ISRAËL : UNE HISTOIRE D'EAU

François MANCEBO

Université Paris 4 Sorbonne
191, rue Saint-Jacques, 75005 Paris
francois.mancebo@paris4.sorbonne.fr

Introduction.

L'eau est un enjeu déterminant pour Israël dont le climat général se caractérise par une grande aridité : les pluies —à peu près inexistantes d'avril à septembre— ne tombent que sur les régions montagneuses septentrionales : Galilée et Golan sont le château d'eau d'Israël. Le reste de pays subit un climat semi-aride ou aride, avec 50 à 250 millimètres de pluie par an en moyenne. L'eau est d'autant plus rare dans la région que lorsqu'elle apparaît à l'air libre, elle a tendance à s'évaporer : l'évaporation peut atteindre 50 % des précipitations que reçoit Israël. A ce contexte climatique s'ajoute le problème de l'érosion des sols. Aux courtes et violentes averses qui tombent souvent à la fin de la saison sèche succèdent un ruissellement aux effets dévastateurs.

En fait, Israël, la Jordanie, le Liban et la Syrie se partagent, pour l'essentiel, les mêmes ressources en eau :

(encadré : les cours d'eau d'Israël)

- Le Jourdain, petit fleuve frontalier d'environ 300 km, prend sa source dans le mont Hermon et qui se jette dans la mer Morte avec un débit d'environ 1,2 km3/an, alimenté par des sources et des affluents du Liban, de Syrie, de Jordanie et d'Israël.

- Deux aquifères fournissent plus du cinquième des ressources : l'aquifère de montagne se situe sous les collines de Judée-Samarie et sous Israël et dispose d'environ 660 millions de m3/an, et l'aquifère côtier, étiré d'Haïfa à Ashkelon en passant par la bande de Gaza, avec une capacité d'environ 300 millions de m3/an.

Mais la situation est régionalement très contrastée. Un rapport de la FAO signale que la ration d'eau individuelle n'est nulle part aussi réduite que dans le bassin du Jourdain : la quantité d'eau potable de bonne qualité disponible par personne et par an est de 250 m3 en Israël, avec seulement 85 m3 en Judée-Samarie, et 200 m3 en Jordanie. Par contre, les deux pays en amont du Jourdain —Liban et la Syrie— disposent de 3 000 m3 à 1 200 m3 par personne et par an, sans tenir compte du Golan pour la Syrie.

Avec des réserves renouvelables estimées à 2,4 milliards de m3 par an, et une consommation annuelle de plus de 3 milliards de m3, le déficit hydrique se creuse d'année en année en Israël. Il est compensé par des prélèvements dans des nappes souterraines profondes, largement surexploitées, qui ne peuvent ensuite être rechargées. Le strict rationnement de l'eau est une pratique courante en été dans les zones à forte densité de population : en mars 1999, Israël a ainsi ordonné une réduction de 25 % des allocations d'eau à l'agriculture nationale. En conséquence, l'eau est, pour Israël, un enjeu de même nature que la sécurité. En tant que telle, on peut suivre sa trace dans l'histoire d'Israël.

1. Une histoire mouvementée.

La lutte pour le contrôle et la gestion de cette ressource ne date pas d'hier. Dès l'époque des Patriarches, bien avant la naissance de l'Etat d'Israël : "Itzhak se remit à creuser les puits qu'on avait creusé du temps d'Avraham, son père, et que les Philistins avaient comblés à la mort d'Avraham. Il leur imposa les mêmes noms que leur avait imposés son père. Les serviteurs d'Itzhak, en creusant dans la vallée, y découvrirent une source d'eau vive. Les pâtres de Gherar cherchèrent querelle à ceux d'Itzhak, en disant : "l'eau est à nous". Il appela ce puit esek (qc[ - contestation), parce qu'on le lui avait contesté. Ils creusèrent un nouveau puits, sur lequel on se querella encore. Il lui donna le nom de sitna (hnfc - opposition, hostilité). Il partit de là et creusa un autre puits qu'on ne lui disputa pas ; il ne nomma rehobot (jwbtr – élargissement)..."1. C'est dire à quel point l'eau imprègne, ici, la mémoire.

Evidemment, avec la deuxième aliya2, de la fin du 19e à la fondation de l'Etat hébreu, de nombreuses fermes juives s'installèrent dans ce qui est aujourd'hui Israël. Ce sont elles qui mirent en place les premiers équipements de pompage —dans l'aquifère de montagne qui constitue encore une part importante de l'approvisionnement en eau d'Israël, puisque 80 % des puits— permettant des approvisionnements massifs d'eau pour l'ensemble de la région. Ces installations furent réalisées avec l'accord des autorités de l'Empire Ottoman puis du mandataire britannique, et de l'ensemble des populations présentes sur les lieux.

Mais déjà, les projections les plus optimistes montraient que cela serait insuffisant à terme, compte tenu des besoins de l'agriculture et l'apport démographique permanent. C'est pourquoi, dès le lendemain de la première guerre mondiale, le président de l'Organisation mondiale sioniste, Haïm Weizmann, adresse au Premier ministre anglais Loyd George la lettre suivante : "Tout l'avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau... Nous considérons qu'il est essentiel que la frontière Nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles, ainsi que les flancs ouest et sud du mont Hermon". L'objectif était d'éviter que l'eau ne devienne une cause permanente de frictions entre voisins, en assurant l'autosuffisance du futur Etat. Cela n'aurait pas handicapé le Liban, largement excédentaire en ressources hydriques. D'ailleurs le tracé demandé aurait également eu l'avantage de correspondre à une frontière historique et culturelle. Mais, lors de la conférence de San Remo de 1920, la frontière est fixée à une trentaine de kilomètres au sud du Litani.

1.1. Du lac Tibériade, au Golan et au Jourdain : l'eau du Nord au cœur des vieux conflits.

Ainsi, après 1948 et la première attaque d'Israël par ses voisins, les dirigeants du nouvel Etat fixèrent quatre objectifs vitaux : contrôler la Galilée et le Jourdain pour maîtriser les ressources hydriques, renforcer économiquement la zone côtière et ses villes, et enfin faire fleurir le désert du Néguev pour absorber les flux migratoires. Aussi, en 1953, Israël entreprend la construction du "National water Carrier"3 à partir du nord du lac de Tibériade. Mais la Syrie intervient immédiatement, et l'en empêche par des tirs d'artillerie. Les collecteurs d'eau durent être déplacés au Sud-Ouest du lac pour se protéger. Il s'agit du premier conflit local pour l'eau. La crise prenant de l'ampleur, le président Eisenhower envoie son conseiller, Johnston, qui établit un plan de partage. Mais le comité politique de la Ligue Arabe rejeta le plan, qui pourtant favorisait largement les pays arabes voisins. En réalité, si les membres de la Ligue ont choisi de rompre les négociations, c'est surtout parce qu'ils n'avaient pas de besoins pressants et qu'ils désiraient, chacun, développer leurs ressources hydrauliques indépendamment de toute coopération régionale.

En 1964, Israël parvint quand même à achever cet ouvrage qui, à partir des pompages dans le lac de Tibériade, permirent de fournir en eau courante l'ensemble du pays jusqu'au nord du désert du Néguev. Ce dernier fut dès lors mis en valeur par irrigation. Mais, dès 1965, Syriens et Libanais lancèrent conjointement plusieurs projets, financés par la Ligue Arabe, pour dévier le cours du Banias vers le Yarmouk. Ce faisant ils détournaient les eaux du Jourdain à la source, dans l'intention déclarée de priver Israël d'eau et d'accroître fortement la salinité du lac de Tibériade. Cette entreprise, si elle fut effectivement menée à terme, donna un résultat assez extravagants : l'eau en rejoignant le Yarmouk profita surtout à la Jordanie. Cette dernière put alimenter le canal du Ghor, qui permet aujourd'hui l'agriculture irriguée dans la vallée du Jourdain.

En 1967, à la suite de la guerre des Six Jours, Israël conquit le Golan et le Sinaï —ultérieurement rétrocédé à l'Egypte— et récupéra la Judée-Samarie. Dès lors, Israël, contrôla l'aquifère de montagne et le bassin du Jourdain. Dans les années qui suivirent, les ressources en eau de la rive occidentale du Jourdain s'améliorèrent considérablement sous administration israélienne. Le système d'adduction d'eau du Sud d'Hébron fut étendu, et de nouveaux puits creusés près de Jenine, Naplouse et Tulkarem. Plus de 60 villes bénéficièrent ainsi de nouveaux systèmes d'adduction et de réseaux restaurés.

Après les accords d'Oslo, de 1993, la nouvelle Autorité Palestinienne, est directement intéressée à coopérer pour l'eau avec Israël. Il est vrai qu'au vu de la faiblesse de ses ressources et de l'indifférence de ses "amis" syriens et jordaniens, elle n'avait pas vraiment le choix. En 1994, lors de la réunion d'une commission multipartite à Oman, les Israéliens font une proposition visant à rendre plus efficaces les systèmes de distribution d'eau dans les communautés de taille moyenne sur la rive occidentale du Jourdain, à Gaza, en Israël et dans les autres pays de la région. Elle se concrétise, en 1995, par l'accord intérimaire de Taba liant Israël et l'Autorité Palestinienne. La même année un traité de paix entre la Jordanie et Israël règle le problème de l'eau entre ces deux Etats sur la base d'une coopération.

1.2. Puits et aquifères, entre enjeu réel et réthorique guerrière.

Malheureusement, dès le début des années 80, le Proche-Orient subit une sécheresse exceptionnelle qui se prolonge encore aujourd'hui. Le niveau du Jourdain et de la mer de Galilée atteint des seuils dramatiquement bas. Dès lors, Israël est amené à restreindre le forage de nouveaux puits et à limiter l'exploitation de ceux qui existent, notamment en Judée-Samarie. Cela contribue à accroître fortement les tensions locales. L'Autorité Palestinienne accuse Israël d'utiliser les restrictions pour l'assoiffer et lui voler l'eau. C'est pourtant difficile à comprendre. En effet, les autorités israéliennes ne prélèvent pas d'eau dans les nappes de surface, plus accessibles, qui sont celles qui sont utilisées par les Palestiniens, mais dans les aquifères profonds qui n'avaient jamais été utilisés auparavant. Certes, ce choix est critiquable d'un point de vue environnemental. Cependant, il signifie que les fermiers palestiniens de Judée-Samarie disposent, pour eux seuls, d'environ 100 sources et 300 puits de surface, d'ailleurs largement surexploités. Ces derniers souffrent donc peu des restrictions, et celles qui concernent le réseau sont motivées par une surexploitation sauvage qui risque de provoquer l'infiltration d'eau salée dans les nappes phréatiques alimentant l'ensemble des populations de la côte au bassin du Jourdain, et donc de polluer irréversiblement les stocks d'eau souterraine de tout le monde. Notons par ailleurs, qu'entre 1948 et 1967, ni la Jordanie qui possédait la Judée Samarie, ni l'Egypte à qui appartenait la bande de Gaza n'appliquaient de politique de gestion de l'eau. Chacun était libre de puiser à sa guise dans son sous-sol. Cela n'a pas peu contribué à la gravité de la situation actuelle dans ces espaces.

Il est vrai que le thème de la "guerre de l'eau" est politiquement payant en termes de sympathie auprès de l'opinion internationale. D'ailleurs, les deux voisins d'Israël —Syrie et Jordanie— pourtant des acteurs importants pour les questions d'eau dans la région, sont tenus soigneusement à l'écart de la polémique, alors que la Syrie bloque toute solution de partage rationnel des ressources. Ainsi, à la fin de 1991, se tint une conférence internationale en Turquie, devant traiter des problèmes de l'eau dans la région. Elle est torpillée par la Syrie. De même, en janvier 1992, la Syrie et la Jordanie boycottent, à Moscou, des discussions multilatérales au cours desquelles un groupe devait travailler sur la question du partage de l'eau. Rappelons tout de même, que si Israël irrigue aujourd'hui 199 000 ha, la Syrie, quant à elle, en irrigue 1,2 million ha, le Liban 117 000 ha, et la Jordanie 75 000 ha, ce qui est loin d'être négligeable.


2. Un espace exigu, des immenses besoins.

Malgré la rareté de l'eau, son utilisation en Israël reste, hors agriculture, aussi dispendieuse que dans des régions mieux dotées. La population tend à la considérer comme une denrée infiniment renouvelable. Les autorités n'arrivent pas à se résoudre à fixer à l'eau un prix, sinon élevé, du moins économiquement rationnel. Deux raisons à cela : la population israélienne aspire à un mode de vie européen ou nord-américain, qui constitue un référent culturel important en opposition aux pays voisins, et l'agriculture de plus en plus intensive effectue des prélèvements massifs.

2.1. Les trois piliers de la crise : une consommation élevée, des effluents au devenir incertain, une forte pression démographique.

La poussée démographique et économique de l'Etat d'Israël exerce une forte pression sur les eaux souterraines. Ainsi, dans les villes et autour des villes, le paysage, standardisé, se résume le plus souvent à une demi-douzaine de palmiers adultes, auxquels on ajoute quelques plantes ornementales, le tout sur un tapis de gazon pré-cultivé entouré de sentiers recouverts de gravier artificiel. C'est ainsi que les villas de Herzliya Pitouah et de Césarée resplendissent de palmiers, bien que l'arbre naturel de la région soit le chêne méditerranéen. Cette formule est systématiquement appliquée aux places, aux immeubles, aux entrées d'usine, aux îlots autoroutiers, aux villas luxueuses et aux corniches en tout genre. L'attrait est d'autant plus grand pour les Israéliens —surtout les nouveaux-venus de Russie ou d'ailleurs— qu'on peut se les procurer immédiatement et qu'en un tour de main, le "jardin de vos rêves" est installé, même au prix d'un exotisme de foire. La plupart des jardins privés de ces villes prêtes-à-habiter exhibent faux puits, jarres à huile et meules "antiques" dont la plupart ont été fabriquées dans les carrières de Bethléem ou d'Hébron au cours des vingt dernières années.

Il en résulte, d'un côté, une évaporation accrue sur des sols dénudés et une limitation de la recharge des nappes due à des sols imperméabilisés par les constructions, l'assèchement des zones humides et la disparition des forêts et autres sites naturels de recharge, et d'un autre côté d'énormes besoins pour alimenter gazons, piscines et terrains de golf. Si l'on rajoute à ce tableau une consommation élevée des foyers israéliens et une période de sécheresse exceptionnelle, il est aisé de comprendre que les réserves naturelles d'eau se vident bien plus vite qu'elles ne peuvent se renouveler.

Mais il y a pire, l'urbanisation en expansion et la densité démographique le long du littoral israélien, d'Haïfa à Ashkelon, se traduisent par un accroissement des déchets liquides dont la quantité excède les besoins des exploitations agricoles régionales. Accumulation de déchets industriels, d'effluents et abus de pompage, conduisent, nappes et cours d'eau de surface à une mort certaine. A l'exception du haut Jourdain et de ses affluents, les prévisions portant sur les cours d'eau d'Israël sont sombres. Beaucoup sont soit asséchées, soit transformées en égouts. D'autres, tel le Yarkon à Tel-Aviv, le Kishon à Haïfa, le Lakhish à Ashdod, l'Alexander dans la vallée de Hefer, l'Ayalon à Lod, ou le Sorek à Jérusalem, sont très pollués. Qui plus est, la disparition du biseau salé dû à la surexploitation des aquifères, entraîne une pénétration d'une eau de mer côtière polluée —polluants organiques très présents par déversement direct des égouts et fuites de pétrole— dans les réserves d'eau douce.

2.2. Le poids politique de l'agriculture en Israël

L'agriculture contribue à accentuer les difficultés. Elle absorbe 62 % à 70 % de l'eau totale consommée en Israël et bénéficie de tarifs préférentiels. Pourtant, cette agriculture subventionnée, qui coûte cher, ne contribue que pour une part infime au PIB et à l'emploi de la population active. Mais le travail de la terre a toujours été au cœur de la construction d'Israël. L'agriculture pratiquée par les kibboutzim et les moshavim occupe une place prépondérante dans la politique israélienne. Aujourd'hui encore, les ressources en eau sont contrôlées par les agriculteurs. Le ministre de l'Agriculture comme le directeur de la "Commission pour l'eau" —créée en 1959 afin de gérer le système d'exploitation hydrique— sont toujours des kibboutzim ou des membres de mouvements d'agriculteurs. Si le développement continu de l'agriculture a conféré à Israël une autosuffisance, indispensable pour un pays entouré de voisins hostiles, il présente aussi une double valeur symbolique et stratégique :

- d'une part, il est étroitement associé au mythe fondateur du pionnier, cultivant la terre en rupture avec la condition imposée aux juifs en diaspora ;

- d'autre part, il permet de soutenir une politique de peuplement plus harmonieuse pour l'ensemble du territoire israélien, dans le cadre d'actions d'aménagements multipliant les exploitations agricoles, constitué en noyaux urbains.

Mais, des critiques commencent à s'élever au sein de la société israélienne pour que les autorités de régulation de l'eau deviennent indépendantes des milieux agricoles et que l'on diminue les aides apportées à l'agriculture. Un large débat public est en train de naître sur la place à accorder à une activité qui fut longtemps jugée indispensable et intouchable. L'augmentation du prix de l'eau et la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'eau sont les premiers signes d'un virage profond.

Pendant ce temps, la pénurie en eau s'accentue. Les ressources du lac de Tibériade tombent d'une moyenne annuelle de 450 millions de m3 il y a 20 ans à moins de 87 millions de m3. Les aquifères de Judée-Samarie ne produisent que 170 millions de m3 contre 325 millions de m3 en régime normal. L'aquifère côtier, heureusement, maintient sa production annuelle, mais il est menacé par la salinisation due à l'intrusion d'eau de mer. De la contamination des cours d'eau, aquifères et lacs par lixiviation des engrais et des pesticides, hypothèque la qualité même de l'eau restante. Dans un avenir proche —20 à 30 ans— l'agriculture ne disposera plus que d'eaux usées épurées.

La recherche d'un remède susceptible de redonner vie aux cours d'eau n'est pas récente. Mais, jusqu'en 1991, tous les organismes concernés étaient convaincus que le seul moyen de restaurer les rivières était d'éliminer systématiquement les effluents qui y étaient déversés et de les remplacer par de l'eau douce. Hélas, la sécheresse persistante a provoqué le tarissement de sources naturelles ou la diminution de leur débit. Dès lors, la politique qui bannissait toute décharge d'effluents a été remplacée par des mesures permettant le déversement d'effluents de bonne qualité pour les cas où l'alimentation en eau douce est exclue. Un plan de régénération des rivières d'Israël est alors mis en place, étroitement dépendant de la mise en oeuvre de solutions de traitement et de recyclage des effluents, d'épuration des eaux usées avant irrigation.

2.3. Cours d'eau d'Israël, entre qualité de vie et qualité de l'environnement.

L'état très dégradé des cours d'eau constitue non seulement une catastrophe pour les ressources en eau, mais également une double-menace pour la qualité de l'environnement et pour le cadre de vie. Afin d'y remédier, une Direction Nationale des Rivières (DNR) est créée en 1993. Cet organisme sert de coordonnateur aux diverses entités chargées de la gestion des cours d'eau. Il a pour vocation d'être un catalyseur et un guide professionnel pour les collectivités confrontées à des travaux de restauration des rivières. Des efforts considérables sont investis à la mise en place d'administrations fluviales régionales, dont les buts et la composition sont identiques à ceux de la DNR localement, à l'instar des agences de bassin françaises. Elles sont chargées de l'assainissement et de la régulation du débit des cours d'eau —mettant en avant, entre autres, leur rôle de canaux de drainage lors d'inondations—, ainsi que de la préservation et la restauration des paysages et des écosystèmes fluviaux. Mais dans le même temps, elles ont une activité économique en favorisant le développement récréatif et touristique des rivières.

Afin de formaliser cette politique, un plan-cadre de régénération des cours d'eau a été mis en place. Les rivières israéliennes sont classées selon une échelle de priorités, et font l'objet de traitements différenciés selon ses caractéristiques particulières et les besoins spécifiques des riverains. Les cas du Yarkon, du Harod, de l'Alexander, du Lakhish et du Kishon examinés dans l'encadré illustrent bien cette démarche. Il s'agit d'encourager les organismes régionaux chargés de la gestion et de la dépollution des principaux cours d'eau. Cela implique d'associer les populations à la revitalisation des rivières et à la préservation des sites naturels, et de promouvoir le développement de parcs paysagés, d'allées piétonnes sur berges.

Une forte pression est aussi exercée sur les pollueurs. Ainsi, une banque de données informatisée sur les sources de pollution a été constituée. Des inspections régulières ont lieu aboutissant à des mises en demeure et des poursuites judiciaires. Ces trois dernières années, 200 pollueurs sauvages ont été identifiés, des douzaines de poursuites entamées et 25 inculpations prononcées. Ainsi, aiguillonnées par un procès, les mairies de Ramleh et de Lod ont interdit toute décharge dans l'Ayalon et entamé les préparatifs à la construction d'une usine de traitement des déchets. Le Sorek également, lourdement pollué par les 15 millions de mètres cubes de déchets annuels de Jérusalem, devrait être revitalisé grâce à une nouvelle usine de traitement.

Le programme de restauration des rivières israéliennes a été intégrée par le programme européen LIFE4. L'un des projets financés, qui vise les rivières du littoral, inclut la surveillance des principales sources de pollution et des richesses naturelles des terrains limitrophes, et l'examen de la faisabilité économique du processus de régénération.

2.4. Un avenir incertain malgré des efforts payants.

Certes, des progrès considérables ont été faits en matière de gestion coopérative, de répartition équitable et d'utilisation rationnelle de l'eau : alors que le manque d'eau est un problème récurrent dans cette partie du monde, la quantité totale d'eau consommée en Israël est restée plus ou moins constante depuis 50 ans, malgré la multiplication du nombre d'habitants et le fort accroissement du niveau de vie. Mais les gains obtenus sont annulés par l'accroissement de la pression urbaine. Le déficit cumulé actuel de ressources d'eau renouvelables en Israël s'élève à 2 milliards de m3, soit le montant de la consommation annuelle nationale. Selon Mekorot, le déficit annuel est de 400 millions de m3 et il va en s'accroissant.

Il est difficile de persister sur une telle trajectoire : des pompages supplémentaires dans le lac de Tibériade, par exemple, risqueraient d'aviver les sources d'eau chaude saumâtre qui débouchent dans ses fonds. A brève échéance, Israël ne dispose guère d'autres solutions que le rationnement pour pallier la pénurie. Mais même, en ce cas, une baisse de 50 % dans l'approvisionnement agricole ne permettrait pas de faire face aux seuls besoins urbains en eau potable.

Face à l'urgence, des réponses à plus long terme commencent à être apportées. Elles visent à restaurer une situation plus conforme, tant à la spécificité des milieux qu'à la valeur culturelle, historique et cultuelle des paysages de la terre d'Israël : Ainsi le lac du Houlé —les "eaux de Mérom" dans la Torah— fut drainé au début des années cinquante. Les terrains furent alors intensément exploités. La Galilée septentrionale n'était alors que champs de coton, viviers à poissons, pommiers, poiriers et eucalyptus. Il y a quelques années, il a été décidé de laisser la vallée se réinonder. Le Houlé est revenu, en partie du moins. Dans le même ordre d'idées, une nouvelle orientation de l'agriculture est en train de s'imposer, avec la suppression des cultures d'agrumes très consommatrices d'eau.

Mais ces initiatives, qui ailleurs contribueraient à elles seules à améliorer grandement la situation, ne peuvent suffire ici : le contexte politique régional pèse lourdement. La première partie a mis en perspective la question de l'eau dans l'histoire récente d'Israël a déjà permis de le constater. Il est donc nécessaire d'examiner la configuration actuelle et ses enjeux.


3. Un voisinage difficile.

Aujourd'hui, lors même que le pays souffre d'une grave pénurie d'eau et qu'il a restreint sa consommation, Israël continue de transférer chaque année à l'Autorité palestinienne la quantité d'eau prévue par les accords d'Oslo. Ainsi, en 2001, en pleine deuxième Intifada, Israël, via la société nationale Mekorot, a fourni près de 35 millions de m3 d'eau aux Territoires Palestiniens, pompés dans les nappes phréatiques israéliennes profondes. Certes, Israël a récemment limité le forage de nouveaux puits, mais cette décision s'insère dans une politique globale de gestion de l'eau, et s'applique non seulement en Judée-Samarie mais dans tout le pays. Elle vise à limiter la surexploitation des aquifères. D'ailleurs, l'Autorité Palestinienne dispose de la pleine juridiction sur l'eau et Israël a approuvé le forage de nouveaux puits. Tous deux ont institué des patrouilles conjointes pour empêcher les vols d'eau et tous autres problèmes relatifs cette ressource.

Pourtant, les Palestiniens reprochent à Israël de lui "voler son eau". C'est d'ailleurs devenu un thème récurrent, s'exprimant de manière multiforme au gré des circonstances. Il est ainsi surprenant d'entendre que le conduit Kissufim reliant Israël à Gaza pomperait l'eau de Gaza, alors qu'à l'inverse cette canalisation pompe l'eau d'Israël vers Gaza, dans le cadre des accords d'Oslo. On affirme aussi souvent que les fermiers israéliens prendraient 90 % de l'eau de Gaza5. En fait, comme nous l'avons vu précédemment, la plupart des fermes utilisent l'eau du réseau israélien. De toutes manières, les ressources souterraines de Gaza surexploitées depuis toujours, y compris avant 1967 sous l'administration égyptienne, est impropre à la consommation humaine. Le Commissaire palestinien à l'eau, Nabil A-Sharif déclare d'ailleurs dans un entretien télévisé que "l'eau n'est jamais prise de Gaza pour être amenée en Israël".

Parfois l'argumentaire est assez pittoresque. Ainsi, il est question des piscines Israéliennes qui constitueraient un intolérable gaspillage de l'eau palestinienne. Il est vrai que la manière de vivre des Israéliens n'est pas particulièrement économe d'eau. Mais, d'une part, on ne voit pas bien en quoi l'eau utilisée serait plus israélienne que palestinienne, d'autre part cela concerne autant les Israéliens juifs que les autres, enfin la plupart des villages israéliens ont des piscines collectives qui fonctionnent en circuit fermé et consomment peu d'eau alors qu'un grand nombre de villas palestiniennes ont des piscines individuelles, comme à Rima, le luxueux quartier résidentiel de Gaza.

La situation de Gaza est caractéristique de l'instrumentalisation du thème de l'eau. Cet espace est une zone côtière, composée de dunes de sables, de 40 km de long sur 6 à 12 km de large. Les précipitations (200 à 400 mm /an) y constituent la ressource majeure en eau. Zone de transition entre la zone côtière semi-humide d'Israël au Nord, les plaines semi-arides du Néguev à l'Est et le désert du Sinaï égyptien au Sud, cette région compte environ 850 000 habitants et ses bennes débordent d'ordures, les barbelés bien signalés par les sacs en plastique qui s'y accrochent, ses ornières qui trouent les rues.

3.1. Gaza, un cas d'école.

Aujourd'hui la Bande de Gaza est l'une des régions du monde les plus peuplées et les plus pauvres en eau, soumise à une double-contrainte : d'un côté, le système de culture fait largement appel à l'irrigation par aspersion et, de l'autre, les Gazaouis font un usage immodéré de l'eau, par exemple pour dépoussiérer les rues. De toutes manières, cela ne leur coûte rien : les branchements illégaux sont nombreux, sortes d'actes de "résistance" intéressée. Au-delà de cet aspect quantitatif, la qualité des eaux y est déplorable : pollution par les nitrates et salinisation. En continuant sur le même rythme d'exploitation les réserves en eau de la Bande de Gaza seront épuisées d'ici 15 à 20 ans. La gravité du problème ne semble cependant pas émouvoir l'Autorité Palestinienne qui ne met en œuvre aucune mesure et se contente, de manière systématique et incantatoire, d'incriminer Israël.

Il semble même qu'elle contribue à augmenter la pénurie et les tensions. Il convient ainsi de noter que conformément aux accords d'Oslo, Israël doit subventionner l'eau apportée à ses citoyens et l'Autorité Palestinienne celle apportée aux siens. En réalité, cette dernière ne subventionne rien, ce qui conduit ses populations à payer l'eau plus cher lorsqu'il y en a. D'ailleurs, les canalisations sont en très mauvais état, malgré des aides financières massives notamment européennes, qui ne semblent pas employées à cette fin : 40 % des eaux palestiniennes y transitant sont perdues. Pour citer un exemple, ce sont 60 % des eaux de Tulkarem et 20 % des eaux de Ramallah qui s'évanouissent dans la terre.

Cela engendre de nombreux problèmes de santé publique. La gestion des déchets en est une illustration récente. Dans la plupart des cas, l'évacuation des eaux usées se fait directement dans la rue ou dans la mer. Il n'existe que trois installations de traitement des eaux usées ; aucune ne fonctionne. Moins de 50 % des déchets sont collectés, on en retrouve donc dans les rues de presque toutes les zones commerciales et résidentielles. Quand ils sont collectés, ils sont mis en décharge de façon indistincte. En ce qui concerne les ordures ménagères, les habitants les mettent dans des conteneurs installés dans les rues. Malheureusement les conteneurs ne sont pas accessibles pour les enfants qui sont, le plus souvent, chargés de sortir les ordures, et en outre ils ne sont pas vidés régulièrement. La situation est moins grave dans les camps de réfugiés, où les rues sont régulièrement balayées par le personnel des Nations-Unies. La situation actuelle ne laisse entrevoir que peu d'espoir : les préoccupations environnementales ne font visiblement pas partie des programmes d'éducation palestinienne qui semble faire une arme de la désespérance de sa population.

3.2. A qui appartient l'eau ?

Israël se trouve donc entraîné dans un véritable "guerre de l'eau" qui ne dit pas son nom. Le rationnement organisé de cette ressource est utilisé à la fois pour susciter un courant de sympathie dans l'opinion internationale, obtenir des aides pouvant être utilisées ailleurs et augmenter la rancœur des populations palestiniennes —véritables otages— à l'égard d'Israël, coupable désigné. Cette attitude est d'ailleurs ancienne, car l'arme de l'eau à —nous l'avons vu— été utilisée dans les années 60 et 70, certes de manière différente, par les Syriens et les Libanais.

D'ailleurs, l'Autorité Palestinienne crée un nouveau front sur ce thème en revendiquant les plus officiellement du monde 80 % des ressources de l'aquifère de montagne. Cette réclamation est contraire au droit international qui reconnaît le droit d'un Etat sur son territoire à utiliser de manière "raisonnable et équitable" les eaux de ressources transfrontalières : rivière internationale ou nappe souterraine comme c'est le cas ici6. Le partage des ressources en eau entre états voisins s'effectue sur ce principe partout dans le monde. Certes, les puits palestiniens en Judée-Samarie ne leur donnent accès qu'à 20 % de l'aquifère de montagne, mais il est extravagant d'en demander 80 % alors que celui-ci doit être partagé entre Territoires Palestiniens, Israël et la Jordanie, bien plus peuplées et couvrant une surface au sol bien plus grande de cet aquifère qui s'étend des deux côtés de la ligne de séparation. Rappelons d'ailleurs que si plus 60 % de l'eau consommé par Israël sert aux besoins de l'agriculture irriguée, cela n'est ni exceptionnel, ni excessif sous ces climats : ce taux monte à 70 % pour la Jordanie. Israël, qui accueille des milliers de Juifs du monde entier, doit faire face, en outre, à des besoins croissants d'eau potable domestique.

Notons d'ailleurs que les principales ressources en eau de la Syrie et de l'Irak proviennent de Turquie, que les sources du Nil se trouvent en amont de l'Egypte, et que les deux tiers de l'eau consommée en Israël viennent de l'extérieur de ses frontières de 1948. Transposée sous d'autres cieux, l'exigence palestinienne reviendrait, pour les Suisses, à réclamer pour eux seuls 80 % l'eau du Rhin. Si l'Etat hébreu agréait la demande palestinienne, il serait privé de 360 millions de m3 d'eau, soit une diminution de 20 % des ressources actuellement disponibles.

3.2. Des acteurs régionaux bien discrets.

Cette pression tend aussi à faire oublier qu'Israël n'est pas, tant s'en faut, au centre de tous les conflits pour l'eau de la région. Alors qu'un traité de paix a été signé entre Israël et la Jordanie incluant le règlement de toutes les questions en suspens au sujet du Jourdain, le désaccord syro-jordanien concernant le développement des ressources du Yarmouk persiste. Il en est de même du contentieux turco-syrien, et de la mainmise syrienne sur le Liban. Curieusement, il est rare que ces contentieux et ces conflits soient mis en avant.

L'attitude de la Syrie en particulier, persiste très négative en matière d'eau. Ainsi, la Turquie vend, depuis vingt ans, à Israël 50 millions de m3 par an d'eau, tirés du fleuve Manavgat. Dès 1988, elle a proposé la construction d'un pipeline de la paix (Peace Pipeline) qui transférerait par deux "aqueducs" différents l'eau de deux rivières se jetant à perte dans la Méditerranée (le Seyhan et le Ceyhan) : l'un passerait par l'Ouest, l'autre par l'Est, pour alimenter tous les pays du Moyen-orient —non seulement Israël— puis se rejoindraient en Arabie Saoudite où ils desserviraient les Etats du Golfe, avec 5,7 millions de m3 par jour pour 15 et 20 millions de personnes. Mais, il faudrait, pour cela, traverser la Syrie, qui s'y refuse avec obstination. Par contre, le Liban –implicitement sous contrôle syrien— projette de pomper 10 000 m3 d'eau par jour dans les chutes qui alimentent le fleuve Hachbani, ce qui réduira de manière unilatérale les ressources hydriques d'Israël de 3 à 4 Millions de m3 par an, sans que cela suscite la moindre protestation. Rappelons par ailleurs, qu'alors que la plupart des experts interrogés sur ce thème ont proposé que les pays les mieux pourvus en eau, la Syrie et le Liban, aident les populations palestiniennes à satisfaire leurs besoins urgents en eau, ces derniers n'ont jamais accepté de fournir la moindre aide.

En réalité, Israël a tout intérêt à ce que les Territoires Palestiniens aient suffisamment d'eau pour renforcer la paix. Mais cela suppose, d'une part, que conformément aux principes de la loi internationale sur l'eau, tous les riverains du bassin du Jourdain acceptent de partager équitablement cette ressource, et qu'ils en acceptent une gestion commune. Il convient de rappeler que si l'eau est un enjeu majeur de la paix, la paix est aussi un enjeu majeur pour l'eau.

Conclusions

Malgré l'accroissement des tensions et des conflits, l'eau peut jouer un rôle fédérateur favorisant la coopération régionale. Rappelons qu'en 1993, les accords de paix ont commencé par des négociations pour un développement économique commun et, en particulier, pour partager les accès à l'eau. Aujourd'hui, les âpres débats —intéressés— pour savoir qui garde commencent faire place à une position plus constructive. L'intérêt commun va à une coopération régionale.

Des projets communs entre Israël et la Jordanie voient le jour : barrages sur le Jourdain et le Yarmouk, affluent du Jourdain en Jordanie, creusement du canal entre mer Morte et mer Rouge, usine de traitement des eaux saumâtres du Lac de Tibériade. En ce qui concerne la Syrie, les études stratégiques faites par l'université de Tel-Aviv en 1991 montrent Israël n'aurait pas à occuper tout le Golan pour assurer sa sécurité en eau. Mais cela suppose des contreparties, en particulier dans la cession de territoires aux Palestiniens qui ne devraient pas incomber uniquement à Israël. La Syrie et la Jordanie ont été les principaux acteurs de la guerre qui a créé cette situation, et nombre des "réfugiés" sont en fait ressortissants de ces deux pays. Hélas, les Syriens ne veulent pas en entendre parler. Il est vrai qu'ils n'ont pas réellement besoin du Golan pour leur approvisionnement en eau. Israël tente d'impliquer la Turquie dans ce processus, pensant qu'un assouplissement de la position turque à l'égard de la Syrie, avec laquelle elle est en conflit pour l'eau7, faciliterait les discussions. Rien n'est moins certain.

Très récemment le Plan Harvard, élaboré par un groupe d'enseignants d'Harvard et du MIT, associés à des experts israéliens, palestiniens et jordaniens, pose pour la première fois la question de l'eau au Proche-Orient sous une approche économique rationnelle. Il est fondé sur deux constats : l'eau est une ressource rare dont la valeur peut être estimée, et l'eau ne peut coûter plus cher que son coût de remplacement —limite supérieure de valeur—. Cette valeur de l'eau dans la région a été calculée, aujourd'hui et à l'horizon 2020. A partir de là, le désaccord sur l'eau et les droits de propriétés entre Israël et les Palestiniens a été évalué entre 60 et 65 millions d'euros par an. Ce qui représente, de l'opinion même des rédacteurs du rapport, "une somme assez peu élevée pour que les pays ne puissent négocier à son sujet". Le modèle d'estimation a été repris ensuite pour évaluer les désaccords entre Israël, la Syrie et le Liban, en se fondant sur la répartition qui avait été avancée par le Plan Johnston. La perte pour Israël d'une partie des eaux du Jourdain s'élèverait à 20 millions d'euros par an, ici encore un montant relativement modeste. A supposer qu'Israël doive retrouver la même quantité d'eau pour son développement urbain ou industriel, et qu'elle l'acquière par désalinisation d'eau de mer, cela lui coûterait 55 millions d'euros par an, soit au total un différentiel de 75 millions d'euros par an. Il serait logique que ce coût soit partagé entre les différents partis. Malheureusement, ni Palestiniens, ni Jordaniens, ni Syriens, ni Libanais, ne semblent vouloir y donner suite.

De toutes manières, au vu de la pression croissante —intérieure et extérieure— sur les ressources hydriques de la terre d'Israël, il est urgent d'envisager des solutions alternatives, telles la désalinisation de l'eau de mer ou un traitement complet des effluents. L'urgence dit un rapport de Mekorot, est de mettre en service des unités de désalinisation de l'eau de mer, avec pour objectif une production annuelle de 100 millions de m3. Certes le coût actuel élevé du traitement de dessalement (entre 1,10 et 1,50 € /m3) limite l'utilisation de ce moyen, mais la Banque mondiale estime qu'il est possible de le faire descendre à 0,70 € /m3 pour l'électrodialyse.

Toutefois, la mise en œuvre de ces procédés prendra du temps, et dans l'immédiat il convient de prendre des mesures de conservation —en d'autres termes de rationner l'eau— pour tout le monde, et de pomper plus judicieusement dans les nappes phréatiques profondes trop sollicitées. L'enjeu est de taille et il n'est pas que de nature économique ou environnementale, car depuis l'épisode des puits d'Itzhak relatés dans la Genèse, le Juif d'Israël se lit dans ses paysages8. Ici plus qu'ailleurs, toute détérioration du milieu est douloureusement ressentie comme une atteinte directe au tissu social.

Bibliographie :

Brenner F., Yeoman A., Israël, Harper and Row, New York, 1988.

Diekhoff A., Les espaces d'Israël, Essai sur la stratégie territoriale israëlienne, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Paris, 1989.

Dytique A., Les espaces d'Israël, Collection Références, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1989.

Mancebo F., Questions d'environnement pour l'aménagement et l'urbanisme, Editions du Temps, 2003.

Matson R., Naff T., Water in the Middle East: Conflict or Cooperation, Boulder et Londres, Westview Press, 1984.

Mutin G., "L'eau une ressource rare", in Maghreb-Moyen-Orient mutations, Sedes, 1995.

Rubin R.. Image and reality : Israël in maps and views, Magnes, Jerusalem, 1999.

U.S. National Research Council, Water for the future : the west bank and gaza strip, Israël and Jordan, National Academy Press, 1999.

http://medintelligence.free.fr/bdEauPalest.htm#FichierEau

http://usinfo.state.gov/journals/itgic/0399/ijgf/ijgf0399.pdf, Eaux troubles : la gestion d'une ressource vitale, Dossiers Mondiaux, vol. 4, n° 1, Revue électronique de l'Agence d'information des Etats-Unis, 1999.

http://www.mfa.gov.il/mfa/go.asp?MFAH0m1m0

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/israeleau2000

http://www2.ac-lyon.fr/etab/lycees/lyc-42/camus/optioninfo/eau/conflits_pr_orient.html

http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2002/mancebo/article.htm, Mancebo F., "Nature et Judaïsme : l'aménagement de l'espace dans l'Israel contemporain", Actes du 13e Festival International de Saint-Dié,

1 Genèse, 26.

2 Retour à (littéralement "montée vers") Israël des Juifs de la diaspora.

3 Grand Conduit National.

4 LIFE cofinance des actions en faveur de l'environnement dans la Communauté et dans certains pays tiers : riverains de la mer Méditerranée et de la mer Baltique, pays d'Europe Médiane candidats à l'adhésion.

5 Cette estimation a été avancée le plus tranquillement du monde, dès 1985, à la Conférence Mondiale sur les Femmes de Nairobi, alors qu'il n'y avait pratiquement aucune ferme juive proche ou à l'intérieur de la bande de Gaza.

6 Principes d'Helsinki de 1966 et Convention de New York de 1997.

7 La Turquie a construit des barrages monumentaux qui contrôlent le Tigre et l'Euphrate. Or ces deux fleuves arrosent également la Syrie, doù un lourd contentieux. La Turquie pourrait si elle le voulait assécher son voisin.

8 Mancebo F., "Nature et Judaïsme : l'aménagement de l'espace dans l'Israel contemporain", Actes du 13e Festival International de Saint-Dié, http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2002/mancebo/article.htm

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