Les réseaux clandestins menacent-ils les États-nations ?

animée par Sylvain Allemand

Compte rendu réalisé par Marie-Claire DOCHEZ

Académie de Reims

. Compte-rendu

 
S.Allemand
Les réseaux clandestins font fi des frontières et l'opinion a tendance à considèrer qu'ils ne peuvent que menacer les Etats-Nations.
Que sont-ils vraiment?
Sont-ils si clandestins?
S'opposent-ils vraiment aux Etats-Nations ou entretiennent-ils des relations « incestueuses » ambigües avec les Etats-Nations?

R.Pourtier
C'est difficile d'en parler! Comment définir un réseau? Qu'est-ce la clandestinité? Qu'est-ce qu'un Etat-Nation? On risque toujours de tomber dans l'irrationnel. Qui dit réseau pense complot, ce qui est clandestin est maléfique.Il y a risque de saper les fondements des Etats.
Ces réseaux ont plusieurs échelles d'intervention:
-planétaire:
exemple les francs-maçons, l'Opus Dei, les réseaux d'initiés, le terrorisme sans frontière, les réseaux financiers criminels qui émergent dans les paradis fiscaux.
Ces réseaux doublent les réseaux officiels, sont aussi une forme moderne de contestation, de remise en cause d'un certain ordre politique établi. Leur but est d'agir sur le Pouvoir, les détenteurs du pouvoir.
-régionale ou nationale:
Ils sont une réponse à l'Etat, un moyen de contourner les barrières qui ont fait éclater les anciennes solidarités; et tout le monde connait ces réseaux qui transgressent les frontières. Exemple les minorités divisées par des frontières ou qui sont le résultat d'une immigration et sont des têtes de réseau, comme en Côte d'Ivoire, au Kivu.
Il existe 2 types d'Etat:
-fort, démocratique, avec des instances.
-faible( différent d'un Etat-Nation), la proie de ces réseaux; ils sont une survivance de la domination impérialiste. Les réseaux de la contrebande y sont diffus, l'Etat perd des ressources, mais beaucoup en profitent...Ces dynamiques ne sont pas antagonistes, mais complémentaires: le réticulé et l'aréolaire n'existent que l'un par l'autre.


S.Allemand
Et l'Afrique?

R.Pourtier
Ces problèmes de réseau se posent de manière quotidienne dans ce continent qui ne réalise que 2% du commerce mondial. La corruption sape tout dans ces économies de rente, ces économies soumises. On a tous en tête la France-Afrique, entre multinationales et Etat.On assiste à une criminalisation de l'Etat qui est une réalité dramatique.


S.Allemand
Que les réseaux ne soient pas si clandestins que cela, voyons 2 cas.

M.Lavergne
Prenons le cas du Soudan. Dans les années 60, des jeunes se sont formés à l'étranger; le boom pétrolier de 1973 a permis à ces jeunes d'acquérir des compétences grâce à des bourses venues des pétrodollars. Ils sont revenus et ont pris le pouvoir. L'islamisme soudanais est caractérisé par des gens qui ont des compétences poussées, qui sont capables de forger des réseaux, notamment une galaxie financière internationale. L'Etat soudanais n'est qu' une base pour rebondir...jusqu'à la conquête du monde. Les ressources humaines venues du Golfe transitent donc par des banques islamistes et se sont implantées au Soudan. La politique régionale de subversion a gagné les Etats voisins, dans la corne de l'Afrique: ils sont réinvestis, islamisés. Le Soudan est devenu un Etat-paria. D'autres réseaux sont nés, des réseaux commerciaux, des réseaux d'achat d'armes...Le Front National Islamique double absolument tout l'appareil officiel d'Etat au Soudan (et Kuala Lumpur est venu remplacer Dubaï, Djeddaï, quand les ressources se sont taries).Le régime soudanais est intervenu aussi en Algérie, Libye, Egypte, Tchad, Centrafrique...Toute la bande sahélienne est ainsi parcourue de réseaux clandestins animés par Khartoum.

S.Allemand
Ces réseaux s'appuient sur l'Etat pour leur expansion et l'Etat s'appuie sur ces réseaux dans sa lutte contre l'Occident.Et l'Iran?

B.Hourcade
L'Iran est un Etat fort, une nation soucieuse de centralisation et en même temps, ceux qui sont au pouvoir sont issus de réseaux, sont tous apparentés.Chaque ayatollah a son réseau de financement et par exemple, Khomeiny les a centralisés et a réussi à faire tomber le shah. Ces réseaux existent toujours. Il y a donc une dualité entre un Etat fort et des réseaux, actionnés en fonction des besoins. Il faut savoir que, depuis le seizième siècle, 1/6 des héritages est versé à une Fondation islamique à Mashad, une institution très puissante financièrement. Il existe donc, depuis Mashad, un réseau politique de très haut niveau.
Il y a un deuxième type de réseau, celui des minorités ethniques, par exemple les Azéris, les Turkmènes, les Kurdes...Ces réseaux ne sont pas structurés. 1/3 des habitants de Téhéran sont des Azéris, liés à ceux de l'Azerbaïdjan et ce réseau, très fort en Iran, est en train de se renforcer. Il y a donc des réseaux ethniques, religieux, liés à la guerre. La guerre Iran-Irak a duré 8 ans et elle a fondé l'Iran: des gens très divers sont devenus nationalistes, ils ont aujourd'hui 45,50 ans et sont au pouvoir.
Le réseau des Gardiens de la Révolution a des amitiés de tous côtés qui transcendent les différences politiques; ils ont été ministres et sont aujourd'hui aux affaires; ils ont beaucoup de moyens et sont très peu connus...

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