L'identité jordanienne en débat : être kéraki chrétien, ou l'art des positionnements à variable multiple

Christine Jungen

Doctorante en ethnologie à Paris X

Résumé

A Kérak, petite ville du Sud jordanien, des lignes de partage incontestables parcourent le tissu social : frontières religieuses tout d'abord, puisque la population se répartit entre une majorité chrétienne et une minorité musulmane. Ces distinctions religieuses se doublent de surcroît, pour les chrétiens, de démarcations confessionnelles : quatre Eglises (grecque orthodoxe, grecque catholique, catholique et évangélique se partagent le paysage religieux chrétien de la ville. A ces frontières religieuses s'ajoutent les lignes de fracture tribales et lignagères . Tribus et lignages constituent en effet d'une part des réseaux de parenté au sein duquels les individus peuvent conclure des alliances matrimoniales, solliciter un « piston », etc... d'autre part, l'organisation tribale structure le jeu politique et les modes de compétition pour le pouvoir sur l'échiquier aussi bien local que, plus largement, national.
Ces frontières religieuses et tribales sillonnant la société kérakie, et, a fortiori, la communauté chrétienne de Kérak, sont un donné de départ pour chaque individu : on ne choisit ni sa tribu ni sa religion. Elles ne sont pas pour autant constitutives d'une société fracturée et « mosaïcisée ». Mon intervention portera sur la manière dont les acteurs de la vie locale jouent de leurs appartenances multiples, se repositionnent en permanence selon les contextes et, ce faisant, s'insèrent dans des réseaux d'échange et de réciprocité qui dépassent les lignes de fracture tribales et religieuses.

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