CUISINE ET ALIMENTATION AU CŒUR DU LIEN IDENTITAIRE DES DIASPORAS :

LES EXEMPLES CHINOIS ET GRECS.

par Michel Bruneau, directeur de recherches au CNRS.


Compte rendu : Emmanuel Porché
Lycée Galilée

Académie de Rouen

A - QU’EST-CE QU’UNE DIASPORA ?Une diaspora est composée de migrants qui, avec le temps, maintiennent un sentiment d’appartenance identitaire. Elles sont souvent issues de migrations plus ou moins forcées. La mémoire collective joue un rôle important pour le lien identitaire.Les diasporas possèdent 4 critères essentiels :
· Dispersion dans de nombreux lieux (non voisins des lieux d’origine).
· Rôle important de chaînes migratoires (« passeurs » aidant à l’intégration, l’insertion dans la société d’accueil mais gardien simultanément d’une identité).
· Pas d’assimilation totale à la société d’accueil.
· Organisation de réseaux d’échanges avec les sociétés d’origine.Désormais, il y a un nouveau modèle de diaspora : la diaspora noire des Amériques. Il s’agit d’un modèle hybride (en « rhizome ») caractérisé par le métissage, la dissémination, l’absence de noyau dur identitaire et le rejet de toute référence à une Nation.B - ALIMENTATION ET CUISINE COMME MARQUEURS IDENTITAIRES.La cuisine et l’alimentation sont des symboles identitaires et un lien avec la culture d’origine. Il y a même persistance de pratiques régionales. Elles sont des facteurs d’affirmation ethnique malgré les liens avec le milieu d’installation. Cela passe par exemple par les repas festifs.
Les repas festifs permettent de renouer avec une mémoire / identité que l’on revendique. Les écrivains grecs – américains insistent dans leurs œuvres sur les repas de la fête de Pâques avec le rôti d’agneau, le rôle du pain. Il y a une forte charge émotive liée aux goûts, aux saveurs des aliments d’origine.
Les locaux des associations possèdent souvent une cuisine et un bar dans la diaspora grecque. Ceux-ci sont liés à des photos, des musiques et des danses voire l’apprentissage de la langue d’origine pour les plus jeunes générations.Chez les Chinois de Hong Kong, les repas à la vapeur (dim sum) dans les villes australiennes jouent un rôle de « refuge » qui permet de sortir de leur isolement. Ils permettent également une intégration à la société d’accueil grâce à des immigrés installés plus précocement. La diaspora noire des Amériques est elle aussi très créative pour la cuisine. Elle a combiné les restes ou déchets de la nourriture des maîtres du temps de l’esclavage (origine des accras de morue) mais aussi certaines techniques amérindiennes de cuisson (barbecue, viande boucanée).

C - LES ENTREPRISES LIÉES AU LIEN IDENTITAIRE ALIMENTAIRE.
Les restaurants, les étals de nourriture chinois, vietnamiens ou indiens sont des lieux de sociabilité à Kuala Lumpur pour les différentes diasporas installées dans la capitale de la Malaisie.
Les cafés grecs aux Etats-Unis et au Canada jouent également le rôle de lieux de rencontres, supérieur à celui de l’église mais aussi un rôle pour l’ascension sociale. Le conférencier cite l’exemple de vendeurs ambulants avec leurs chariots de fruits et légumes qui parviennent ensuite à acheter une boutique de confiseries avant de posséder ou transmettre un restaurant ou café ou magasin de traiteur. Ces entreprises familiales permettent l’insertion dans les classes moyennes dès la 2e génération. Il existe ainsi des chaînes de restaurants grecs aux Etats-Unis. Les restaurants grecs jouent également le rôle de vitrine de la culture de la diaspora vis-à-vis de la société d’accueil, par la musique diffusée, le costume des serveurs…Ce phénomène se reproduit également en France. 51 % des établissements commerciaux des Chinois d’origine sont des restaurants. Ils mettent en œuvre un marché ethnique du travail (3/4 des Chinois installés en France travaillent chez des compatriotes) avec des offres d’emplois destinés à des travailleurs chinois (immigrants, demandeurs d’asile, Chinois nés en France…). Il y a un turn-over important, le statut de l’emploi est souvent précaire mais il permet une certaine intégration (contact avec clientèle oblige à apprendre le vocabulaire de base) et parfois une ascension sociale si le travailleur devient lui-même entrepreneur grâce à un système de solidarités (de clan, de dialecte, d’origine régionale) et / ou de tontine pour démarrer une entreprise. La répartition des restaurants chinois à Paris est assez dispersée mais certaines rues sont plus spécialisées. Ceux-ci mettent en œuvre des réseaux avec des flux importants (argent, personnes).

Conclusion :
· L’alimentation appartient à la vie la plus intime de la diaspora. Elle est même supérieure à la langue (qui se perd plus rapidement dès la 2e génération).
· Les phénomènes de métissages existent car il est nécessaire de s’adapter aux goûts de la clientèle des restaurants des pays d’accueil.
· Les restaurants représentent une possibilité d’insertion dans les classes moyennes des pays d’accueil pour les membres d’une diaspora.