Quelle place du prof dans les nouveaux environnements numériques de travail ?

Michel Vauzelle et Philippe Buysse

Ministère de l’Éducation Nationale, Direction de la Technologie

Compte rendu : Yann Calbérac

Compte rendu  

Les réseaux, à l'honneur cette année à St-Dié, sont largement utilisés par les enseignants dans leurs pratiques pédagogiques. Au programme ce soir : un état des lieux des usages des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication brossé par Michel Vauzelle et Philippe Buysse dans un débat dense, animé par Gilles Fumey.

Michel Vauzelle travaille au Ministère de l'Education Nationale, à la Direction de la Technologie, sous direction des TICE, bureau des TIC pour l'enseignement scolaire. Philippe Buysse quant à lui est responsable du portail de sensibilisation aux TICE EducNet (http://www.educnet.education.fr/) ; il réfléchit aux usages pédagogiques des environnements numériques de travail.

Une classe vue du Ministère

Quand on est fonctionnaire au Ministère, on perçoit la classe de manière indirecte et on dépend de réseaux. En amont, l'information descend du Ministre qui définit ses priorités et ses orientations que son cabinet met en œuvre. En aval, l'information remonte. Par exemple, dans chaque Académie, un conseiller TICE assiste le recteur et l'aide en matière d'équipement informatique ou de contenus pédagogiques. Ces conseillers servent de relais entre la base et le Ministère. Ainsi, l'info peut descendre et remonter. Pour chaque discipline, un Interlocuteur Académique Nouvelles Technologies Enseignant (IANTE) fait remonter l'information de la base au Ministère. Les informations circulent, même s'il n'y a que peu de relations directes entre les administrateurs du Ministère et les enseignants. Les différentes listes d'échange permettent aussi de connaître les préoccupations des enseignants.

Les TICE vues du Ministère

Le Ministère dispose d'une vision statistique mais objective. Selon les Inspecteurs Généraux (IG) ou les Inspecteurs Pédagogiques Régionaux (IPR), personne ne les utilise car très peu osent faire une séquence TICE le jour de l'inspection. En réalité on estime aujourd'hui que les TICE sont utilisées par 5 à 10% des enseignants.

Il y a cinq ans, une vaste enquête avait été menée par la Direction de l'Evaluation et de la Prospective (DEP) pour mesurer l'utilisation des TICE en Sciences et Vie de la Terre (SVT) et histoire et géographie. Plus de 2 000 enseignants ont répondu à des questionnaires et une centaine a été interrogée de manière plus approfondie. De cette enquête il ressort que les enseignants de SVT utilisent plus les TICE que leurs collègues d'histoire et géographie ; en effet, l'Expérimentation Assistée par Ordinateur (EAO) est inscrite dans les programmes. En histoire et géographie, l'enquête révèle qu'environ la moitié des enseignants les ont utilisées au moins une fois, et davantage en lycée qu'en collège. La prescription programmatique a donc un effet sur l'utilisation : il faut autant agir sur les programmes que sur l'équipement des établissements.

Malgré ce que disent les femmes présentes dans les salles, toujours selon l'enquête, les hommes les utilisent davantage que les femmes. Il faut sans doute là y voir le manque de temps pour se former des femmes très occupées par leur vie familiale. Plus largement, les femmes semblent moins s'intéresser aux sciences que les hommes : ainsi, parmi les 30 IANTE on ne compte aujourd'hui aucune femme ; 5 vont être prochainement désignées à Bordeaux, Paris, Poitiers, Aix-Marseille et en Guadeloupe.

Les freins et les catalyseurs de l'utilisation des TICE en classe

Il n'existe aucune opposition de principe à l'usage des TICE : tous les enseignants interrogés sont convaincus de l'utilité des TICE et les professeurs veulent s'inscrire dans leur développement. Mais les freins sont réels : le manque de formation (l'autoformation n'est pas suffisante), le temps qu'elles exigent et le risque de ne pas pouvoir boucler les programmes.

Les Environnements Numériques de Travail (ENT) vont-ils remplacer les enseignants ?

La question sur l'avenir des enseignants est obsolète : on se posait déjà la question au moment où la vidéo faisait son apparition ! Plus que jamais le professeur est indispensable ; il apprend à trier, hiérarchiser et donner du sens à la masse des informations disponibles. La fonction professorale peut évoluer et n'est en aucun cas remise en cause.

Sur équipement et sous utilisation des moyens informatiques ?

Philippe Buysse intervient pour souligner que cette faible utilisation correspond à un manque de formation des enseignants : les efforts financiers consentis par les établissements doivent aboutir plus systématiquement à une utilisation de ces outils. Dans le développement de l'usage des TICE, le plus dur est encore, plus que l'équipement, est encore de convaincre les enseignants de l'utilité de ces démarches.

Le cartable électronique : quel bilan ?

Il s'agit là d'actions lancées par des conseils généraux (en l'occurrence les Landes, les Bouches-du-Rhône ou les Côtes-d'Armor) qui ne relèvent pas du Ministère et sur lesquelles on ne dispose d'aucune étude ou d'évaluation. Leur bilan reste donc largement inconnu. Le Ministère ne peut fournir à chaque collégien un ordinateur portable ; il ne s'occupe que de l'infrastructure, de la fourniture des données numériques (négociées par contrat), de fournir des logiciels et d'indiquer quels usages sont possibles. La formation relève des IUFM et des Universités thématiques numériques. Il faut donc mener une réflexion sur l'articulation entre les ressources disponibles et les usages possibles afin d'optimiser la formation.

Quels usages faire des TICE ?

Des études menées au niveau international donnent des résultats convaincants, comme pour la Finlande ou le Canada (dans ce cas précis, c'est à cause de l'immensité du territoire et du succès du téléenseignement). Les blogues ont eux aussi une utilité pédagogique mais posent des problèmes juridiques qui commencent à être évoqués. Aujourd'hui, on s'oriente de plus en plus vers les espaces de partage que constituent les Environnements Numériques de Travail qui permettent la mise en ligne d'outils pédagogiques sur des bureaux personnalisés et virtuels. En éco-gestion par exemple, il apparaît que ces nouveaux outils permettent de poursuivre et d'alimenter des débats qui sont nés dans la classe. On peut aussi mettre le cahier de texte en ligne et permettre aux absents de rattraper le cours de chez eux.

Formation initiale et formation continue

L'IUFM offre trente heures de formation initiale, validées par un Certificat Informatique Internet indispensable à la titularisation. La formation continue relève de l'Académie (dans le cadre de son Plan de Formation Continue) et le Ministère n'intervient pas.

TICE et niveau des élèves

A la question d'un enseignant qui s'interroge sur la hausse du niveau qu'ont permise les TICE, Philippe Buysse rappelle qu'il reste très difficile d'évaluer le poids des TICE qu'il faudrait alors introduire aux examens. Pour Michel Vauzelle, cela pose le problème de l'évaluation des enseignants et des étudiants. On manque d'enquêtes précises sur ces aspects.

Les moyens occultent-ils la fin ?

Les TICE ne focalisent-elles pas l'attention sur les moyens de l'enseignement au détriment de sa finalité : le contenu scientifique. Les TICE sont-elles vraiment indispensables ? A cette question, le salon géomatique du FIG offre de bonnes réponses : les exemples d'utilisation de ces outils sont nombreux. Un enseignant explique l'enclavement du Massif Central grâce à des sites de calculs d'itinéraires. L'élève découvre par lui-même et construit ses savoirs grâce à l'outil informatique.

Une utilisation systématique et obligatoire ?

On en est encore loin ! Pour Philippe Buysse, cela ne va pas encore de soi. Les professeurs doivent être formés et les applications, si elles sont nombreuses en géographie, restent plus difficiles en histoire et limitées à la recherche documentaire

Pédagogues ou techniciens ?

Une enseignante utilise les TICE en classe. En salle informatique elle ne se sent pas enseignante mais technicienne pour réparer tout ce qui tombe en panne. Pour Michel Vauzelle, le problème de la maintenance était réglé par le recours aux emplois jeunes. Aujourd'hui, on a recours à des assistants et des conseillers TICE dans chaque établissement aide le Proviseur ou le Principal dans l'élaboration du projet TICE. Il faudrait également dédoubler les classes pour faire des ateliers TICE dans de bonnes conditions.

Des crédits suffisants ?

C'est une question politique à laquelle il ne peut pas répondre. Il y a un décalage entre les volontés ministérielles et l'insuffisance des crédits mis en œuvre pour l'équipement et la formation.

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