Les inondations : folies des eaux ou folies des hommes?


COMPTE-RENDU DE Catherine DIDIER-FEVRE,

Professeur d'Histoire – Géographie et d'Education Civique au Collège du Gâtinais en Bourgogne (89 150 Saint Valérien)



VENDREDI 3 OCTOBRE 2003

14 h 00 à 15 h 30 (Espace Georges Sadoul Salle Yvan Goll)
Table ronde organisée par Yvette Veyret, Géographe, Université Paris X avec Jacques Pélissard, Député-Maire de Lons-le-Saunier, Jacques Comby, géographe, Université Lyon III, Nancy Meschinet de Richemont, géographe, Université de Cergy Pontoise, Marc Léobet, Ministère de l 'Ecologie et du Développement Durable


Jacques Comby, géographe, Université Lyon III

La tendance est à la médiatisation des catastrophes.

On manque de recul pour juger de l'ampleur des catastrophes. Les séries dont on dispose sont trop courtes (50 ans). Pour le Gard, on dispose d'une série de 80 ans. Les statistiques manquent de fiabilité : on ne dispose que du total de précipitations sur 24 heures. Ce n'est pas assez précis.

On peut juste constater une tendance à un durcissement climatique mais on n'est pas encore de l'ordre de l'exceptionnel.


Nancy Meschinet de Richemont, géographe, Université de Cergy Pontoise

Force est de constater qu'il y a permanence des faits d'inondations depuis le Moyen Age. Ce qui change, c'est la perception des risques par les populations en raison notamment :

Au Moyen Age, on distinguait deux types de risques :


Yvette Veyret, Géographe, Université Paris X

Depuis 1950, est apparu la notion de risques. Aujourd'hui, la population refuse tout risque.


Jacques Pélissard, Député-Maire de Lons-le-Saunier

Il faut distinguer deux types d'inondations :


Marc Léobet, Ministère de l 'Ecologie et du Développement Durable

La différence est à faire entre les calamités (gérables et prévisibles) et les cataclysmes (qui dépassent toutes les prévisions)

Exemple : Redon 2001-2002, on a mis en cause le remembrement et les pratiques agricoles mais, en fait, il y avait tant d'eau qu'il fallait bien qu'elle coule quelque part.

Yvette Veyret, Géographe, Université Paris X

Monsieur Demangeon a décrit les mêmes phénomènes au début du siècle. L'Histoire est importante pour remettre en situation ces phénomènes.


Marc Léobet, Ministère de l ‘Ecologie et du Développement Durable

Avec les PPR (Plan de Prévention des Risques), il s'agit de prévenir ces risques. On sait que l'eau retournera là où elle a déjà été (lit majeur). En 2020, les français se concentreront dans les espaces où les risques sont présents. C'est pourquoi il faut mettre en place un zonage et aménager les maisons qui sont exposées.


Jacques Pélissard, Député-Maire de Lons-le-Saunier

Un PPR peut maintenant (juillet 2003) imposer des travaux ou un remodelage des zones à risques. Aujourd'hui, le PPR doit être concerté, au niveau local, il ne vient plus de l'Etat.


Yvette Veyret, Géographe, Université Paris X

La culture du risque, c'est l'idée que l'Etat est responsable.

Exemple : système d'indemnisation des assurés lors de la déclaration de catastrophes naturelles.


Marc Léobet, Ministère de l 'Ecologie et du Développement Durable

Le PPR a ses revers : il gèle une partie du territoire communal.


Jacques Comby, géographe, Université Lyon III

Le PPR doit être fait à l'échelle d'un bassin versant et non à l'échelle d'une commune (sinon on repousse le problème en aval).


Jacques Pélissard, Député-Maire de Lons-le-Saunier

Depuis le 31/07/2003, il y a des fonds pour déménager des particuliers, des entreprises localisées dans les zones à risques.


Marc Léobet, Ministère de l 'Ecologie et du Développement Durable

Les bulletins d'alerte inondations sont publiés dans le Nord de la France (12 heures avant) et dans le Sud de la France (1 à 2 heures avant) afin de permettre l'évacuation des personnes sensibles.


Jacques Pélissard, Député-Maire de Lons-le-Saunier

La loi du 31/07/2003 apporte :


Marc Léobet, Ministère de l 'Ecologie et du Développement Durable

Exemple du problème des marnières (galeries creusées aux XVII-XVIII° par des paysans pour amender leur sol avec du calcaire). Comme la création des manières était imposable, on ne dispose pas de cartographie. Aujourd'hui, les marnières remontent et des maisons s'écroulent. L'Etat n'a pas l'argent pour payer des forages. C'est aux gens de payer avant de construire leur maison.

En 2008, la France disposera de 8000 communes avec PPR alors que 22000 communes présentent des risques.


Conclusion :

On a surtout insisté sur le fait que les inondations sont une catastrophe mais il ne faut pas oublier que, dans certains cas (Egypte, Sénégal), les inondations sont un don.

Entre 1930 et 1960, on a connu une faible période de catastrophes. On a oublié qu'il fallait être méfiant et ne pas construire dans le lit des rivières. Depuis 1970, on assiste à un tournant climatique.