LES TRIBULATIONS DE LA JORDANIE DEPUIS SA CRÉATION

André BOURGEY

Compte-rendu par Éric CAZAUBON

Lycée Camille Claudel Troyes



Le royaume de Jordanie est né en 1921 et a été reconnu par la Société Des Nations en 1922.

La Jordanie est traditionnellement présentée comme un Etat du Croissant fertile. En fait, elle est plutôt un Etat de transition entre le Croissant fertile et la péninsule arabique. On pourrait aussi dire qu’elle est un ‘’royaume-tampon’’ ou un ‘’royaume-frontière’’ entre Israël, l’Irak, la Syrie et l’Arabie Saoudite.

C’est un pays qui cumule de multiples handicaps :

C’est ce dernier aspect qui retiendra notre attention ici, d’où le titre de la conférence. Selon le dictionnaire, les tribulations sont une suite d’aventures plus ou moins désagréables, de revers, d’obstacles surmontés. Cette définition correspond bien à l’histoire de la Jordanie qui est effectivement un pays très dépendant des facteurs géopolitiques de la région, mais qui constitue pourtant un ‘’miracle’’ de stabilité. L’étude de l’histoire de ce pays doit nous permettre de comprendre cette situation particulière.


NAISSANCE DE LA JORDANIE.

La Jordanie est née du double jeu du Royaume Uni pendant et après la Première guerre mondiale. Pendant la guerre, la diplomatie anglaise promet aux Hachémites un grand royaume arabe s’ils se soulèvent contre l’Empire ottoman ( cf le rôle de Lawrence d’Arabie). Mais, alors que les Hachémites remplissent leur part du contrat, les Anglais partagent avec les Français les ruines de l’Empire ottoman et promettent au mouvement sioniste la création d’un ‘’foyer national juif’’ ( cf la déclaration Balfour en 1916).

Pour autant, les Hachémites, avec Fayçal, tente de construire le royaume promis avec pour capitale Damas. Les Français, qui ont obtenu de leur accord avec les Anglais la Syrie et le Liban, chassent Fayçal de Damas. Le frère de celui-ci, Abdallah, tente de le rétablir en contrôlant la Transjordanie et Amman.

Le Royaume Uni ne maîtrise alors plus une situation devenue tendue. Il est obligé de clarifier ses positions : il propose ainsi à Abdallah de devenir émir de Transjordanie ( le nord de l’actuelle Jordanie) sous mandat britannique. C’est ainsi qu’est née la Jordanie en 1921, qui comble en quelque sorte le vide laissé par le départ des Turcs. En 1946, l’émirat devient le royaume hachémite de Jordanie.

LA FIXATION DES FRONTIERES ACTUELLES.

Seule la frontière nord est fixée dés la naissance de la Jordanie, sur le fleuve Yarmouk.

La frontière avec l’Irak est fixée en 1932.

Le royaume s’est aussi agrandi au sud et en 1966, il a échangé avec l’Arabie Saoudite des territoires désertiques au sud-est contre 20 km de débouché maritime dans le Golfe d’Aqaba

C’est la frontière du Jourdain qui pose finalement le plus de problèmes. Dés 1948, la Jordanie entre en guerre avec Israël et occupe la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Cette double annexion bouleverse le royaume en accroissant as superficie et surtout sa population puisque le pays accueille dans les années qui suivent quelques 1,2 million de réfugiés. Cet afflux massif est bien sûr une source de difficultés ( qui aboutissent notamment à l’assassinat du roi Abdallah par des réfugiés lui reprochant les annexions mais aussi une chance pour la Jordanie qui accueille aussi la bourgeoisie palestinienne qui va jouer un rôle essentiel dans l’essor économique du pays.


LE POIDS DES CONFLITS REGIONAUX

La Jordanie perd la Cisjordanie et Jérusalem, c’est-à-dire 47% de sa population, la riche agriculture méditerranéenne de cet espace et la moitié de son appareil industriel. De plus, elle accueille 300.00 à 400.000 nouveaux réfugiés ( les ‘’déplacés’’ au sens où ils se déplacent dans l’Etat jordanien d’ouest en est’’), dont le départ est ‘’encouragé ‘’ par Israël.

Beaucoup d’entreprises occidentales ayant leur siège au Liban choisissent de venir s’établir en Jordanie ; Aqaba profite de la fermeture du port de Beyrouth pour se développer, et tire aussi profit de l’insécurité qui s’installe dans le Golfe persique avec le conflit Irak/Iran. La Jordanie bénéficie donc d’une situation économique favorable.

Aqaba devient le débouché maritime pour le pétrole irakien et la ville de Maan ( au nord d’Aqaba) connaît un essor industriel et dans les transports. La fin de la guerre en 1988 met fin à une période économique positive et en 1989, des émeutes éclatent à Maan, obligeant le régime à faire des réformes, notamment politiques.

La Jordanie prend parti en faveur de l’Irak. L’embargo dont fait l’objet ce pays et les positions jordaniennes nuisent à l’économie qui subit le boycott des pays voisins. De plus, à l’issue de la guerre, 400.000 Palestiniens qui travaillaient au Koweït sont expulsés, conséquence du soutien d’Arafat à Saddam Hussein. Ils constituent donc une troisième vague de réfugiés dans un pays en proie aux difficultés économiques.

En échange d’une autorisation de survol de son territoire et de passage des troupes ( bien qu’elle ait condamné la guerre…), la Jordanie obtient une aide économique de la part des Etats-Unis. Cette aide est la bienvenue à un moment où celle des pays voisins baisse. Cependant la Jordanie est quand même victime de la crise économique qui touche la région ( cf le tourisme), d’autant que beaucoup de Jordaniens sont expatriés dans les pays voisins, générant des flux financiers non négligeables pour leur pays.


CONCLUSION

Les tribulations de la Jordanie sont donc multiples et montrent de façon évidente que la géopolitique influence la géographie, l’exemple d’Aqaba en étant l’illustration.