LES MALADIES DUES À L'EAU DANS
LES PAYS DU TIERS-MONDE

Paul-Gabriel VIRAPIN-APOU

Professeur
Ancien consultant à l'O.M.S.

Le thème du 14ème Festival de Géographie de Saint-Dié des Vosges étant l'EAU dans le monde, on ne pouvait pas ne pas traiter le problème des maladies dues à l'eau dans les pays du TIERS-MONDE.

Très vaste programme où l'on retrouve :

  • l'utilisation d'une eau de boisson saine,

  • l'hygiène du corps et tout particulièrement des mains,

  • les pollutions diverses causées par les mares d'eau stagnante dans les grandes villes et les banlieues,

  • les pollutions inattendues causées par l'édification de grands barrages sur des fleuves comme le NIL à Assouan,

  • les malades microbiennes et virales occasionnées par les animaux de toutes natures et de toutes tailles.

Parmi ces maladies, nous avons choisi les plus importantes, représentées soit par la masse des populations atteintes dans les Pays du Tiers-Monde, soit par les difficultés de la Recherche Médicale, encore incapable de trouver, soit des traitements efficaces par les médicaments, soit par la mise en œuvre d'un programme de prévention de ces maladies.

Les maladies liées à l'eau sont une véritable tragédie pour l'humanité, tuant plus de 5 millions de gens chaque année.

Environ 2.3 milliards de gens souffrent de maladies dues à une mauvaise qualité de l'eau.

Environ 60% des maladies infantiles dans le monde est la conséquence de maladies infectieuses ou parasitaires liées à l'eau.

Voici donc la liste des principales maladies dues à l'eau dans les pays du Tiers-Monde :

LE CHOLERA

Véhiculé par l'eau, le vibrion cholérique est responsable d'épidémies redoutables. Le choléra touche actuellement tous les continents, mais il atteint plus sévèrement les pays où l'hygiène publique laisse à désirer. C'est évidemment dans les pays du Tiers-Monde que cette maladie fait le plus de victimes.

L'agent pathogène du choléra est endémique en Asie du Sud-Est depuis plus de mille ans. L'actuelle pandémie est la 7ème du genre. En 1970, elle a atteint l'Afrique de l'ouest où le choléra n'avait pas sévi depuis plus d'un siècle. La maladie est endémique sur la plus grande partie du continent où le nombre de cas est en augmentation.

Les conflits et les mouvements de masse des réfugiés favorisent les épidémies.

Le vibrion cholérique est en effet une bactérie très mobile dont l'homme est le principal réservoir. La maladie résulte de l'absorption par la bouche d'eau ou d'aliments contaminés. L'incubation va de quelques heures à 5 jours et la toxine secrétée dans l'intestin par le vibrion provoque de violentes diarrhées acqueuses caractéristiques de la maladie et des vomissements sans augmentation de la température du corps.

Les pertes d'eau peuvent atteindre 10 à 15 litres par jour. Les selles diarrhéiques libérées en grande quantité sont responsables de la propagation du bacille dans l'environnement et de la transmission orofécale. Mais 90% des sujets en contact avec la bactérie ne présenteront aucun symptôme alors même qu'ils élimineront un taux élevé de bactéries dans leurs selles pendant plusieurs jours. Ces porteurs symptomatiques, probablement génétiquement protégés, concourent aussi à la propagation de la maladie.

Quelques éléments de traitement :

Le traitement du choléra consiste essentiellement à compenser les pertes d'eau. La réhydratation orale avec les sachets de sel de réhydratation suffit dans 80 à 90% des cas à obtenir une amélioration en quelques heures, mais une perfusion peut être nécessaire en cas de déshydratation prononcée ou quand les vomissements rendent impossible un traitement oral. La guérison totale est obtenue en quelques jours. Dans les cas graves, un antibiotique peut être utile pour réduire le volume et la durée de la diarrhée.

Quand une communauté est bien préparée et qu'elle intervient rapidement, notamment pour assainir et traiter les points d'eau contaminés et prendre en charge les malades, le taux de décès peut rester en-dessous de 1%. Dans le cas contraire, il peut atteindre 50%.

La protection apportée par les deux vaccins anticholériques disponibles est d'une faible efficacité (50%) et cela sur une période limitée à environ 6 mois.

MALADIE DU VER DE GUINEE OU DRACUNCULOSE

C'est une affection invalidante liée à la pauvreté. Les populations affectées vivent dans des zones où elles n'ont pas accès à l'eau potable. Le vecteur de cette maladie est un crustacé microscopique contenu dans l'eau des mares ou des puits traditionnels non protégés.
L'Organisation Mondiale de la Santé a publié récemment un rapport sur les progrès enregistrés entre 1989 et 2002 en vue de l'éradication de la dracunculose dans la région africaine. Le document attribue les progrès enregistrés aux efforts des pays touchés par la maladie, à la participation communautaire, à la mise ne œuvre des programmes nationaux. La plupart des pays concernés ont adopté une stratégie axée principalement, sur la surveillance des localités affectées par la dracunculose, la promotion de l'information, de l'éducation et de la communication pour un changement de comportement favorable à la prévention de la maladie.

LE VIRUS DU NIL OCCIDENTAL


Le virus du Nil Occidental (V.N.O.) est un virus qui peut infecter les humains, les oiseaux, les chevaux ainsi que de nombreux animaux. L'activité du V.N.O. a été reconnue pour la première fois à New York au cours de l'été 99.

Avant cette date, le virus avait été identifié uniquement en Afrique, en Asie et en Europe. En 2002, le virus a été détecté en Nouvelle Ecosse, au Québec, dans l'Ontario ainsi qu'aux Etats-Unis, à peu près partout sur le continent.

Le V.N.O. est transmis par les piqûres de moustiques infestés (50 espèces à travers le monde). Le V.N.O. est sensible à la lumière du soleil et à la sècheresse. Il ne survit pas longtemps dans l'environnement, ni sur la peau d'une personne qui se lave avec du savon et de l'eau.

Le virus se multiplie dans les tissus des oiseaux infectés et circule dans le sang. Il peut ainsi être transmis aux moustiques qui se nourrissent du sang de ces oiseaux.

Le V.N.O. peut provoquer une maladie bénigne chez les humains avec des symptômes tels que la fièvre, des douleurs frontales et musculaires, une enflure des ganglions lymphatiques et des irritations cutanées. La maladie est habituellement plus grave chez les personnes âgées et celles qui souffrent déjà d'une maladie grave. La période d'incubation est d'environ 5 à 15 jours chez les humains. Un vaccin destiné aux chevaux est désormais approuvé. Il est de loin préférable de prendre des mesures de protection personnelle contre le V.N.O. Ainsi on doit éviter de rester à l'extérieur pendant les périodes d'activité intense des moustiques, comme au lever du soleil et au crépuscule, éviter les régions infectées, faire disparaître toute eau

stagnante autour de la maison (telles que dans les baignoires d'oiseaux, les vieux pneus, etc...) changer l'eau des baignoires d'oiseaux au moins deux fois par semaine, installer des moustiquaires sur les fenêtres et les portes, porter des vêtements longs et utiliser un insecticide efficace pour se protéger des moustiques.

LA BILHARZIOSE

C'est une maladie parasitaire due à des vers « les bilharzies » ou « schistosomes » dont il existe 5 espèces susceptibles de parasiter l'homme. Le cycle parasitaire fait intervenir un hôte intermédiaire, mollusque vivant des les eaux douces, qui permet la maturation des larves de schistosomes et leur libération dans le milieu aquatique. L'homme s'infeste par simple contact avec les eaux douces (lacs, rivières, mares, fleuves) car le parasite peut à ce stade traverser la peau saine.

Après un cycle complexe dans l'organisme, les vers adultes se développent chez l'homme dans le système circulatoire. La pathologie clinique est liée à la ponte des œufs qui migrent à travers les parois digestives, vésicales, génito-urinaires ou s'embolisent dans le foie, plus rarement dans les vaisseaux pulmonaires.

Plus de 300 millions de personnes sont touchées par cette maladie. La répartition des foyers de bilharziose est liée aux contacts entre l'homme et les eaux douces contaminées.

Les modifications du milieu naturel, en particulier la construction des barrages, l'édification de système d'irrigation, peuvent conditionner d'importantes migrations de population et le développement de nouveaux foyers de bilharziose.

Le traitement est réalisé par des médicaments actifs en prise unique. On en dénombre actuellement 5.

Le vaccin contre cette maladie, attendu de longue date, n'est toujours pas au point.

Le foyer le plus important de bilharziose au monde se situe au Sénégal à Richard Toll, ville située à environ 90 km au nord est de Saint-Louis.

L'ONCHOCERCOSE

L'onchocercose ou cécité des rivières est une maladie parasitaire transmise par la piqûre d'une mouche « la simulie ». L'onchocercose entraîne de sérieuses lésions cutanées et dans sa phase finale une cécité irréversible. Plus de 15 millions de personnes sont actuellement atteintes par la maladie dont une grande majorité en Afrique sub-saharienne.

L'onchocercose représente la 2ème cause de cécité d'origine infectieuse dans le monde après la conjonctivite granuleuse. Cette maladie est endémique dans 30 pays d'Afrique et 6 pays d'Amérique. Environ 120 millions de personnes sont exposées au risque d'onchocercose.

Traitement et prévention :

Il existe 2 types de solutions pour lutter contre la maladie :

  • les insecticides à répandre sur les plaines et les vallées fertiles, riches en rivières, car elles sont le lieu de reproduction des mouches « simulies », vecteur de l'onchocercose.

  • L'administration aux populations à risque ou contaminées d'un nouveau médicament d'origine américaine découvert en 1975 contre des vers parasitaires. Le nom de ce médicament est l'ivermectine.

Plusieurs programmes de lutte contre la maladie sont actuellement en cours d'application notamment par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).


LE PALUDISME

Le paludisme reste la maladie parasitaire la plus fréquente au monde (environ 41% de la population mondiale, soit 2.3 milliards de personnes). On recense entre 300 et 500 millions de cas par an (infections nouvelles ou réinfections) dont près de 80% en Afrique sub-saharienne (estimation de l'OMS en 1994). Il s'agit d'une des plus meurtrières de toutes les affections humaines.

Elle tue chaque année 1.5 à 2.7 millions de personnes dont 1 million d'enfants de moins de 5 ans. Depuis une dizaine d'années, l'endémie tend à stagner :

  • En Afrique, l'incidence annuelle est considérable : 500 à 900 cas pour 1000 personnes.

  • En Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est, elle reste de 4 à 5 cas pour 1000.

Tous les pays non endémiques d'Europe présentent un paludisme d'importation. En France en 1996, 5109 cas de paludisme ont été observés : 93.3% d'entre eux ont été contractés lors d'un voyage en Afrique sub-saharienne, 3% en Asie et 3.5% en Amérique latine ou aux Caraïbes.

L'agent du paludisme est un protozoaire du genre Plasmodium dont le vecteur est un moustique femelle, l'anophèle.

Il existe 4 espèces de plasmodium spécifiquement humains dont la pathogénie et l'évolution sont très différentes.

Les voies de contamination :

  • une contamination de la mère à l'enfant par voie transplacentaire est possible.

  • En France, la très grande majorité des cas de paludisme observés est contractée lors d'un voyage effectué sans mesure de prophylaxie ou avec une prophylaxie inadaptée. Nombre de cas sont liés à des retours aux pays d'Africains expatriés en France depuis des années, qui se croient encore protégés et négligent les mesures de prophylaxie en revenant chez eux en vacances.


Toutefois, une prophylaxie parfaite est de plus en plus difficile à mettre en place du fait du développement des clones de Plasmodium résistant aux différentes molécules médicamenteuses utilisées, notamment à la chloroquine.

Les manifestations cliniques :

Devant toute fièvre qui apparaît chez un sujet de retour d'une zone endémique, il importe d'envisager un diagnostic de paludisme. De fait, les manifestations cliniques du paludisme sont très diverses dans leur expression et dans leur gravité. En effet, les accès simples peuvent s'exprimer tantôt par des accès de primo-invasion peu spécifiques qui surviennent sur des sujets non immunisés qui associent une fièvre à des douleurs abdominales. Un diagnostic précoce permet alors d'instituer un traitement médicamenteux qui, lorsqu'il est bien adapté et lui aussi précoce, évite l'évolution vers un paludisme pernicieux. En zone endémique, environ 1% des enfants infectés entre l'âge de 1 à 4 ans, développe une pathologie grave et souvent mortelle.

Comment s'effectue le diagnostic :

Le diagnostic du paludisme est un diagnostic d'urgence. Relativement simple et très rapide à mettre en œuvre, il s'effectue par un frottis sanguin après prélèvement d'une goutte de sang au bout d'un doigt. La goutte est étalée sur une lame, puis une coloration révèle la présence d'un parasite dans les globules rouges.


Choix du traitement :

Ce choix dépend avant tout de l'évaluation de la gravité clinique de la maladie, d'où l'importance d'un diagnostic précoce et pertinent.

Face au manque de médicaments spécifiques au traitement du paludisme, cette maladie a longtemps fait figure de « maladie orpheline ». Toutefois plusieurs initiatives récentes témoignent d'un regain d'intérêt en faveur des recherches thérapeutiques dans ce domaine, tant de la part des grandes sociétés pharmaceutiques que des organismes de recherche publique.

Quant à l'Organisation Mondiale de la Santé, elle vient enfin de mettre cette maladie au rang de ses hautes priorités en développant notamment un vaste « programme malaria ».

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