Sauver les forêts, sauver les hommes ou se sauver soi-même ?

L'action des ONG environnementales à Madagascar

Sophie Moreau

Laboratoire Géotropiques
MCF Université de Marne la Vallée

Résumé Article complet

Madagascar a deux visages. L'un vert et heureux : l'île représente l'un des plus riches foyers de la biodiversité mondiale abritée dans ses forêts, qui, bien que progressivement défrichées par les paysans, couvrent encore près d'1/10 ème du territoire. Ce visage fait la célébrité, et l'attrait touristique de l'île. La richesse de cette biodiversité, ses utilisations potentielles, et les menaces qui pèsent sur elle, ont conduit les bailleurs de fonds internationaux épaulés par les grandes ONG de protection de la nature à mettre en place à Madagascar, depuis le début des années 1990, une puissante politique environnementale. Cette politique cherche à concilier la conservation de la biodiversité, avec le développement des populations. En effet, l'autre visage de Madagascar, sombre celui-là, est celui d'un des pays les plus pauvres du monde, avec un PNB/ hab de l'ordre de 250$, et près de 75% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Cette pauvreté se traduit entre autres par une insécurité alimentaire chronique, plus ou moins grave selon les années. Les famines sont récurrentes dans le sud de l'île, soumis à des crises de sécheresse, mais partout, les paysans soit les trois quarts de la population malgache affrontent des périodes de soudure plus ou moins longues et difficiles. Alors, l'alimentation, déjà pauvre en qualité car essentiellement à base de féculents (riz, manioc, maïs) et pauvre en lipides et protéines, devient insuffisante en quantité.

Sauver les forêts et sauver les hommes, tel pourrait être le mot d'ordre qui inspire aujourd'hui la politique des bailleurs internationaux à Madagascar. La réalisation de cette mission, à travers différents projets de protection des forêts et de développement est depuis une dizaine d'années confiée à un nouveau type d'acteurs, les ONG, internationales et nationales, qui constituent donc les intermédiaires entre les bailleurs, et les paysans, entre la sphère globale et l'échelle locale.

Nous présenterons les modalités et les résultats de cette médiation, à partir de l'exemple des interventions des ONG dans la région du Sud-Betsileo, sur un espace qui depuis 5 à 10 ans polarise les actions de conservation et de développement (voir carte 1 et carte 2).

Il s'agit de ce qu'on appelle le Corridor Ranomafana-Andrigintra, une bande de forêt dense de 5 à 25 km de large, qui s'étend de part et d'autre de la Falaise tanala, sur près de 150 km, entre les aires protégées de Ranomafana, au nord, et d'Andringitra - Ivohibe au sud. Cette forêt marque le contact entre deux régions topographiques, et deux groupes ethniques. A l'ouest du Corridor, sur les Hautes Terres, à près de 1200 m d'altitude, s'étend le pays betsileo, densément peuplé. La riziculture irriguée y constitue la base de l'agriculture et cette région représente l'un des greniers à riz de Madagascar. Mais les Betsileo de la lisière du Corridor exploitent considérablement les espaces forestiers : ils créent de nouvelles rizières dans les marécages en forêt, défrichent les versants pour cultiver, et prélèvent abondamment les produits forestiers (plantes pour la vannerie, écrevisses…). A l'est de la forêt, en contrebas de la Falaise, se trouve le pays tanala. Les Tanala, littéralement « les gens de la forêt », se distinguent des Betsileo par leurs pratiques agricoles puisqu'ils dépendent essentiellement des cultures sur défriche-brûlis, connues à Madagascar sous le nom de tavy, et notamment de la riziculture sur brûlis. Ils représentent pour cette raison la bête noire des conservateurs.

La mise en œuvre de la politique environnementale a en quelques années suscité dans la région la multiplication des intervenants dits ONG, structures de types en réalité très divers puisque se côtoient de grandes ONG internationales comme le WWF et de toutes petites associations malgaches. L'ensemble de ces acteurs a formé un secteur socio-économique à part entière, très dynamique, dans lequel s'est engouffrée l'élite intellectuelle citadine de la région. Comment s'effectue la rencontre de cette élite avec la société paysanne ? On pourrait en attendre des stratégies de conservation et de développement innovantes, combinant de manière originale les logiques externes des bailleurs, et les logiques paysannes locales, le savoir scientifique des élites, et les savoirs paysans. Or, la médiation réalisée par les ONG semble ici davantage se traduire par un processus descendant, la majorité d'entre elles jouant le rôle d'exécutants de stratégies conçues par les bailleurs et souvent peu cohérentes avec les logiques locales. Ceci d'autant plus que la politique environnementale malgache, si elle associe bien protection de la forêt et développement rural, est destinée d'abord à la conservation de la biodiversité. Dans ce contexte, on conçoit que la mise en œuvre des actions de développement rural et de protection de la forêt rencontre de grandes difficultés, et que leurs résultats, surtout sur le plan économique, soient mitigés, voire inquiétants pour la sécurité alimentaire de la région.

I) L'essor d'un nouveau secteur économique: les ONG oeuvrant dans le domaine du développement et de l'environnement.

1) Les conditions de l'essor des ONG.

A Madagascar, ce sont les associations confessionnelles qui, jusqu'au début des années 1990 remplissaient les fonctions d'aide au développement. Dans le contexte de la détérioration globale de tous les services relevant de l'Etat, au cours des années 1970 et 1980, ces associations émanant des Eglises protestantes et catholiques malgaches menaient des actions caritatives et sociales auprès des plus démunis en ville, et représentaient souvent, dans des régions rurales isolées le dernier rempart avant l'abandon total, en maintenant notamment un réseau d'écoles, ou de postes de santé. Mais la multiplication d'ONG spécialisées dans le développement rural et l'environnement à la fin des années 1990, correspond à l'essor de nouvelles structures, pour la plupart non confessionnelles, qui résulte de la rencontre de deux dynamiques, l'une interne, issue de la crise sociale des élites intellectuelles, l'autre, externe, issue des stratégies des bailleurs de fonds internationaux à Madagascar.

Au cours des années 1980 et 1990, un nouveau mal grève la société citadine : le chômage des intellectuels. Il s'agit d'une élite de diplômés souvent formés dans des universités étrangères (en France, dans les anciens pays communistes, parfois aux Etats-Unis ou au Canada) ou dans les facultés ou grandes écoles malgaches, notamment l'ESSA (Ecole Supérieure des Sciences agronomiques) à Antananarivo. Cette élite trouve difficilement un emploi à la mesure de ses compétences sur le marché du travail local. Les postes dans la fonction publique sont comptés, et les fonctionnaires mal payés dans un Etat à court d'argent. Le secteur privé malgache est alors complètement atrophié, suite à l'orientation socialisante du régime depuis le milieu des années 1970. A Fianarantsoa, capitale provinciale de près de 150 000 habitants, le chômage des intellectuels est d'autant plus perceptible qu'il existe une élite intellectuelle betsileo nombreuse, que le secteur industriel est quasiment inexistant, et que seule l'administration et les services publics fournissent des emplois stables. Nombre d'intellectuels combinent alors des emplois d'enseignant mal payés à des « petits boulots » informels sans relation avec leur qualification ; certains retournent même cultiver la terre dans le village d'origine de leur famille. Consciente tant de ses propres difficultés, que de la paupérisation globale du pays, cette élite cherche à se mobiliser, à la fois pour se sauver elle-même, et améliorer les conditions de vie de la population citadine ou rurale. C'est dans ce contexte que naissent les premières associations, regroupant souvent des camarades d'études. L'une d'elles a un nom très significatif : ACID = Association des chômeurs intellectuels pour le développement.

La politique des bailleurs internationaux va par ailleurs susciter la multiplication de ces groupements. En effet poursuivant une politique globale libérale de désengagement de l'Etat, ils se défient de l'administration malgache, corrompue et peu efficace, et cherchent à confier la réalisation de leurs projets à des structures indépendantes. Le PPP, Partenariat Public-Privé  (« privé » au sens de ce qui ne relève pas de l'Etat) est censé aboutir à une meilleure réalisation des stratégies de développement. Il existe donc en amont une demande des bailleurs de fonds en quête de partenaires locaux efficaces pour réaliser les projets qu'ils financent. Les ONG apparaissent comme des acteurs tout trouvés. Réputées honnêtes et désintéressées, ayant pour but ultime de grandes causes humanistes et universelles, elles semblent plus à même que les grosses structures étatiques de réaliser efficacement les politiques de développement conçues par les bailleurs et l'Etat, en s'intégrant dans la société locale, et en menant de petites opérations concrètes, en adéquation avec les besoins des populations. Si les ONG internationales de protection de la nature et les ONG étrangères constituent les premiers partenaires, très vite, les bailleurs ont suscité la création de structures malgaches, qui se sont ensuite multipliées d'elles-mêmes pour répondre directement à cette demande et par là même capter une partie des fonds consacrés à l'aide au développement et à la protection de l'environnement.

Cette demande s'est soudain exacerbée avec l'amplification des interventions environnementales qui se produisent dans la province de Fianarantsoa à la fin des années 1990. Elles s'inscrivent dans le cadre plus global du Programme environnemental, une politique d'envergure, s'étalant sur près de 15 ans, destinée à la protection de la biodiversité. Cette politique est conçue, élaborée et puissamment financée par les bailleurs de fonds multilatéraux, bilatéraux (en particulier USAID) ou les grandes ONG internationales de protection de la nature. Le second plan (1997-2002) du Programme élargit le dispositif spatial de protection jusqu'alors réduit aux aires protégées et à leurs périphéries. Il délimite de nouveaux espaces stratégiques pour la conservation de la biodiversité : les corridors forestiers reliant ces aires protégées, dont le corridor Ranomafana – Andringitra, qui devient ainsi la cible d'actions combinées de protection de la forêt et développement rural.

2) Des structures très hétérogènes et hiérarchisées

La réalisation de cette politique environnementale est confiée à des partenaires de type ONG. Mais ce vocable réunit en réalité des structures très différentes, par leur origine géographique, leurs moyens, et l'importance des projets qui leur sont confiés. Il existe ainsi une hiérarchie des ONG, en fonction de leur plus ou moins grande proximité avec les bailleurs internationaux commanditaires de la politique environnementale. (voir tableau 1)

Entretenant une forte intimité avec les bailleurs, on rencontre les ONG internationales de protection de la nature (World Wild Fund for nature, ou Conservation International) qui reçoivent des financements importants, tant de la Banque Mondiale, de bailleurs bilatéraux (le WWF Madagascar est ainsi en majorité financé par la coopération allemande,CI par l'USAID), et de leurs donateurs privés. Au même niveau de proximité avec les bailleurs, on trouve des ONG étrangères, qui fonctionnent comme des agences de coopération des bailleurs bilatéraux pour mener à bien des projets. En pratique, il existe une certaine confusion entre ces projets (LDI par exemple, Landscape and Development Intervention), assimilés à des ONG, et les ONG qui les mettent en œuvre (ici Chemonics International, implanté à Washington). Dans la région du corridor, il s'agit presque uniquement d'ONG ou projets américains. La coopération suisse est en réalité peu présente sur la zone forestière. L'environnement représente en effet un cheval de Troie grâce auquel les Etats-Unis ont gagné d'influence à Madagascar, et le Corridor Ranomafana –Andringitra apparaît comme un des espaces de l'île où cette influence est le plus développée.

Ces deux types d'ONG interviennent à la fois comme des concepteurs des stratégies environnementales au côté des bailleurs, et comme leurs exécutants. Elles disposent de moyens financiers très importants puisque financées directement par les bailleurs. Elles travaillent sur les espaces les plus vastes (aires protégées et leurs périphéries, un nombre important de communes du Corridor, et réalisent un suivi écologique et économique de l'ensemble du Corridor). Leur intervention s'inscrit toujours sur un pas de temps assez long : plus de 10 ans pour le WWF dans l'Andringitra ; les projets américains changent de nom et d'ONG maître d'oeuvre, mais se relaient avec une grande continuité sur le terrain depuis là aussi plus d'une dizaine d'années. Ces différentes ONG, internationales étrangères, emploient un personnel essentiellement malgache, seuls quelques postes de direction étant assumés par des expatriés.

Moins bien placées que ces puissantes structures, interviennent des ONG malgaches qui ont su soit par leur sérieux, soit par leurs relations, tisser des liens privilégiés avec des bailleurs ou donateurs occidentaux. Elles sont souvent financées par d'autres ONG internationales de protection de la nature (Rain Forest Association), ou par des dons de bailleurs bilatéraux (le Royaume-Uni) ou d'autres associations internationales, confessionnelles parfois (ICCO, Inter Church Cooperation, néerlandais). Il s'agit ici des « grandes » ONG malgaches, qui vont intervenir sur une ou plusieurs communes, et sur des projets pluriannuels. Elles vont réaliser les mêmes tâches que les ONG internationales ou étrangères mais avec des moyens plus faibles, et elles ne participent pas ou peu à la conception des stratégies.

Enfin, au bas de l'échelle, on va trouver des petites associations malgaches. Elles interviennent par un processus de sous-traitance comme relais ou exécutants d'ONG plus puissantes ou des agences de coopération bilatérale. Elles travaillent sur des secteurs géographiques ponctuels (un village cible), et pour des missions de courte durée : des études de faisabilité, des diagnostics socio-économiques, formations dans le domaine de la santé, de l'agriculture… Le recrutement de ces partenaires locaux passe par des appels d'offre publics par voie de presse.

3) Un secteur d'emploi dynamique et providentiel pour la société citadine

En quelques années, au rythme de la mise en œuvre de la politique environnementale, ONG internationales, étrangères, et structures malgaches se sont multipliées. Elles composent aujourd'hui un véritable maquis qui constitue un secteur économique à part entière, dynamique, et lucratif, puisqu'alimenté par l'aide internationale.

Un secteur très mouvant

Les statistiques rendent malheureusement mal compte de ce phénomène tant les structures malgaches sont juridiquement mal définies. La plupart ont un statut d'association à but non lucratif, régi par l'ordonnance 60-133, inspiré par le régime français de la loi de 1901, d'autres des bureaux d'études. Certaines cherchent à évoluer en ONG, en modifiant leur structure administrative, pour répondre à l'exigence des bailleurs, et bénéficier de certains avantages fiscaux. Le statut d'ONG a été défini par une nouvelle ordonnance de 1996 ( 96-030), qui les distingue des associations essentiellement par leur structure interne (existence d'un conseil d'administration). Il faut toutefois qu'une association ait travaillé pendant 5 années comme prestataire de service dans le domaine environnemental, du développement, ou de l'action sanitaire et sociale, pour être reconnue comme ONG, et la très grande majorité, même pour les plus anciennes, ne sont pas encore agrémentées. Le terme d'ONG est passé dans le langage courant, mais il est donc juridiquement inadéquat, même si les structures malgaches ont bien des fonctions d'ONG.

Autre difficulté pour les recenser : la fluidité de ce secteur. Beaucoup de ces structures naissent au rythme des appels d'offres lancés par les bailleurs, vivent le temps d'une mission, et meurent ensuite. En dehors des employés des grandes ONG, il s'agit donc d'emplois temporaires, pour des missions de quelques semaines ou de quelques mois, en général combinées à une autre activité, ou à un poste dans une autre ONG. Le personnel des ONG est donc très mobile, et glisse d'une structure à une autre, au gré des opportunités.

Ce personnel est très varié. Aux postes supérieurs, on retrouvera l'élite intellectuelle fianaroise, qui fournit les cadres des ONG internationales, étrangères, et des associations ou bureaux d'étude nationaux. Il s'agit d'ingénieurs agronomes, forestiers, de sociologues, de médecins, de juristes, économistes, écologues, botanistes… Leurs compétences sont souvent solides et dépassent largement le cadre de l'environnement ou du développement au sens strict, tant pour être compétitives les structures malgaches doivent faire preuve de polyvalence. Mais les ONG emploient également à leur siège un personnel moins qualifié de comptables, informaticiens, secrétaires, chauffeurs, mécaniciens, gardiens… essentiel à leur fonctionnement, et sur le terrain de très nombreux techniciens agricoles ou forestiers issus des écoles de techniciens au succès croissant car elles permettent à leurs diplômés de trouver rapidement un emploi.

L'un des aspects les plus positifs de l'essor des ONG à Madagascar est leur impact social et économique sur la population citadine. Il faut ici rappeler que sur la dernière décennie, aucun secteur d'activité n'a émergé à Fianarantsoa. La demande des bailleurs en partenaires locaux et les fonds accordés pour la protection de l'environnement et le développement représentent donc une aubaine providentielle sur le marché du travail provincial. Ceux qui en bénéficient le plus sont les employés des ONG internationales et étrangères surtout le WWF, dont les salaires, à l'échelle malgache, sont très élevés. Ils obtiennent des salaires 4 à 5 fois supérieurs à ceux de leurs homologues du secteur public ou privé. Ainsi, un cadre d'une ONG internationale gagne en moyenne 6 millions fmg /mois (environ 500 euros) soit 4 fois le salaire d'un cadre de la fonction publique, un chauffeur au moins 800 000 fmg (120 euros) /mois, soit 4 fois le salaire d'un chauffeur de taxi, 4 fois le salaire minimum à Madagascar. C'est sans compter les multiples avantages en nature dont bénéficient ces employés : un véhicule de fonction (souvent de rutilantes 4X4), un ordinateur, le téléphone et l'accès à internet, parfois des séjours à l'étranger… Les cadres des structures malgaches les plus actives retirent eux aussi des revenus conséquents dans le cadre de missions ponctuelles. Au total, avec les emplois moins qualifiés et les emplois temporaires, une large frange de la population citadine vit ou survit, grâce aux revenus de ce secteur. Le mécanisme de l'aide au développement, à travers la multiplication des ONG, a donc permis l'émergence ou le maintien d'une classe citadine aisée ou moyenne à l'échelle malgache, dont l'élite intellectuelle constitue la tête de pont, et sans laquelle elle se trouverait sans doute totalement dévalorisée.

Ce secteur d'emploi est pourtant fragile, en particulier pour les structures nationales. Le boom des ONG et bureaux d'études sur les dernières années est tel qu'il y a à la fois pénurie de personnel suffisamment qualifié, et saturation du marché par de petites organisations parfois peu compétentes, mais qui rivalisent avec des ONG plus reconnues en proposant des coûts inférieurs. Il devient de plus en plus difficile d'obtenir des marchés tant la concurrence est rude, et les salaires des employés, ou des consultants sont revus à la baisse. La compétition est d'autant plus vive que les associations confessionnelles,au début dépassées par les nouvelles structures laïques, sont actuellement favorisées par le pouvoir et obtiennent des marchés conséquents, notamment pour la réalisation d'équipements et d'infrastructures (réhabilitation des pistes, des écoles, construction de pompe à eau potable). Tout ce secteur d'activité est également très dépendant du robinet financier de l'aide internationale. En 2001-2002, suite à la crise politique malgache, tous les projets des bailleurs de fonds internationaux ont été mis en attente. Certains s'inquiètent de leur avenir si les financements internationaux viennent à tarir… Ce jour semble cependant, et malheureusement, bien lointain tant la pauvreté persiste à Madagascar. Si la protection de l'environnement et le développement rural ont lancé les ONG à Fianarantsoa, c'est à présent la lutte contre le sida qui draine les financements internationaux, et les ONG s'efforcent de s'adapter à cette nouvelle demande, en réorientant leurs compétences dans le domaine sanitaire et éducatif.

Un autre des aspects positifs de l'essor des ONG est qu'à travers elles, l'élite intellectuelle citadine se trouve confrontée aux réalités de la société paysanne. Avec pour mission de sauver la forêt et de sauver les hommes. Or cette mission est très difficile à mener tant les deux termes sont contradictoires : dans la région du corridor, les paysans transforment les espaces forestiers en espaces agricoles pour des motifs essentiellement vivriers. Face à cette contradiction, les bailleurs de la politique environnementale privilégient la conservation. On conçoit alors la difficulté du travail des ONG auprès de la société paysanne. Mais ces difficultés tiennent, plus globalement, au fait qu'elles restent dominées par les logiques, soit la vision, les stratégies et les méthodes élaborées par les bailleurs, sans tenir compte des logiques de la société paysanne. Les ONG, quelle que soit leur origine, y compris et même surtout les ONG malgaches, fonctionnent donc comme des exécutants des bailleurs internationaux, plus que comme des médiateurs au sens fort du terme. Dans ces conditions, la rencontre entre ONG et paysans ressemble malheureusement à un dialogue de sourds.

II) Logiques des bailleurs et logiques paysannes : les difficultés des ONG sur le terrain.

Toutes les communes des lisières du Corridor forestier ont connu depuis 1999 un afflux soudain des projets de développement et de conservation. En comparaison, les communes qui ne sont pas riveraines de la forêt apparaissent comme les parents pauvres de l'aide internationale. Les communes du Corridor se trouvent ainsi quadrillées par les ONG, qui rivalisent les unes avec les autres sur les mêmes espaces. (carte 3)

Une carte de la portion Sud du Corridor montre ainsi comment certaines communes peuvent voir intervenir sur leur territoire jusqu'à 6 ONG, internationales et nationales, ceci sans tenir compte des petites structures malgaches qui peuvent agir ponctuellement sur le court terme. Pour déjouer la concurrence, les ONG passent des accords pour se partager village par village la population bénéficiaire. Elles cherchent également à se spécialiser sur certains créneaux : vulgarisation agricole, éducation sanitaire, programme foncier, mise en place de gestion contractualisée des forêts, appui socio-organisationnel pour mettre en place des associations paysannes…. Cette spécialisation ne débouche pas sur des activités diversifiées, au contraire. Les actions entreprises par le ONG sont très homogènes, puisqu'elles découlent des analyses et des stratégies développées par les bailleurs.

1) La logique des bailleurs

Ces logiques sont fondées sur le schéma d'un cercle vicieux entre la pauvreté et des modes non durables d'utilisation des ressources naturelles. Une population paysanne pauvre et en pleine croissance démographique, comme c'est le cas à Madagascar, puisque la population, avec un taux de croissance annuel de près de 3% par an double en une génération, emploie des stratégies agricoles extensives consommatrices des ressources naturelles, comme le défrichement des forêts. Ces pratiques conduisent à long terme à une dégradation de ces ressources naturelles (eau, sol…) dommageable aux systèmes agraires, qui deviennent moins productifs, ce qui aggrave la pauvreté des populations. L'idée que la diminution ou la dégradation des forêts malgaches aggrave la pauvreté, et que par conséquent leur préservation est un facteur de développement et de prospérité à long terme, constitue une sorte d'axiome fondateur de la politique environnementale. Cet axiome constitue ainsi une justification théorique de la prééminence de l'objectif de conservation de la forêt et de la biodiversité, puisque la conservation est présentée comme la condition d'un développement durable. On reste d'ailleurs dans une conception étroite de la conservation, les espaces forestiers, devant rester le plus intacts possible de toute activité humaine ou le plus proche d'un état originel, à la biodiversité sauvage supposée la plus riche. Si conservation et développement sont étroitement imbriqués dans cette analyse, et sans cesse associés dans le discours des bailleurs, c'est cependant bien la première qui est privilégiée.

Pour sauver la forêt, deux types d'actions sont envisagés.

Il s'agit d'une part de renforcer la protection des forêts. Dans le corridor, les ONG sont chargées de mettre en place une gestion contractualisée, dite aussi locale, des forêts, par des associations paysannes. En pratique ces contrats de gestion réitèrent la législation forestière répressive existante : en particulier, ils interdisent la réalisation de nouveaux défrichements pour les cultures sur brûlis et limitent les prélèvements de ressources forestières.

D'autre part, il s'agit de promouvoir des activités de substitution aux formes d'exploitation actuelles de la forêt (cultures sur brûlis avec jachère, aménagements de rizières irriguées, prélèvements de divers produits forestiers), capables de compenser leur valeur économique, et par là même de réduire les pressions paysannes sur les massifs forestiers. Ces activités sont fondées sur deux principes : intensifier les pratiques agricoles existantes et promouvoir les cultures commerciales génératrices de revenus. Sur ces deux piliers a été établi une sorte de package d'activités, appliqué de manière identique par toutes les ONG de développement sur tous leurs sites d'intervention. En pays betsileo, il s'agit d'améliorer les rendements rizicoles en promouvant les techniques de riziculture intensive, d'intensifier et de diversifier la production : par les cultures de contre-saison dans les rizières, la pisciculture et la rizipisciculture, les cultures en terrasses sur les collines, l'apiculture…. En pays tanala, les stratégies sont très proches : substituer à la riziculture sur brûlis la riziculture irriguée aux rendements plus élevés, transformer les champs de culture sur brûlis en champs permanents, augmenter et diversifier les cultures commerciales : renforcer la production de bananes ou d'agrumes, développer le café biologique, introduire la culture de la vanille…

La mise en œuvre de la gestion contractualisée des forêts, et des activités de développement agricole doivent adopter le principe d'une approche communautaire, dite aussi participative, censée intégrer logiques propres de la société locale. La participation paysanne, mal définie, constitue en effet la philosophie proclamée de tous les acteurs du développement, une sorte de mot magique présenté comme le gage de la concordance entre ONG et paysans, et donc de la réussite des projets.

2) Des logiques discordantes avec les logiques locales

L'analyse et les stratégies préconisées par les bailleurs sont certes non dénuées de justesse et cohérentes en elles-mêmes. Néanmoins, elles prennent mal en compte les réalités de la vie des campagnes, les logiques propres des sociétés paysannes, et ignorent la pertinence de leurs solutions quand elles ne rentrent pas directement en contradiction avec elles. Elles sont pour cette raison particulièrement difficiles à mettre en œuvre, en tous les cas sur le court terme.

L'une des discordances majeures entre l'analyse des bailleurs et la réalité paysanne, vient de l'échelle de temps considérée. Le diagnostic des bailleurs se fonde sur une vision sur le temps long. Sur le long terme, le cercle vicieux de la pauvreté et de la dégradation des ressources naturelles semble une mécanique efficiente, si aucun événement conjoncturel interne ou externe à la société paysanne ne vient l'interrompre, ou si aucune innovation ne permet d'en sortir. La société paysanne quant à elle vit sur le court terme, dans une économie de l'immédiat qui cherche à assurer dans les plus brefs délais la subsistance du groupe, ou tout au plus à prévoir la subsistance de la génération à venir (soit pour les adultes, les conditions de leur propre vieillesse). Dans ces conditions, des pratiques extensives telles les cultures sur brûlis, la conquête de nouvelles terres de culture permanente sur la forêt, ou la prédation des ressources forestières, qui rapportent sur un court laps de temps, ont un intérêt économique majeur.

Autre discordance, les modes d'utilisation des espaces forestiers sont la résultante d'une combinaison de facteurs et de dynamiques qui ne peuvent se réduire à un strict calcul économique. Ils répondent certes aux besoins économiques des paysans, et de manière pertinente puisqu'ils s'adaptent aux conditions écologiques locales, aux conditions techniques de production et de commercialisation des produits. Ils relèvent aussi de stratégies sociales, pour maintenir ou renforcer le pouvoir de certains groupes. Ils s'intègrent à l'identité culturelle des populations qui les pratiquent. De multiples exemples prouvent à la fois la rationnalité locale et les dimensions multiples de ces « pratiques de la forêt ». En raison même de cette complexité, vouloir éradiquer ces pratiques, en un court laps de temps, fut-ce en leur substituant d'autres activités tout aussi rentables est un pari difficile à réaliser.

Les Betsileo proches de la lisière modulent les cultures sur défriches-brûlis sur les collines boisées et la riziculture irriguée. Les premières sont très secondaires par rapport à la riziculture, mais elles apparaissent comme une stratégie pertinente pour satisfaire les besoins immédiats des populations et ont l'avantage de combiner sur un même espace, et pour une période de 3-4 ans, à la fois des cultures alimentaires essentielles en période de soudure, quand le riz manque, et des cultures « commerciales » écoulées sur les marchés locaux. L'aménagement de rizières dans les bas-fonds marécageux situés en forêt correspond à un calcul économique à plus long terme, pour les générations à venir. Mais la mise en valeur agricole obéit aussi à une stratégie de conquête foncière, dans un contexte où les sociétés paysannes commencent à ressentir la finitude de leurs terroirs, et où elles redoutent d'être supplantées par des migrants. L'intérêt des défrichements est donc tout autant économique que social pour des familles qui cherchent à préserver leur prestige et leur richesse.

En pays tanala, l'arrêt des cultures sur brûlis demanderait une véritable révolution économique, sociale, culturelle, et écologique. Dans cette région aux vallées étroites et aux collines à pente très raide, l'aménagement de rizières irriguées nécessite des travaux de terrassement et d'hydraulique très complexes, mais pas forcément rentables puisque chaque année, les rizières risquent d'être dévastées par les crues provoquées par les cyclones. La riziculture sur brûlis, qui résiste mieux aux pluies et aux vents violents, est donc beaucoup plus sûre et c'est encore le tavy qui assure en pays tanala les deux tiers de la production de riz. La pratique du tavy a une dimension religieuse et culturelle très forte, puisqu'elle s'inscrit dans une négociation avec les esprits maîtres de la forêt, et perpétue le mode de vie des ancêtres. La prédominance du tavy se traduit dans l'outillage des Tanala, habitués à manier le coupe-coupe. Ils répugnent aux travaux de labours ou de terrassements, réalisés à l'angady, la bêche malgache, qu'ils considèrent comme pénibles. Ces travaux sont pourtant nécessaires à la riziculture irriguée, ou aux cultures en terrasses sur les collines préconisées par les bailleurs. Le système du tavy conditionne aussi le peuplement du pays tanala. Les familles vivent une partie de l'année en petits hameaux dispersés, ou en maisons isolées, sur les hauteurs des collines sur leurs tavy, et se déplacent chaque année ou presque, selon les espaces mis en cultures ou laissés en jachère. Ce déplacement de l'habitat permet à une famille d'affirmer son contrôle foncier sur de vastes espaces, qui ne sont cultivés que tous les 10 ans environ. Sous la double pression à la fois de la croissance démographique, et de la baisse de la fertilité des terres suite au raccourcissement des rythmes des cultures, le système de production tanala évolue, faisant de plus en plus de place à la rizière, et au village fixe, mais cette mutation se fait progressivement et de l'intérieur, en composant avec la donne sociale, économique et écologique de chaque site.

Enfin, l'intensification agricole, et les activités génératrices de revenus proposées par les ONG sont certes pertinentes dans l'absolu, mais pas forcément adéquation avec les conditions locales de travail et de vente. L'intensification agricole ne peut se faire dans les campagnes malgaches que par un accroissement de la charge de travail, car la motorisation des techniques est nulle, la mécanisation à peine avancée. Une grande partie de la société rurale vit dans une économie de l'urgence où le travail doit rapporter dans les plus brefs délais. Il est donc particulièrement difficile de mobiliser les populations pour des aménagements agricoles très lourds en travail, qui ne seront valorisés qu'après plusieurs années, et dont on ignore le succès, comme les cultures en terrasses sur les versants ou la création de rizières dans les bas-fonds en pays tanala.

Le développement de nouvelles spéculations destinées à la vente est compromis par les difficultés de commercialisation des produits. Les pistes rurales sont en mauvais état, voire inexistantes pour une grande partie du pays tanala, et les marchés urbains éloignés, et de toute façon assez étroits car il n'y a pas dans la région d'industrie agro-alimentaire de base. Tous les trafics de produits illicites, l'alcool de fabrication locale ou le tabac, qui profitent de l'isolement de la région forestière, sont pour les paysans bien plus lucratifs que la culture de pommes de terre encouragée par les ONG, qu'ils ne peuvent écouler sur les marchés urbains.

3) Le leurre de la participation paysanne

Dans ces conditions, on peut s'interroger sur la réalité de l'approche participative. Les diagnostics socio-économiques dits « participatifs » ou « paysans » sont réalisés en une semaine par les agents des ONG. Ces diagnostics aboutissent toujours à mettre en évidence la pertinence de l'analyse des bailleurs, et à préconiser la gamme de solutions citées plus haut. Suivent de multiples opérations de « conscientisation » pour convaincre les paysans de la véracité du cercle vicieux de la pauvreté, de la croissance démographique et de la dégradation de l'environnement, de la nécessité de protéger la forêt et des bienfaits des activités proposées par les ONG. Protéger la forêt, les paysans n'y sont pas hostiles, mais ils souhaitent vivre convenablement, comme ils en ont l'habitude, et vont hésiter à se lancer dans de nouvelles activités dont le succès n'est pas éprouvé.

Partout les ONG suscitent la création de groupements paysans qui, encadrés par les agents de terrain, bénéficient de formations aux nouvelles techniques, de petit matériel agricole, de semences, d'engrais à bas prix à crédit. Ces groupements sont censés dans un délai de quelques années évoluer en coopératives de commercialisation et fonctionner de manière autonome, sans l'appui des ONG. Compte tenu du décalage entre les logiques paysannes et celles des bailleurs, on comprend que le succès de ces groupements soit très inégal. Ils se heurtent également au problème de l'analphabétisme dans les campagnes betsileo et tanala : plus de la moitié des paysans, surtout les jeunes, ne savent ni lire ni écrire, encore moins prendre des notes lors des réunions, ou tenir un registre de comptabilité. Dans ces conditions, seuls quelques individus qui ont étudié en ville et cherchent à profiter de nouvelles techniques susceptibles de leur procurer des revenus, participent activement à ces groupements.

C'est sans doute dans le cas des associations de gestion forestière que la participation paysanne a le moins de sens. Les règles fixées par les contrats de gestion sont censées émaner de la société paysanne elle-même. Mais il s'agit en réalité de règles qui limitent les défrichements et les prélèvements forestiers, soit rééditent au niveau local la loi forestière nationale. Les communautés paysannes « conscientisées » adoptent ces règles restrictives et répressives contraires à leurs intérêts immédiats, en partie pour obéir au service des Eaux et Forêts et aux ONG, en partie parce qu'on leur présente ces associations de gestion comme un moyen de renforcer leur autorité sur les espaces forestiers face à l'éventuelle intrusion d'étrangers. Dans la pratique, ces associations sont considérées par les paysans comme les filles de l'administration forestière. Ils obéissent à l'interdiction de nouveaux défrichements qui leur est familière puisque périodiquement dans le passé, l'administration forestière resserrait son contrôle. Quant aux prélèvements des produits forestiers (pêche aux écrevisses, récolte de vakoa, un pandanus dont les feuilles servent à faire de grandes nattes) les paysans les plus pauvres en dépendent pour leur survie. La vente de ces produits permet d'acheter la ration de riz ou de manioc hebdomadaire d'une famille. Les responsables paysans des associations ne peuvent se résoudre à briser les liens de solidarité villageoise en punissant leurs parents pour des prélèvements indispensables à leur survie.

4) Un travail de terrain irrégulier

Enfin, suivre la logique des bailleurs, c'est aussi pour les ONG suivre leurs calendrier : appliquer les « recettes » du développement et de la protection de l'environnement dans des délais rapides, et obtenir des résultats probants en quelques années… faute de quoi leurs fonds risquent d'être coupés. Les ONG travaillent donc davantage au rythme des bailleurs et non à celui de la société paysanne. Il en résulte un travail très inégal, en dents de scie, où de brusques coups d'accélérateurs sont suivis de longues périodes de léthargie. C'est ainsi que de nombreuses associations de gestion forestière ont été créées à la hâte en trois mois, afin que les ONG et l'administration malgache puisse remplir le cahiers des charges fixé par les bailleurs, puis sont ensuite livrées à elles-mêmes, sans qu'on leur explique le fonctionnement d'une association moderne, comment concevoir des plans d'aménagement des espaces forestiers... Au contraire, des activités simples comme l'apiculture avec des ruches améliorées peuvent mettre des années à démarrer. Dans l'ensemble, ces activités sont programmées sans considération du calendrier agricole paysan, et de leur disponibilité. C'est ainsi toujours à la société paysanne de s'adapter au temps des bailleurs et non l'inverse.

Partout les paysans déplorent le manque de suivi et d'encadrement des ONG, qui lancent des opérations de développement à tout va, sans se préoccuper de leurs réalisations concrètes. Des formations leur sont dispensés, sans qu'ensuite aucun agent ne viennent surveiller leur application concrète, ou ne vienne les aider à résoudre les inévitables problèmes techniques qu'ils rencontrent.

Le manque de continuité s'explique aussi par les difficultés réelles des agents de terrain. En très grande majorité, il s'agit de citadins, munis d'un diplôme de technicien ou d'ingénieur agricole ou forestier, mais qui n'ont aucune expérience concrète ni du travail agricole, ni de la vie dans les campagnes. Ils se retrouvent isolés en pleine brousse, parfois à plus de 8 heures de marche du chef-lieu de commune, avec un salaire enviable, mais aussi des difficultés de vie familiale puisque conjoints et enfants hésitent à les suivre dans ces villages lointains, dans lesquels ils sont perçus comme des étrangers… Le nombre des agents de terrain est en outre souvent réduit face à l'ampleur de leur tâche : pour encadrer les groupements paysans éparpillés sur le territoire communal, il faudrait des tournées d'une vingtaine à pied chaque jour. Dans certains cas, il n'y a qu'un seul agent de terrain par commune, qui à Madagascar peuvent avoir la taille de plusieurs cantons français. Comment s'étonner alors de la « paresse » de certains agents, qui ne visitent leurs groupements qu'une fois par mois, et du manque de suivi dont se plaignent les paysans ?

III) Un bilan hétérogène

Dans ces conditions, on conçoit que les résultats des ONG de développement et d'environnement dans les campagnes soient très inégaux.

1) L'éveil de la société paysanne

L'intervention des ONG a puissamment contribué à l'ouverture de la société paysanne dans des régions isolées et en partie fermées sur elles-mêmes. Les associations, avec leurs réunions fréquentes et leurs séances de formation ne touchent pas l'ensemble de la population, mais elles ont créé une dynamique d'échange d'idées et éveillé la curiosité. Ce sont les voyages et les rencontres organisées par les ONG avec les associations paysannes d'autres régions qui semblent avoir le plus d'impact, pour des paysans qui bien souvent n'ont jamais voyagé qu'à pied, dans les régions voisines. Grâce aux ONG, certains traversent l'île en taxi brousse ou même en avion, séjournent dans la capitale ou dans d'autres grandes villes du pays, ramènent des tiges de vanille du nord-est, des rejetons d'arbres fruitiers d'Antsirabe, observent de nouvelles techniques rizicoles en Imerina… Ces rencontres ne signifient pas que les stratégies de développement préconisées par les ONG seront appliquées, mais à travers elles les paysans réalisent que l'on peut produire différemment, vivre mieux ou moins bien…

Petit à petit, à côté des anciens qui détiennent toujours l'autorité traditionnelle, émergent des leaders ruraux plus instruits, qui souvent agissent par opportunisme personnel, mais tirent néanmoins avec eux une partie de leur famille, de leur village. Une forte demande en services éducatifs émane de la société paysanne : les parents réclament des écoles et des professeurs sérieux pour leurs enfants, et des cours d'alphabétisation pour eux-mêmes.

Si une grande partie des groupements paysans sont encore artificiels et peu fonctionnels, certaines associations paysannes, les plus anciennes, qui ont acquis une certaine expérience dans leurs relations avec les acteurs de l'aide au développement, commencent à jouer le jeu des bailleurs et comprennent que si elles sont bien structurées et dynamiques elles peuvent obtenir des ONG internationales ou de programmes de développement nationaux, des financements ou des crédits pour réaliser des équipements productifs. Le programme PSDR (Programme de soutien au développement rural) octroie ainsi des prêts à des associations paysannes sur des projets jugés solides et économiquement fructueux. Naissent ainsi de nouvelles associations ou ONG paysannes, filles des ONG citadines, dont le nombre explose à présent dans la province de Fianarantsoa.

2) Des impacts économiques ambivalents

Cet éveil de la société paysanne est cependant sans rapport avec l'impact économique des interventions des ONG. Leurs conséquences sont toutefois très variables de part et d'autre de la Falaise, mais aussi selon les activités, ou selon les associations.

En pays betsileo, un progrès agricole aux effets parfois pervers

Du côté betsileo, l'intensification rizicole correspond à une réel besoin des populations : les rizières constituent le fondement de l'économie paysanne, le riz est la base de l'alimentation, et le premier produit commercialisé. Petit à petit, là où les ONG interviennent depuis longtemps, les techniques de la riziculture intensive, avec repiquage précoce des pousses de riz, repiquage à la ligne, utilisation de sarcleuse mécanique se diffusent. Grâce à la construction de petits barrages de nouvelles rizières ont été aménagées sur les versants des collines. Pour les paysans qui ont bénéficié de ces opérations, les résultats en terme de production sont nettement positifs : la production de riz a chez certains augmenté de 50 %. La sécurité alimentaire globale de la population est aussi améliorée par les très nombreux greniers villageois mis en place par les ONG, qui permettent d'avoir du riz à prix modéré en période de soudure. Autre point positif également, la diversification progressive de l'alimentation paysanne, grâce à de nouvelles cultures : la pomme de terre par exemple, qui rentre dans le régime betsileo, un peu de poisson, grâce à la pisciculture.

Le revers de la médaille est que l'ensemble de ces activités risque de fragiliser la situation financière des paysans. Ainsi, les techniques de la riziculture intensive pour être efficaces demandent un fort apport en fumure ou en engrais chimique… dont le prix est très élevé. Les groupements paysans bénéficiaires peuvent obtenir de l'engrais et des semences à crédit, à rembourser après la récolte. Mais il suffit que la récolte soit mauvaise, à cause des cyclones, de la grêle, ou que, mauvaise gestion ou mauvaise volonté, l'argent de la récolte passe dans d'autres dépenses, et les paysans se trouvent endettés auprès des ONG. En 2003, encouragée par les ONG, la production de pommes de terre dans le Betsileo a été telle que, faute d'acheteurs et à cause de l'isolement de la région, la récolte n'a pu être écoulée et a pourri sur place. Les paysans bénéficiaires se sont pourtant placés dans l'obligation de rembourser les semences et le petit matériel agricole utilisés. Certains imputent leur faillite aux ONG et refusent de payer. L'endettement affole les paysans qui redoutent à terme de vendre leurs rizières pour rembourser. Dans ce contexte, on conçoit leur réticence à participer à toute association et à se lancer dans de nouvelles spéculations trop hasardeuses…

Plus graves sont les problèmes engendrés par l'interdiction de nouveaux défrichements et des cultures sur brûlis. Ses effets sont progressifs, puisque si les paysans ne peuvent défricher de nouveaux pans de forêts, ils peuvent encore mettre en culture d'anciennes jachères. La limitation des tavy entraîne cependant un déficit de production qui appauvrit les populations, et risque de menacer leur sécurité alimentaire, dans la mesure où les ONG échouent à mettre en place dans des délais rapides des solutions alternatives.

En pays betsileo, les productions cultivées sur les défriches ont toutes diminué : le tabac, ou les haricots, qui assuraient des revenus importants, ou le maïs, aliment de soudure très apprécié. Ce manque n'est cependant pas trop ressenti par les plus riches, qui possèdent beaucoup de rizières, ou ceux qui bénéficient de l'action des ONG, mais il pénalise lourdement les plus pauvres. Du côté tanala, l'interdiction de nouveaux défrichements a un impact beaucoup plus grave, car les cultures sur brûlis représentent la base de la production agricole. Les rizières sont pour le moment trop rares, peu productives, et trop aléatoires. La transformation des jachères en champs permanents mobilise peu les paysans. En 2004, l'interdiction de nouveaux défrichements et le passage des cyclones se sont conjugués pour faire chuter la production agricole de riz et de manioc, qui aurait, selon les ONG à Fianarantsoa, diminué de moitié ! Evaluation sujette à caution, tant les quantités produites sont mal connues et les chiffres manipulables, mais qui évoque sans doute une part de la réalité. La baisse des cours du café, la maladie de Panama qui ruine les bananiers, laissent peu d'espoir pour que les paysans tanala compensent le déficit de la production vivrière par les revenus des cultures de rente.

Globalement, le bilan des ONG pourrait donc être inquiétant pour la sécurité alimentaire de la région, surtout en pays tanala. En réalité, si la mise en œuvre de la politique environnementale ne provoque pas de crise alimentaire immédiate, elle constitue un facteur d'amplification des risques, dans une situation alimentaire déjà tendue. Les cultures sur défriche-brûlis constituent en effet, à cause de leur facilité, de leur rentabilité immédiate, et des multiples produits qu'elles permettent de cultiver, une sorte d'amortisseur aux difficultés conjoncturelles : on peut les étendre, les abandonner ou les diminuer au gré des besoins. A présent, cette fonction d'amortisseur est réduite. La fin de l'année 2004 en particulier promet ainsi d'être rude, car le pays traverse une grave crise financière qui contribue à une envolée générale des prix : le riz se vendait au mois d'août aux prix le plus élevé des périodes de soudures ordinaires.

3) Le succès de la conservation ?

Dans ce contexte, peut-on se réjouir du succès des actions de protection de la forêt ? Effectivement, depuis 2ou 3 ans les ONG peuvent mettre à leur actif une relative stabilité du massif forestier. Sans leur présence sur le terrain, nul doute que les lisières forestières auraient sensiblement reculé sur les dernières années. Mais ce succès est-il apparent ou réel, éphémère ou durable ? Du côté betsileo, l'aménagement de rizières dans les bas-fonds marécageux à l'intérieur de la forêt n'a pas cessé. En outre, à cause de l'arrêt des défrichements, Betsileo et Tanala ont besoin de nouvelles sources d'argent, obtenues grâce à une économie de prédation des ressources forestières. Or, une nouvelle source de richesse vient d'apparaître : des gisements de corindons ont été découverts dans la forêt du Corridor, ce qui déclenche une mini-ruée sur les pierres précieuses. Les conséquences écologiques de la prospection minière seront mille fois plus désastreuses que celles de l'exploitation agricole de la forêt.

Conclusion

Ce texte n'a pas pour vocation de condamner l'entreprise de protection de la biodiversité à Madagascar, tant les forêts sont effectivement menacées et se réduisent comme une peau de chagrin, et il y a donc urgence à penser les conditions de leur maintien et les moyens pour y parvenir. Il n'a pas non plus pour objectif d'éreinter les ONG environnementales, qui constituent un tremplin pour les classes moyennes urbaines, et dont les interventions sur un laps de temps très court, et sur des espaces réduits, n'ont forcément qu'une envergure limitée. Les opérations de développement ponctuelles engagées par les ONG peuvent améliorer la situation locale des campagnes, mais ne peuvent avoir un impact économique profond quand il n'y a pas à Madagascar de politique des prix qui permettrait aux paysans de valoriser leur production, quand la dégradation du réseau routier et l'étroitesse des marchés urbains entravent la commercialisation des produits. Ces interventions relèveraient d'une politique nationale ou régionale, donc de l'Etat. La situation est sans doute actuellement en train de changer : l'Etat malgache fait à présent de la réhabilitation des routes sa priorité. Il faut également rappeler que l'action des ONG dans la région est récente : on ne change pas en quelques années les fondements économiques des sociétés paysannes. Sur leurs sites d'intervention les plus anciens, les ONG obtiennent d'ailleurs des résultats positifs, visibles dans le dynamisme et l'ouverture de la société paysanne, ou dans le progrès de la riziculture irriguée.

Ce texte cherche davantage à attirer l'attention sur certains dysfonctionnements, qui, au-delà la situation malgache, amènent à s'interroger sur les mécanismes de l'aide internationale, qui profite moins à ceux auxquels elle est destinée qu'aux acteurs de l'aide eux-mêmes, sur la distance qui sépare l'élite citadine et la société paysanne dans un pays encore très rural, et enfin sur les conséquences malheureuses de politiques de conservation des forêts qui risquent d'affamer les hommes.

Les dysfonctionnements que nous avons évoqués sont à peine reconnus par l'ensemble des acteurs de la politique environnementale, ou bien quand ils le sont, ne conduisent à aucun examen critique des objectifs, des analyses et des stratégies des bailleurs. Les agents des ONG sont les premiers conscients du peu de succès des groupements paysans, de la lenteur des activités, et au total de la rareté des réalisations effectives. Mais ils attribuent ces échecs à la paresse des paysans ou à leur mentalité conservatrice, sans remettre en cause leur propre action. Dans les plans de travail, rapports d'activité ou évaluations, les ONG observent une sorte de loi du silence quant à leurs difficultés ou leurs échecs. L'ensemble de ces documents semble déconnecté des réalités rurales, et essentiellement destiné à séduire les bailleurs financiers. Ainsi, les plans de travail proposent des stratégies qui s'intègrent dans la logique des bailleurs, correspondent à leurs attentes et aux idées à la mode en matière de développement. Les rapports périodiques consistent en une énumération des activités réalisées par rapport au plan de travail prévu, mais décrivent rarement le déroulement des activités, leurs impacts sociaux et économiques. Les évaluations auxquelles sont soumises les ONG, sont réalisées le plus souvent par d'autres ONG, et demeurent également muettes sur leurs difficultés ou les éventuels effets négatifs de leur action.

Faute de se soumettre à la critique, et de reconnaître ces dysfonctionnements, les ONG environnementales se montrent indifférentes au sens et aux conséquences de leur action, et apparaissent finalement plus soucieuses de préserver leur propre dynamique. Les agents de terrain, qui veulent sauver leur emploi, présentent leur action sous leur meilleur jour et accablent les paysans. Les cadres des ONG, qui veulent continuer à faire tourner leur entreprise, chercheront à séduire les bailleurs et feront taire leur esprit critique. Les ONG internationales, pour séduire leurs donateurs ou obtenir des financements publics, valorisent leurs activités à Madagascar. Les ONG étrangères présentes sur le terrain de l'environnement, maintiennent l'influence et défendent l'intérêt de leur pays d'origine. Certes, nombre de cadres des ONG sont conscients des difficultés que rencontrent leurs projets, des impacts négatifs de certaines de leurs actions, et ressentent à quel point ils sont dépendants du système macro-économique global de l'aide au développement. Certains cherchent à améliorer leur action, à être plus proches des besoins et des logiques des sociétés paysannes, ce qui permet une évolution progressive des analyses, des stratégies et des actions. Mais cette attitude demeure minoritaire, ou ne s'exprime pas ouvertement, tant les pressions économiques, sociales ou politiques sont vives. Si bien que dans l'ensemble, les acteurs du développement et de l'environnement à Madagascar donnent l'impression de chercher moins à sauver les forêts ou les hommes qu'à se sauver eux-mêmes, en perpétuant un système de transfert de revenus dont ils sont les premiers bénéficiaires, et dont les paysans ne retirent que les miettes.

Dans cet aveuglement fondé sur une coalition d'intérêts, le sens de l'action des ONG semble dévoyé. En particulier, elles jouent bien mal leur rôle de courroie de transmission entre la sphère globale, et la sphère locale, ou bien, si elles le font, c'est de manière très pauvre, en imposant des normes externes des bailleurs que les acteurs des ONG se sont appropriées, mais qui sont éloignées des réalités locales. Loin de réunir élite intellectuelle citadine et paysans, les ONG semblent donc accentuer la distance qui les sépare.

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