Favorisés par l’
économie collectiviste
vouant la
campagne à la production de plantes industrielles
et la ville à l’industrie lourde (sidérurgie, pétrochi-
mie, etc.), les
jardins ouvriers et familiaux
sont devenus très vite un recours pour l’
alimen-
tation
de la plus grande partie des populations
des pays d’Europe centrale et orientale.
Les jardiniers, issus pour la plus
grande part de la campagne, ont
reproduit dans les jar-
dins, un art de la cul-
ture des légumes, des
arbres fruitiers et de
la vigne, pour leur
propre consom-
mation
ou pour un
commerce parallèle
très local et parfois
organisé en coopéra-
tives.
Très limités par des
règlements contrai-
gnants et fortement
encadrés, ces jardins
ont été fortement
investis par des popula-
tions qui y ont trouvé
non seulement un moyen pour se nourrir, mais
aussi pour se distraire, y passer les vacances et
recevoir la famille et les amis, y développer
un
imaginaire et une esthétique populaire
qui se
manifes-
te par
un
mélange
souvent
remar-
quable
de
légumes
et de
fleurs.
Une campagne vouée à la pro-
ductin massive de cultures indus-
trielles et jardins ruraux autour
d’un village (Bor, Hongrie)
Jardins à Miskolc
(Hongrie)
Jardin et jardiniers dans le lotissement
de Washingtonia (Varsovie, Pologne)
Jardin à Drobine (Pologne)
Serre dans un jardin
à Zator (Pologne)
Jardin à Plock
(Pologne)
Cependant, les produits
des jardins ouvriers et
familiaux des grandes
villes industrielles, très
valorisés par leurs pro-
ducteurs pour une quali-
té dont ils étaient fiers, n’étaient pas exempts
de
risques alimentaires
, en raison de la
pollution
issue de la grande industrie lour-
de et en particulier de la pétrochimie : des
analyses des légumes ont révélé des taux de
métaux lourds souvent très élevés.
Responsable scientifique Yves Luginbühl, Ladyss, Cnrs
Yves.Luginbuhl@univ-paris1.fr
Photos Yves Luginbühl
Réalisation Marie-Alix Carlander, Ladyss, Cnrs
… mais il reste encore des jardiniers fiers de leurs produits !
savourer
Depuis la libéralisation des pays d’Europe centrale, le jardin reste
toujours un
moyen d’accès alimentaire
pour les exclus du
nouveau marché du travail. Mais la tendance qui se dessine voit de
nombreux jardins se remodeler sous l’effet de
modes de vie
différents
(moins de temps à consacrer à la culture des légumes,
ou accès aux produits des supermarchés par exemple) : les pota-
gers disparaissent au profit de la pelouse ou des accessoires issus
de catalogues des garden centers. Si certains jardiniers conservent
encore une production alimentaire, c’est aussi pour sacrifier à une
« nouvelle » mode, celle de manger les légumes de son jardin ou
pour se démarquer de la majorité en cultivant des plantes sortant
de l’ordinaire (tomates ou raisins sous serre, par exemple).
Jardins et jardiniers
à Washingtonia
(Varsovie, Pologne)
A
l’Est,
so
n
ja
r d
in
Jardin à Plock (Pologne)