« LES ÉCHANGES AGRO-ALIMENTAIRES :
ÉCHANGE INÉGAL ET COMMERCE ÉQUITABLE »

avec Jean-Paul CHARVET, Blandine CHEYROUX, Bernard CHARLERY DE LA MASSELIÈRE, Patrick JOLIVET, Gaël GROSMAIRE

Animée par Noël COPIN

Compte-rendu par Marie-Claire DOCHEZ

Lycée Jean Jaurès Reims

Noël Copin : Le commerce équitable est-il plus que de la charité ? Pourquoi est-il si peu développé en France ? ( par rapport à l’Europe du Nord par exemple) Ne risque-t-il pas d’être récupéré par la grande distribution ? Y a-t-il des chances pour qu’il gagne l’ensemble des échanges ?

J.P. Charvet : Les prix des produits agricoles sont très instables, ils peuvent varier de 1 à 2 voire plus , très rapidement.Pourquoi ? La consommation mondiale est très supérieure à la production, surtout à cause de la Chine. Selon les produits, la part de la production qui transite par le marché mondial diffère beaucoup :c’est plus de 80% pour le café, le cacao, 45% pour le thé, 27% pour le coton, alors que pour le sucre, ce n’est que 20%, pour le blé, 18-19%, pour le lait,10%, pour les viandes,9%, à cause de l’importance du marché intérieur pour les pays riches. La spécificité de la production agricole, c’est que le climat joue un grand rôle : par exemple, la récolte du blé ukrainien peut varier de 1 à 4, celle du blé australien de 1 à 2. Or la demande solvable évolue de manière régulière et lente.On appelle effet de King ces variations de prix qui sont plus que proportionnelles aux variations de quantité.Par exemple, si l’offre diminue de 10%, le prix augmente de plus de 10%, si l’offre augmente de 10%, la baisse des prix pour l’agriculture est très supérieure à10%. Et c’est un très grand handicap pour l’agriculture mondiale surtout dans les pays pauvre ,où les agriculteurs ont très peu de soutien. Sur le long terme, en monnaie constante, les prix ont diminué. Est-il donc raisonnable pour l’OMC de mettre en concurrence des agricultures aussi différentes que celles du Nord et du Sud, avec des écarts de rendement et de productivité aussi énormes ?

Bl.Cheyroux : Prenons l’exemple des produits tropicaux : au Burkina Faso, 50% des entrées de devises sont dues au coton.En quoi les échanges sont-ils inégaux ?


C.de la Masselière :

Historiquement, le capitalisme s’est construit sur les produits tropicaux, l’accumulation de capital s’est faite au milieu de la chaîne, pas aux extrémités. Le commerce est fondé non sur la concurrence, mais sur le monopole. En Afrique de l’Est, au Kenya, le café a été longtemps réservé aux grands planteurs.Aujourd’hui, la concurrence n’est pas entre producteurs ; il faut plutôt se demander quelle place a la production dans la filière.La conquête de la plus-value est très inégale ; pour le café, en moyenne ,10% vont au petit producteur ( en Allemagne, c’est seulement 5%, car le café est un produit d’appel, au Royaume-Uni, 28% vont au petit producteur).

Quelle est la place de la production ? Le marché dépend de la production ; on peut faire des prévisions sur le marché, peu sur la production. Le processus d’ouverture des filières donne des chances aux producteurs, dans la capacité d’innover.

Et les intermédiaires ? Les producteurs eux-mêmes , sans lesoutien de l’Etat, cherchent de nouveaux marchés. Le café peut être remplacé par la production de légumes pour les villes et le grand boom en Afrique est celui des cultures maraîchères.

P.Jolivet : Il y a une répartition inéquitable revenus, ressources ; selon le P.N.U.D. en 2003, les 1% les plus riches ont autant que les 57% les plus pauvres… Max Havelar représente 1,6% du marché et son volume de vente a augmenté quand les hypermarchés l’ont proposé dans leurs rayons.

G.Grosmaire : en France, le revenu moyen d’un agriculteur est supérieur à celui d’un ouvrier non qualifié.

J.P Charvet : je suis favorable à la souveraineté alimentaire, mais certains Etats n’y arrivent pas : par exemple, les Etats de l’est et du sud de la méditerranée sont de plus en plus importateurs de céréales ( 50 à 60 milions de tonnes ).C’est un vrai problème géopolitique . L’U.E. produit trop, doit mieux gérer son environnement, mieux ses agriculteurs…, mais le déficit se creude au sud de la méditerranée ; faut-il abandonner notre sécurité au bon vouloir des Américains ? Par ailleurs il faut prendre en compte tout l’environnement agricole : le producteur de café n’est pas que caféiculteur, il fait pousser d’autres produits.