Districts industriels, Clusters et
Politiques Régionales :

les Réseaux du Développement Local

Sven Illeris

Université de Roskilde, Danemark

Article complet

Depuis la deuxième guerre mondiale, les sociétés de l´Europe de l´Ouest se sont intéressées aux problèmes régionaux, surtout aux différences entre les grands centres urbains et les périphéries largement rurales: Dans tous les pays, les centres avaient des niveaux de production, d´emploi et de revenus beaucoup supérieurs aux niveaux des périphéries, grâce surtout aux grandes industries implantées dans les centres. En France, on parlait de ”Paris et le désert français” (Gravier 1947).

Tous les pays de l´Europe Occidentale ont alors établi des politiques régionales afin de remédier à ce manque de balance géographique et de valoriser les ressources inutilisées des périphéries. Une recherche internationale s´est déclenché, aussi. Elle s´est surtout intéressée à la différence entre le Nord italien industrialisé et le Midi (Mezzogiorno) pauvre.

Dans cet exposé bref, je ne discuterai qu´un coin de la recherche sur le développement régional. Ce coin s´occupe du phénomène d´agglomérations spécialisées d´entreprises, nommées des districts industriels ou des clusters. Je vais d´abord esquisser l´histoire des notions de districts industriels et de clusters, puis discuter les composants les plus importants des théories, et à la fin analyser leurs applications pratiques dans les politiques régionales, surtout dans la situation actuelle où la compétition internationale augmente. La question est si, étant donné que les districts industriels offrent certaines ressources uniques aux entreprises y implantées, ces districts constituent une barrière contre la mondialisation? Comme il n´existe pas encore une vue d´ensemble de cette dernière question, je m´appuyerai sur les expériences du plus célèbre district industriel de mon pays, le district de textile et de vêtements de Herning-Ikast dans le Jutland périphérique.

Les districts industriels

C´est seulement vers 1980 qu´un groupe d´économistes italiens (Brusco 1982, Becattini 1990) s´est rendu compte que la dichotomie centre/périphérie était une compréhension inadmissiblement simplifiée. Au moment où les grandes industries de Turin et de Gênes étaient frappées de crises, ces économistes ont découvert, entre le Nord et le Mezzogiorno, une ”troisième Italie” dans le Nord-Est et le centre du pays, où toute une série de petits districts allaient très bien. Ces districts étaient industrialisés, mais d´une manière très différente du Nord: Chacun contenait une multitude de petites et moyennes entreprises, spécialisées dans la même branche: les chaussures, le textile, les meubles, la tuile etc. Dans chaque ”district industriel”, des réseaux de coopération entre les entreprises se nouaient. L´entrepreneuriat et l´innovation caractérisaient la vie économique.

Les économistes italiens ont regardé la littérature plus ancienne et trouvé des déscriptions d´agglomérations spatiales semblables, par exemple les districts de Birmingham et de Sheffield, par l´économiste britannique Alfred Marshall vers la fin du dix-neuvième siècle. Cependant, plus tard les petites et moyennes entreprises entrepreneuriales s´étaient transformées en grandes industries de production de masse, et les observations de Marshall d´agglomérations avec une ”atmosphère” innovative ont été oubliées.

Une autre observation a été fait au début des années 1980, où un groupe de géographes californiens étudiaient les concentrations d´entreprises dynamiques cinématographiques à Hollywood (Christopherson & Storper 1986) et d´entreprises électroniques à ”Silicon Valley” au sud de San Francisco (Saxenian 1985, 1994). Michael Storper (1999) a décrit l´évolution de ce groupe de la manière suivante: D´abord, nous avons pensé que l´effet de l´agglomération fut de réduire les coûts de transactions entre les entreprises. Mais plus tard, nous avons compris qu´il n´y avait pas beaucoup de commerce entre les entreprises. Le groupe a dû conclure que la dépendence mutuelle entre les firmes, et donc leur agglomération était l´effet d´autres facteurs, des ”inter-dépendences non-commerciales” comme des traditions (institutions, conventions) régionales de comportement et d´apprentissage et d´un marché de travail commun. Ces facteurs constituaient les avantages compétitifs des agglomérations régionales.

La troisième Italie a acquis une réputation internationale par le livre ”The Second Industrial Divide” par les chercheurs américains Piore & Sable (1984). Ce livre montre aussi que l´existence de districts industriels n´est pas bornée aux régions peu urbanisées, ni aux petites et moyennes entreprises.

Depuis lors, de districts industriels ont été trouvés dans de pays nombreux, par exemple en France (le district de textile et de chaussures du Choletais) et le district de textile et de vêtements de Herning-Ikast (Illeris 2005).

Les clusters

Les théories des agglomérations d´entreprises sont devenues beaucoup plus connues quand l´économiste américain Michael Porter publiait ”The Competitive Advantage of Nations” en 1990. Le thème fondamental de ce livre est la compétitivité internationale des pays, qui selon Porter dépend de la compétitivité de leurs entreprises. Sur la base d´énormes études dans de pays nombreux, il a indiqué les facteurs qui les rendent compétitifs. Parmi ces facteurs, il a trouvé l´agglomération des firmes des secteurs compétitifs dans des ”clusters”, ca veut dire des ”concentrations géographiques d´entreprises et d´institutions dans un domaine qui contient une gamme d´industries reliées et d´autres unités qui sont importante pour la compétition” (Porter 1998). Comme les géographes californiens, Porter a trouvé que l´agglomération et l´interaction étaient capables de rendre les firmes plus compétitives que leurs rivales. Cependant, les observations empiriques de Porter avaient un certain biais en faveur des grandes firmes, et ses théories à propos des clusters étaient superficielles. Mais il eut une influence énorme sur les politiques régionales et sur la recherche, et une littérature immense s´est produite sur les clusters ces dernières années. Je ne mentionnerai que Storper (1997), Martin (1999), Asheim (2000), Scott (2000), MacKinnon, Cumbers & Chapman (2002), Cooke (2002), Newlands (2003), Pinch et al (2003), Wolfe & Gertler (2004), et Maskell & Lorenzen (2004).

Les théories des districts industriels et des clusters

Bien que les théories des districts industriels ne soient pas identiques aux théories des clusters, tous les deux groupes de théories se focalisent sur le développement d´agglomérations d´entreprises compétitives et exportatrices qui appartiennent au même secteur ou aux secteurs liés par la compétition et par la coopération à l´intérieur de réseaux plus ou moins formalisés. Dans les districts industriels, on s´aide par exemple en cas de capacité déficitaire chez une entreprise et capacité excédante chez une autre. Des réseaux de coopération se nouent pour chaque commande, ce qui rend la production très flexible. Les réseaux d´une société locale sont souvent soutenus par ses autorités, ses organisations, ses systèmes d´enseignement et ses autres institutions.

Une part des avantages que les entreprises trouvent dans les districts industriels et les clusters, comparés aux autres lieux d´implantation, sont évidemment les mêmes que les géographes connaissent depuis longtemps dans les grandes villes. Nous distinguons souvent les avantages d´urbanisation et les avantages d´agglomération sensu stricto. Les premiers sont ceux qui sont dûs à la taille même de la ville: une grande offre de personnel avec toutes les qualifications et de services de toute sorte, y compris les services d´informations et de connaissances; aussi une accessibilité élevée par tous les moyens de transports et de télécommunications, et une réduction des coûts de transactions à cause des distances courtes entre les partenaires. L´expression d´avantages d´agglomération signifie les avantages d´être implanté parmi d´autres entreprises pareilles ou avec qui on a des relations importantes. Dans les districts industriels et les clusters, c´est surtout les avantages d´agglomération que les entreprises obtiennent: une offre de personnel et de services spécialisés, des relations dont elles ont le plus besoin. L´échangement et la discussion de connaissances, qui est une condition nécessaire pour la compétitivité des entreprises qualifiées et innovatives, est plus facile quand il y a des partenaires proches. Plus le district est spécialisé, plus les avantages sont disponibles même dans un petit district.

La condition nécessaire pour le bon fonctionnement des réseaux des districts industriels est la confiance entre les partenaires. Il est donc important que les normes et les institutions sociales locales comprennent un degré élevé de confiance, et qu´il y a des réseaux sociaux – par exemple des organisations religieuses ou politiques – où les partenaires se rencontrent dans des rôles et des situations autres que les affaires, et où un ”capital social” peut se construire

Un caractère des districts industriels et des clusters que la recherche a souligné est l´établissement de connaissances très répandues dans la société locale de la production concernée. Sans être formé dans la production de vêtements, tout le monde dans le district de Herning-Ikast en sait quelque chose. Ces connaissances – partiellement non-exprimées en mots (”muettes”) – proviennent du fait que tout le monde regarde la production et en entend parlée dans leur vie quotidienne, travaille dans le secteur ou dans des entreprises qui ont des relations avec le secteur, ou bien a des amis ou des parents qui y travaillent. Le bavardage local étend et discute les problèmes du secteur.. Aussi, le système éducationnel local transmet des qualifications demandées par le secteur. Tous ces mécanismes contribuent au phénomène que des connaissances de la production pour ainsi dire collent au district et constituent une ressource unique qui n´existe pas ailleurs. De cette manière, il y a des avantages d´agglomération au delà des avantages purement économiques comme des coûts bas de transaction et d´une bonne infrastructure.

Les districts industriels qui ont été étudiés se sont développés sur la base d´initiatives et des capitaux locaux, autrement dit de manière endogène. Ils se sont établis dans des régions où il y a des attitudes entrepreneuriales. Cette condition a été soulignée par les économistes italiens et a été théorisée par l´etnologue danois Höjrup (1983), aussi bien que par le politologue américain Putnam (1993) qui étudiait les différences régionales en Italie. De l´autre côté, Porter ne s´est pas intéressé à ces aspects, ce qui a donné a quelques politiciens et administrateurs l´impression que des clusters peuvent être créés n´importe où et quand.

A côté de cet ancrage local, le district industriel ou cluster typique a cependant une orientation internationale très forte. Les entreprises exportent la plupart de leurs produits et importent souvent la plupart de leurs inputs, y compris leurs informations. Elles tirent leur inspiration du ”buzz” local, mais aussi des ”pipelines” d´informations internationaux (Bathelt 2005).

Dans la littérature sur les districts industriels et les clusters, on souligne l´esprit ouvert et innovatif qui les caractérise. Ce zèle d´apprendre et d´innover est important pour les entreprises aussi bien que pour le district, et les études de clusters parlent de ”régions apprenantes”. Plusieurs districts se sont montrés capables de rebondir d´une nouvelle manière, si leurs positions compétitives originales ont été sapées (Tödtling & Trippl 2004). Les innovations des petites et moyennes entreprises ne se sont pas développées dans des départements R&D, mais plutôt comme des solutions aux petits et grands problèmes des opérations quotidiennes. Dans ce contexte, l´économiste suédo-danois Lundvall (1992) parle de différents ”systèmes nationaux d´innovation”, mais il existent aussi des différents systèmes régionaux d´innovation (Camagni 1991).

Une évaluation des théories des districts industriels et des clusters

Les théories des districts industriels et des clusters ont, à mon avis, contribué d´une manière importante à notre compréhension du développement régional et surtout du rôle que les facteurs culturels et institutionnels y jouent, et du fait que le développement des entreprises individuelles dépend aussi de leurs relations avec la société locale, ses autres entreprises et ses autorités publiques. Cependant, les théories ont des faiblesses, et surtout leur application pratique peut être critiquée (Martin & Sunley 2003, Hospers 2005, Bathelt 2005).

On n´a pas suffisamment étudié la question pourquoi des districts industriels et des clusters se sont créés à quelques endroits et pas aux autres endroits. Les théories n´ont rien à dire à propos du développement économique dans des régions où des districts industriels/clusters ne se snot pas établies, comme le Mezzogiorno italien aux traditions féodales, ou comme les régions d´industrialisation précoce et lourde où les attitudes sociales sont hostiles aux nouvelles initiatives et où les qualifications des gens sont obsolètes (par exemple le Nord-Est de l´Angleterre), ou comme les régions de basse densité de la Scandinavie septentrionale, où il n´y a pas une masse critique d´entreprises pour former des réseaux.

Les théories ont aussi négligé le problème de pétrification (”lock-in”) qui a frappé quelques districts industriels: Ce n´est pas tous les les milieux denses locaux qui restent innovatifs. Et la confiance mutuelle dans des sociétés locales peut porter des dangers de corruption.

De l´autre côté, un développement s´est quand même produit dans de nombreuses régions sans districts industriels/clusters, où des investissements sont arrivés d´ailleurs, autrement dit d´une manière exogène: Des producteurs d´autos japonais ont investi dans l´Angleterre du Nord-Est et des producteurs allemands dans la Lorraine, des producteurs d´éoliennes jutlandais ont investi dans l´ancienne ville de chantier naval de Nakskov dans le Sud-Est du Danemark. On peut même supposer que de telles succursales joueront un rôle plus important dans le futur développement régional qu´autrefois, puisque les grandes firmes ont tendence à admettre une indépendence croissante à elles, ce qui implique l´emploi de personnes avec des qualifications supérieures et une intégration augmentée dans des réseaux locaux.

Une autre faiblesse est que les concepts de district industriel et de cluster ne sont pas très précisement définis. Par conséquant, les tentatives de les cartographier et de mesurer leur innovation, leur performance économique etc rendent des résultats assez différents. Par exemple, en dépit du fait que l´agglomération et la proximité les intéressent, les chercheurs n´ont pas précisé l´etendue concrète des clusters. Dans des clusters intra-urbains de vêtements, comme le ”garment district” de New York ou le ”sentier” à Paris, les distances sont d´un ou deux kilomètres. D´autres clusters ne dépassent guère un diamètre de 50 km, ce qui correspond aux distances parcouru quotidiennement par des navetteurs, des courses d´acheteurs etc. De l´autre côté, quelques auteurs appellent un secteur dans un pays entier un cluster. D´ailleurs, il est vraisemblable que la confiance s´établi différemment dans des milieux de haute et de basse technologie, mais cette question ne semble pas avoir été étudiée.

Finalement, Bathelt, Malmberg & Maskell (2004) ont critiqué la préoccupation scientifique presque exclusive d´interdépendence, des flux d´information et de transfert de connaissances muettes dans les districts industriels/clusters. On a l´impression que la compréhension que l´ouverture, l´orientation vers les exportations et les flux globaux d´information sont des caractères décisifs des clusters aient été oubliée. Selon eux, il existent même des clusters sans réseaux denses intérieurs, qui sont tenus ensemble par un marché de travail où il y a une offre importante de personnes avec des qualifications spécialisées dont les entreprises ont besoin. Ce côté a certainement été négligée par les théories, bien qu´il y ait de nombreuses observations empiriques qui confirment son importance.

Implications pour la politique régionale

Vers la fin du vingtième siècle, la nouvelle compréhension des clusters a influencé la politique régionale des pays de l´Europe de l´Ouest et de la Commission Européenne plus que les théories antérieures l´avaient fait. Ceci s´explique partiellement par le don considérable de persuasion de Michael Porter, par les liens de cette compréhension avec les politiques d´innovation (OCDE 1999) et de l´informatique, et par un certain mécontentement des effets des politiques régionales antérieures.

Une implication de la littérature théorique serait que la politique devait promouvoir les interdépendences non-commerciales entre les firmes. Ceci pouvait par exemple se faire à travers des associations d´affaires locales qui pouvaient créer des réseaux et de cette manière des clusters. La construction de mécanismes efficaces, adaptés aux institutions particulières de chaque région, présuppose une décentralisation des pouvoirs au niveau régional. C´est précisement ce qui s´est produit dans beaucoup de pays: Des politiques locales de développement ont été établi et se sont montré plus capables de considérer les ressources et les problèmes des régions différentes que les politiques centralisées. Cependant, il faut souligner que ces politiques locales n´aspirent pas à une autosuffisance – comme quelques théories des années 1970 – mais au contraire à une position compétitive où l´on peut exporter quelques produits et importer les autres. Les politiques locales de développement s´accordent aussi bien avec la tendence générale de ne plus subventionner les entreprises directement, mais d´assigner les ressources à l´amélioration des conditions générales que la société offre à la production, par exemple à l´infrastructure, à l´éducation, à l´aménagement du territoire etc.

Une étude importante sur les tentatives nombreuses d´imiter le cluster de Silicon Valley (Bresnahen, Gambardella & Saxenian 2001) mène à la conclusion que le succès dépend de toute une gamme de conditions, dont les politiques publiques ne peuvent influencer que quelques-unes, surtout l´éducation. De l´autre côté, les auteurs nous mettent en garde contre toute politique protectionniste, y comprise celle de ”cueillir les vainqueurs” (picking the winners).

Il est trop tôt de juger l´effet des politiques de développement régional basées sur les clusters. Mais l´application des théories des districts industriels/clusters pose un nombre de problèmes:

  • Les théories et les études sont focalisées sur des clusters réussis, mais n´ont rien à dire à propos d´autres régions – qui ont beaucoup plus besoin de support politique que les clusters réussis.

  • Les politiciens et les administrateurs semblent ignorer le poids qu´en tout cas les théories des districts industriels attachent aux attitudes et aux traditions culturelles – qui, dans des régions problématiques, souvent sont des facteurs négatifs pour le développement économique. Hospers (2005) cite un nombre d´exemples où des politiques de clusters ont échoué, parce que la culture régionale n´était pas propre au bon fonctionnement du cluster prévu. De telles attitudes ne sont pas impérissables, et il est possible de les influencer. Mais nous ne savons bien comment le faire, et en tout cas c´est une tâche à long terme.

  • La priorité récemment cédée, dans beaucoup de pays, aux politiques de développement local a renforcé la compétition entre les régions. Or, dans cette compétition les grandes villes avec des ressources financières importantes ont toutes les chances de mieux réussir que les régions rurales et périphériques. Donc, la politique ”du bas” doit être balancée d´une politique ”du haut”, où l´UE et les états nationaux restent des acteurs importants.

  • S´il est vrai que les connaissances muettes, les réseaux et la coopération flexible sont des ressources uniques des districts industriels/clusters, qui renforcent leur position dans une période où la compétition internationale augmente, ces facteurs sont loin d´être les seuls qui déterminent les résultats de la compétition. Pour beaucoup de de produits de sophistication basse ou moyenne, les différences de coûts – surtout des niveaux de salaires – restent plus importantes que les ressources que possèdent les clusters. De l´autre côté, pour les produits très sophistiqués la qualité et l´innovation sont déterminantes, et les clusters n´ont nullement le monopole de ces facteurs.

La dernière proposition peut être illustrée par les changements dramatiques qui ont eu lieu dans le district de textile et de vêtements de Herning-Ikast. Depuis 1990, ses entreprises ont délocalisé toute leur production matérielle aux pays de bas salaires, en Europe de l´Est et en Asie de l´Est. La délocalisation s´est fait partiellement aux succursales achetées ou établi par des investissement des entreprises danoises; mais la plupart de la production se fait dans des entreprises locales, sous contrat et selon les dessins faits à Herning-Ikast. L´emploi et le nombre d´entreprises à Herning-Ikast se sont réduits de 50 %. Heureusement, presque toutes les couturières ont trouvé d´autres emplois. Cependant, les entreprises qui restent se sont transformées en firmes qui

  • se spécialisent dans la prévision des futurs styles de vie sophistiqués (afin d´accomplir cette tâche difficile, les entreprises ont souvent intégré le commerce de gros et de détail, où l´on peut suivre de près les changements de goût des consommateurs);

  • dessinent des vêtements, des accessoires, des bijoux etc. qui correspondent aux styles de vie prévus;

  • achètent ou commandent la production des objets qu´elles ont dessinés n´importe où dans le monde, si elles y trouvent des producteurs avec la proportion qualité/prix souhaitée;

  • organisent la logistique et le marketing internationaux souvent compliqués des objets.

Les entreprises de ce type doivent être très innovatrices et employer des personnes hautement qualifiées et rémunérées au lieu des couturières. Jusque maintenant, elles ont réussi à être très profitables. Au cours des années 1990, les exportations ont augmenté. Ces dernières années, les vêtements qui par exemple sont produits en Pologne et vendus en Allemagne n´entrent plus au Danemark – les Polonais sont maintenant capables de contrôler la qualité eux-mêmes – ce qui rend une analyse statistique difficile. Les foires de la mode, qui ont lieu à Copenhague, sont devenus très importantes.

Cependant, le district industriel a totalement changé de caractère. Il est devenu beaucoup plus difficile d´être entrepreneur – on ne peut plus commencer avec une machine à tricoter d´occasion dans une grange. Les réseaux flexibles autour d´une production n´existent plus. Mais l´innovation, surtout de produits et d´organisation, est plus forte que jamais. Et l´école de textile a rapidement remplacé la formation de couturières par l´éducation de spécialistes très qualifiés en dessin, logistique et marketing.

La réponse à la question posée dans cet exposé est, selon les expériences du district de Herning-Ikast, que l´implantation dans un district ne protège pas les entreprises contre la mondialisation Elle offre aux entreprises des ressources uniques, un système d´enseignement et des traditions excellentes de résoudre des problèmes, surtout par des innovations, mais ces avantages ne suffisent pas à garantir leur survie. En tot cas, les conditions des entreprises sont tellement changées qu´il est une.question si le district continuera d´exister.

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