POUR UNE DÉMOCRATIE DE l'EAU

Laurent FABIUS

Ancien Premier Ministre, invité d’honneur du 14ème Festival

« L'eau, c'est la vie même » (Saint-Exupéry)

« Monde rural, espaces et enjeux », « risques naturels, risques de société », « l'Europe », « les religions » : depuis quatorze ans, sous la houlette exigeante de Christian Pierret, le festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges a permis une réflexion et des échanges de grande qualité sur des enjeux décisifs pour notre avenir collectif. Avenir de nos sociétés et avenir de notre planète. Thème de cette quatorzième édition, l'eau constitue, elle aussi, un défi politique majeur.

Sous l'effet de la croissance de la population, de l'urbanisation massive et de nos modes de production et de consommation, la pression sur l'eau, déjà considérable, s'accentue en effet très fortement. La qualité de l'eau est aussi en cause : les pollutions viennent aggraver la pénurie. Le réchauffement climatique constitue un facteur de déstabilisation supplémentaire. Si rien n'est fait pour l'enrayer, l'effet de serre perturbera gravement le cycle de l'eau : des terres seront englouties par les océans, d'autres recevront des précipitations gigantesques, d'autres encore – on en voit les prémices - seront exposées à une sécheresse inédite. En France même, la canicule crée des ravages, les inondations se multiplient, entraînant l'une et l'autre un coût très lourd pour les populations et les collectivités.

A elle seule, l'eau illustre les inégalités de développement et les injustices d'une certaine forme de globalisation. Alors qu'un habitant de la planète sur cinq n'a pas accès à l'eau potable, le Nord consomme sans compter. Lorsqu'un différend entre états éclate à propos d'une source, c'est le plus souvent par la force qu'il se tranche.

Il faut donc réagir et agir. Lors du sommet de Johannesburg, la communauté internationale s'est engagée à réduire de moitié d'ici 2015 la proportion de la population sans accès à l'eau et à son assainissement. Réaliser cet objectif exigera beaucoup plus que des déclarations. Ce qui est en jeu, c'est à la fois notre modèle de développement et notre capacité de gouvernance internationale.

Je fais partie de ceux qui considèrent que l'eau, au même titre que l'éducation, la culture et la santé, est un bien public mondial. Le droit à l'eau devrait être un des droits fondamentaux de l'homme. Cela exige une véritable volonté politique à l'échelle internationale, une solidarité accrue entre les continents, des solutions nouvelles au niveau local. Cela dépend de nous tous.

L'eau est aussi un enjeu de savoir. Il ne peut y avoir de bonne décision politique dans ce domaine sans une expertise scientifique de haut niveau. C'est pourquoi la contribution des géographes est si déterminante. Cette nouvelle édition du Festival international de géographie apportera, j'en suis certain, sa pierre à la construction d'une véritable démocratie internationale de l'eau. Elle est indispensable.

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