Districts numériques :
le cas de Montpellier Méditerranée Technopole

Henry Bakis1

Professeur à l’Université de Montpellier ,

Nicolas Bonnet 2

Doctorant

Résumé Article complet

Abstract : Numeric district: the case of Montpellier Méditerranée Technopole” 3. After a review of this phenomenon the authors will study the case of DELL and FTMS (Montpellier, France). The object of this paper is to revisit and widen the approach of the case of the technopole of Montpellier4. This case had enabled the authors to observe the relations between TIC and local territory in particular through the analysis of the Call Centers.

Geographers - as economists- are confronted with a paradox, as regards localization of companies T.I.C.. By definition, telecommunications allow the remote communication: they should thus facilitate the dispersion and not the concentration of the activities. However, it is the reverse which one often notes: activity TIC in France locates itself according to the urban hierarchy. This concentration has consequences in the localization process. In addition, the TIC economic sector reveals an evolution in progress in the French productive system: the border between the activities concerned with the sector of services and those concerning industry becomes increasingly fuzzy. The space convergence which seems to be profiled between sectors requires a more thorough comprehension at the local level and thus the analysis of a specific case of these new methods of localization. Thus the study of the disparity of certain major activities in the field of the TIC as the call centers, can be a good indicator of this evolution.

In this case study, we will try to understand what characterizes Montpellier – a recognized technopole -as a numerical district. We will see how the transition towards a TIC specialization is carried out and if the expression “numerical district“ is pertinent in that case.

Key words : Call Centers, Digital districts. Geocyberspace, Montpellier, Technopolis, Telecommunications. Localization.

Résumé : Le géographe comme l'économiste traitant des questions spatiales se trouvent confrontés à un paradoxe, en matière de localisation des entreprises T.I.C.. Par définition, les télécommunications permettent la communication à distance : elles devraient donc faciliter la dispersion et non la concentration des activités. Or, c'est l'inverse que l'on constate souvent: l'activité TIC en France se localise suivant la hiérarchie urbaine et les principales agglomérations constituent en premier lieu les principales concentrations.

Cette forte concentration spatiale tend à la constitution d'économie d'agglomération génératrice à son tour d'économie de localisation. Dans ce dernier cas, il s'agit de la concentration d'un nombre significatif de petites firmes pouvant conduire à des liens inter-établissements caractérisables en district industriel de type numérique après analyse.

Par ailleurs, le secteur TIC suivant les nomenclatures officielles (INSEE, OCDE) révèle une évolution globale dans le système productif des pays développés: la frontière entre les activités relevant du secteur tertiaire et celles relevant du secteur secondaire devient de plus en plus floue.

La convergence spatiale qui semble se profiler entre ces secteurs d'activités nécessite une compréhension plus poussée au niveau local et donc l'analyse d'un cas spécifique de ces nouvelles modalités de localisation. L'étude des disparités dans la localisation de certaines activités majeures du domaine des TIC (comme les centres d'appels), permet de disposer d'un utile indicateur de cette évolution de la localisation des TIC.

A travers cette étude de cas, nous tenterons de faire le point sur la notion de « district numérique » souvent utilisée, et d'examiner la situation de la technopole montpelliéraine. Nous nous demanderons comment s'effectue la transition vers une spécialisation sur les TIC et si l'hypothèse de l'évolution de certaines composantes territoriales de technopoles classiques en districts de type numérique se vérifie.

Mots clés : Centre d'Appels Téléphoniques (C. A. T.), Districts numériques, Geocyberespace Localisation, Montpellier, Technopoles, Télécommunications

INTRODUCTION

L'étude du fonctionnement de districts industriels de type numérique a déjà fait l'objet de quelques publications économiques récentes. Gilles Le Blanc a étudié le cas de Denver (2001): il y montre un district numérique préfigurant une composition à venir plus fondée sur les activités immatérielles que matérielles. Plus récemment encore, Jérôme Vicente a travaillé sur le cas des activités TIC au sein du quartier du Sentier à Paris  (2005) : il vise à modéliser la formation de ce cluster en faisant dépendre sa stabilité des externalités informationnelles et des externalités de réseaux. Ce sujet actuel mérite l'intérêt des géographes qui ont déjà étudié le phénomène technopolitain.

Depuis près de vingt ans, les mots « technopôle », « technopole »5 , « téléport », « télécentre », etc. se sont introduits dans le vocabulaire utilisé par les aménageurs, les responsables de collectivités territoriales et aussi par les géographes (Bakis 1988, Benko 1991). Les expressions de « cluster » ou de « districts numériques » (digital districts) viennent s'ajouter à cette liste.

A cet espace visible - constitué par un parc immobilier, par la concentration physique d'établissements, par des pancartes aussi annonçant de prochaines implantations - se superpose un espace invisible constitué par une multitude de liens de diverses natures. Ces nouvelles concentrations d'activités suscitent-elles des effets spatiaux et économiques spécifiques par rapport aux autres types de districts ? Ces nouvelles concentrations d'activités sont-elles génératrices d'effets d'agglomérations, de nouvelles relations entre établissements voisins, voire de réseaux locaux d'entreprises ? En bref, cette concentration d'activités numériques débouche-t-elle sur la constitution de véritables « districts ». Se pose la question de l'ancrage territorial des entreprises T.I.C. dans un secteur d'activités en perpétuelle évolution, et des relations aux différentes échelles (locales, régionales, globales).

Les T.I.C. permettent la communication à distance et sont susceptibles de faciliter la dispersion des activités. Or, le regroupement d'établissements sur des sites précis nous font constater l'inverse : ces sites relèvent de l'échelle locale que l'on constate (zone d'activités, quartier, voire agglomération) et cela peut paraître très paradoxal d'autant que ces établissements sont insérés dans un réseau de relations économiques ou organisationnelles relevant du niveau global (Lethiais. et al. 2003, Vicaire & Calzada 2003). Certes, certains établissements, certains acteurs économiques, de nombreux entrepreneurs individuels utilisent les infrastructures et les matériels de télécommunications pour organiser différemment leurs activités, dans des sites isolés ou enclavés, dans le recours à une sous-traitance via des téléservices, dans des situation de télétravail. De fait, innombrables sont les « success stories » relatives aux applications des TIC dans les entreprises. De nouveaux modes opératoires se sont imposés dans la gestion des tâches administratives ; les entrepreneurs individuels font grand usage du téléphone portable permettant des structures allégées (plus de secrétariats ni de locaux fixes)6. Dans les relations entre les entreprises et leurs sous-traitants, des applications intégrées se développent, passant par un usage routinier des télécommunications (E.D.I.7, gestion de la production, etc.).

Si l'on aborde cette question, non plus sous l'angle de l'acteur ou de l'entreprise, mais sous l'angle de l'aménagement du territoire, il convient de nuancer le propos. Il est clair que les effets structurants des TIC sur le territoire ne sont pas à l'ordre du jour : les success stories ne participent pas d'une révolution spatiale majeure en matière de localisation des activités. Comme le note fort bien Michel Savy : « le territoire montre une inertie bien plus grande que celle des multiples acteurs qui s'y inscrivent et le façonnent. La diversité des facteurs contribue aussi à la dissolution des effets propres des TIC dans des évolutions plus globales » 8. De plus, au fur et à mesure de leur développement, les TIC voient s'estomper (disparaître parfois) les écarts interrégionaux : fin de la pénurie de l'offre, service banalisé et largement disponible et tout point du territoire. « Cette ‘loi' établie jadis pour le transport ou l'énergie, se vérifie aujourd'hui pour les TIC »9 . Pourtant, cette relative « homogénéisation » de l'espace est un leurre.

Certains sites doivent être évités par suite de raisons techniques (cas des zones d'ombre mal couvertes par les opérateurs de télécommunications). De plus, la dite « homogénéisation » elle est contrariée sans cesse :

- par l'apparition d'innovations qui réintroduisent insidieusement les disparités que l'on croyait disparues entre espaces.

- et surtout, par le fait que certains espaces précisément localisés disposent de réels avantages en matière de localisation (les infrastructures permettant de plus hauts débits, ou facilitant l'accès à des services supérieurs). Cela est inévitable compte tenu du fait que les réseaux nouveaux, les innovations, ne peuvent être implantés simultanément sur tout le territoire concerné. Certes, un « réseau cible » est planifié afin de ne laisser aucun espace en dehors de ces développements, mais de fait, cela peut prendre des années, des dizaines d'années… et même se limiter à des déclarations de bonnes intentions de la part des opérateurs et des hommes politiques. On ne s'étonnera donc pas de constater le regroupements d'entreprises fortement utilisatrices de TIC sur certains sites ou agglomérations, mieux équipées que d'autres (disponibilité en réseaux de hauts débits, accès aux réseaux internationaux, proximité d'antennes satellites ou de têtes de câbles sous-marins), et dont les gestionnaires restent très vigilants de façon à ce que les établissements implantés sur leur site puissent toujours bénéficier des dernières avancées de la technologie et des innovations.

- par la recherche d'économies d'échelle permise dans ces espaces mieux équipés (solutions immobilières, partage d'équipements).

Ces sites sont donc puissamment attractifs.

Cette recherche a pour objets :

- de vérifier le regroupement spatial des établissements ayant pour activités les T.I.C.. Nous utiliserons pour ce faire des statistiques à l'échelle de la France ;

- de vérifier si la technopole de Montpellier amorce une transition vers un district numérique10. Fréquemment présentés comme un remède11 au nomadisme des établissements, les districts industriels peuvent avoir les mêmes vertus dans le domaine des TIC : il s'agit de rendre les liens locaux suffisamment forts pour que toute velléité de délocalisation avorte devant les avantages d'une implantation territoriale pérenne.

I - Le regroupement spatial des établissements ayant pour activités les T.I.C.

En partant du constat que les TI tendent vers plus de concentrations spatiales, nous proposons d'effectuer un repérage des principales agglomérations de TIC en France, puis d'en étudier un aspect à travers l'évolution des centres d'appels. Ces derniers amorcent semble-t-il une logique de localisation vers ce type de concentrations d'activités dans une optique de pérennité des implantations et des emplois.

I.1. Une forte concentration métropolitaine des activités TIC en France

L'activité TIC en France est présentée dans la figure suivante : les TI se localisent suivant la hiérarchie urbaine et les principales agglomérations constituent en premier lieu les principales concentrations.

En cherchant à caractériser ces agglomérations liées au TIC sous la forme de district industriel, et en second lieu à définir les évolutions à venir des "clusters12 " TIC avec l'implantation de centres d'appels, nous nous posons la question de savoir si ces derniers peuvent s'intégrer au sein de ces clusters et bénéficier des externalités consécutives aux développements des autres entreprises du secteur. En d'autre terme les entreprises de téléservices, tels les centres d'appels, profitent-elles de cette proximité physique des entreprises TI au travers d'externalités positives.

Depuis la fin des années 1990, les TIC font l'objet d'une attention particulière de la part des collectivités locales (conseils régionaux, municipalités …) tant pour ce qui concerne leur intégration dans les usages que pour leur développement territorial au sein de zones ou sites destinés à l'implantation d'établissements. Un certain nombre de villes se sont positionnées dans l'accueil et la création d'entreprises spécialisées dans le secteur des TIC. La croissance de ce secteur en France métropolitaine entraîne des modifications majeures en terme de concentration de l'appareil productif et en particulier dans le domaine des services. L'étude de la disparité des localisations de certaines activités du domaine des TIC (centres d'appels téléphoniques par exemple) peut être un bon indicateur de ces évolution tant dans son aspect quantitatif que qualitatif.


Carte 1: Le nombre d'établissements du secteur TIC par communes

I. 2. Localisation et spécialisation des centres d'appels en France.

La carte des implantations des centres d'appels dans les aires urbaines françaises (voir Fig. 2), comptabilisées par postes de travail, montre une répartition spatiale irrégulière, mais très fortement métropolisée13 . Une analyse plus fine met en évidence un processus de diffusion hiérarchique, en Région parisienne, puis dans les métropoles régionales, vers les espaces à dominante rurale, enfin. Ce processus a incontestablement créé des opportunités de créations d'emplois (même si l'on peut émettre des réserves sur ce type d'emplois) et des politiques locales s'y sont intéressées.


Carte 2: Les localisations de centres d'appels par commune

La maturité de certaines technologies de communication et la pratique de la segmentation des taches dans les activités de services (assimilables parfois à de la taylorisation tertiaire dans les centres d'appels) ainsi que la réceptivité culturelle et technique du public à l'égard des services à distance ou en ligne tendent les entreprises, par souci de rationalisation des coûts, à se séparer de la gestion directe de leur clientèle. Certaines demandes des clients sont traitées le plus souvent par des services spécifiques dit service client par l'intermédiaire, soit d'appel de numéros communs à la France entière (0 800), soit par des sites Internet. Dans l'ensemble des cas, ces demandes plus ou moins standard sont routées vers des centres de traitement appelés aussi centres d'appels qui peuvent rester soit internes à l'entreprise soit être directement sous-traitées par des sociétés spécialisées. Les centres d'appels constituent ainsi un des effets qui voient les entreprises se recentrer sur leur métier de base à partir du milieu des années 1990 (Bouinot 2000). Ce recentrage induit de fait une autre tendance, l'externalisation ou sous-traitance qui par sa dépendance envers ses donneurs d'ordres implique une localisation au plus prés des grandes villes contribuant en cela à la métropolisation.

Ainsi de par leur organisation atypique les centres d'appels se localisent suivant des critères plus proches de ceux de l'industrie que ce que l'on attendrait dans le cas d'activités du secteur des services. Ils ont un caractère fortement taylorien et leurs effets locaux et régionaux, en partie dynamisants, restent relatifs. Ils caractérisent le plus cette organisation productive dans les services à ce jour14

I.3. Concentration spatiale des services de TIC

Notons enfin que, en terme de localisation industrie et services divergent, ces derniers correspondant à une plus forte concentration spatiale. Les deux cartes suivantes 3a et 3b, dissociant ces deux composantes, nous montrent nettement au niveau national cette plus forte métropolisation des services TIC par opposition à une activité TIC industrielle certes concentré elle aussi mais plus diffuse territorialement à l'échelle nationale.

Cependant, la frontière entre les activités relevant du secteur tertiaire et celles relevant du secteur secondaire devient de plus en plus floue15

. Comble du paradoxe, nombre d'activités tertiaires, sont parfois définies et qualifiées par le mot industrie ! C'est le cas pour l'industrie du tourisme, du cinéma, des transports... « Ces héritages ou glissements sémantiques ne facilitent en rien la tâche» 16. Confusion et complexité encore si l'on observe les localisations : la qualification des zones (industrielle ou d'activités) n'est d'ailleurs plus significative, de nombreuses zones industrielles accueillant des activités tertiaires commerciales ou de loisirs.


Carte 3a et 3b: Le nombre d'établissements du secteur services TIC puis industrie TIC par communes

Notre propos sera de montrer que malgré le nombre croissant de délocalisations en France ou vers l'étranger, les activités TIC participent à un vaste mouvement des activités en France dont le point commun réside dans la recherche d'économie d'agglomération.

Une difficulté méthodologique apparaît quant à l'analyse des facteurs de localisation. En effet, les modèles spatiaux en géographie, en grande adaptée de modèles économiques restent fondés sur une assise conceptuelle très tranchée entre ces activités. Une compréhension plus poussée au niveau local sera nécessaire, par l'analyse de ces nouvelles modalités de localisation dans une étude de cas.

II. UN DISTRICT NUMÉRIQUE SUR MONTPELLIER ?

II.1. Evolutions de la technopole de Montpellier

Les TIC sur Montpellier constituent un des aspects du développement économique local de l'agglomération.

Avec l'implantation de l'usine IBM et de ses sous-traitants au milieu des années 60, la création de l'IDATE (Institut d'Audiovisuel et des Télécommunications en Europe) en 1976, la mise en place du pôle Antenna en 1983 (à la suite du Plan Câble, la commercialisation commençant en 1987), Montpellier a bénéficié d'un « terreau industriel » favorable au développement actuel des TIC.

Bien entendu, cette base industrielle de départ ne serait rien sans l'appui et le concours des multiples centres de recherche publics et privés concentrés pour l'essentiel sur l'agglomération. Pour un secteur dont le potentiel de développement dépend en majeure partie de sa capacité d'innovation, les synergies entre centre de recherche et entreprises constituent un point essentiel de pérennisation de l'activité.

Par ailleurs, Montpellier, par l'intermédiaire de sa technopole, a mis en place dès 1987, sous l'impulsion conjuguée du District Urbain (ancêtre de l'actuelle Agglomération), de la région Languedoc-Roussillon et des Universités régionales, une politique volontariste de création d'entreprise autour d'un Centre Européen d'Entreprises et d'Innovation accès sur la haute-technologie.

Cette volonté s'est concrétisée par la mis en place d'une première pépinière qui depuis son ouverture a entraîné l'implantation ou la création de plus de 300 entreprises (dont la majorité survit toujours). Sur le même principe, une seconde pépinière d'entreprise se développe autour des technologies de l'information. La pépinière d'entreprise TIC se présente à la fois comme un lieu d'incubation de nouvelles entreprises mais également comme un site fortement intégré au reste de l'agglomération. Ainsi elle possède l'avantage de se situer sur un parc d'activité en forte extension foncière et regroupant à proximité immédiate le centre d'appels de Dell Computers et le siège de la société pour l'Europe du Sud, l'usine d'IBM, ainsi que d'autres sociétés en rapport avec les technologies de l'information comme Palm Computing et Cap Gemini. Le phénomène le plus remarquable concernant Montpellier ces dernières années est semble-t-il le développement des centres d'appels.

Montpellier constitue une technopole qui se décline sous cinq thématiques en parc d'activité répartie sur l'agglomération.

Le pole informatique et TIC est situé dans le parc d'activités du Millénaire autour de l'usine de la firme transnationale IBM, implantée dans ce quartier de la Pompignane depuis le milieu des années 1960. Cette dernière permit une combinaison vertueuse entre un fort potentiel universitaire et de recherche, et un dynamisme industriel de haute technologie ; l'usine contribua à faire évoluer des entreprises locales en fonction de ses besoins; mais surtout, elle attira dans ses environs établissements de sous-traitants avec lesquels elle avait des relations privilégiées  (Bakis 1973b, 1977).

A partir de 1983, IBM encouragea ses ingénieurs à tenter de fonder leur propre entreprise. Une charte d'essaimage leur est proposée, comprenant notamment une aide financière. Il en a résulté l'apparition sur Montpellier, d'un tissu d'entreprises du secteur TIC, qui donne à la région une particularité : un bon positionnement au niveau national en nombre d'entreprises, malgré un nombre d'emplois modeste. Montpellier est le seul pôle de développement de la région Languedoc–Roussillon en matière de TIC, avec Nîmes et Perpignan qui participent dans une moindre mesure à cette dynamique : ces trois villes concentrent 84,4% de l'emploi du secteur TIC au sein de la région.


Siège et Centre d'appels de Dell Europe du Sud. A l'arrière-plan : une partie du site de l'établissement I.B.M.
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)


Siège et Centre d'appels de Dell.
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)

Montpellier est une technopole se déclinant sous différentes thématiques industrielles fortement localisées au sein de plusieurs parcs d'activités, mais on ne peut parler, à son propos, de district industriel. Cependant, ces parcs d'activités correspondent à des Système productif local (SPL) : des regroupements d'entreprises dans un espace de proximité autour d'un ou plusieurs métiers. Ces entreprises sont sensées entretenir des relations entre elles et avec leur milieu socioculturel d'insertion. Les externalités positives produites par ces relations formelles ou informelles se répercutent sur l'ensemble des entreprises du SPL17

Ce sont les parcs d'activités et en particulier celui du Millénaire (concernant l'informatique et les TI), qui attirent notre attention puisque d'un point de vue sémantique ils peuvent se décliner comme Système productif local (SPL) ou comme milieu innovateur. Au SPL, s'ajoutent le milieu innovateur et le district technologique : deux notions proches qui reconnaissent l'importance des relations non marchandes et des effets de proximités spatiales dans les processus technologiques. Il reste à noter que les différentes formes de réseaux locaux d'entreprises coexistent et s'articulent les uns par rapport aux autres, voire se superposent ou s'emboîtent18.

Les activités TIC sur Montpellier

Source: Montpellier Méditerranée Technopole, 2004

NAF700

Tranche d'effectifs salariés la plus représentée dans la catégorie

nombre d'établissements de la tranche

221A

1 ou 2

6

221C

1 ou 2

11

221E

0

15

221G

0

5

221J

0

8

222A

0

1

222C

1 ou 2

10

223A

1 ou 2

3

223E

De 10 à 19

1

300C

De 3 à 5

3

313Z

De 3 à 5

1

321A

De 10 à 19

1

322A

De 3 à 5

1

322B

1 ou 2

2

323Z

0

1

332A

0

1

332B

De 10 à 19

3

333Z

De 10 à 19

1

713E

0

2

721Z

0

56

723Z

0

13

724Z

1 ou 2

6

725Z

0

18

921A

1 ou 2

6

921B

1 ou 2

16

921C

0

6

921D

0

5

921F

0

1

921G

0

1

921J

De 10 à 19

3

922A

1 ou 2

7

922B

0

3

924Z

0

10

Répartition en tranches d'emploi et par nomenclatures d'activités des TIC sur l'Unité Urbaine de Montpellier. Source : INSEE Janvier 2003

De la difficulté de définir les TIC

Les technologies de l'information et de la communication forment un secteur hétérogène puisqu'elles relèvent à la fois de l'industrie, du commerce et des services. Elles ne sont donc pas identifiées comme un secteur en tant que tel par l'Insee. A partir de la Nomenclature d'Activités Françaises (NAF), brique de base de l'information statistique économique, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a créé une nomenclature sur laquelle se base cet article, et qui, comme toutes les nomenclatures, comporte une part d'arbitraire. L'OCDE a retenu deux champs pour la détermination des activités relevant des TIC. Le premier, les TIC au sens strict, comprend des activités de fabrication, des services liés à des biens et les services immatériels.

Le second est dénommé le secteur du contenu. La composition détaillée de ces deux ensembles figure ci-dessous.

 
LES ACTIVITÉS INDUSTRIELLES COMPOSENT LE PREMIER ENSEMBLE (DÉNOMMÉ TIC AU SENS STRICT), QUI PEUT -ÊTRE DIVISÉ EN TROIS PÔLES.

Le pôle des activités de fabrication correspond aux activités industrielles de la NAF :
300C Fabrication d'ordinateurs & autres, d'équipements informatiques
313Z Fabrication de fils et câbles isolés
321A Fabrication de composants passifs & condensateurs.
321B Fabrication de composants électroniques actifs
322A Fabrication d'équipements d'émission et de transmission hertzienne
322B Fabrication d'appareils de téléphonie
323Z Fabrication d'appareils de réception, d'enregistrement, de reproduction du son et de l'image
332A Fabrication d'équipement d'aide à la navigation
332B Fabrication d'instrumentation scientifique & technique
333Z Fabrication d'équipement de contrôle des processus industriels

Le pôle des « services liés à des biens » est constitué de deux activités voisines :
516G Commerce de gros de machines de bureau
713E Location de machines de bureau et de matériel informatique

Le pôle des services immatériels comprend :
642A Télécommunications nationales
642B Autres activités de télécommunications
721Z Conseil en systèmes informatiques
722Z Réalisation de logiciels
723Z Traitement de données
724Z Activités de banques de données
725Z Entretien et réparation de machines de bureau
726Z Autres activités rattachées à l'informatique

LES TIC AU SENS STRICT PEUVENT ÊTRE COMPLÉTÉES DES TIC
AU SENS ÉLARGI (SECTEUR DU CONTENU) QUI SONT COMPOSÉES :

D'activités industrielles
221A Edition de livres
221C Edition de journaux
221E Edition de revues et périodiques
221G Edition d'enregistrements sonores
221J Autres activités d'édition
222A Imprimerie de journaux
222C Autre imprimerie (labeur)
223A Reproduction d'enregistrements sonores
223C Reproduction d'enregistrements vidéo
223E Reproduction d'enregistrements informatiques

D'activités tertiaires
921A Production de films pour la télévision
921B Production de films institutionnels et publicitaires
921C Production de films pour le cinéma
921D Prestations techniques pour le cinéma
921F Distribution de films cinématographiques
921G Edition et distribution vidéo
921J Projections de films cinématographiques
922A Activités de radio
922B Production de programmes de télévision
922C Diffusion de programmes de télévision
924Z Agences de presse

Source: INSEE, 2003

Hôtel d'entreprises du Millénaire, Montpellier
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)

Comment a évolué la technopole pour se positionner vers les secteurs liés aux TIC?

Le dynamisme de Montpellier tient à une base d'entreprises issues de l'essaimage d'IBM et à une capacité d'adaptation au secteur porteur du moment.

C'est ainsi que la principale caractéristique de Montpellier réside dans la constitution d'un district numérique intégrant un large panel d'entreprise lié à l'activité TIC prenant en compte tant la production de biens que de services et en particuliers les centres d'appels.

Ce fut le cas avec l'implantation des centres d'appels dans le courant des années 1990. Aujourd'hui, l'agglomération comporte 28 centres d'appels employant environ 1 965 employés dont l'essentiel se localise sur ou dans les alentours immédiats du parc d'activités du Millénaire dédié aux technologies de l'information.

Encore s'agit-il de savoir si les centres d'appels constituent réellement un ancrage d'entreprises au niveau local? En effet, les centres d'appels, créant parfois un nombre d'emplois relativement conséquent, les collectivités locales se trouvent néanmoins démunies quant à la pérennité de ce type d'activité.

Ainsi le cas de Dell reste caractéristique de l'image véhiculée par ce secteur. L'entreprise s'est implantée sur Montpellier en 1992 et n'a cessé de monter en puissance en terme d'emplois et de concentration de responsabilités sur le site puisqu'en 1998, le centre est monté jusqu'à 800 salariés et que le site est devenu le siège Sud Europe de la multinationale.

Cependant depuis 2002, il est de plus en plus question de délocaliser une partie de l'activité du centre d'appels notamment vers le Maroc. Mais pour autant ce spectre de la délocalisation est-il bien réel et ne correspond-il pas à une normalité dans les cycles d'évolution et de localisation des entreprises. En effet, la délocalisation de Dell correspond certes à une recherche de la part de l'entreprise de coûts beaucoup plus compressés, mais il s'agit là d'emplois à faible valeur ajoutée. Par ailleurs, la partie Sud du Bassin méditerranéen correspond au développement d'un nouveau marché ce qui confirme nos hypothèses antérieures, à savoir que malgré tout, l'activité de certaines TI comme les centres d'appels ne peuvent se couper de la proximité de leurs débouchés commerciaux (Bakis, Bonnet, Veyret, 1999).

Les réseaux locaux d'entreprises, en plus d'être révélateurs de dynamisme, sont à la base de synergies entre établissements. C'est pourquoi, nous allons nous intéresser à la composition de ce district afin de déterminer les externalités de réseaux sous-jacente en son sein.

Suivant l'étude de Lasch (Lasch 2001), Montpellier se situe à la 13e position en nombre d'établissement TIC au niveau national mais paradoxalement cette place chute à la 20ème en termes d'emplois, même si le secteur des SSII19

est encore le plus porteur en matière d'emplois créés.

Après le succès de la pépinière d'entreprises Cap Alpha (à Clapiers, près de Montpellier) la communauté d'Agglomération a mis en 2004 de nouveaux lieux destinée à accueillir des entreprises de la technopole : Cap Gamma (biotechnologie) et Cap Oméga (T.I.C.).



Pépinière d'entreprises Cap Gamma, Montpellier
(Photo Montpellier Méditerranée Technopole, cliché V. Daverio)


Plan de masse et adresse de locataires à l'entrée du Parc club du Millénaire
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)


Une vue du Parc club du Millénaire
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)



Pépinière d'entreprises high-tech Cap Omega (5 000 mètres carrés), Montpellier
(Cliché : H. Bakis, sept. 2005)

II. 2. Rappel sur les caractéristiques des « districts »

Nous présenterons tout d'abord quelques rappels sur la notion de district, puis nous nous demanderons si la technopole de Montpellier amorce une évolution vers ce que l'on peut appeler un « district numérique ».

Nous reprendrons les grands traits caractéristiques qui ont fait le succès des districts20, et qui assurent la pérennité du concept et son adaptabilité à de multiples secteurs d'activités entre autres les TIC. Il s'agit d'une concentration de entreprises (PME, MPI) spécialisées (secteur d'activités, métier ou produit) sur un territoire limité. Ces entreprises, à la fois concurrentes et complémentaires, s'appuient sur une structure associant les autres acteurs du territoire et s'organisent en système productif local, district industriel ou cluster. Il existe des nuances entre ces différentes notions :

  • les districts industriels sont définis à partir du modèle italien (enracinement territorial fort sur un territoire spatialement limité, un savoir-faire artisanal s'allie à des technologie sophistiquées, forte collaboration entre entrepreneurs puisant dans un dense tissu de relations informelles21;

  • les systèmes productifs locaux correspondent à « une organisation productive particulière localisée sur un territoire correspondant généralement à un bassin d'emploi. Cette organisation fonctionne comme un réseau d'interdépendances constituées d'unités productives ayant des activités similaires ou complémentaires qui se divisent le travail (entreprises de production ou de services, centres de recherche, organismes de formation, centres de transfert et de veille technologique, etc.) »22. Il s'agit donc d'entreprises et institutions proches et, surtout, collaborant dans un même domaine d'activité ;

  • les clusters anglo-saxons renvoient à des entreprises du même secteur d'activité, ayant un réel ancrage géographique, et en compétition. 

Les districts industriels trouvent un regain d'intérêt dans les travaux de recherche. En effet, de par leur mode de fonctionnement fondé sur la spécialisation flexible, les districts offrent un cadre de développement particulièrement adapté au secteur des TIC. Les districts constituent un environnement particulièrement propice à la croissance de ce secteur et permettent l'hypothèse d'une territorialisation bien particulière du phénomène.

Le district présente des caractéristiques originales dans différents domaines : main d'œuvre, culture, réseaux sociaux locaux, facteurs propres à l'environnement économique local (dynamisme, spécialisations, moyens partagés), valeur ajoutée issue de la qualité de la formation et de l'expérience de la main-d'œuvre23, mobilité professionnelle de la main-d'œuvre24. L'exemple référent en la matière reste ainsi le cas de la mythique Silicon-Valley. Même si le secteur des TIC développe désormais des caractéristiques propres se rapprochant de plus en plus du secteur des services, l'exemple d'un district tourné vers l'industrie informatique offre des enseignements précieux d'autant plus que la Silicon Valley tend à suivre cette évolution vers les TIC. Cette mobilité se manifeste ainsi dans l'entreprise par une évolution constante des tâches de chaque employé. Ceci prend pour principe la recherche constante de l'innovation tant technique qu'organisationnelle par un intéressement de chaque employé en lui permettant d'évoluer rapidement dans les échelons de l'entreprise. Il en résulte un certain type de management fondé sur l'esprit d'initiative de chaque individu et sa participation active au bien commun de l'entreprise25.

Il en résulte une culture d'entreprise basée sur une ouverture : adaptation à de nouveaux modes de production, nouveaux types de biens ou services. Ces valeurs culturelles partagées entre les acteurs ont fait la particularité de la Silicon Valley, modèle imité dans le monde entier. Même si ce critère n'a pas été le déclencheur dans le développement de cette vallée de la haute technologie, un certain nombre de trait commun à la culture Nord-Américaine, mélange de pragmatisme et de tradition, ont contribué à innover dans la gestion des ressources humaines offrant ainsi au personnel un subtil équilibre entre références antagonistes mêlant autonomie et règles à respecter26.

L'essaimage participe à une mobilité des entreprises au sein du district et contribue à l'impulsion des innovations27.

Dans un second temps, de la spécialisation locale des activités (Marshall 1971) consécutive à la formation du district s'ajoute, à cette culture d'entreprise collective, un partage des moyens de production au sein de l'environnement local (Gallina 1999). Dans le cas d'une plus forte intégration, la concentration de services spécifiques, orientés vers les besoins des entreprises devient alors possible28, comme nous venons de le voir avec l'exemple de la Silicon Valley. Par ailleurs, cet environnement local partagé permet paradoxalement la coexistence de relations de coopération et de concurrence29 pour le plus grand bénéfice du district. C'est ainsi qu'un réseau d'interdépendance30 se développe entre les entreprises constitutives du district. L'accent est mis sur l'importance des liens dans ces réseaux sociaux locaux garantissant à la fois de bonnes communications entre les acteurs31, ce qui facilite les négociations et permet la diffusion rapide des savoirs32.

L'étude et le fonctionnement de districts industriels de type numérique a déjà fait l'objet d'un début d'analyses (Le Blanc, 2001, Vicente J., 2005). Les districts numérique constituent une déclinaison supplémentaire dans l'évolution continue des districts depuis le début du 20ème siècle (rupture technologique ou managériale). Certaines de ces caractéristiques ont été relevées en premier lieu notamment en Italie où Alfred Marshall a conceptualisé cette notion de district. Or comme nous l'avons signalé la notion se décline avant tout par son empirisme et évolue sans cesse au gré des évolutions techniques et organisationnelles. Chaque rupture technologique a entraîné une nouvelle conceptualisation du district dont les exemples actuellement étudiés et repris dans les recherches en cours l'illustre; à savoir la Silicon Valley pour l'informatique et dernièrement le district de Denver et la Silicon Sentier pour les technologies de l'information à proprement dit.

La spécialisation « numérique » caractérise-t-elle une catégorie spécifique de « districts » ? Dans ce cas quelle serait sa traduction dans la dynamique spatiale des réseaux d'entreprises ? Pour Gilles Le Blanc, les districts numériques se présentent comme la continuité logique de l'évolution des districts industriels et des facteurs de localisation issue de la convergence croissante entre l'industrie et les services tel que peuvent les caractériser les centres d'appels. Nous avons noté cependant que cette convergence est loin d'être parfaite et que les services de TIC sont bien plus concentrés que les industries TIC en France (cartes 3a et 3b).

Gilles Le Blanc met ainsi en avant plusieurs facteurs pour le développement des districts numériques. Passé les traditionnelles conditions de vie, en se basant sur le bilan d'expériences américaines comme Denver, il ressort outre la présence de centres de recherche liés au TIC, l'importance de l'effet d'entraînement d'entreprises pionnières, du rôle des relations internationales (commerciales, universitaires,…) et d'une politique volontariste des collectivités locales. Tous ces facteurs de localisations restent relativement classiques en matière de constitution de district à ceci près que la thématique TIC tend de façon croissante vers un processus de production immatérielle. C'est précisément dans ce contexte qu'il est possible d'extrapoler une extension des districts numériques vers les centres d'appels et l'ensemble de la fonction relation client des entreprises.

Le cas de Denver étudié par Gilles Le Blanc est révélateur en matière de composition à venir des districts numériques. Ce "cluster" dont la situation géographique en fait un nœud de télécommunication a été initié dans un premier temps par l'implantation de grands opérateurs télécoms Nord-américains (US West, AT&T, puis relayé dans un second temps par de nombreuses entreprises de services télécoms dont des centres d'appels. Il est intéressant de remarquer que justement, outre la grande diversité des secteurs d'activité TI présent au sein du district numérique, à l'heure actuelle les plus représentés sont essentiellement les producteurs de service télécoms qui ont pris le pas en terme d'emplois sur les fabricants d'équipements. Ainsi sur la totalité des emplois du district soit 107 000, les premiers représentent 27 500 emplois et les seconds 79 500. Par ailleurs, Gilles Le Blanc souligne la particularité intrinsèque de ce type de district: la convergence autour des TI. En effet, la plupart des districts numériques américains étaient au départ des districts centrés sur l'électronique et plus généralement la haute technologie. C'est par convergence et agglomération progressive d'autres activités liées à l'industrie numérique que se sont constitué la plupart des districts numériques.

La caractéristique principale qui permet la bonne intégration des TIC dans le concept de district réside cependant dans sa faculté d'adaptation aux nouvelles formes de travail, que se soit en terme de management ou de télétravail.

Par ailleurs, Jérôme Vicente par son analyse de la Silicon Valley puis celle du Silicon Sentier met en avant, dans la formation de ces organisations locales productives, l'existence soit d'externalités de réseaux soit d'externalités informationnelles. Ces dernières se présentent dès lors que "les actions ou les conséquences des actions des individus apportent des informations pertinentes sur la bonne décision à prendre33 " (Vicente 2005).

II.3. Les externalités de réseau dans le district

Pourquoi mettre plus particulièrement en avant les externalités de réseaux au sein de Montpellier? Ces dernières apparaissent selon Jérôme Vicente dès lors que "la satisfaction que retire un agent de son adhésion à un réseau économique est positivement corrélée au nombre d'adopteurs de ce réseau". Les districts étant principalement fondés sur la constitution de réseaux d'acteurs, leur formalisation doit permettre d'appréhender avec plus d'acuité les caractéristiques des districts numériques.

Ainsi, dans notre analyse du district industriel de type numérique tel que celui de Montpellier, nous faisons le pari d'associer les centres d'appels avec le reste des activités TIC. Cependant les centres d'appels correspondent à une activité en évolution permanente mal définie tant conceptuellement que statistiquement. Elle tend cependant à être de plus en plus prise en compte en tant que telle du fait de son impact spatial (création d'emploi) et de raisons sociales (il s'agit de donner un cadre réglementaire à une profession pour mieux protéger les salariés). Même si les centres d'appels ne sont pas associés au secteur TIC (voir la nomenclature NAF 700 de l'INSEE), il semble important de les y associer. Par ailleurs leur proximité spatiale au sein même du district nous invite à nous interroger sur les interactions qu'ils sont susceptibles d'entretenir avec les autres entreprises du secteur TIC.

Par analogie avec les districts de type numérique les plus étudiés et les plus référencés par la littérature actuellement, c'est à dire la Silicon Valley, le Silicon Sentier34 et le district de Denver 35, les externalités de réseaux ne constituent pas nécessairement le déclenchement de l'agglomération d'activité mais au moins sa pérennisation.

Silicon Sentier correspond à la formation d'un district numérique au cœur même de Paris, dans un processus de localisation qualifié d' « effet pingouin » (Vicente, 2002). La formation de ce cluster a en effet résidé dans « une dynamique de localisation en cascade d'entreprise, avec voisinage et existence d'un adopteur leader »36. Ce dernier correspond à l'entreprise Yahoo qui a entraîné dans son sillage une multitude d'entreprises du secteur de la "Nouvelle Economie" à partir de 1998, au plus fort de la période spéculative de ce secteur émergent. Cependant les critères de localisation des établissements étaient opportunistes correspondant à une conjonction d'événements positifs : chute du prix du foncier dans le quartier ou la présence d'infrastructures télécoms à hauts débits en raison de la proximité immédiate de la Bourse de la Capitale.

Avec le cas de Denver nous sommes, comme nous l'avons vu précédemment, plus proches de la situation montpelliéraine puisqu'il s'agit de l'évolution graduelle d'un district classique vers une thématique numérique avec une forte implication institutionnelle37

Cependant le cas de Montpellier, se différencie des deux derniers par la place dédiée aux services : services de TIC ou centres d'appels plus particulièrement. Montpellier, dans un cadre institutionnel, a tenté d'amorcer le processus. La réalité du district numérique de Montpellier tient à l'existence d'un tissu d'entreprises reposant pour l'essentiel sur la stratégie d'essaimage d'IBM (Bakis 1973a, 1973b, 1977). Montpellier se situe dans la logique de développement de Denver du fait de la forte implication des pouvoirs publics dans la valorisation du potentiel universitaire et de recherche, et dans l'espoir de voir s'affirmer un dynamisme nouveau fondé sur les activités de hautes technologies créées ou se délocalisant d'autres lieux38

. Cette forte implication publique fixant une stratégie de développement économique contribue à caractériser Montpellier comme Technopole.

Sur Montpellier à proprement parlé il apparaît d'un premier abord difficile de dire qu'il existe des échanges entre les centres d'appels voire d'autres activités caractérisables sous une forme de district industriel autres que ceux relatifs à leur installation comme les services de collectivités locales chargés de la prospection d'entreprises ou des services financiers. Cependant cet échange tel qu'il existe en Ecosse sous le patronage de la Glasgow Development Agency est-il transposable sur un modèle d'agglomération français. A l'échelle d'une ville cela peut-être plus hypothétique car il existe peu en dehors de certaines métropoles de forte concentration de centres d'appels, comme nous avons pu le constater précédemment, permettant l'organisation institutionnalisée de ce type de secteur d'activité. Pour le cas de Montpellier, c'est dans le cadre d'un parc d'activité fortement intégré que se positionne le principal centre d'appels de l'agglomération à savoir celui de Dell Computer. Mais est-il pour autant possible de l'analyser en tant que district industriel de type numérique suivant la définition présentée par G. Le Blanc. Par la forte spécialisation de ce parc tourné vers les activités informatiques et informationnelles, il est envisageable de le définir en tant que tel. Cependant les centres d'appels restent un cas à part et leur intégration dans un tel parc reste superficielle quant à leur participation active aux échanges entre entreprises.

Ceci semble cependant différent lorsque les centres se regroupent entre eux ou qu'un effet de masse participe à la formation d'économie d'échelle comme c'est le cas sur Glasgow ou encore sur Lille. Toutefois Dell Computers reste le seul centre majeur présent sur le parc d'activité et constitue néanmoins un segment particulier de la vente informatique. De plus, le fait que le centre d'appels localisé sur ce parc soit Dell Computers n'est pas anodin en soit. En effet, cette entreprise est sans doute à l'heure actuelle celle qui ait poussé le plus loin le principe de la vente directe en supprimant les intermédiaires et compressant ses coûts au maximum au risque d'être assez fréquemment accusé d'exploiter ses employés. Néanmoins cette expérience fondée sur le principe des milieux innovateurs montre que les télécommunications permettent un développement territorial indéniable dans le cadre des districts et des villes technopoles (Bakis, Bonnet & Veyret 1999).

Les effets de proximités tant organisationnels, territoriaux que virtuels s'associent dans ce type de districts pour donner naissance à un ensemble novateur39 de développement économique lié aux TIC et notamment aux télécommunications.

Au travers du constat de cette analyse du district TIC de Montpellier, il nous permis de rester septique quant à une généralisation de ce type de cluster basé seulement sur l'activité TIC. Certes le concept de district montre son extraordinaire capacité d'évolution et d'adaptation au besoin de l'économie à un moment donné, mais il serait nécessaire de franchir un seuil critique en terme de masse économique pour une réelle pérennisation de ces activités.

La condition de cette continuité dans le temps réside ainsi dans l'accomplissement de l'équation désormais garante du développement des TIC et plus généralement de la société de l'information à savoir la dualité du processus entre contenant, les réseaux techniques et le contenu, les services véhiculés par ces derniers.

Vers une convergence des Activités TIC et de service au sein du district

Une chose semble certaine au travers de l'étude des TIC sur Montpellier, c'est que ce seul aspect sectoriel ne semble être qu'une étape dans la constitution de district à vocation beaucoup plus large englobant l'ensemble de la chaîne productive numérique (Le Blanc, 2001), c'est à dire l'aspect matériel et immatériel des TIC tendant vers une convergence plus large entre industrie et service. En effet le lien entre ces deux branches classiques de l'activité économiques se trouve de plus en plus ténus (Bonnet & Moriset, 2005). L'étude de la géographie d'une de ces activités phares, les centres d'appels, nous montre que certains modèles spatiaux autrefois très spécifiques dans l'étude de la localisation de l'industrie dite classique comme le modèle de Weber se trouve être désormais pertinent également pour l'analyse de la localisation de certaines téléactivités comme les centres d'appels.

Ce lien croissant entre les services et les infrastructures montre déjà cependant dans un premier temps que l'immatériel reste indubitablement lié à la matérialité des réseaux pour entamer tout processus de diffusion spatiale homogène et continue que se soit au travers d'un territoire ou d'une population.

De plus, les facteurs de localisation qu'ils concernent les services ou l'industrie lié au TIC se rejoignent essentiellement du fait qu'il bénéficie des même externalités positives qu'elles soient pécuniaires, organisationnelles ou informationnelles (Vicente, 2005).

Par ailleurs, dans le contexte de mondialisation fortement porté par des vagues de délocalisations, nous émettons l'hypothèse que les concentrations territoriales d'activités par mêmes secteurs constituent un élément de réponse au nomadisme des emplois et des entreprises. Mais également, les TIC dans ce contexte de globalisation des marchés participent à un double effet paradoxal de localisation des activités. Certes au niveau mondial les TI contribuent à la dispersion des activités productives au travers d'un certain nombre de services à faibles valeurs ajoutées mais aussi attise la centralisation des fonctions de gestion et de contrôle (Le Blanc, 2001).

Le trait caractéristique des activités liées au TIC réside dans la formation d'externalités de réseau que nous avons définis précédemment. Nous nous intéresserons alors dans la partie suivante à l'étude de la formalisation de ces réseaux d'entreprises.

III. La formalisation des réseaux locaux d'entreprises orientés TIC.

L'utilisation de la théorie des graphes constitue un outil désormais commun pour modéliser les réseaux en particulier sociaux dans de nombreuses disciplines. Son utilisation permet de formaliser simplement et efficacement des réseaux d'entreprises. L'utilisation des graphes ne constitue pas une innovation en soit, tant les géographes et les aménageurs en sont désormais coutumiers. Mais son application à des entreprises en réseaux permet une formalisation pertinente de la relation que les entreprises entretiennent entre elles d'une part, et de l'interaction entre entreprises et territoire d'autre part.

Un de ses principaux avantages réside dans la possibilité qu'elle offre de repérer des formes dans l'espace, en lui associant des valeurs mathématiques (BARTHES, PLANQUE, 2002).

Notre objectif ici est de tenter une modélisation de réseaux locaux d'entreprises. Nous utiliserons dans cette analyse de réseaux, un secteur large comprenant le secteur des TIC et celui des biotechnologies. Notre objectif ici est, moins d'analyser un secteur d'activités plus particulièrement, que de valider une méthode d'analyse des concentrations d'activités et leur mise en réseau. C'est pour cela que nous nous intéresserons ici moins à l'émergence des clusters ex-nihilo qu'à la pérennité et l'évolution de ceux déjà constitués.

Souvent décrié pour leur extrême volatilité, les entreprises de TIC peuvent-elles par une connectivité plus importante au sein d'un district numérique montrer un ancrage territorial plus prononcé? Comment se décline cette connectivité au sein d'un district notamment et quelle forme prend-elle en terme d'échelle et d'étendue géographique: le district est-il lui aussi correctement connecté et dans quel proportion?

Plus que l'étude des réseaux d'entreprises, il s'agit de comprendre le mécanisme qui sous tend ces firmes de hautes technologies à toujours plus de concentration et donc à une métropolisation accrue des activités économiques. Les fertilisations croisées entre les entreprises et les institutions publiques tels que les laboratoires de recherche et les universités permettent de reconsidérer les réseaux de relations au niveau local. La formation d'un modèle urbain original fondé sur le couple d'activités industriel et tertiaire constitue peut-être la norme future du système productif. Certes les réseaux urbains de villes moyennes montrent que l'activité économique à venir, celle fondée sur un fort potentiel d'innovation, s'y développe harmonieusement sans pour autant constituer les centres de décision et de coordination des réseaux d'entreprises. En effet, ces activités de commandement, "les services avancés qui (...) sont, en temps réel, en prise sur les grands mouvements d'information de l'ensemble de la planète" (CATTAN, PUMAIN et al., 1999) reviennent à un nombre réduit de villes définies autour du modèle de la ville globale (SASSEN, 1991).

Ainsi ces nouvelles formes de concentrations géographiques issues de l'intensification de la mondialisation, s'expliquent désormais par la capacité de connectivité des réseaux sociaux locaux aux multiples réseaux constitutifs de l'activité économique. C'est ainsi que ces réseaux locaux essentiellement sociaux, pour se garantir cette connectivité doivent se montrer les plus réceptifs à l'innovation, "soit du fait de leurs capacités de création et d'apprentissage (milieux innovateurs, technopoles), soit de par leur insertion dans des réseaux mondiaux de pouvoirs et d'informations (villes globales, villes informationnelles)" (PAULUS, 2004).

Notre démarche vise une approche des réseaux locaux d'entreprises en deux temps. Le premier consiste par une analyse systémique et modélisatrice à comprendre la nature et le fonctionnement spatiale des réseaux issus de cette forme de "l'économie de l'expérimentation" (à savoir TIC, biotechnologie et service)

Le deuxième temps fait référence aux articulations d'échelles entre les acteurs constitutifs de ces réseaux d'entreprises en prenant en compte ces imbrications entre différents niveaux opératoires. Pour ce faire nous utiliserons la théorie des graphes pour caractériser les différents niveaux de connectivité entre firmes.

III. 1. La méthodologie de l'enquête

Cette méthode vise à tester puis à formaliser les interactions entre entreprises au sein d'un ou plusieurs réseaux d'entreprises. Concernant ces réseaux, il reste difficile de cerner une échelle d'analyse tant une entreprise, si petite soit elle, est désormais en mesure de tisser des liens de relation à des niveaux différents. Ainsi cette imbrication des réseaux d'entreprises fait que les échelles d'analyse le sont également; il est donc possible de parler, et notre exemple l'illustre parfaitement, de métissage des échelles.

Une approche nécessairement multi-scalaire

Si toute étude d'un objet géographique doit d'abord se faire à l'échelle de cet objet, fort est de constater, que concernant les réseaux d'entreprises, la seule échelle locale n'est ni suffisante ni pertinente. "La compréhension de tout objet géographique impose de l'étudier au minimum à trois échelles différentes" comme le signale André Dauphiné.

Ainsi, notre démarche impose une approche multi-scalaire visant à étudier l'impact des différents niveaux d'échelles et la logique de leur articulation. La transversalité des niveaux d'échelles dans les réseaux d'entreprises est la conséquence de la superposition de différents réseaux, locaux, nationaux et internationaux. En fait, le terme de réseaux local perd de sa consistance du fait de ces imbrications mais également la notion de district même, car la proximité n'est plus nécessairement géographique mais organisationnelle.

Par notre analyse multi-scalaire des réseaux d'entreprises, on s'interroge de leurs effets sur les réseaux urbains et l'évolution de la hiérarchie de ces derniers. En effet, on sait au niveau du secteur TIC que les entreprises qui lui sont liées sont sujettes à une forte concentration géographique. Mais paradoxalement, elles entretiennent parfois des liens de coopération plus importants avec des entreprises éloignées et, peu ou pas du tout au niveau local. En participant à la contraction (ou convergence) de l'espace-temps, l'usage des TIC ne fait qu'accentuer ce phénomène précédemment décrit de métropolisation par l'accroissement de la portée des interactions spatiales et élargissement les aires d'influence urbaine; ceci ayant pour principale conséquence de privilégier les niveaux supérieurs de la hiérarchie urbaine au détriment des autres (BAUDELLE, REGNAULD, 2004).

Cependant nous essaierons de mettre en évidence ce que certains auteurs scandinaves ont mis en avant, au sein du processus de métropolisation, en revenant sur les hypothèses de surconcentration des activités et en requalifiant le potentiel d'ancrage d'activités des villes moyennes (ILLERIS, 1996). C'est donc dans ces espaces interstitiels, entre les grandes métropoles que nous avons évoqué, que se situe la logique de notre recherche. Loin de supprimer les échelles, cette mondialisation autour de certains pôles majeurs participe plus à une redistribution scalaire du fait de l'accroissement des interactions spatiales permise par l'accélération des communications (BAUDELLE, REGNAULD, 2004). A ce titre, la subsistance de logiques régionales (par opposition à celles mondiales) trouve sa viabilité par sa complémentarité avec les hiérarchies urbaines supérieures, tout ceci se faisant néanmoins selon un schéma proche du modèle centre – périphérie.

La délimitation du secteur d'activités d'analyse

Pour formaliser les réseaux d'entreprises, nous avons procédé dans un premier temps par l'utilisation d'une liste des entreprises fournis par Montpellier Méditerranée Technopole. Cette dernière relativement exhaustive a été la base de départ d'un questionnaire visant à repérer les liens entre entreprises au niveau local.

L'intérêt d'élargir notre analyse des TIC non seulement aux biotechnologies mais également à l'ensemble de la chaîne de recherche et d'innovation présente sur l'agglomération de Montpellier repose sur l'optimisation des possibilités d'échange entre entreprises mais également avec le secteur de la recherche publique et privée. Ces secteurs d'activités constituent ainsi "des régimes de recherche et d'innovation pour lesquels la croissance repose sur une grande diversité des compétences et sur de fortes complémentarités entre les acteurs issus de disciplines scientifiques connexes" (GENET, MEYRONIN, 2004).

La démarche modélisatrice

Que ce soit l'économie spatiale ou bien la géographie, ces deux disciplines ont développé les outils nécessaires à la modélisation des formes prises par les objets géographiques étudiés. Plus mathématique dans son approche, l'économétrie spatiale se rapproche de certaines méthodes de modélisation employées depuis une vingtaine d'années par les géographes. Plus statistique dans leur approche des modèles, ces derniers ont recourt aux analyses de régression telles qu'utilisées dans cet article concernant les concentrations spatiales d'entreprises TIC. En outre, ces modélisations communes entre économistes et géographes se retrouvent notamment sur deux grandes spécificités des données géographiques telles que l'autocorrélation et l'hétérogénéité spatiale.


Par ailleurs, la modélisation des externalités de réseaux avait fait l'objet de travaux visant à montrer ces effets sur les performances des entreprises du secteur TIC (CAPELLO, NIJKAMP, 1995). La matrice issue de cette formalisation par les graphes permettait une mesure de la proportion de connectivité physique réelle d'une firme donnée par rapport à la connectivité économique potentielle. Par cette dernière forme de connectivité économique qu'ils opposent à la connectivité physique réelle, les auteurs la désignent par la mesure des liens économiques entre les firmes; les relations s'établissant à l'aide de réseaux de télécommunications correspondent, elles à une connectivité physique. L'hypothèse alors développée est fondée sur l'existence d'une relation étroite entre ces deux types de connectivité et qu'une connectivité économique est un préalable à la connectivité physique.

C'est en reprenant ces travaux que Jérôme Vicente postule que "dès lors que les agents entretiennent des rapports de proximité géographique, les connectivités physiques et économiques se distinguent selon les logiques respectives de similitude et d'appartenance". Ainsi la proximité géographique source de la connectivité physique des entreprises permise par la mutualisation des infrastructures au sein du district, n'est pas vecteur pour autant d'efficacité dynamique si elle n'est pas associée à une connectivité économique (Vicente 2005).

Cette dernière se caractérise par l'appartenance des entreprises à un réseau productif, " seule à même d'assurer l'échange d'informations stratégiques, la création de nouveaux marchés et/ou de nouvelles entreprises".

Récemment, Jérôme Vicente a élargi cette approche faisant dépendre la stabilité d'un cluster TIC de son degré de connectivité (physique et économique) entre les firmes. A l'heure actuelle, d'un point de vue géo-économique aucune analyse de la morphologie à proprement parler du réseau ne semble avoir été tentée. Pourtant une telle analyse peut avoir de nombreux intérêts.

En effet, la forme d'un réseau d'entreprises est susceptible de nous renseigner rapidement sur d'une part, sa viabilité et donc sa stabilité pour reprendre les termes de Jérôme Vicente, mais également sur son mode d'organisation. Cet aspect morphologique du réseau se complète avec son degré de connectivité et, il y a tout lieu de penser que certains réseaux tendent vers la concentration d'activités, d'autres vers la dispersion (BEGUIN, THOMAS, 1997).

III. 2. Ancrage territorial et interaction

Tel que le signale Jean-Benoît Zimmermann, c'est par la multiplication des relations entre entreprises, donc des interactions en particulier relative à l'innovation que peut se concevoir un ancrage territorial durable de l'appareil productif. Ainsi cet ancrage est "le résultat et le construit, périodiquement remis en cause, naît de la rencontre entre deux histoires, celle de la firme et celle du territoire"; il se présente sous la forme d'une dialectique entre des firmes et des territoires".

Pour ce qui concerne notre champ d'analyse, à savoir celui de « l'économie de l'expérimentation » (GENET, MEYRONIN, 2004), la "dialectique du rapport firme territoire", caractérise l'ancrage territorial par un nombre conséquent d'interactions des firmes entre elles. Seulement la notion de réseau d'entreprises n'apparaît que faiblement du fait que ces interactions, aussi importantes puissent-elles apparaître ne sont qu'en nombre relativement réduit, un ou deux, grand maximum.

Zimmermann présente cette dialectique non pas seulement comme la recherche d'une solution à un problème productif préexistant mais aussi comme la possible émergence de problème inédits favorisant la rencontre ou au contraire l'éloignement entre une firme et un territoire. C'est ainsi que ce rapport trouve une connotation particulière dès lors qu'il s'agit de traiter ce que l'on peut qualifier d'entreprises volatiles comme par exemple nombre de centres d'appels.

Ici les centres d'appels ne sont pas l'objet précisément de l'analyse. Ils sont fondus dans la masse de nos entreprises tout en conservant leurs particularités d'activités TIC extrêmement volatiles et peu sujette aux interactions avec les autres entreprises du secteur.

Des partenariats multi échelles

Pour réaliser notre enquête, nous avons constitué un échantillon représentatif de la base de donnée exhaustive sur les entreprises du secteur « haute technologie » tel que nous l'avons précédemment présenté et défini également sous l'appellation "d'économie de l'expérimentation". Cette échantillon est composé de 36 individus issus d'une base de donnée de 320 entreprises, ce qui correspond au 1/10° et garanti sa représentativité. La base de donnée se ventile de la manière suivante entre les développeurs de logiciels (au nombre de 91), les entreprises de multimédias et de jeux vidéo (au nombre de 91), les entreprises de télécommunications (au nombre de 35), les cabinets de consultants (au nombre de 28), les Société de Service d'Ingénierie Informatique (SSII) (au nombre de 63), les entreprises d'électroniques (au nombre de 12), 18 autres entreprises du secteur TIC et les sociétés relevant du secteur des biotechnologies (au nombre de 80),

Notre échantillon s'est efforcé de respecter l'équilibre entre ces sous-catégories, toute proportion gardée, étant donné les aléas de disponibilité des interrogés inhérents à tout questionnaire.

Sur le total des entreprises enquêtées, 16 reconnaissent entretenir des liens de partenariat avec d'autres sociétés. Certaines entreprises n'ont aucun partenariat alors que d'autres en possèdent un nombre significatif, jusqu'à 5. Le nombre de partenariat interne au réseau local est minoritaire sur les partenariats extérieurs. Ces derniers se répartissent sur tout le panel des échelles géographiques, de la région à l'international comme présentée par la figure suivante.



N. Bonnet, sept. 2005

Formalisation par les graphes d'un district numérique.

Ancrer territorialement des entreprises par l'intermédiaire de la constitution de district industriel semble relever de la redondance historique tant le concept de district est remis régulièrement au goût du jour. La proximité des agents économiques participe à l'accroissement des interactions entre eux. Cependant ces interactions sont susceptibles de prendre des formes différentes suivant les acteurs en présence et les secteurs d'activités concernés. Egalement l'intensité, la pérennité et l'échelle géographique peuvent être des indicateurs pertinents dans l'étude de ces interactions. Ils sont susceptibles de nous renseigner précisément sur l'état de développement du district, de sa territorialisation et donc de sa capacité à retenir et à renouveler l'activité. Par le constat de la forte volatilité des activités TIC et au renouvellement régulier des entreprises de ce secteur, l'analogie entre un réseau d'entreprises locale et un système vivant devient possible. Au sein d'un réseau d'entreprises se créent et disparaissent des entreprises; il s'agit d'une approche systémique à l'image d'un organisme vivant où se renouvellent des cellules pour garantir la survie de l'ensemble. Ceci peut nous permettre d'accroître le degré de compréhension et de pertinence dans notre analyse.

L'approche de la forme prise par le réseau de Montpellier permet de constater cette pérennité et ce renouvellement de l'activité au sein du réseau local d'entreprise. Ce dernier a évolué au cour du temps et l'on peut faire débuter le développement des TIC sur Montpellier n'ont pas à l'implantation d'IBM mais à sa période de crise dans les années 80. Le réseau d'entreprise pourrait se modéliser de la manière suivante durant cette période :


N. Bonnet, sept. 2005

Chronologiquement, deux évènements liés à cette entreprise ont alors contribué au développement puis à la densification du tissu d'entreprises TIC sur Montpellier.

Le premier temps correspond à la constitution d'un réseau de sous-traitant lié à IBM.

Le second temps fait suite aux difficultés d'IBM et au choix de cette entreprise d'aider ses cadres à monter leur propre société par l'intermédiaire d'une charte d'essaimage.

Actuellement le réseau local d'entreprise se formalise au niveau local de la manière suivante par rapport au résultat de notre enquête :


N. Bonnet, sept. 2005

On ne peut dire à ce stade là qu'il y est réseau d'entreprise puisqu'il n'y a pas possibilité de formaliser un graphe, tout au moins un graphe connexe. Pour ce faire il y aurait nécessité d'obtenir une continuité entre les nœuds, c'est à dire les entreprises, tel que le présente le graphe suivant :


N. Bonnet, sept. 2005

Or il n'y a tout au plus que des relations deux à deux. Géographiquement, on peut dire qu'il y a concentration d'activité mais pas mise en réseau de l'activité TIC, pourtant source de plus grande capacité d'innovation.



N. Bonnet, sept. 2005

Pris dans sa globalité le graphe des relations de partenariat sur Montpellier prend une forme paradoxale. Le nombre supérieur de relations extérieures au réseau contraste avec le plus faible nombre d'entreprises en relation au sein du réseau, et ce, malgré la concentration des activités. Il ressort donc au travers de cet exemple que la proximité des agents et peut être source de concentration et de spécialisation mais pas nécessairement d'interactions entre les entreprises d'un même secteur d'activité.

Conclusion

Un district numérique : un objet complexe ?

L'étude au niveau local d'un district numérique au moyen de la théorie des graphes aura permis de dresser un degré de connectivité des entreprises et de formaliser graphiquement les liens inter-entreprises. L'intérêt réside alors dans l'évolution de ce degré de connectivité au cours de périodes temporelles données et d'observer le type d'entreprises entrant dans le réseau local ou le quittant. Ceci permet d'obtenir alors un système de veille au sein du district étudié en vue d'optimiser le niveau de coopérations inter-entreprises. On peut en effet émettre l'hypothèse que plus le degré de connectivité entre entreprises est fort, donc très coopérant, plus le risque d'une délocalisation se réduit. En effet, tout l'intérêt à l'heure actuelle de la structure de réseaux locaux d'entreprises réside dans sa capacité d'amortissement des chocs exogènes, c'est à dire de sa résilience (BAUDELLE, REGNAULD, 2004).

Par ailleurs, un district numérique constitue-t-il un objet complexe d'analyse. En fait pour reprendre la notion de complexité développé par André Dauphiné: " La complexité réside plus dans les interactions que dans le nombre des composants". Pour un district numérique, celui de Montpellier comme dans la grande majorité des districts, relativement peu d'interactions se font jour par rapport à la masse des entreprises. Comme nous l'avons mentionné toutes les concentrations d'activités ne constituent pas des districts industriels et la seule logique de proximité n'est pas suffisante pour formaliser des interactions entre des firmes d'un même secteur d'activité. Cependant la complexité du système repose moins dans leur nombre que dans les échelles et les niveaux d'interactions. L'objectif suivant de notre recherche reposera sur l'étude morphologique de plusieurs types de réseaux d'entreprises au moyen de la base de donnée ERIE sur les partenariats entre firmes.

Les grandes caractéristiques d'un district numérique par rapport à un district industriel classique semblent être celle-ci, le rendant alors éminemment géographique car fonder sur une articulation d'échelles opératoires.

En tant qu'objet géographique de notre analyse, le district de Montpellier ne semble pas participé outre mesure que cela à l'aménagement local tant le champ d'intervention des entreprises le constituant relèvent d'une logique mondialisé.

Cependant reste-t-il possible de nous poser la question de savoir dans quelles mesures les réseaux d'entreprises locaux interviennent dans le développement économique des villes en particuliers des villes moyennes? Et participent-ils à une mise en réseaux de ces dernières ?

L'impact spatial de ces réseaux postule de leurs effets sur les villes moyennes notamment dans l'organisation hiérarchique de cette catégorie de villes. Les entreprises ayant un impact dans la structuration des territoires, leur intervention peut néanmoins être plus ou moins courte et brutale dans le temps (CATTAN, PUMAIN et al., 1999). Ainsi l'ancrage et le nomadisme des entreprises revêtent une importance beaucoup plus grande pour des villes petites et moyennes. Rappelons que ces dernières constituent dans le peuplement du continent européen, "une caractéristique originale de l'urbanisation au point de rassembler 44% de la population urbaine" (CATTAN, PUMAIN et al., 1999). La forte volatilité des entreprises dans le secteur des TIC constitue donc un facteur d'instabilité économique pour les petites et moyennes villes alors que paradoxalement ce secteur d'activité est susceptible de plus facilement se localiser dans cette catégorie de villes, une part de leur activité relevant de la numérisation des données.

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1 Professeur à l'Université de Montpellier III, Route de Mende, F 34199- Montpellier Cedex 5, France. Mail : h.bakis@wanadoo.fr Responsable du Groupe d'Etude Réseaux et Territoires (GERT) - UMR ESPACE/GEMS, Maison de la géographie

2 Doctorant, ATER Université de Montpellier III. Groupe d'Etude Réseaux et Territoires (GERT) - UMR ESPACE/GEMS, Maison de la géographie. Mail : nicolas.bonnet@mgm.fr

3 Article présenté à la Conference : "Digital Communities", Naples, Italie, Juin 6-10, 2005. Les auteurs remercient le collègue (Pr. Maria Paradiso ou Dr. Olivier Lefebvre) qui a présenté ce texte, en leur absence à ce colloque.

4 Bakis Henry, Bonnet Nicolas & Veyret Alain (2000) « Montpellier Méditerranée Technopole : le développement de Centres d'Appels Téléphoniques (Dell Computers et France Telecom Mobiles Services) », NETCOM, vol. 14, n° 3-4, pp. 283-302

5 Mot sans accent sur le « o » : ce qui renvoie à l'élargissement du mot précédent à l'échelle d'une ville et à des implications sur la transformation de la ville qui contient ces activités de hautes technologies [polis]. Le mot « technopôle » renvoyant à la concentration de ce type d'activités dans zone précise : pouvant d'ailleurs être plus ou moins étendue : le [pôle].

6 Combes Yolande, Sammer Christine & Bakis Henry, op. cit. 1995, pp. 599-614

7 Electronic Data Interchange.

8 Savy Michel, op. cit. 1998, Voir. p. 136
9 Savy Michel, op. cit. 1998, p. 140

10 Sur les relations entre télécommunications d'entreprises et territoire local à travers l'analyse des Centres d'Appels Téléphoniques , voir : Bakis, Bonnet & Veyret (2000). Voir aussi : la thèse en cours de rédaction de N. Bonnet, et : N. Bonnet (2005), « Concentration spatiale et formalisation des usages professionnels des TIC en districts numériques ». Communication préparée pour le colloque « Villes et territoires face aux défis de la mondialisation » de l' ASRDLF, Dijon les 5, 6, 7 sept..

11 Les districts industriels sont-ils un moyen de remédier à un certain nomadisme des activités liées aux services et aux T.I.C. ? Cette approche traduit une certaine rupture dans les stratégies territoriales classiques où les positions de forces (firme dominante locale ou région "prospère") apparaissaient comme les conditions suffisantes de leur propre perpétuation. Cette problématique du nomadisme et de l'ancrage territorial conduit alors "les territoires à chercher à se conformer à un modèle prétendument universel de compétitivité territoriale, entendue avant tout comme une capacité à attirer des investissements productifs" (Zimmermann, 1998). Le rapport du groupe de travail sur la relation-clientèle (décembre 2004) présidé par Marc Houéry, préconise "une insertion fine des centres d'appels dans un nombre réduit de pôle de compétitivité suivant le paysage économique local".

12 En français : grappes

13 Voir aussi Moriset et Bonnet, op. cit.

14 Les centres d'appels ne sont pas le seul cas, ou se développe cette division hiérarchique des tâches héritées de l'industrie. Un certain nombre de services étaient déjà les précurseurs de ce mode d'organisation fondé sur une recherche de productivité croissante (entre autres exemples : pensons aux caissières de la grande distribution).

15 Montagné Villette Solange (2001), « Le secondaire est-il soluble dans le tertiaire? », Annales de Géographie, N° 617 , pages 22-37

16 Montagné Villette S., op. cit. 2001

17 Le fait majeur que met en avant Claude Courlet (1994) dans sa définition du SPL par opposition au système fordiste, système productif de masse, c'est la combinaison qui s'opère entre marché et réciprocité donnant lieu à "une réalité territoriale dont l'identité est fortement marquée". Par réciprocité, il s'agit de comprendre un échange de services gratuits, c'est à dire une relation qui détermine un échange au-delà de la transaction purement commerciale. En cela, le SPL reste d'une approche générale et essentiellement axée sur une dynamique industrielle auquel cependant on reconnaît une dimension fortement opérationnelle

18 Sallez, 1994.

19 Pour Société de Service d'Ingénieurie Informatique.

20 Le Club des Districts Industriels Français en tire la leçon suivante: « Pour améliorer leur compétitivité, certaines PME/PMI se regroupent sur un territoire de proximité autour d'une spécialité, d'un métier ou d'un produit. Elles mutualisent leurs moyens, développent des complémentarités » http://www.districts-industriels.com/news.php (consult. mai 2005). Abondante littérature sur les districts industriels : voir notamment : G. Becattini op. cit. 1979, 1990, Benko & Lipietz op. cit. 1995 ; Datar (2002).

21 En 1979, pour décrire le succès industriel de régions italiennes jusqu'alors sous-développées, Giacomo Becattini a réutilisé la notion de district industriel que l'économiste Alfred Marshall avait défini au début du XXe siècle. G. Becattini op. cit. 1979., 1990

22 Datar (2002)

23 Lanzavecchia 1995, Gallina 1999

24 Perrin 1991, Brasseur & Picq 1999

25 Ce besoin d'apprentissage collectif réside également essentiellement dans le besoin de retenir le savoir. En effet dans le secteur des TIC et de l'informatique, l'augmentation rapide des effectifs a entraîné de multiples difficultés liées à l'identification des détenteurs des savoirs et des savoirs faire. Ainsi est apparu le terme de management des connaissances. La difficulté réside en particulier dans l'accès et le transfert des savoirs faire tacites, c'est à dire ceux non quantifiables dans des bases de données. La "notion d'intelligence collective" qui émerge de ces difficultés rencontrées, se concrétise par la constitution de groupe de réflexion ou "engineering village", dont l'objectif est la rencontre (face à face ou virtuelle) en vue d'échanger informations et expériences.

26 Brasseur & Picq 1999

27 Maillat & Perrin 1992, Perrin 1993

28 Quevit & Van Doren 1993, Van de Ven 1993

29 Jacquemin 1985, Lanzavecchia 1995

30 Courlet 1994

31 Marshall 1971

32 Maillat & Perrin 1992, Perrin 1993

33 VICENTE J., 2005, Les espaces de la net-économie : clusters TIC et aménagement numérique des territoires, Economica, Paris

34 Suire & Vicente, 2002

35 Leblanc, 2001

36 Suire & Vicente, 2002

37 Au moins dans le déclenchement du phénomène.

38 Voir : Benko, 1991

39 Le Blanc G., 2001. "Les nouveaux districts industriels des technologies de l'information: l'exemple de Denver aux Etats-Unis". Op. cit. pp. 97-116

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