LES INDUSTRIES AGRO-ALIMENTAIRES FRANCAISES : UN TOURNANT ?

Conférence par Christine Margetic, géographe.

Compte-rendu

.MH Legros, collège Rollon,
Gournay en Bray.

Académie de Rouen

I) Une ressource majeure de l’économie nationale.

Les industries agro-alimentaires représentent en France 100 840 entreprises et 421000 salariés ; 3 190 entreprises ont plus de 20 salariés. (Source : Ministère de l’Agriculture). Les effectifs sont relativement stables, en légère progression. Cependant, le nombre d’emplois précaires dans ce secteur augmente.
Il est difficile d’analyser globalement la stratégie du secteur en raison de la très grande diversité des produits et des activités. Diversité des types d’entreprises :
· coopératives agricoles (puissantes dans les secteurs de la viande, du lait et des fromages, de la vinification, des légumes, du sucre).
· Les PME et l’artisanat représentent les trois quarts des entreprises de moins de 20 salariés. Les PME sont puissantes dans les secteurs de la vinification, la chocolaterie, la charcuterie, la viande, le fromage, les produits du terroir… La localisation des IAA est concentrée : Bretagne et Pays de Loire représentent 20% de la production. Viennent ensuite Rhône-Alpes, Nord Pas de Calais et Ile de France. Ces 5 régions concentrent 50% des salariés du secteur.
Chaque région a ses spécificités :
- Grand Ouest : agriculture polyvalente
- Nord Pas de Calais : les autorités locales se sont appuyées sur les IAA pour redynamiser la région en crise
- Ile de France : peu d’industries de première transformation, mais plutôt implantation des sièges sociaux : les firmes IAA répondent à une stratégie de proximité en étant à Paris pour des produits tels les pâtes, le thé, le café.Les critères de localisation des IAA sont connus : près du lieu de production (surtout s’il s’agit d’une zone de spécialisation agricole), près des consommateurs, à proximité des ports maritimes et/ou fluviaux. Les IAA maintiennent l’emploi en milieu rural si l’implantation est forte. L’instabilité est possible si l’entreprise change d’échelle : l’échelle locale est différente de l’échelle nationale ou européenne. La firme Coca-Cola s’est implantée près de Dunkerque pour des raisons de logistique et de proximité des marchés de consommation. Dans les années 90 a prévalu la logique du « recentrage sur le métier » car la diversification a été un échec. Les IAA se sont intégrées au marché européen (1992) et ont pris leur place dans les nouveaux pays de l’UE, en ex-Europe de l’Est.
Les entreprises ont opté pour une logique de regroupement des activités sur un seul site choisi : en Ile de France, les fermetures d’usines entre 1970 et 2002 ont abouti à une plus forte concentration spatiale.

II) Passage de l’alimentation de masse à la segmentation des produits, le post-fordisme appliqué au domaine agro-alimentaire. Le consommateur demande des produits de plus en plus diversifiés, les marques s’adaptent donc. On assiste à une désintégration de la chaîne de valeur alimentaire pour adapter l’offre à la demande.Agro-industrie : la matière première brute est transformée et finie : viande, poisson, vin… Les IAA vendent directement leurs produits. Il y a peu de recherche développement dans ce secteur : 3 300 chercheurs, surtout à Paris.
Ici le moteur de l’innovation est le marché en cherchant à mettre au point des produits pour conquérir de nouveaux créneaux. (exemple : Ebly)
Les pouvoirs publics ont mis en place un plan pour les IAA, dont le but est de créer des emplois et encourager l’innovation.
En 2004, la logique des pouvoirs publics est la concentration : on ferme des sites pour être meilleurs ; l’aménagement du territoire en est modifié car la filière laitière est, pour l’instant, très étalée et peuplante.
On développe la notion du « local » pour aider les produits locaux face mondialisation : pour le jambon de Bayonne par exemple, 22 départements sont concernés par une appellation !

III) Originalité des agro-industries, les liens avec le monde agricole. Beaucoup de fermes laitières disparaissent, les IAA ne peuvent pas demander aux autres éleveurs de produire davantage de lait à cause des quotas laitiers. Parfois l’IAA n’a plus assez d’approvisionnement. Mac Caïn s’approvisionne en pommes de terre sur une distance de 1 000 km, l’usine est à Harnes (Picardie).
Quelles sont les perspectives des IAA ? Avec l’ouverture des marchés, nos usines en France sont-elles utiles ? Perspectives auxquelles il faut ajouter les problèmes liés aux crises sanitaires….

IV) Qualité et proximité, nouvel enjeu pour les firmes agro-alimentaires.On a développé les « marqueurs de qualité » (AOC, AOP, IGP), l’agriculture biologique, les labels.
Avant, l’assurance portait sur la qualité de l’outil industriel, maintenant on assure l’amont également, on demande des garanties aux agriculteurs.
Exemple les exigences de Bonduelle concernent la charte, le choix des sols : qualité, absence de pollution de l’air, de la terre sur les exploitations. Mais près de l’usine Bonduelle va s’installer une usine d’incinération… Va-t-on avoir les mêmes exigences pour l’usine que pour les agriculteurs ?Les signes de qualité pour la production animale se multiplient, notamment en identifiant un animal à sa région, exemple le veau des Pays d’Artois.Sodial met en place une démarche : « la route du lait ». Sur les routes il y a des panneaux pour donner des informations au consommateur sur la circulation du lait, les fermes… La qualité passe donc désormais par la santé et la communication. Des IAA se mettent à table : chaîne Graine d’appétit du groupe Fleury Michon, Semaine du goût… Des IAA créent des musées, font visiter des usines, développent l’information sur Internet.Pour le géographe, l’échelle d’analyse s’étend, on partait du local, maintenant il faut aller vers l’international en relation avec la stratégie du groupe industriel. De plus en plus, on mélange donc la géographie économique et la géographie culturelle (identité)