RARE ET SOLIDAIRE

Christian PIERRET

Président fondateur du Festival
Ancien Ministre
Maire de Saint-Dié-des-Vosges
Membre de la Société de Géographie

Parce qu'elle est rare, l'eau douce -a fortiori l'eau potable- est un enjeu de pouvoir. Sa recherche, sa production, sa distribution, son assainissement enfin, ont modelé, dans toute l'histoire des hommes, l'organisation sociale interne que se sont donnés les peuples comme l'éclosion des conflits qui les ont opposés les uns aux autres. Si la préhistoire a pu être caractérisée par le rapport de l'homme et du feu, l'histoire est l'histoire de l'eau.

Aujourd'hui, le mariage de l'eau et du feu c'est la scandaleuse coexistence non pacifique de l'écrasante pauvreté et de l'infinie opulence. Si l'eau constitue la variable décisive dans l'économie de la pauvreté, alors l'Etat, - institution qui doit protéger le faible - et la remise en ordre du monde au plan international doivent étancher la soif d'équité et de justice pour les peuples et entre les peuples. L'Union européenne s'est engagée dans un vaste programme environnemental pluriannuel pour préserver à l'intérieur de ses frontières la qualité et la disponibilité pour tous -individus et entreprises- de cette eau abondante qui contribue à en faire une des régions les plus riches du monde. Les 15 milliards d'euros investis pour le Rhin comme la somme identique que la France seule doit investir dans les dix ans pour traiter les effluents domestiques industriels et agricoles sont des « marqueurs » parmi d'autres de cette orgueilleuse richesse. Insolente richesse de l'eau, qui veut que l'on dépense infiniment plus par habitant pour que les saumons remontent la Tamise que pour réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes n'ayant pas accès à l'eau potable (15 milliards d'euros nécessaires) ou pour que le milliard d'habitants qui ne bénéficie d'aucun assainissement en dispose à la même date (30 milliards d'euros).

Pour lutter, des engagements forts sont pris, qui de Rio (1992) à Evian (2003) en passant par Marrakech (1997) et La Haye (2000) soulignent les urgences et définissent des priorités, au premier rang desquelles il faut souligner le doublement de l'effort financier. Le programme des Nations Unies pour l'environnement fédère depuis plus de 25 ans les énergies des gouvernements, des entreprises, des O.N.G. et des actions locales spécifiques dans un village par exemple ; des rapports d'ensemble comme le G.E.O. (Global Environnement Outlook) et le réseau mondial d'évaluation (Global International Water Assessment) permettent de mettre en œuvre les meilleurs moyens possibles sur tous les continents. L'objectif est aussi éthique : faire accéder tous les responsables publics et privés à un niveau de conscience qui empêche l'atteinte ou la destruction irréversible de nos ressources en eau, alors que la cote d'alerte est atteinte dans certains pays.

Comme le rappelle le Président de notre FIG 2003, Michel Camdessus, un des initiateurs du nouveau programme mondial pour l'eau, cela porte les beaux noms de solidarité et de responsabilité car si le rêve de l'eau pure unit secrètement l'humanité, il nous faut « d'abord donner à boire à nos frères ».

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