La famine de 1942-1943 au Bengale vue
par le cinéaste indien Satyajit RAY,
dans le cadre de son film :
TONNERRES LOINTAINS (Ashani Sanket)

Jacques Van Waerbeke

Maître de conférences à l'IUFM de Créteil

François Durand-Dastès

Professeur émérite à l'Université de Paris VII

Collège des arts géographiques

Résumé

Conférence-débat autour d’une lecture géographique et filmique comparée d’un chef d’œuvre de l’histoire du cinéma. L’intérêt de cette proposition est de placer la réflexion en matière de géographie culturelle dans une double ouverture en direction d’une part du grand public et d’autre part des pratiques scolaires.

Inde : mendiants à Bodhgaya.

Données concernant le film :

• Titre original : Ashani sanket, réalisé en 1973 par Satyajit RAY.

• Le film existe en version originale sous-titrée en français. Il a été diffusé dans cette forme sous le titre TONNERRES LOINTAINS ; reste seulement à vérifier s’il est toujours disponible à la diffusion, ce qui est relativement probable.

• Il a également été diffusé dans le commerce dans le cadre de la collection vidéo « Les films de ma vie ». Nous en possédons une version qui pourrait être utilisée pour la projection d’extraits dans le cadre d’une conférence-débat.  

Rencontre débat : une rencontre avec analyse, lecture plurielle (filmique et géographique) et débat autour d’extraits du films à partir d’un support video (nous disposons d’une copie en format vhs,). Il conviendrait alors de prévoir une salle avec vidéo projection pour une durée de deux heures. Cette rencontre débat pourrait mettre plus particulièrement l’accent sur la dimension culturelle et interdisciplinaire dans le cadre de projets pédagogiques.

Satyajit RAY

Satyajit RAY est le seul cinéaste indien dont l’œuvre a pu faire l’objet d’une diffusion et d’une reconnaissance internationale. La Trilogie d’Apu (1955, 1956, 1959), Le Salon de musique (1958), Charulata (1964), Tonnerres lointains (1973), Les Joueurs d’échecs (1977) ne constituent qu’une partie d’une filmographie comprenant 36 films réalisés entre 1955 et 1991. L’œuvre de Satyajit RAY reste considéré à ce jour comme l’une des contributions parmi les plus importantes à l’histoire du cinéma mondial.


Le film Tonnerres lointains :

Il s'agit d'un film tourné en 1973 relatant le développement de la famine de 1942-1943, dans un modeste village du Bengale. Les évènements se déroulent en totalité dans le village concerné bien qu’il soit fait allusion à plusieurs reprise à la guerre menée au loin par les japonais et les allemands ainsi que, par ailleurs, au lieu de fuite possible que peut représenter pour les villageois affamés le monde de la grande ville.

Le film s’ouvre par l'une des plus belles séquences paysagères de l'histoire du cinéma. La profusion et la luxuriance de la nature sont au rendez-vous dans la façon dont RAY plante son décor. Tout au plus un orage lointain assombrit-il le tableau. Certes il y a ce plan de la fin du générique où l'on croit voir un instant flotter un cadavre mais l'erreur de perception est vite corrigée. Le passage de quelques avions traversant le ciel en formation groupée est simplement perçu par le petit groupe de femmes présentes comme aussi beau qu'un vol de grues ; sans plus.

Les personnages centraux du film sont un Brahmane, son épouse et quelques amies de cette dernière. Le Brahmane a plutôt bien organisé sa petite vie sur le dos des paysans du village. Insidieusement la situation se trouble. La mendicité commence à se manifester. Le premier mendiant est d'ailleurs un Brahmane pauvre. L'information se répand d'une pénurie d'approvisionnement de riz. On parle aussi de guerre. Tout passe par les réseaux d'information : "on dit ceci…", "dans tel village il se passe cela…", "ce serait la guerre en Birmanie", "les japonais ? les allemands ?", …on n’est pas assuré. Les premiers troubles se manifestent. La violence fait son apparition. La mécanique sociale se dérègle…

L'intérêt du film ne réside pas tant dans l'histoire racontée que dans la qualité du regard de Satyajit RAY.

Il y a dans ce film, matière à une double lecture, filmique et géographique, de la qualité du regard de l'un des créateurs majeurs de l'histoire du cinéma. Satyajit Ray relate sans jamais donner dans le misérabilisme. Il montre comment le fléau se répand le plus simplement du monde dans la vie quotidienne d'un banal village bengali, comment il force les femmes et les hommes à se révéler dans toutes leurs contradictions, à modifier leurs positionnements. Quelle que soit la dimension sombrement tragique du dernier plan du film, le cinéaste confère une dimension universelle à son récit par l'évidence de la poursuite de la vie, d'une vie toujours plus forte que les dégradations multiples provoquées à toutes les échelles du social et du spatial par les tumultes sociaux du monde.

Le double décalage de deux fois une trentaine d’années entre les évènements relatés et l’année réalisation du film, puis entre cette dernière et l’année 2004 offre un recul profitable pour apprécier et débattre de la qualité du regard de Satyajit RAY, de la façon dont il prend en charge la relation de ces évènements.

Bibliographie sommaire concernant Satyajit Ray et son œuvre :

MICCIOLLO Henri, Satyajit Ray, L’Age d’homme, Lausanne, 1981.

TESSON Charles, Satyajit Ray, Cahiers du cinéma, coll. Auteurs, Paris 1992

ISHAGHPOUR Youssef, Satyajit Ray, l’Orient et l’Occident, La différence, Paris, 2002

Le collège des arts géographiques s’est fixé pour objectif d’ouvrir le dialogue entre géographes et artistes. Il participe régulièrement au FIG depuis la création de cette manifestation (avec une seule solution de continuité en 2003) en proposant chaque année, en liaison avec le thème du festival, un débat ou une rencontre autour d’une œuvre, d’un artiste, d’un collectif ou d’une pratique de création.

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