que leur mise en eau est responsable de l'ennoiement de régions entières (déplacement de populations, perte du patrimoine archéologique), on constate une très forte évaporation, une accumulation de sédiments dans le barrage et lors des largages une érosion énorme.


« Les guerres de l'eau ne sont plus ce qu'elles étaient ». Ce sont des conflits larvés. Exemple : Turquie / Syrie, Nil.



NON

Cela semble impossible à mettre en œuvre.

Exemple : Sénégal / Mauritanie

On a affaire à deux Etats aux pratiques agricoles complètement différentes. Au Sénégal, on pratique l'agriculture alors qu'en Mauritanie on a des nomades. L'office de la mise en valeur de la vallée du Sénégal propose de dériver un bras du Sénégal. La Mauritanie s'y oppose, elle veut sa part même si elle n'en n'a pas besoin.


PEUT ETRE

Si l'on considère le cas du Colorado, on peut être optimiste. Des accords ont été conclus entre les Etats Unis et le Mexique. La qualité de l'eau s'est améliorée.

Entre le Pakistan et l'Inde, il existe un bon partage des eaux


L'EAU CONSACRE LE DROIT DU PLUS FORT

Exemple : Inde / Bangladesh. Le barrage de Farakka sur le Gange profite surtout aux indiens (réserve en eau en cas de sécheresse, largage des eaux en aval au Bangladesh en cas de trop plein).

Exemple : Israël / Palestine. Détournement des eaux du Jourdain au profit d'Israël. Législation très restrictive pour les palestiniens pour creuses des puits.


Il semble bien difficile de trouver un terrain d'entente puisque le droit diffère d'un Etat à l'autre.

Toutefois, il n'y a pas de problème insoluble si on veut bien se donner la peine de transférer de la technologie et des fonds du Nord vers le Sud.