ISRAËL : UNE HISTOIRE D'EAU

François MANCEBO

Université Paris 4 Sorbonne
191, rue Saint-Jacques, 75005 Paris
francois.mancebo@paris4.sorbonne.fr

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Le Yarkon traverse la région la plus peuplée d'Israël et constitue le deuxième cours d'eau en longueur du pays : 28 kilomètres de Tel-Arek à Méditerranée. Depuis 1955, ce cours d'eau pâtit du détournement de ses eaux vers le Néguev, où elles sont acheminées par le système national de canalisation et servent à l'irrigation des terres arables. Des eaux d'égouts ont remplacé les eaux de source du Yarkon, d'où la destruction progressive de la faune et de la flore. Le Yarkon est depuis 1988 la cible essentielle des efforts d'assainissement, avec la fondation de l'Autorité du Yarkon, qui fut la première initiative concertée en Israël d'assainissement de cette rivière. Des centaines de tonnes d'ordures ont été retirées afin de restaurer le lit originel et de faciliter son écoulement naturel. Les berges ont été étayées et surélevées, le lit élargi, des allées pour piétons et cyclistes tracées, des barrages rénovés, enfin des aires de pique-nique et de pêche aménagées. Si aux deux extrémités de la rivière, des parcs ont été aménagés (Mekorot Hayarkon (les sources du Yarkon) en amont et Ganei Yehoshua ou Parc du Yarkon, en aval près de la région du Dan), la partie centrale est plus problématique. Néanmoins, l'ouverture de l'usine de traitement des déchets de Kfar Saba-Hod Hasharon en 1996 et le lancement de celle de Ramat Hasharon en 1999, ont facilité l'évacuation de près de 25 000 mètres cubes d'eaux usées, toutes destinées à l'agriculture. Simultanément, le Yarkon a été choisi comme modèle d'un projet éducatif de restauration à l'échelle nationale, et un centre d'enseignement et de recherche a été établi sur ses berges.

Le Harod, affluent du Jourdain s'écoule à travers les vallées de Jezréel et de Beit Shean, régions riches au carrefour d'importants axes routiers. La proximité de la frontière jordanienne, son paysage singulier ainsi que les nombreux sites historiques qui longent son cours la rendent particulièrement attrayante. Toutefois, cette situation est menacée par des taux inquiétants de pollution dus aux déchets ménagers et industriels, au drainage et aux viviers. La constitution d'une direction régionale chargée de la gestion du Harod a abouti à une recherche extensive, précédant un plan de régénération d'une partie du cours d'eau. Le projet comporte l'amélioration du drainage et le traitement des déchets (des usines de traitement ont été créées au profit des kibboutzim et des mochavim de la région), mais aussi comme pour le Yarkon le développement du tourisme et des loisirs, et la restauration de sites archéologiques et historiques. Depuis 1994, plusieurs segments ont été épurés, un pont de la période mamelouke restauré et la première étape du Parc national de Beit Shean achevée. Une attention toute particulière est accordée à l'évacuation de déchets municipaux et industriels, car les agents polluants et le niveaux de salinité augmentant encore graduellement pour atteindre des pointes dans la région de Beit Shean. Des mesures ont été prises pour limiter le déversement de produits toxiques, particulièrement ceux émanant des industries alimentaires et textiles.

L'Alexander, s'écoulant au Sud du Parc National Alexander, est situé à moins d'une heure de voiture de la moitié des habitants du pays. Les larges espaces ouverts bordent le long de la rivière, au cœur de la région la plus densément peuplée d'Israël. Ils offrent une opportunité unique d'activités ludiques et de protection de la nature. Mais elle est très dégradée : environ vingt-cinq sortes de polluants, y compris des effluents organiques et industriels, y ont systématiquement été déversés depuis quarante ans. Un train de mesures de régénération a été pris en 1995, visant à la conservation et l'aménagement des berges, à la surveillance de la qualité de l'eau et à l'établissement de micro-réserves pour la flore et la faune. Une attention toute particulière est accordée à une espèce rare, la tortue à carapace molle du Nil (Trionys triunguis). Elle avait disparu du littoral israélien en raison de la détérioration de la qualité de l'eau. Le plan de régénération du site prévoit un parc et le premier pont suspendu d'Israël qui facilitera l'accès des visiteurs. Le succès de l'assainissement de l'Alexander dépend ici comme ailleurs de l'efficacité du traitement des déchets. La nouvelle usine de traitement de Netanya et les sites d'évacuation des effluents dans la zone industrielle d'Emek Hefer devraient améliorer considérablement la situation. Par ailleurs, une collaboration a été entamée entre le conseil d'Emek Hefer et le gouverneur de Tulkarem —sous le contrôle de l'Autorité palestinienne— dans le but d'édifier une usine commune d'épuration des eaux usées et la collecte commune des eaux traitées à des fins agricoles.

Ancien centre d'amarrage pour marchands, le Lakhish prend sa source au pied des collines d'Hébron et traverse Kiriat Gat et Ashdod avant de se jeter dans la mer. Trois kilomètres ont d'ores et déjà été transformés en un parc de loisirs "Lakhish-Ashdod" en 1996 : projet mené conjointement par le Fonds national juif, la municipalité d'Ashdod, la Compagnie d'électricité d'Israël et le ministère de l'Environnement. Ce parc traverse la ville d'Ashdod le long du Lakhish. Aujourd'hui, les efforts portent sur l'élaboration d'un plan-cadre du Lakhish et de son bassin. Le projet expérimental de stabilisation du rivage à l'aide d'une végétation intégrée au paysage a été une réussite.

Le Kishon est considéré depuis longtemps comme le cours d'eau le plus pollué d'Israël, avec une très forte concentration en métaux lourds dans ses sédiments. Il prend sa source dans la vallée de Jezréel et traverse la région la plus densément industrialisée du pays. Il est devenu le réceptacle des innombrables polluants toxiques des raffineries, des usines pétrochimiques et des pesticides d'Haïfa, où il aboutit après avoir charrié les effluents déversés par les exploitations agricoles et les usines d'amont. L'état de dégradation du Kishon fit, dès 1978, l'objet d'un débat à la Knesset. Mais aucun progrès substantiel n'a été réalisé alors. Ces dernières années, des tranchées de drainage de faible profondeur ont été creusées le long des rives et recouvertes de couches étanches de polyéthylène afin d'emmagasiner temporairement les grandes quantités de boue toxique retirées de la rivière, dans l'attente d'une solution définitive. En amont, toutefois, dans la région de Kiriat Tivon entre les vallées de Jezréel et de Zevulon, un segment abandonné de la rive a été transformé en un parc. Le seul réel espoir de remédier à l'état avancé de pollution réside dans l'Autorité du Kishon, organisme fondé en 1994. Le schéma adopté par cet organisme impose l'interdiction de toutes décharges d'ordures, le drainage et l'épuration des boues du lit, le remodelage du paysage des berges, la protection contre les crues, enfin l'installation d'équipements ludiques. Le premier parc en aval du Kishon fut inauguré en 2001 près d'un port de pêche. Des segments supplémentaires seront ajoutés à l'avenir. En outre, l'usine de traitement des eaux usées d'Haïfa a été modernisée et des normes plus sévères en matière de décharge d'effluents imposés.

Encadré : Cours d'eau d'Israël, un état des lieux

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