À la conquête de la fourmilière urbaine : quand le géographe se fait explorateur de mondes artificiels

Arnaud Banos

Géographe, Université de Pau et des Pays de l'Adour

Résumé

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La ville change, s'étale, se dilue, prend ses aises. Au sein des nouveaux « archipels urbains », discontinus et multipolarisés, les distances s'allongent, les densités baissent. Le mouvement devient la norme, dans cet « espace transactionnel » sillonné par des « nomades-urbains » pressés, aux trajectoires toujours plus complexes. L'avènement des « quatre roues de la fortune » a considérablement amplifié cette tendance, ouvrant de nouveaux territoires de conquête à ces aventuriers du quotidien, autorisant des pratiques individuelles plus riches, renouvelant les termes de cette « lutte contre l'espace » dont parlait Fernand Braudel. Toujours plus nombreux, les mobiles urbains irriguent quasiment en permanence cette trame urbaine faite pour et par l'automobile, consommant des espaces plus étendus qu'auparavant. Les trajectoires individuelles se lient et se délient, au gré des pérégrinations effectuées par chacun, ajoutant à la complexité des motifs spatiaux tissés en permanence comme par une main invisible, particulièrement habile et facétieuse.

Confronté à cette incroyable effervescence, cette vie bouillonnante et grouillante, le géographe est désemparé. Appréhendée à un niveau microscopique, la fourmilière urbaine semble en effet n'être qu'amalgame de comportements individuels particuliers, spécifiques, non réductibles les uns aux autres. Et pourtant, des structures plus ou moins nettes, plus ou moins durables, semblent émerger par moment de cette invraisemblable diversité, pour peu que l'on accepte de prendre de la hauteur, de s'éloigner temporairement des individus pour observer le territoire. En créant des mondes artificiels, informatiques, peuplés d'agents artificiels autonomes agissant au sein de réseaux d'interaction à géométrie variable, le géographe se dote dès lors de plateformes d'expérimentation d'un genre nouveau, lui permettant de reproduire in silico des situations observées afin de mieux les étudier. Mieux comprendre le monde qui nous entoure, à travers l'exploration de mondes artificiels, devient à ce titre l'un des enjeux clés de la discipline géographique.

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