COMPTE-RENDU de Françoise DIETERICH

Géographe, Lycée Jean-Jacques Henner, Altkirch

Conférence de M. Jean-Paul Charvet Paris X
Saint Dié le 1 octobre 2004


Nourrir les hommes, un enjeu mondial.

15ème festival

CP Enseignants ; précurseurs, avant-garde de la connaissance


LC : Un des grands défis de l’éducation, transmettre la connaissance et l’intelligence, est relevé grâce au FIG et à l’Inspection Générale. Le FIG permet de présenter l’évolution de la géographie qui a connu des bouleversements considérables. Les géographes universitaires se sont ouverts tant aux besoins de la société qu’à ceux des enseignants du secondaire,

Jean-Paul Charvet, est l’un d’entre eux : spécialiste de l’agriculture, surtout aux Etats-Unis. Publications :


MH : Nous voulons une géographie qui se fait, se vit, s’enseigne. En tant que doyen, j’ai trois raisons de me réjouir. Pour la 4ème année, le FIG est inscrit comme site majeur de formation continue des enseignants et accueille 150 invités au niveau national.

Pour la 3ème année, les parcours pédagogiques, pilotés par Bruno Mélina, sont devenus un haut lieu d’échanges pédagogiques

Le thème de cette année est au cœur de la pédagogie. Les géographes sont attirés par les« nourritures terrestres » car la géographie s’y est toujours intéressée : terroirs, espaces, réponses aux besoins, etc.

Ces questions sont explicites dans les programmes : grands paysages ruraux en 6ème, en Terminale : organisations des échanges, en 1ère STT et en 2 de façon détaillée : Nourrir les hommes.

Au delà des programmes, il faut saisir toutes les occasions d’aborder ces problèmes : santé, faim, inégalités, environnement, mondialisation en 5ème, 3ème, toutes les Terminales.

Quand on regarde les programmes du FIG, on s’aperçoit qu’ils témoignent de l’ampleur du renouveau de ces questions. Il faut intégrer ces renouvellements dans nos programmes : il faut dépasser les descriptions paysagères, les aspects économiques et rentrer dans les débats, les problématiques liées au développement durable. Le thème de l’alimentation est une des façons d’aborder le développement durable qui est une des priorités du ministère

La Jordanie, pays invité, est une opportunité pour notre enseignement  par l’étude de sa position géostratégique, la complexité de ses aménagements hydrauliques : Jourdain, la richesse de son patrimoine historique: Pétra. Les enseignants disposent ainsi de beaucoup d’études de cas passionnantes à reprendre

Il reste du chemin à faire pour installer la géographie à égalité d’importance et d’horaires avec l’histoire dans toutes les classes de collège et lycée comme c’est la règle. Notre objectif est d’inscrire tous les enseignements de la géographie au cœur de l’enseignement de la citoyenneté et de la société en mouvements

M. Charvet, est le président du groupe d’experts qui a construit le programme de géographie de seconde avec une grande innovation : l’introduction des études de cas, approche thématique dont par exemple lors du thème « Nourrir les hommes »


Jean-Paul Charvet


Nourrir les hommes, un enjeu mondial 

Le thème choisi est un thème aussi vieux que le monde

(Transparent à insérer car très humoristique)

L’agriculture est le plus vieux métier du monde, l’activité fondamentale de notre société, au premier plan de l’actualité ce qui regarde le géographe qui doit fournir des informations aussi rigoureuses que possible



Problématiques des échelles

Ce qui est vrai à une échelle est faux à une autre. Par exemple, il y a de moins en moins d’agriculteurs en Europe, les superficies diminuent, la taille des exploitations augmente.

A l’échelle planétaire, on est passé de 850 millions à 1.340 milliards d’agriculteurs et cela va continuer à augmenter, la taille exploitations diminue, les superficies cultivées augmentent

Les pays riches n’ont que 3 % des agriculteurs de la planète

Mais dans le reste du monde, 85 % des emplois sont agricoles

[Cf. . Philippe Cadaine, commentaires de cartes de géographie chez Belin] il démontre changement de problématique en fonction des échelles



1. La sécurité alimentaire


En Anglais, ce terme se traduit par deux expressions qui n’ont pas le même sens : food security ou food safety. Dans les pays riches, on parle de food safety. On se préoccupe de la qualité des produits : alimentaire, sanitaire, nutritionnelle, du goût. On s’intéresse aux techniques mises en œuvre pour les produire en privilégiant celles qui ménagent l’environnement. On cherche la traçabilité du producteur au consommateur. On s’intéresse à tous ces éléments à la fois.

Crise de la vache folle, pestes aviaire et porcine, ont été fortement médiatisées mais les maladies gastriques diminuent ! La sécurité alimentaire n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui


Dans les pays pauvres, il s’agit plutôt de food security, c'est-à-dire d’avoir assez de nourriture pour se nourrir ce qui n’est pas le cas de 840 millions de personnes. Pour l’ONU, l’objectif est de réduire ce nombre de moitié mais cela n’a pas abouti et au contraire le chiffre a augmenté, passant de 800 à 840 millions de mal nourris.

Les apports en protéines et en oligo-éléments sont insuffisants sur le plan qualitatif. De nombreuses carences bloquent les développements physique et intellectuel dans les PVD

Au niveau des moyennes mondiales, la ration journalière théorique est de 2800 kg/calories au dessus du chiffre de la FAO : 2500 kg/calories, chiffre qui a été rehaussé à 2700 pour traduire un accès correct à la nourriture de la quasi-totalité de la population

On est passé de 2250 kg/calories dans les années 60, donc on constate des progrès quantitatifs


Il existe néanmoins des contrastes entre pays, régions, catégories sociales. Il existe des cas de mal nutrition dans les pays riches.

Sur les 840 millions de personnes en sous alimentation chronique, 10 millions vivent dans les pays riches. C’est dans les PMA que l’on trouve les cas les plus dramatiques : des rations de 2150 calories, très en dessous des chiffres de la Fao et des nutritionnistes.

Cette sous-alimentation chronique est liée à la pauvreté, les Suisses ne produisent pas tout ce qu’ils consomment mais ne souffrent pas de malnutrition !

Il faut observer les phénomènes à partir des valeurs absolues et relatives

On sait que sur les 840 millions de mal nourris, 200 millions sont en Afrique noire soit 40 % de la population

On dit que l’on constate des progrès en Asie, seule 20 % de la population est mal nourrie mais, cela représente…. 500 millions de personnes, avec en perspective un essoufflement de la Révolution Verte. Au départ, les productions ont progressé de 2,5 % par an en moyenne mais depuis 15 ans, le chiffre n’est plus que de 1% par an soit moins que la croissance démographique….


D’après les statistiques, on trouve des obèses dans les pays riches comme dans les pays pauvres : le cas de la suralimentation de l’enfant unique chinois par exemple

[Cf. photo TDC : pèse personne en livres aux Etats-Unis ]

[Cf. livres de Sylvie Brunel sur le rapport entre pauvreté et faim quand on vit avec moins de 2$ par jour]



2 Rôle des politiques agricoles


[Cf. Pierre Gourou : concept de techniques de production et de techniques d’encadrement, les secondes étant plus importantes que les premières]


Les politiques agricoles sont des techniques d’encadrement qui fonctionnent au niveau d’Etats ou de groupes d’Etats, par l’intervention de techniques diverses qui évoluent dans le temps. Elles s’appellent : écoconditionnalité des aides en Europe, corn bill aux Etats-Unis et sont en évolution constante. Les agricultures commerciales, capitalistiques ne peuvent pas vivre dans un contexte libéral. C’est lié à l’organisation des échanges agricoles que l’on appelle l’effet de King : sur un marché en équilibre, les variations de prix sont supérieures aux variations de quantité. Ainsi, si la quantité de lait baisse de 10%, le prix du lait monte de 20 à 30%. C’est arrivé aux céréales en 2003.

L’agriculture est le plus souvent en surproduction par rapport au marché d’où l’effondrement des cours et une tendance à la baisse en monnaie constante, à cause de la distorsion entre offre et demande. Récemment, la production de blé en Ukraine a varié de 1 à 4, de l’Australie de 1 à 2 , pour des raisons climatiques


Tous les pays riches soutiennent leur agriculture, dans les pays de l’OCDE : on paye 280 $ par habitant et par an soit 1,2% du PIB et 180 $ par hectare

Certains pays payent davantage que cette moyenne : 700 $ en Suisse, 475 $ au Japon, 330$ aux États-Unis, UE : 280 $

Dans les négociations de l’OMC, on a une vue unidimensionnelle de la question, on ne voit que l’aspect économique et jamais les aspects sociaux ou environnementaux

Au niveau de la production : quand on cultive 5 quintaux à l’hectare en Afrique, on en cultive 150 dans les Landes en France : écart de 1 à 30

Australie, avec seulement 15 quintaux exporte beaucoup donc, en fait c’est la productivité qui compte

Petit africain seul : 5 quintaux, européen céréalier ou américain : 15000 quintaux à lui seul Rapport de 1 à 3000

Comment peut-on les considérer de la même façon sur le marché mondial ?

Il faudrait envisager des solutions intermédiaires, des marchés régionaux regroupant des pays de même type de productivité avec des marchés encadrés par une politique agricole. C’est plus facile pour les pays riches même possible pour les pays en développement, comme l’Inde, qui a su mettre en place des politiques adaptées


3. Agriculture et environnement

Dans le Bulletin Officiel de l’Education Nationale, on demande de concilier gestion de l’environnement et développement.

Dans le cadre de l’OMC, les aides sont classées ainsi :

Dans la boite verte, figurent les aides à éducation des agriculteurs et les aides à l’environnement. A Bruxelles, on peint la PAC en vert !

Ce concept s’oppose à l’agriculture productiviste, qui se préoccupe surtout des résultats économiques (il n’y a pas de définition officielle de l’agriculture productiviste)

Les opposants dénoncent les dégradations infligées à l’environnement, la diminution des nombres d’exploitations et d’emplois et les surproductions.

Les préoccupations dépassent l’environnement et touchent des paysages parfois patrimoniaux, des cadres de vie, la santé publique, le bien être animal,

[cf. historiens et géographes sur le développement durable]

D’après Edgar Pisani, qui a écrit « Un vieil homme et la terre », cet ancien ministre de De Gaulle, père des lois d’orientation agricole du début des années 60, il est temps de changer de politique aujourd’hui. On ne peut plus se contenter de soutenir l’agriculture mais il faut tenir compte des demandes de la société. Après la guerre, il fallait répondre aux pénuries, la demande ne se plaçait pas au niveau qualitatif. Aujourd’hui ; c’est l’inverse: on constate une mythification de la vie rurale, une méfiance vis-à-vis des OGM et du clonage. Une grande exigence des sociétés globales vis-à-vis de la sécurité sanitaire.

D’après la Politique Agricole Alimentaire Rurale et Environnementale Européenne, les campagnes doivent être gérées en fonction du cadre de vie qu’elles fournissent. Elle propose un nouveau contrat social entre la société globale et les agriculteurs


Où en sommes nous ?

On assiste à un développement de l’agriculture biologique mais 1.75 % de la SAU en France seulement lui est consacré. Cela suffit-il pour gérer l’environnement ?

Cette agriculture biologique est en plein boom en Europe comme aux Etats-Unis où peut être elle représentera 10 % de l’agriculture américaine en 2010. On l’appelle « organic farming » et elle est mise à toutes les sauces, des produits alimentaires aux savonnettes

Dans le New York Times, Mme Kerry, (ketchup Heinz) est présentée avec comme qualité d’être « organic » Cela fait vendre et intéresse toutes les sociétés agro alimentaires !



Une autre activité est censée se développer dans les campagnes : le tourisme rural mais en 2000, il ne concernait que 2% des agriculteurs et seulement 0.4% quand il s’agissait de restauration

Les grands discours ne sont pas suivis d’effet ! Cela ne suffira pas à résoudre les problèmes


Ce qui s’est bien développé en France, sont les labels : AOC, productions avec certificats de conformité, etc. On compte 93 000 AOC sur 600 000 exploitations en France et plus de 200 000 travaillant avec des labels divers mais il y a trop d’AOC aujourd’hui et certaines sont en difficulté. Elles sont mal délimitées géographiquement même si l’organisation de l’espace se gère !

Les mesures sont souvent dispersées : une partie de l’exploitation est biologique mais pas le reste ce qui induit une atomisation des territoires à la suite des mesures agroenvironnementales. Les régions marginales en profitent plus que les grandes régions mais cela pourra changer grâce à la PAC. Car même les grandes régions céréalières pourraient trouver des avantages à s’intéresser au développement durable.


Les emplois de produits industriels resteront autorisés mais les exigences se rapprochent de celles de l’agriculture biologique [ cf. Le dernier numéro d’Historiens et géographes, consacré au développement durable] Ce système est soutenu par les syndicats et l’industrie agro alimentaire. 30 % exploitations auront adhéré au cahier des charges de ce référentiel en 2008, avec un fort lobbying à Bruxelles


4. Capacité pour les agriculteurs de faire face aux besoins à venir de l’humanité


On ne pourra pas de passer de production industrielle. Les céréales représentent 60 % des rations alimentaires de la planète, directement ou pour le bétail. Les animaux sont des céréales à pattes plus valorisants à exporter !

La production mondiale est de 2 milliards de tonnes en 2000 : 600 millions de tonnes de blé, de mais, de riz complet (-1/3), le reste étant du manioc, orge etc

En 2000, avec 6 milliards d’hommes, soit une référence théorique de 330 KG par terrien moyen et par an soit presque 1 kg par jour

Quand la population augmente d’un milliard et on attend 7 milliards en 2012, 8 milliards probablement en 2030 (hypothèse basse)

Si on veut maintenir le niveau actuel qui n’est pourtant pas satisfaisant, il faudra produire 330 millions de tonnes de céréales en plus soit l’équivalent de la production américaine actuelle (265 m/t en Europe)


Comment faire ?

On augmente les superficies. Les défrichements du XIXème, on conduit à un accroissement de la production qui a reposé sur mise en culture de terres nouvelles

Si on prend les terres cultivées, réellement travaillées à l’araire comme au tracteur, (attention les terres agricoles pour la Fao comprennent les terrains de parcours pour les animaux), soit 1500 millions d’hectares de terres cultivées , les crop lands américains, on ne constate une progression que de 2 % par an quand la population augmente de 20 %

Chaque année on gagne 15 millions d’hectares par défrichement en Afrique, Indonésie, au Brésil. Au Brésil, dans les campos serrados:, 50 Millions ont été défrichés en quelques décennies, 60 sont encore en réserve mais il existe un mauvais climat social entre paysans sans terre et latifundiaires.

L’agrandissement des réserves indiennes est une bonne chose mais cela limite le défrichement, ainsi que les vives pressions internationales qui protestent contre la déforestation. (Attention à l’image du poumon, la foret amazonienne fait l’inverse : absorbe gaz carbonique) On y produit plus de soja que de céréales

Chaque année, on perd 12 à 13 millions de terres arables. Parfois des terres marginales qui redeviennent des forêts en France ou en Norvège, ou à cause de l’érosion éolienne comme dans l’ex URSS où 25 millions d’hectares ont été emportés par le vent. On s’attriste sur la disparition de très bonnes terres irriguées qui se sont perdues par salinisation ou alcalisation, phénomènes irréversibles et en plus, on perd 5 à 6 millions à cause de la périurbanisation autour des grandes agglomérations. Les meilleures terres de France sont sous l’aéroport de Roissy, les meilleures du Royaume-Uni sous Heathrow, 500 000 hectares par an disparaissent ainsi aux Etats-Unis

On arrive à 2 millions d’hectares et c’est insuffisant, la seule solution reste l’accroissement des rendements


On s’intéresse à l’« Integrated farming » = l’agriculture raisonnée ou « farm specifying farming », on n’apporte aux plantes que ce dont elles ont besoin. Grâce à des cartes des rendements par GPS, on gère mieux les apports d’intrants mais cela coûte cher en services, analyses etc.

L’irrigation permet deux ou trois récoltes par an là où c’est possible. Une des clés de la révolution verte a été le succès des variétés à haut rendement et à cycle végétatif court avec deux ou trois récoltes annuelles

18 % de superficie agraire sont irriguées dans le monde surtout en Asie, et représentent 40 % de la production mais le problème de l’eau est sérieux partout et surtout en Inde et en Chine.

La révolution doublement verte en est encore à ses balbutiements.

La technique la plus prometteuse reste les OGM, en Amérique du Nord et en Chine, surtout les OGM du maïs contre la pyrale et du soja qui est tolérant à un herbicide comme le round up La technique est efficace, même un mauvais agriculteur devient bon ! On en trouve partout aux Etats-Unis, 90 % de la production est transgénique en Argentine, 80% au Brésil, où le « soja Marradona » est venu en contrebande d’Argentine. On peut le semer sans labourer ce qui limite l’érosion des sols, l’herbicide le round-up est biodégradable en deux mois, mais les éléments qui le compose reste dans le sol ! Cela fonctionne assez bien, c’est accepté en Amérique mais rejeté en Europe ou le consommateur ne voit pas son intérêt – contrairement aux agriculteurs- mais l’Européen en consomme beaucoup ! Des millions de tonnes d’oléo protéagineux, de soja sont importées sans droits de douane, leur production n’avait pas été soutenue en Europe où ils sont indispensables. Il y a 3 exportateurs mondiaux ; Etats-Unis, l’Argentine, le Brésil qui fournissent les éleveurs de toute la planète sans conséquence pour le moment

1,5 millions d’OGM d’hectares en 1996, 60 Millions d’OGM en 2003, aucune production agricole ne s’est diffusée aussi vite

Le caractère dangereux n’est pas démontré, le caractère pas dangereux non plus ! Cela favorise la concentration des exploitations mais ne règle pas la faim dans le monde, car les OGM sont hors de portée des producteurs de pays pauvres


On peut améliorer. On a implanté en Afrique le NREIC : New Rice for Africa, un croisement qui marche en Afrique. Un autre riz qui a le plus d’avenir est cultivé depuis cette année ; le riz NBT, « New Plant Type » mis au point par l’Inri. Un riz qui par hybridation donne des rendements de 110, 120 quintaux à l’hectare contre 70 pour les autres espèces. Pour la révolution verte, il n’y a pas eu d’intervention d’OGM mais l’agriculteur doit racheter des semences à chaque fois. Ils consomment beaucoup d’intrants, mais cela provoque de difficiles résistances aux maladies que l’on essaye de traiter par insecticides ou par l’appel aux techniques OGM


De 1999 à 2003, la consommation mondiale de céréales a été supérieure à la production : à cause de la diminution des stocks mondiaux et de la hausse des cours mais cela s’équilibre à la suite de meilleures récoltes. Cette année, le stock était passé en dessous de deux mois de consommation ce qui devenait grave


Il y a les sciences et marché, le dynamisme et le progrès mais il faut les organiser, il faut dépasser l’aspect économique et introduire des facteurs sociaux et environnementaux

Le Brésil se développe comme puissance alimentaire et développe ses filières agro alimentaires, la réforme agraire passe au second plan. A l’OMC, le Brésil veut développer ses exportations

On constate une réémergence des pays de la Mer Noire comme exportateur de blé, ces régions étaient les premières productrices de la planète avant 14 et sont bien placés pour alimenter un bassin méditerranéen déficitaire

On attend une participation accrue de la Chine aux échanges mondiaux, un triplement du coût du fret maritime, un net accroissement de leurs importations

Chine + Inde = 2/3 des agriculteurs de la planète, mais auront-ils de successeurs ? On constate un fort exode rural, que vont devenir ces campagnes constituées de très petites exploitations ?

On a un déficit en céréales des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, l’Égypte importe la moitié de la consommation de ses 70 millions d’habitants, l’Algérie les ¾, ce sont des données géopolitiques mondiales.




Questions


Question d’un enseignant, membre du collectif des faucheurs de Millau


A qui vont le bénéfice des cultures OGM, cela a-t-il eu une influence sur la faim dans le monde ? On sait que les OGM sont dangereux, on le sait.

C’est un problème politique lié à la réduction des terres. Pourquoi consacrer des terres à l’agriculture commerciale de luxe qui pourrait être vivrière ? Pourquoi cultiver pour des animaux quand on peut nourrir des hommes, cela me semble plutôt un problème de redistribution de richesses ?


Enseignant dans un lycée agricole

Comment les élèves se représentent-ils la situation ? Beaucoup de catastrophismes, risques liés à la consommation, amplifiés par les médias qui ne sont pas forcément objectifs.


Doctorante en bio

Il est différent de consommer un OGM et des produits issus des OGM, ce sont deux choses différentes. La diminution de l’érosion est un argument avancé pour promouvoir les OGM mais se pose la question de la diminution de la biodiversité peut être un danger plus grave que les OGM

Les OGM résistant aux herbicides, pesticides sont contestables, les arguments en faveur des OGM sont surtout économiques






Réponses de M. Charvet

Avec quoi le maïs peut-il se croiser ? C’est une plante domestiquée qui ne peut pousser sans l’homme contrairement au blé et au colza. Les agriculteurs américains sont réservés face aux OGM, certaines plantes pourraient développer une immunité face aux herbicides. Mais la rotation de base du corn belt est le maïs, soja qui fixe de l’azote dans le sol, un système qui fonctionne sur le plan agronomique. Ils utilisent le round up sur le soja OGM mais un autre herbicide pour le maïs pour assurer une rupture dans le système afin d’éviter la multiplication des résistances.


Il faut relativiser les informations qui véhiculent davantage les mauvaises nouvelles que les bonnes. Je prend l’exemple du maïs dans le Monde, Dossiers et Documents, récemment paru. On annonce l’introduction d’un antibiotique dans le maïs pour faire réagir les lecteurs. En fait, cette technique est abandonnée depuis 6 ans ! C’est à l’enseignant de fournir les meilleures informations possibles pour leur permettre de relativiser voir de corriger les informations des médias.


Il existe des progrès réels pour améliorer la logistique et l’alimentation mais c’est réservé aux pays riches


En tant que scientifique, je trouve critiquable la destruction de champs d’essai. Il n’a jamais été dit que les OGM allaient réduire la faim dans le monde car ces technologies sont onéreuses

On travaille des Chine qui résistent au stress hydrique mais ne sont pas encore opérationnels. Ce que l’on peut reprocher aux firmes est d’avoir voulu, pour des raisons financières, aller trop vite et ne pas prendre assez de précautions. Une certaine redistribution des richesses pourrait améliorer la situation alimentaire planétaire. Quand le niveau de vie augmente, l’apport de protéines animales permet une amélioration du régime alimentaire. On peut développer les activités industrielles comme en Chine, mais cela entraîne des délocalisations qui posent des problèmes ailleurs. Consommer les céréales directement est une solution mais dès que les population s’enrichissent, elles cherchent à varier leur alimentation. Les aspects ici évoqués ne traitent qu’une partie



Questions



Terre des hommes

Je propose un exemple de régionalisation avec l’Afrique verte «  les Sahéliens peuvent se nourrir » qui concerne le Burkina, le Mali et le Niger. Des zones déficitaires par région. L’idée est de mettre en rapport les régions entre elles et les pays entre eux avec un problème fondamental : l’absence de structures, de logistique, de stockage

Est-ce que cette expérience qui porte ses fruits au bout de 15 ans existe ailleurs sur la planète ?


Professeur de paris

Comment fonctionnent les marchés régionaux ?

Comment lutter contre le gaspillage dans nos pays riches ?



Professeur dans un lycée agricole

Le rapport de dépendance Sud-Nord ne va-t-il pas s’accentuer ?


Réponses de M. Charvet

Qu’est ce que la nature ? Le Middle-west américain était autrefois un immense marécage, la nature a une très forte dimension historique, quelle nature voulons nous ?


Au Sahel, c’est une bonne illustration du poids des structures d’encadrement est fondamental,

Il est difficile de répondre à la question sur les marchés régionaux, il faut mettre en place une politique agricole commune qui a permis le développement d’agricultures nationales. Cela commence en Asie, dans les pays producteurs de riz, c’est une idée de Marcel Moselier, comment protéger un marché fortement et bénéficier de délocalisations industrielles, c’est une idée à étudier mais difficile à mettre en place


Le gaspillage est fondamental, c’est une question d’éducation à la maison puis à l’école


La dépendance ne peut qu’augmenter, à cause des problèmes logistiques essentiellement,

[cf. Sylvie Brunel ]





Michel Hagnerelle

Grande importance de TDC mais aussi des 10 numéros d’aléas et enjeux sur les risques majeurs à ne pas oublier

Le géographe doit aborder de façon globale des problématiques complexes

Posture que nous devons tenir : nous devons nous méfier de tout catastrophisme. Nous devons dépasser ce niveau

Nous devons nous méfier de toute position unilatérale, nous sommes professeurs de civisme, notre position est d’emmener les élèves à raisonner et à se faire un jugement en fonction des diverses entrées d’un problème. Le thème de l’alimentation s’y prête. Dans le cas de l’Inde, on peut poser les grandes problématiques de l’alimentation dans une perspective durable, relation entre population et ressources alimentaires, question des typologies agricoles, de la révolution verte et des limites, de l’environnement et du devenir des espaces agricoles. On doit entrer dans les thèmes par des exemples et des informations multiples et argumentées