DE LA REVOLUTION VERTE A LA REVOLUTION DOUBLEMENT VERTE.
SAVOIRS PAYSANS, RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE TROPICALE.


Conférence de Jean Pierre Raison, géographe



M-H Legros, collège Rollon ,
Gournay en Bray.

Académie de Rouen

Pourquoi y a-t-il eu absence de révolution verte en Afrique ?
· C’est un programme occidental, une retombée des progrès techniques du Nord, une volonté économique européenne.
· La révolution verte nécessite de gros besoins (eau, engrais…).
· Il s’agit d’un écosystème homogène dans lequel une seule plante est cultivée. En Afrique, le système est organisé sur la pluralité des cultures : on joue sur la variété des plantes et sur le milieu. On ne consomme pas uniquement des céréales mais des tubercules, des bananes, etc. Utiliser une seule plante pour l’alimentation de base en Afrique n’est pas logique. L’agriculture africaine est adaptée aux différents écosystèmes.
· La révolution verte joue sur l’irrigation mais en Afrique on pratique une agriculture pluviale et il n’y a pas vraiment de tradition hydraulique.
· Les conditions sociales et économiques de la révolution verte correspondent à de petites exploitations dans une situation de forte densité. En Afrique, les densités sont faibles.
· En Asie, sur le plan du foncier, le statut de la terre est fixe (propriété privée, location), tandis qu’en Afrique, les règles d’usage de la terre sont floues.
· L’encadrement global : en Asie, l’environnement économique et politique permet la révolution verte, il existe une industrie de base (engrais), une intendance (crédits), une politique de marché (achat par l’Etat indien des produits et écoulement), un protectionnisme fort. Rien de cela n’existe vraiment en Afrique.Il y a eu des tentatives de révolution verte en Afrique, mais cela est resté très limité dans l’espace.
L’exemple de la Tanzanie, qui a tenté la révolution verte en même temps que la collectivisation des terres et la mise en place d’une économie socialiste.
L’exemple de la Zambie : la révolution verte est mise en place vers 1980. La densité de la population dans le pays est de 12 hab./km², en milieu rural, elle est de 7 hab./km². La forte proportion de population urbaine s’explique par la production de cuivre. La population de Lusaka a été multipliée par deux entre 1963 et 1969. La Zambie vit du cuivre. Les gisements sont nationalisés. L’exode rural a été important, et, par conséquent, la production vivrière a chuté. Puis sont venus les problèmes d’exportation du cuivre.
En 1980, l’agriculture est brutalement modernisée, avec une uniformisation décidée au niveau national. La culture du maïs devient obligatoire avec des engrais, des herbicides… On crée une unité de surface, le lima (= ¼ ha). L’Etat prend en charge la livraison des engrais, des semences pour le lima.
Le résultat immédiat a été positif : la Zambie a produit du maïs hybride que les coopératives achètent. La culture du maïs a donc connu une extension jusqu’en 1990. Mais actuellement, la production est en baisse car le coût est trop élevé : il faut le quart du budget de l’Etat pour financer ce programme. Les faiblesses de l’Afrique :
· Manque de capitaux : l’absence de système de crédit s’explique en l’absence de propriété privée, qui rend impossible l’hypothèque des biens.
· La force de travail : l’Afrique est en situation de manque relatif qui devient grave si l’émigration prend de l’ampleur.
· Faible association de l’agriculture et de l’élevage (maladies).
· Pauvreté de l’outillage : le travail à la main domine. Or, pour un ha, le temps de travail est de 4 heures avec un tracteur, 4 jours avec un attelage, et 400 jours à la main !
· Faible maîtrise de l’eau. Cela favorise les systèmes extensifs.Atouts :
· Dynamique écologique. Beaucoup de plantes en Afrique sont importées (maïs, haricots…)., les Africains sont attirés par les nouveaux végétaux et aiment expérimenter.
· Importance des associations de plantes dans un même champ. Ce système de production est meilleur que les autres.
· Utilisation maximale des végétaux naturels : les arbres utiles.

Deuxième révolution verte : le paysan a un savoir-faire, une éducation dont les agronomes doivent tenir compte. On ne peut tout imposer au paysan. La tendance actuelle est d’accompagner le mouvement agricole.
Laisser le paysan faire ce qu’il veut n’est pas bon et mène toujours à l’échec. Le paysan a besoin d’être aidé scientifiquement et techniquement. La recherche avec le monde paysan coûte cher car il y a un très fort apport des sciences fondamentales. Il faut créer des liens avec la démarche du paysan.
Actuellement pas de réponse pour l’agriculture. Comment revégétaliser le Sahel ? des recherches en cours ; pour la savane, la question demeure pour le moment sans réponse. On observe l’agriculture forestière mais on ne sait pas comment cela fonctionne.
On ne sait pas répartir les pouvoirs entre les différents acteurs et on constate souvent la grande faillite du politique en Afrique. Les problèmes géopolitiques pèsent également dans la région, tandis que l’Afrique n’a pas de poids au niveau international.