FRANÇOIS CHENG, MAÎTRE EN HUMANITÉ

Jean-Claude PETIT

C’est peu de dire que le prochain Festival International de Géographie accueillera un « grand monsieur ». François Cheng, son Invité d’Honneur, est, sans conteste, l’un des humanistes les plus éminents d’une planète Terre qui en compte de moins en moins. Son existence s’appelle « l’ouverture incessante », son art de vivre « le dialogue » et le secret de sa contagieuse sérénité « la sagesse ».

François Cheng naît en 1929 en Chine. Il la quittera pour la France vingt ans plus tard, l’année même où Pekin tombe aux mains de Mao, mais il ne reniera jamais son pays d’origine. Eduqué par un père qui fut un grand lettré, Chi-Hsien/François tirera de ses deux terres-patries les fleurs les plus belles pour l’esprit et le cœur humains. Alors qu’à son arrivée chez nous, il ne connaît pas un mot de notre vocabulaire, le voici qui, bientôt, se lance dans la traduction des poètes français dans sa langue natale. Désormais rien n’arrêtera plus le torrent d’énergie littéraire, picturale, poétique et spirituelle de cet amoureux de la beauté multiple. Cheng fréquente la Sorbonne et l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il rencontre le grand linguiste Roland Barthes et le disciple de Freud, Jacques Lacan. Il commet, en 1998, chez Albin Michel un roman « Le Dit de Tianyi » qui lui vaut le Prix Fémina. Mais le romancier est aussi, et peut-être d’abord, calligraphe et poète, brillant connaisseur de cosmologie et passionné de peinture. Ce qui lui vaut d’écrire, encore et encore. Et toujours dans la langue de sa patrie d’adoption, sans jamais perdre la sève nourricière de sa Chine natale. Quoi d’étonnant, dès lors, que l’Académie Française ouvre grandes ses portes, en juin 2002, à cet artisan passionné de la pluralité culturelle, « honnête homme » d’un vingt-et-unième siècle décidément trop cruel ?

Mais son œuvre, fût-elle multiple et multiforme, ne suffit pas à appréhender Cheng, le passeur. Aujourd’hui trop usé et souvent galvaudé, un mot, un seul dit la profondeur de son être : Chi-Hsien/François n’a d’yeux et de passion que pour le « dialogue ». Le dialogue avec la française qu’il a épousée. Le dialogue avec les grands mystiques. Le dialogue des cultures et des religions contre le choc des civilisations. Le dialogue qui est l’accueil de l’autre en soi pour devenir soi-même. Saint-Dié accueillera début octobre un maître en humanité.

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