L'émigration italienne : hier et aujourd'hui

René Georges Maury

Géographe, Université l'Orientale de Naples

et

François Cipollone

Professeur émérite, Lycée Maréchal Soult de Mazamet

Compte rendu réalisé par Olivier Caruso

Académie de Reims

Compte-rendu

Introduction sur les Italiens présents à Saint-Dié, terre d accueil pour de nombreuses familles italiennes et aussi par l impression de la première carte indiquant l Amérique (Amerigo Vespucci et Cristoforo Colombo).
Plusieurs aspects vont être abordés aujourd hui :
Italie terre d émigration et terre d immigration
Tous les jours, immigration clandestine des Albanais en Sicile : 200 à 300 clandestins par jour.
Autre aspect, la diaspora italienne : 3 millions d Italiens émigrés.
La mondialisation entraîne un retour aux racines de plus en plus importants.

François Cipollone se présente comme émigré italien à qui l on offre de parler devant un large public.
Deux handicaps pour l émigré italien : prononcer le « r » et le « u ».
Un autre problème se pose, parler d émigration ? d immigration ? de diaspora ? on ne parlera pas des expressions détestables comme « exode des affamés de la terre ».
Début de l émigration : 1876, date du début des statistiques d Etat. 1985, tarissement de l émigration italienne sans jamais cesser.
Théorie de Cipollone : émigration ==> volonté d aller par le monde pour chercher ce qu ils n avaient pas chez eux dans le domaine professionnel.
Depuis le Moyen Age, les Italiens travaillent à l étranger dans le domaine économique. L émigration n est donc pas forcément une fuite mais une recherche. Les élites marchandes, intellectuelles, artistiques se sont éparpillées dans toute l Europe pour se mettre au service des puissants.
Colonies, comptoirs italiens organisés dans tous les territoires. Les dix grands Etats italiens structurent des réseaux dans le monde connu (à l exemple de Venise).
Les Italiens sont un peuple cosmopolite, transnational, dès le 12e siècle. « la mia patria è il mondo intero » dit Dante, sans penser un instant à l idée d apatrisme. Les Italiens sont tout de même très attachés à leur pays (village, ville).
Ensuite, beaucoup d Italiens sont venus en masse en France depuis les Medici.
Cette histoire casse l image de « l invasion de la France par les Italiens ».
Exemple du massacre des Italiens à Aigues-Mortes à la fin du 19e siècle : exécutions xénophobes d ouvriers italiens qui prenaient le travail des Français.
Pendant la période mussolinienne, la vague d émigration s est poursuivie pour des raisons politiques (« le fuori uciti ») et pour des raisons économiques.
Franzini appelle ce mouvement « un ulysse collectif ».
30 millions d Italiens ont quitté l Italie de 1876 à 1985. Tous les jours, l équivalent d un village de 600 habitants quittent le pays.
18 millions entre 1876 et 1930 et 12 millions entre 1930 et 1985.
La difficulté étant que beaucoup partent et beaucoup reviennent. Tout est réglementé par le besoin de main d Suvre manuelle dans le Nord de l Europe.
Tout d abord, l émigration concerne le Nord de l Italie.
A partir de 1930, le Sud émigre vers l Amérique du Sud et vers l Europe. (Les Etats-Unis se sont fermés vers 1920).
Rien que sur l année 1913, 872 000 Italiens quittent leur pays.
Alors que l unité italienne s achève vers 1870, le marché italien s unifie et s ouvre vers l Europe, ce qui ruine certaines activités comme l agriculture ou le textile. Les Italiens complètent leurs revenus agricoles en allant « faire la saison » en France où les salaires sont intéressants. Il ne s agit donc pas d émigration de la faim.
Les bouleversements des systèmes agricoles ont aussi une part de responsabilité : on supprime par exemple le métayage dans le centre de l Italie, ce qui met au chômage de nombreux ouvriers agricoles.
En Sicile, le manque de réformes agraires a suscité de nombreuses révoltes réprimées par l armée italienne. De nombreuses terres confisquées par les banques, sont abandonnées par les Siciliens qui émigrent aux Etats-Unis, le temps d accumuler un pécule, de revenir sur l île et de racheter la terre des ancêtres !
Quels sont les acteurs de cette émigration ? Toute l histoire de l Italie est façonnée autour de ce phénomène et tous y participent : émigrés, agents de recrutement, sociétés de transports navals, petits patrons montant des sociétés chargées de recruter des candidats au départ.
Pour conclure, le migrant n est pas un héros négatif mais plutôt un héros légendaire. Depuis toujours, le migrant italien est dénigré, caricaturé comme un va nus pieds, un saltimbanque, un aventurier.

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