Le riz face à la mondialisation : une céréale et des cultures en résistance ?

 

Le riz, plus fort que la mondialisation


Jean-Paul Charvet : [cf. le dernier numéro de TDC : le riz qui nourrit la moitié du monde]

[Carte mondiale de la production de riz : producteurs de plus d’un million de tonnes]


La grande majorité des producteurs de riz sont en Asie dont c’est la céréale emblématique. On compte 200 millions d’exploitations rizicoles sur notre planète et 50 % de la population mondiale en dépend qu’il s’agisse de travail ou de consommation.

Contrairement au blé ou au maïs, le marché mondial du riz est fragmenté et peu organisé. 5 à 6 % de la production transite par le marché mondial, le reste est auto consommé. Le marché est fragmenté, avec des variétés différentes. Le riz n’est pas côté sur les grands marchés à terme de la planète.

Le riz est plus cher sur le marché mondial que les autres céréales même si les prix ont baissé un peu, il atteint 250 $ la tonne, 150 $ pour le blé, (entre 90 et 100 pour le maïs s’il était coté)


Philippe Pelletier : le riz au Japon


Une des caractéristiques du système japonais, le subventionnement important au riz, est actuellement remis en cause. On constate une régression de l’agriculture au Japon, en surface comme en nombre d’exploitants. En 50 ans, tout a été divisé par deux. L’autosuffisance est passée de 95-90 % à 50 % de nos jours avec une forte dépendance du marché étranger. Il existe des variations. Une grande partie des Japonais dépendent de la riziculture, mais ils se concentrent particulièrement au Nord et au Nord-est. La production se maintient malgré la diminution des surfaces car les rendements augmentent. Le gouvernement achetait le riz aux coopératives et le revendait cher aux consommateurs jusqu’en 1995, d’où des problèmes de stockage. La consommation de riz par tête d’habitant a diminué et il a fallut relancer la consommation. La courbe de la production comme celle de la consommation sont déclinantes. Cette diminution a été engendrée par les décisions du gouvernement qui a déréglementé le soutien au cours du riz, entamé une campagne de « dérizement », la priorité a été donnée au marché dit « libre » sous la pression du GATT et des Etats-Unis. C’était une des armes des Américains pour contrer les exportations japonaises. Des changements politiques sont intervenus au Japon où les campagnes soutiennent traditionnellement les démocrates. Avec l’ancien système électoral japonais, il fallait 5 fois moins de voix pour se faire élire dans les campagnes que dans les villes d’où une surreprésentation. Le parti rizicole conservateur soutenait paradoxalement une politique industrielle extravertie. Sa garantie était le soutien étatique au cours du riz. En 1995, tout change et s’accélère, entre 800 000 et 1 million d’hectares sont reconvertis chaque année. C’est une politique en fragile équilibre. Depuis 96, les villes sont mieux représentées et le poids du lobby rizicole a diminué. Aujourd’hui, le Japon importe du riz de l’étranger depuis les mauvaises récoltes de 1993, de Thaïlande et même des Etats-Unis : 658 000 tonnes de riz sont importées aujourd’hui dont 50 % des Etats-Unis, 20 % de Thaïlande, 20 % de Chine, 10 % d’Australie. La moitié du riz est vendue en dehors des coopératives et on prévoit de réduire le nombre d’exploitations en 2010. Les campagnes pèsent moins lour électoralement ! Malgré son marasme économique et industriel, le Japon garde la volonté de s’afficher comme une puissance et demande un siège permanent à l’onu


Thierry Sanjuan : le riz en Chine


En Chine, la base électorale rurale compte peu même si le gouvernement reste conservateur. La Chine est le premier producteur mondial de nz avec 30% dans la Chine du Sud, cette céréale représente 44 % de la production céréalière chinoise en 2002

On constate une réduction progressive de la riziculture avec le plus bas niveau atteint en 2003 qui pousse la Chine à importer. Il y a du riz en Chine mais le marché intérieur est mal organisé et la circulation des flux difficile

Entre 1992 et 2002, on constate une baisse de la superficie des rizières, surtout dans les régions côtières avec le développement industriel et urbain de :

Par une auto consommation très importante, les villages ne commercialisent qu’un tiers de leur production et surtout ont une très faible rentabilité. L’Etat aide les prix pour qu’ils ne chutent pas, constitue des stocks et des greniers et déréglemente progressivement les cultures. Aujourd’hui, les populations paysannes ont le choix des productions. Autour des villes, les paysans préfèrent le maraîchage aux céréales de base, confinées aux marges d’un espace qui éclate.

On remarque une baisse globale de la consommation de riz qui n’est plus la grande affaire car l’enrichissement de la Chine a permis de diversifier l’alimentation

La réduction des rizières en Chine entraîne une concurrence dans l’occupation des sols, où les rizières sont concurrencées par les zones ou friches industrielles, l’extension des espaces urbanisés et des infrastructures de transport.

Apparaissent des problèmes de pollution d’eau ou de manque d’eau au Nord. Le plus souvent, les autorités provinciales et locales sont en désaccord. Les pouvoirs locaux sont destructeurs de rizières, les pouvoirs provinciaux cherchent à les protéger : ils interdisent de convertir les espaces agricoles en autre chose

Une perspective apparaît avec le développement de nouvelles variétés de riz : le super riz cultivé depuis 1995 t qui devrait donner 10.5 tonnes par hectares sur 10% de la SAU. Cette innovation a reçu un accueil différent selon les provinces Dans certaines provinces, ce riz récolté rapidement mais qui n’est pas très bon n’a pas été accepté. Les Chinois ont installé aux Philippines, des laboratoires de recherche rizicole

Les rizières ont permis de fortes concentrations de populations au niveau de villages, de villes et on imagine difficilement une Chine sans rizière

Le développement économique s’est concentré vers les littoraux à partir des villes nées de la riziculture depuis le XVIème. Depuis 1988, ce tissu rural initial est utilisé comme base de développement industriel, sans exode rural par une mutation des activités. On se développe à partir des campagnes. Depuis 1995, la ville s’étend, utilise les rizières, et on développe pour la ville, équipements et réseaux. Le schéma rural disparaît au profit d’un nouveau schéma spatial à partir de la ville

Jean-Louis Chaléard : le riz en Afrique


En Afrique de l’Ouest

Il existe une riziculture ancienne avec une culture du riz à tous les sens du terme. C’est une zone où les consommations ont augmenté, car si l’Afrique n’est pas un gros producteur, c’est un gros consommateur, elle représente ¼ des exportations mondiales ce qui pose le problème de l’indépendance alimentaire

Les riz africains sont différents des riz asiatiques, ils viennent depuis 3000 ans du delta du Niger à partir duquel ils se sont répandus. La riziculture est pluviale, de mangrove, de bas fond, relativement intensive. On gagne des zones amphibies sur le littoral (mangroves) La riziculture pluviale qui s’apparente à la riziculture sur brûlis, intervient en Afrique occidentale pour 80 à 90% de la production locale. Ces cultures se sont étendues en superficie depuis 30 ans mais ne répondent pas à l’évolution de la demande en Afrique : + 4,5 à 5% de hausse de croissance de la consommation qui sont dues à des taux de croissance de population de + 3 % par an et à la hausse de la consommation par tête. On consomme plus de riz en ville qu’à la campagne. Les populations les plus pauvres consomment du riz car les brisures de riz sont bon marché. Celles qui voient leur niveau de vie s’élever vont dans le cadre d’une diversification de leur alimentation, acheter du riz de meilleure qualité. Cela se traduit par une forte hausse des importations de 5 % par an depuis les années 60 et 70. A partir des années 90, on a eu une phase de libéralisation des économies qui a accentué le phénomène même si la croissance est remarquable avec + 3% de hausse de production par an. Les Etats ne s’en sont pas désintéressés : ils se disent favorables à une hausse des productions mais ce n’est qu’un discours car les budgets pour le développement rizicoles restent modestes. Les politiques de grands aménagements rizicoles et d’importations sont très diverses. Il existe des infrastructures modernes, parfois mécanisées sur de grands espaces dans le delta du Sénégal, que l’on essayé dès les années 30, d’organiser dans le delta inférieur du Niger, avec un moindre succès. Il semble que des progrès commencent à intervenir. Ces projets ont été très coûteux pour des résultats médiocres. Le riz produit au Sénégal était 2 à 3 fois plus cher que celui produit ailleurs. Les petits aménagements rizicoles sont moins coûteux et marchent mieux. Le problème est qu’ils ne pensent qu’à la riziculture irriguée et intensive sans penser au riz pluvial qui permettrait de doubler ou de tripler les rendements. Le travail reste manuel avec du matériel sommaire, elle est peu compétitive. Les Etats ont surtout cherché à résoudre le problème par des politiques d’importation quand le riz était peu cher sur le marché mondial. Cela permettait de s’assurer la paix sociale en vendant du riz peu cher sur les marchés urbains, l’Etat touchait des taxes sur les importations et les négociants en riz étaient souvent proches du régime. Cela n’a pas changé depuis les années 90 malgré la libéralisation des marchés et la fermeture des offices qui n’ont pas changé grand-chose. Les rizeries (qui transforment le riz padi en riz de consommation) préfèrent travailler les riz asiatiques ou américains, plus faciles à usiner. On ne va pas vers une diminution des importations et le Sénégal importe, et a toujours importé, beaucoup de riz

La Cote d’Ivoire importait peu jusqu’en 70 avec une politique de production intérieure qui a cèdé devant la baisse des cours, on produit plus de cacao et on importe du riz. Même la dévaluation du franc CFA qui a perdu 50 % de sa valeur en 1974, ne freine pas le mouvement. Ils importent la même quantité que le Sénégal avec 4 fois plus de population ce qui témoigne du maintien d’une production locale.

Au Mali, les importations sont en diminution depuis les années 90. Le riz malien est devenu compétitif après la dévaluation car s’y sont rajoutés des coûts de transport, très élevés pour les transports terrestres en Afrique. Grâce aux progrès réalisés dans le delta du Niger, la situation s’améliore

Devenu parfois un plat national, acculturé au Sénégal par exemple où il est devenu emblématique des plats traditionnels, il atteste d’un changement de mode de vie.