Pourquoi et comment enseigner la géographie de l'eau ?


Françoise Dieterich  f.dieterich@hrnet.fr


Jacques Béthémont.

 

Cf. Le dessous des cartes. Le stress hydrique

 

Comment enseigner l'eau ?

En utilisant des films comme celui qui vient d'être présenté., des manuels comme Hatier, qui dit tout !: le cycle de l'eau, la répartition planétaire, la géopolitique, la prospective.

Derrière le déterminisme, se cachent malthusianisme et positivisme. Ce film est remarquable mais d'autres approches sont possibles.


L'eau peut-elle faire l'objet d'un programme pluri disciplinaire, incluant les mathématiques, la biologie, les lettres ? En 2015, le schéma d'aménagement des eaux sera terminé. Celui de la Drôme est achevé, c'est le meilleur et pourtant, il ne marche pas.

Les grands problèmes de l'eau ne sont pourtant pas en France, où l'eau est propre et abondante. A l'échelle mondiale, plus d'1,4 milliards d'habitants n'ont pas accès à l'eau potable.

Les maladies liées à l'eau sont fréquentes, 56,5 millions d'hommes eurent chaque année de maladies, comme la malaria, associées à l'eau.

On compte :

3439 m3 an/par personne en France

275 000 m3 au Congo

Le seuil du stress hydrique est de 1000 m3/an. Aujourd'hui, 30 pays sont en Etat de stress hydrique, ils seront 60 en 2025, peut être plus en 2050.


La qualité de l'eau

Sur 122 pays, la France est classée 10ème après la Scandinavie et le Royaume-Uni mais devant la Suisse (16ème), les Pays-Bas (21ème), l'Allemagne ( 57ème) et la Belgique (122ème) qui reçoit nos eaux et n'a pas de ressources propres.


Que boirons-nous demain ?

73 % des prises d'eau testées en 2002 sont contaminées par les nitrates et les pesticides. Les rejets industriels existent toujours mais d'année en année, la situation s'améliore.


Pourquoi construire des logements modernes dans des endroits inondables, ainsi récemment une gendarmerie dans le lit du Rhône.


Le manque d'eau a une influence sur le fonctionnement des industries nucléaires ( alors qu'une éolienne s'arrête quand il n'y a pas de vents) Le régime des rivières n'a rien à voir avec le régime naturel, même EDF ne peut estimer la quantité d'eau d'une rivière. Il est nécessaire de se poser des questions :

Les risques très extrêmes hydrauliques sont-ils les mêmes pour tous ? Les crues peuvent se produire partout. En 1993, il n'y eut pas de dégâts car tout avait été calculé, mais dans le Gard en 1990, on compta 50 morts et 10 milliards de FF de dégâts En 1970, le Brahmapoutre fit 500 000 morts et le Gange en 1991, 800 000 dans ces régions où la densité d'habitants au Km² est de 700. Dakka, le point le plus haut du Bangladesh est à ... 3 mètres d'altitude.


La répartition des masses humaines tient-elle compte de la disponibilité en eau ? Au Canada, en Russie, fortes quantités, faibles densités : 10 000 M3 sont disponibles par an et par personne mais dans ces pays, on compte moins de 25 habitants au Km² . Un autre pays très riche en eau est le Nord-Est du Brésil.


Il n'y a pas de déterminisme mais des stratégies d'adaptation, ainsi à malte on dessale de l'eau de mer et ce sont les touristes qui payent ...

C'est grave dans des pays comme la Chine, la culture de base est le riz or il faut 20 000 à 30 000 m3 d'eau pour cultiver du riz contre 2000 pour du maïs. Aux Etats-Unis, la pénurie est déjà grave dans l'Ouest.


En équilibre sont disponibles 1000 à 5000 M3 par an

En stress, 500 à 1000 M3 par an

En pénurie - de 500 M3


En 2000 sont en Etat de pénurie

L'Algérie, l'Arabie saoudite, la Tunisie et la Libye

L'Egypte, le Maroc ; le Kenya et l'Ouganda


En 2025, seront en crise

Le Maghreb, l'Arabie saoudite, l'Inde,l'Afghanistan, la corne de l'Afrique, l'Afrique du Sud, la Maurétanie, le Pakistan, l'Iran.


La Libye exploite une nappe fossile mais au bout de 3 ans d'irrigation pour le blé, les sols sont salés et stériles. Les photographies aériennes en témoignent ( cercles blancs dans le désert)


L'insuffisance des ressources est-elles en relation avec les cultures hydrauliques ?

70 % des ressources mondiales en eau sont utilisées pour l'agriculture

90 % en Inde et en Ouzbékistan

15 % en France ( + 69 % pour l'industrie et 16 % pour le domestique)


15% des terres cultivées sont irriguées mais cela ne représente que 50 % de la production mondiale. Il faut irriguer différemment pour la fao. Le problème prioritaire est le bon usage de l'eau. En Asie centrale, 70 % de l'eau se perd dans le sable. Les structures trop vite construites vieillissent et c'est un gaspillage d'eau et d'argent.

L'irrigation par gravité a remplacé l'aspersion. Cela marche au Japon ou dans les Emirats arabes. Certains Egyptiens utilisent l'aspersion, en présence des experts, et s'empressent d'enlever le bec d'arrosage pour arroser... comme les ancêtres.

Le goutte à goutte coûte cher, il est rentable pour les produits de luxe, le blé, les agrumes.

C'est la solution qui ne marche pas car l'eau diffusée à l'heure ou à la surface est un gaspillage et accélère l'érosion.

Si on faisait payer les volumes consommés, ils seraient beaucoup plus faibles. 6000 à 12 000 M3/ par hectares en Egypte, c'est du gaspillage. « L'eau est un bienfait de Dieu,, on ne peut abuser des bienfaits de Dieu » mais cela induit en plus la salinisation des terres.

Les compteurs au Maroc sont détruits par les paysans, c'est culturel !


En France, pour cultiver, il faut


On cultive du blé en Argentine pour s'affranchir de la dépendance de ceux qui vendent le blé ( Etats-Unis/ Egypte) Les équipements hydrauliques sont-ils générateurs de crise ?

10/KM3 par an s'évaporent à Assouan qui est devenu un piège à sédiments et a entraîné une érosion des berges.

Le partage de l'Èbre a été refusé par les Espagnols au nom de l'identité.


Y aura-t-il des guerres de l'eau ?

Elles ne sont plus ce qu'elles étaient. La Turquie a pris à la Syrie, l'Irak, ( « Etats voyous ») donc ignorés, une bonne partie de leurs ressources en eau. L'armée turque est la plus puissante de la région. Ce sont des conflits matériels, des guerres de l'avenir qui n'apparaîtront pas comme des guerres.


L'eau peut-elle faire l'objet de partages équitables entre des Etats ?


C'est difficile pour des raisons culturelles. Au Sénégal, le long du fleuve, les agriculteurs vivent sur la rive gauche, les nomades mauritaniens sur la rive droite. Les chameaux broutent le riz des Sénégalais. Il y a arbitrage international. Le Sénégal veut remettre en activité des bras morts du Sénégal pour irriguer davantage, la Maurétanie menace de faire la même chose même si c'est pour jeter l'eau dans le désert. !


Le partage du Danube marche bien mais la Hongrie refuse de coopérer avec la Slovaquie, qui isolait Les gens de langue hongroise qui étaient de l'autre coté du canal.

Le barrage d'Itaipu entre le Brésil et le Paraguay a envisagé un partage 50/50 mais le Paraguay a emprunté de l'argent au Brésil, qui se rembourse en achetant l'électricité au prix fixé par ... le Brésil pour se rembourser.


Aux Etats-Unis ont asséché le Colorado et détruits des surfaces irriguées pour transmettre un minimum de débit aux Mexicains. De 270 m3, le débit est passé à 79 m3 et en plus, l'eau est salée.


L'Inde et le Pakistan ont un plan patronné par la FAO qui marche bien.

Le droit du plus fort est le plus souvent appliqué comme par exemple en Palestine. ( cf. la Documentation Photographique, L'eau de Daniel Mutin)

Le barrage de Farraka sur le Gange en Inde a entraîné une fossilisation de la branche vers Calcutta au détriment du Bangladesh ce qui aggrave les risques de crues.

La loi Colorado prime l'ancienneté. Les droits en aval l'emportent sur l'amont. Selon le protocole d'Helsinki, l'eau appartient, si c'est possible, a celui qui a des droits antérieurs ( l'Egypte par rapport au soudan) mais il doit y avoir partage. Cela n'a pas empêché les conflits et l'O.N.U. n'a obtenu aucun succès en la matière malgré ses tentatives.


Il n'y a pas de problèmes insolubles. Le surplus d'hommes du Sud peut trouver de la place au Nord. Les transferts de fonds du Nord vers le Sud, les transferts technologiques peuvent être efficaces mais les bailleurs de fonds ont tendance à vouloir imposer leurs vues.


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