« Nouveaux citadins, futurs citoyens ? Les migrants à Rome et à Naples »

animé par Camille Schmoll (ParisX) et Serge Weber (Aix-Marseille)

Compte rendu réalisé par Marie-Claire RUIZ

Académie de Reims

. Compte-rendu

L'Italie est un pays d'immigration récent qui peut être présenté comme un laboratoire des différentes dynamiques migratoires en Europe. Le titre de la présentation veut mettre l'accent sur les mécanismes complexes des flux migratoires et les politiques de gestion mises en oeuvre.

Ce n'est qu'en 1974 que le solde migratoire est devenu positif, à cette date l'émigration italienne est terminée, on assiste à un développement des retours et à l'arrivée massive de migrants du Maghreb mais aussi d'autres pays du Tiers Monde. Même si l'Italie a eu peu de colonies, le couple métropole/colonies fonctionne; les chercheurs ont mis l'accent sur l'importance des réseaux communautaires (filière catholique) avec les Philippines par exemple. A la fin des années 80 les flux de l'ancien bloc de l'est s'intensifient de même que ceux en provenance du sud. Le paysage migratoire en est bouleversé (cf. les tableaux 1 et 2). On peut remarquer que certains flux concernent plus les hommes (Maghreb, Albanie) alors que d'autres sont plus féminins (Pologne, Ukraine). Les pays les plus représentés sont des pays en transition, Serge Weber parle de flux de précarité plus que de flux de pauvreté.

Les politiques de gestion des flux se mettent en place en 1986, premières mesures de régulation (régularisation des clandestins «  sanatorie » terme traduisible par « assainissements ») suivies par d'autres mesures en 1990,1995,et 1998 et la plus importante en 2002 (loi BOSSI-FINI). Parallèlement à ces mesures de régulation, d'autres sont prises pour favoriser l'intégration mais aussi renforcer la criminalisation des clandestins, des récidivistes en développant des centres d'urgence.

Le quotidien d'un migrant est marqué par la précarité sur le plan juridique et économique. Le marché du travail est très segmenté selon les régions, les filières ethniques et communautaires, ce qui crée un environement favorable aux injustices et à l'exploitation des individus, la mobilité et l'opportunité sont les deux règles de survie.

Sur le plan spatial, on peut noter l'attractivité des villes et le traditionnel dualisme nord-sud. Le Sud avec son taux élevé de chômage connait aussi une très forte immigration. Le schéma traditionnel, arrivée des clandestins intégrés dans l'économie souterraine régionale et départ vers le nord , est plus complexe.

Les deux exemples de Naples et de Rome permettent de dégager des dynamiques particulières.

Pour Naples, Camille Schmoll a donné trois exemples :

  • Des situations « d'errance qui se prolonge »: dans les quartiers de la périphérie nord, type bidonville, à l'est, dans des habitats précaires mis en place aprés le séisme de 1980, type algeco ;peuplement de bourgs ruraux abandonnés de l'ouest napolitain, les migrants (essentiellement des Africains,Roms) sont employés pour les travaux saisonniers dans la région.

- Un début d'intégration des populations féminines étrangères occupant des emplois de services auprès des familles aisées. Il s'agit souvent de femmes originaires des Philippines, du Sri Lanka ou d'Amérique Latine. Ces populations occupent des « bassi » très dégradés, sortes d'entresols loués dans le centre-ville.

- Par la suite et grâce au regroupement familial, les communautés diversifient leurs activités en ouvrant des commerces, des centres de phoning, services internet et bancaires, et se lancent dans le commerce en gros à l'échelle méditerranéenne entre Naples, Marseille et Istanbul.

A Rome, dont l'activité économique est en développement, les dynamiques migratoires sont différentes. Traditionnellement s'est développé un  « ghetto caché » formé par les domestiques des familles bourgeoises. Le Jubilée de 2000 (2000 ans de l'Eglise)a provoqué un boom de l'immobilier qui a dopé le marché du tavail et entrainé une croissance urbaine qui s'est traduite par un développement de la périurbanisation; Les migrants ont fourni la main d'oeuvre pour le BTP et les services divers aux familles, ils se sont installés ssur les marges de l'agglomération dans les « borgate » très dégradés qu'ils ont reconquis. On peut noter le développement de toutes les formes d'appropriation de l'espace public par des petits commerces, des marchés, des manifestations culturelles diverses.

Cependant si des formes d'intégration citoyennes se mettent en place au niveau local: élections de représentants des différentes communautés, le débat avance peu au niveau national. Peut-être faut-il mettre cela en relation avec la complexité de la citoyenneté et de l 'identité italienne.

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